Les guides d'introduction de libcom

Voici un ensemble d’articles introductifs, écrits ou compilés par libcom.org, qui visent à aborder de manière compréhensible divers thèmes, sujets et idées.

libcom.org : une introduction

Libcom.org sert de ressource pour celles et ceux qui souhaitent se battre pour améliorer leur vie, celle des leurs ainsi que leurs conditions de travail. Nous voulons échanger et débattre, apprendre des succès et des échecs du passé et développer des stratégies pour pouvoir, en tant que personnes ordinaires, prendre nos propres vies en main.


Le problème

Nous nous levons chaque matin pour aller travailler, obéir aux ordres du patron. Nous commençons notre journée de travail en comptant les minutes restantes avant la fin de celle-ci, en comptant les jours jusqu'au weekend, en comptant les semaines jusqu'à nos prochaines vacances, en nous projetant sans arrêt dans le futur. Ou pire, nous ne trouvons pas de travail et nous devons nous débrouiller avec des allocations. Nous nous inquiétons des factures à payer et c'est comme si nous avions toujours le même bilan bancaire à la fin du mois. Nous nous demandons si nous arriverons à mettre de côté pour un jour fonder une famille en pensant que ça sera pour l'année suivante. La dernière guerre (Irak) que le gouvernement a décidé de commencer nous a mis en colère d'autant qu'une fois de plus il nous ignore. Nous écoutons les dernières informations concernant le changement climatique et nous nous demandons si nos enfants ont un avenir.

Le problème est que chaque jour nous recréons un monde qui n'a pas été construit pour répondre à nos besoins et que nous ne contrôlons pas. Nous ne sommes pas des êtres humains mais des ressources humaines, rouages d'une machine qui n'a qu'un but: le profit. La recherche sans fin du profit nous fait exercer des boulots ennuyeux ou rechercher ceux-ci quand nous sommes sans emploi. C'est le profit qui fait que nous nous inquiétons continuellement du loyer à payer ou des remboursements à effectuer quand on a fait construire nos habitations. C'est le profit qui a lancé la planète dans une course vers un désastre environnemental tandis que le changement climatique s'accélère et les leaders mondiaux se pavanent.

Dans ce monde tout a un prix. Chaque jour de plus en plus de choses intègrent le marché. Il y a un siècle c'était les voitures, aujourd'hui même l'ADN et l'atmosphère terrestre ont un prix. L'idée de donner un prix aux choses que nous apprécions le plus dans la vie (les relations amicales ou amoureuses, les divertissements) nous parait absurde voire même obscène. Cette idée nous est absurde parce que le marché ne fonctionne pas sur les mêmes principes que nous. Les "forces" du marché laissent des centaines de millions d'affamés dans un monde où il y a de la nourriture en abondance. Des milliers de personnes ne profitent pas du traitement contre le Sida alors que les compagnies pharmaceutiques dépensent la moitié de leur budget en marketing et pour leur administration. Le marché ne reconnait pas les besoins humains sauf s'ils rapportent de l'argent. La seule façon d'avoir de l'argent c'est de travailler pour un patron ou de quémander des allocations. En travaillant pour un salaire nos propres corps et esprits deviennent des éléments achetables et vendables du marché.

Quand nous travaillons, nous créons plus de choses que le marché ne peut en vendre. Mais nous ne sommes pas payer à la mesure de ce que nous créons sinon il ne resterait plus de profits pour les patrons. Si l'entreprise ne fait pas assez de bénéfices, nous sommes licenciés, elle ferme et l'argent est investi ailleurs. Les intérêts du patronat ne sont pas les mêmes que les notres. Avec le marché le problème n'est pas que les prix sont trop élevés ou l'offre est trop faible, le problème ne vient pas de trop de régulation ou de pas assez, le problème c'est que tout a un prix. Pour le marché les besoins humains comptent seulement si ces humains apparaissent assez riches pour les satisfaire.
Les gouvernements du monde entier travaillent pour maintenir cet ordre des choses, parfois avec les carotes de la démocratie et de la paix, parfois avec les bâtons de la dictature et de la guerre. Ce n'est pas notre monde.

Chaque jour, des gens ordinaires se battent. Des travailleurs s'organisent, se mettent en grève, font des occupations et se révoltent pour leurs semblables dans ce monde inhumain. Ce site est pour eux. Nous, ceux d'entre nous qui n'ont que leur force de travail à vendre et rien d'autre à perdre que nos chaînes. Ceux d'entre nous qui vivent dans ce monde étouffant qui nous vide de nos vies comme un vampire. Quand nous nous levons pour nos droits, nous pressentons un monde différent, un monde basé sur le principe : "à chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins". Un monde de liberté et de solidarité.

Les idées

Le nom "libcom" est une abréviation de "libertarian communism" (communisme libertaire), le courant politique auquel nous nous identifions. Le communisme libertaire est l'expression politique des valeurs de coopération et de solidarité qui sont toujours présentes au sein des sociétés humaines. On peut trouver ces courants d'entre-aide dans notre société. Dans de petits exemples de la vie de tous les jours, comme lorsque des gens organisent collectivement un repas ou quand on aide un/une inconnu(e) à déplacer un landau dans des escaliers. Ces exemples peuvent être visibles comme quand un groupe de travailleurs se met en grève par solidarité avec d'autres travailleurs : la grève des grooms en soutien au personnel de restauration du "Gate Gourmet" en 2005. Ils peuvent même exploser et devenir une force prédominante dans la société tel que lors des événements en Argentine en 2001, en Grèce aujourd'hui, à Kwanju en Corée su sud en 1980, au Portugal en 1974, en France en 1968, en Hongrie en 1956, en Espagne en 1936, en Russie en 1917 ou encore à Paris en 1871.

Nous nous identifions principalement aux valeurs historiques de solidarité, de coopération et de lutte des travailleurs, qu'elles découlent consciemment du communisme libertaire (comme lors de la révolution espagnole) ou non. Nous sommes aussi influencés par des théories spécifiques et certaines pratiques comme le communisme anarchiste, l'ultra-gauche, marxisme libertaire, le communisme de conseil d'autres. Nous avons des sympathies pour des auteurs et des organisations tels que Karl Marx, Gilles Dauvé, Maurice Brinton, le "Wildcat Germany", "l'Anarchist Federation", "prole.info", "Aufheben", "Solidarity", les situationnistes, la C.N.T. Espagnole et d'autres.

Nous reconnaissons cependant les difficultés pour appliquer ces idées et formes d'organisation dans la société actuelle. Nous insistons sur le fait de comprendre et de transformer les relations sociales que nous expérimentons, ici et maintenant, dans notre vie de tous les jours pour améliorer notre condition et protéger la planète tout en continuant d'apprendre des succés et des échecs des idées et des mouvements passés de la classe ouvrière.

Le site

Le site comprend des informations et des analyses sur les luttes de travailleurs, des débats et des archives en constante évolution de près de 10000 articles fourni par les utilisateurs. Ces articles traitent d'histoire ou peuvent être des biographies, des textes théoriques, des livres complets et des brochures. Tout au long des années, nous avons ajouté plusieurs archives en ligne et nous proposons en plus des centaines de textes exclusifs écrits ou scannés par ou pour nous. Nous sommes totalement indépendants de tout syndicat ou parti politique ; le site subsiste entièrement grâce aux cotisations de ses administrateurs et aux dons des utilisateurs.

Si vous pensez être d'accord avec nous, pourquoi ne pas vous inscrire et participer ?

Traduit par CATS Caen

Le capitalisme : une introduction

Petite introduction au capitalisme et son mode de fonctionnement par libcom.org

A la base, le capitalisme est un système économique fondé sur trois éléments : le travail salarié (le fait de travailler pour un salaire), la propriété privée ou le contrôle sur les moyens de production (c'est-à-dire les usines, machines, fermes et bureaux), et la production dans l'objectif de vente et de profit.

Tandis que certaines personnes possèdent des moyens de production, ou du capital, la plupart d'entre nous ne possède rien. Pour survivre, nous devons donc vendre notre force de travail en échange d'un salaire, ou alors nous vivotons à l'aide d'allocations sociales. Le premier groupe de personnes constitue la classe capitaliste ou la “bourgeoisie” pour utiliser le jargon marxiste, et le deuxième groupe représente la classe ouvrière ou le “prolétariat”. Vous pouvez consulter notre introduction aux classes sociales pour avoir plus d'informations sur les classes.

Le capitalisme se fonde sur un processus simple – de l'argent est investi afin de générer encore plus d'argent. Quand l'argent est utilisé avec cette finalité, il fonctionne en tant que capital. Par exemple, quand une entreprise utilise les profits pour employer plus de personnel ou afin d'ouvrir de nouvelles filiales, dans l’objectif de générer un bénéfice, l'argent fonctionne comme du capital. Lorsque le capital s’accroît (on pourrait dire aussi, lorsque l'économie est en croissance), on appelle ça 'accumulation de capital', c'est le moteur de l'économie.

Le capital s'accumule d'autant mieux quand il peut se soulager de coûts en les transférant sur les autres. Lorsque des entreprises peuvent réduire des coûts, en ne tenant pas compte de la protection de l'environnement, ou en payant des salaires de misère, elles le font. Donc le changement climatique catastrophique et la pauvreté massive ne sont que l’expression du fonctionnement normal du système. Par ailleurs, pour faire plus d'argent avec de l'argent, de plus en plus de choses doivent être échangeables pour de l'argent. Ainsi, la tendance est de transformer tout, depuis les objets quotidiens en passant par des séquences ADN jusqu'aux émissions de dioxyde de carbone – et, de manière cruciale, notre force de travail– en marchandises.

Ce dernier point – la marchandisation de nos capacités créatives et productives, notre force de travail – détient le secret pour comprendre l'accumulation du capital. L'argent ne devient pas plus d'argent en un coup de baguette magique, mais par le travail que nous fournissons chaque jour.

Dans un monde où tout est à vendre, nous devons tou-te-s vendre quelque chose afin de pouvoir acheter les biens dont nous avons besoin. Ceux-celles d'entre nous qui n'ont rien d'autre à vendre que leur force de travail doivent vendre cette force à ceux-celles qui détiennent les usines, les bureaux, etc. Mais les choses que nous produisons au travail ne nous appartiennent bien évidemment pas, elles appartiennent à nos patron-ne-s.

De plus, à cause de l’augmentation du temps de travail, d'améliorations de la productivité etc, nous produisons beaucoup plus que ce qu'il faudrait pour que nous puissions fonctionner comme travailleur-se-s. Le salaire que nous recevons permet à peine de couvrir les dépenses pour les produits nécessaires pour nous maintenir en vie et en mesure de travailler chaque jour (ce qui explique pourquoi, à la fin du mois, notre solde bancaire est assez proche de celui du mois précédent). Le capital s'accumule (ou du profit est généré) grâce à cette différence entre le salaire que nous recevons et la valeur que nous créons.

Cette différence entre le salaire que nous touchons et la valeur que nous créons est la “valeur ajoutée”. L'extraction de la valeur ajoutée, ou plus-value, par l'employeur-se est la raison pour laquelle nous considérons le capitalisme comme un système qui est fondé sur l'exploitation – l'exploitation de la classe ouvrière. Pour illustrer cette idée, allez voir notre étude de cas sur le fonctionnement d’un restaurant capitaliste.

Ce processus est sensiblement le même pour tout travail salarié, pas seulement celui qui se déroule dans les entreprises privées. Les travailleurs du secteur public sont eux-elles aussi constamment confrontés à des attaques sur leur salaire et sur leurs conditions de travail afin de réduire les coûts et de maximiser les profits pour l'ensemble de l'économie.

L'économie capitaliste repose également sur le travail non-rémunéré des femmes travailleuses.

La concurrence

Pour accumuler du capital, notre patron-ne doit entrer en concurrence sur le marché avec d'autres patron-ne-s d'autres entreprises. Ils-elles ne peuvent pas se permettre d’ignorer les forces du marché, ou alors ils-elles risquent de perdre des parts de marché au profit de leurs concurrent-e-s, de perdre de l'argent, de faire faillite, d'être racheté-e, et, en fin de compte, de ne plus être notre patron-ne. Pour cette raison même les patron-ne-s ne contrôlent pas vraiment le capitalisme, le capital en soi. C'est pour cette raison que nous pouvons parler du capital comme s'il s'agissait d'un acteur économique en soi ayant ses propres intérêts. Parler de 'capital' est donc souvent plus judicieux que de parler du patronat ou des patron-ne-s.

Autant les patron-ne-s que les travailleur-se-s sont aliéné-e-s (étranger-ère-s) à ce processus, mais de manière différente. Tandis que depuis la perspective ouvrière, nous vivons notre aliénation comme un contrôle que les patron-ne-s exercent sur nous, les patron-ne-s la vivent à travers les forces impersonnelles du marché et la concurrence entre eux-elles.

Les patron-ne-s et les politiques se sentent donc impuissant-e-s face aux 'forces du marché', chacun-e étant sous la pression d'agir de manière à ce que le capital puisse fructifier (d’ailleurs, ils-elles se débrouillent plutôt bien pour y arriver !): Ils-elles ne peuvent pas agir dans notre intérêt car toute concession à notre égard aidera en quelque sorte leurs concurrents nationaux ou internationaux.

Donc, par exemple, si un fabricant développe une nouvelle technologie pour produire des voitures qui lui permet de doubler sa productivité, il peut licencier la moitié de ses travailleur-se-s, augmenter ses profits et réduire les prix de ses voitures afin de vendre moins cher que ses concurrents.

Si une autre entreprise veut être gentille avec ses employé-e-s et essaye de ne pas virer des gens, elle sera au bout d'un moment éjectée du marché ou rachetée par un concurrent moins sympa – à ce moment là, l'entreprise devra quand même introduire cette nouvelle technologie et procéder aux licenciements afin de rester compétitive.

Évidemment, si les entreprises étaient tout à fait libres d'agir comme bon leur semble, les monopoles se développeraient et étoufferaient la compétition, ce qui conduirait au blocage du système. L'état intervient alors pour préserver l'intérêt à long terme du capital dans son ensemble.

L'état

La fonction première de l'état dans une société capitaliste est de maintenir le système capitaliste et de faciliter l'accumulation du capital.

A cet effet, l'état s'appuie sur des lois répressives et la violence contre la classe ouvrière lorsque nous essayons de protéger nos intérêts contre le capital. Par exemple, en adoptant des lois anti-grève, ou en envoyant la police ou des soldats pour briser une grève ou une manifestation.

De nos jours, le modèle 'idéal' d'un état capitaliste est la démocratie libérale. Cependant, à d'autres époques, des systèmes politiques différents ont vu le jour afin de permettre l’accumulation du capital. Le capitalisme d’état en URSS, le fascisme en Italie et en Allemagne sont deux modèles qui étaient nécessaires pour permettre aux autorités de cette époque de s'approprier ou de briser des mouvements importants de la classe ouvrière, car ces mouvements représentaient une menace potentielle pour l'existence du capitalisme.

Lorsque des abus de patrons poussent les travailleur-se-s à protester, l'état intervient parfois par d’autres manières que la répression pour assurer que le monde des affaires puisse poursuivre son activité sans perturbation. Il développe par exemple des législations nationales et internationales de protection de l'environnement et des travailleur-se-s. Généralement, l'étendue et l'application de ces lois fluctue en fonction de l'époque et du pays, selon le rapport de force entre employeur-se-s et employé-e-s. En France, par exemple, où les travailleur-se-s sont mieux organisé-e-s et plus combatif-ve-s, la semaine de travail est limitée à 35 heures. Au Royaume Uni, où les travailleur-se-s sont moins combatif-ve-s le nombre d'heures maximal est de 48, et aux États-Unis, où les travailleur-se-s sont encore plus réticent-e-s à faire grève, il n'y a pas de limitation du temps de travail du tout.

L’histoire

Le capitalisme est souvent présenté comme un système 'naturel', qui s’est formé telles les montagnes et les masses terrestres par des forces bien au-delà du contrôle humain. Or, le capitalisme n'a pas été construit par des 'forces naturelles' mais par l'emploi de violence massive et intense à travers le monde. D'abord, dans les pays 'développés', des barrières insurmontables ont amené des paysan-ne-s auto-suffisant-e-s à quitter leurs terres collectives et à rejoindre les villes pour travailler dans les usines. Toute résistance était brisée. Les personnes qui s'opposaient au travail salarié étaient sujettes à des lois visant les 'vagabonds', subissaient l'emprisonnement, la torture, la déportation ou étaient menacés d'exécution. En Angleterre, rien que sous le règne d'Henri VIII, 72 000 personnes ont été exécutées pour vagabondage.

Plus tard, le capitalisme s'est imposé dans le monde entier à coups d'invasions et de conquêtes menées par les puissances impérialistes occidentales. Des civilisations entières ont été détruites brutalement, des communautés chassées de leurs terres n’ayant d'autre choix que d’accepter le travail salarié. Les quelques pays qui ont échappé à la conquête, comme le Japon par exemple, sont ceux qui ont adopté le capitalisme de leur propre gré afin de pouvoir rivaliser avec les autres puissances impériales. Partout où le capitalisme s'est développé, des paysans et des travailleuses et travailleurs ont résisté, mais ont finalement été vaincu-e-s par la terreur et la violence massives.

Le capitalisme n'a pas émergé suite à l'action de lois naturelles qui seraient propres à la nature humaine : il a été imposé avec la violence organisée par les élites. Le concept de propriété privée de la terre et des moyens de production semble aujourd'hui comme un état naturel des choses, mais nous devrions toujours nous rappeler qu'il s'agit d'un concept forgé par les humains et imposé par la conquête. De la même manière, l'existence d’une classe de personnes qui n'ont rien d'autre à vendre que leur force de travail ne va pas de soi – avant d’en arriver là, des terres collectives partagées par tout le monde ont été saisies de force, et les exproprié-e-s ont été contraint-e-s de travailler pour un salaire, sous la menace de mourir de faim, voire d'être exécuté-e-s.

Avec le développement du capital, celui-ci a créé une classe ouvrière globale qui regroupe la plus grande partie de la population mondiale, qu'il exploite mais dont il dépend aussi. Comme l'écrit Karl Marx: “La bourgeoisie produit avant tout ses propres fossoyeur-se-s.”

L'avenir

Le capitalisme, en tant que système économique dominant la planète existe seulement depuis un peu plus de 200 ans. En comparaison avec le demi million d'années de l'existence humaine, cela ne représente pas grand chose. Il serait donc naïf de croire que ce système existera pour toujours.
Il repose entièrement sur nous, la classe ouvrière, et notre travail qu'il doit exploiter, donc il ne survivra que tant que nous le tolérons.

Pour plus d'informations (en anglais)

The great money trick - Robert Tressel – une brève introduction pertinente sur la manière dont le capitalisme exploite les travailleurs, issu du roman de Robert Tressel "Ragged Trousered Philanthropists".
Work Community Politics War - prole.info – une excellente guide d’introduction illustré sur le capitalisme et son antithèse, le communisme.
Capitalism and communism - Gilles Dauvé – une histoire et analyse plus détaillées du capitalisme et de son antithèse, le communisme.
Capital - Karl Marx – L’analyse et critique définitive de Marx. C’est du lourd mais ça vaut le coup d’essayer.
Capitalism - further reading guide – un guide d’approfondissement par libcom.org sur l’économie capitaliste.
Capitalism – le tag "capitalisme" de libcom.org.

Les classes : une introduction

Une explication sur ce que nous entendons par "classe" chez libcom.org, et d'autres termes reliés tel que "classe ouvrière" et "lutte des classes"

Introduction

Le premier point à éclaircir est que l’on peut utiliser le terme classe de différentes manières. Souvent les gens entendent par “classe”, des caractéristiques culturelles ou sociologiques. Par exemple, la classe moyenne aime les films étrangers, la classe ouvrière aime le foot, la classe supérieure aime les chapeaux haut-de-forme, et ainsi de suite.

Mais il y a aussi une autre manière de parler de classe : c’est celle qui fait référence à la position économique de la classe en question. Nous utilisons le terme classe de cette façon parce que cela nous semble essentiel pour comprendre le fonctionnement d'une société capitaliste, et donc de comprendre comment nous pouvons la changer.

Soulignons que notre définition de classe ne sert pas à classifier les individus ou à leur coller des étiquettes, mais à comprendre les forces qui façonnent notre monde, pourquoi nos patrons et politiciens font ce qu'ils font, et comment nous pouvons agir pour améliorer notre condition.

Classe et capitalisme

Le terme capitalisme désigne le système économique qui domine le monde à l'heure actuelle.
Le capitalisme est avant tout un système fondé sur l'accumulation du capital – des marchandises et de l'argent qui génèrent plus de marchandises et d'argent.

Cette accumulation n'est pas magique mais elle est le fruit du travail humain. En fait, nous ne sommes payé-e-s qu'une fraction de ce que nous produisons. La différence entre la valeur que nous créons et celle que nous recevons sous forme de salaire est la “plus-value” que nous avons produite. Cette partie là reste aux mains du patron (et, très rarement, aux mains de la patronne), soit pour être réinvestie afin de générer plus d'argent, soit pour s’acheter des piscines, des manteaux de fourrure etc....

Pour arriver à ce rapport de pouvoir, il faut commencer par créer une classe de personnes qui ne possèdent aucun moyen qui pourrait servir à accumuler de l'argent (comme des bureaux, des usines, des terres agricoles ou tout autre moyen de production). Cette classe doit donc vendre sa force de travail afin d'acheter les biens et services nécessaires pour vivre. Cette classe s'appelle la classe ouvrière.

Donc à l'une des extrémités de ce système il y a cette classe, n'ayant rien d'autre à vendre que sa force de travail. A l'autre, il y a ceux et celles qui possèdent du capital leur permettant d'engager des travailleurs et travailleuses qui vont faire croître leur capital. Les membres de la société se situeront à un moment de leur vie entre ces deux pôles, mais ce qui compte ce n'est pas la position des individus mais la relation sociale entre les classes.

La classe ouvrière

La classe ouvrière, ou le "prolétariat", est donc la classe qui est obligée de travailler pour un salaire, ou de demander des aides si nous n'arrivons pas à trouver un travail ou que nous sommes trop malades ou vieux-vieilles pour travailler, pour survivre. Nous vendons notre temps et notre énergie à un-e patron-ne qui en tire un bénéfice.

Notre travail est le fondement de cette société. Et c'est le fait que la société repose sur notre travail, et qu'en même temps elle nous extorque un maximum de profit, qui la rend vulnérable.

Lutte des classes

Quand nous sommes au travail, notre temps et notre activité ne nous appartiennent pas. Nous devons obéir au réveil du matin, aux cartes de pointage, aux managers, aux délais et aux objectifs de l'entreprise.

Le travail occupe la plus grande partie de nos vies. Peut être que nous voyons nos managers même plus que nos ami-e-s ou nos compagnon-ne-s. Même si nous aimons certaines parties de notre travail, nous le vivons comme quelque chose qui nous est étranger, sur lequel nous n'avons pas d'emprise. Cela concerne autant les détails pratiques du travail en soi que le nombre d'heure, les pauses, les congés etc... Un travail qui nous est imposé de cette manière nous pousse à nous y opposer.

Les patron-ne-s et employeur-se-s cherchent à extraire un maximum de travail de nous, avec plus d'heures pour moins de paie. Nous, de notre côté, nous voulons profiter de nos vies : nous ne voulons pas être surmené-e-s par l'effort, nous voulons travailler moins d'heures et gagner plus.

Cet antagonisme est au cœur du capitalisme. Ces deux forces se livrent une lutte perpétuelle de pousser-tirer : les employeur-se-s baissent les salaires, augmentent les heures, accélèrent le rythme du travail. Mais nous essayons de résister : soit de manière individuelle et dissimulée , en le prenant à la légère, en grignotant des moments par ci par là pour faire une pause et bavarder avec des collègues, en prenant des congés maladie, en partant plus tôt. Ou nous pouvons résister ensemble et ouvertement par des grèves , des ralentissements , des occupations etc.

C'est ce qu'on appelle la lutte des classes. Le conflit se situe entre ceux et celles d'entre nous qui doivent travailler pour un salaire, et les employeur-se-s et gouvernements, souvent appelés la classe capitaliste, ou “bourgeoisie”, en termes marxistes.

En résistant aux impératifs du travail, nous affirmons que nos vies sont plus importantes que les profits de nos patron-ne-s. Cette position s'attaque à l'essence même du capitalisme, pour lequel le seul moteur est le profit, et nous indique en même temps la possibilité d'un monde sans classes où les moyens de production ne sont pas une propriété privée. Nous sommes la classe ouvrière qui résiste contre sa propre existence. Nous sommes la classe des travailleur-se-s qui lutte contre la classe et le travail tel qu’il nous est imposé dans le capitalisme.

Au delà du lieu de travail

La lutte des classes ne se déroule pas uniquement sur le lieu de travail. Ce conflit se manifeste dans de nombreux aspects de la vie.

Par exemple, la question du coût du logement concerne tous les membres de la classe ouvrière. Or, un logement financièrement accessible pour nous implique un logement peu rentable pour eux. Dans une économie capitaliste, cela a souvent plus de sens de construire un immeuble d'appartements de luxe, même si des dizaines de milliers sont sans abris, que de construire des logements abordables pour nous. Donc les luttes en faveur du logement social , ou des occupations de logements vides pour y vivre font partie de la lutte des classes.

De la même manière, le système de santé est un champ de lutte des classes. Les gouvernements et les entreprises essayent de réduire les dépenses pour les soins de santé par des coupes de budget et en introduisant de nouveaux frais de services afin de transférer des coûts sur la classe ouvrière, tandis que nous revendiquons de meilleurs soins de santé qui coûtent le moins cher possible.

La “classe moyenne”

Tandis que les intérêts économiques des capitalistes sont en opposition directe avec ceux des travailleuses et travailleurs, une minorité de la classe ouvrière sera mieux servie que les autres, ou aura un certain degré de pouvoir sur les autres. Lorsqu’on parle de l'histoire et de changement social, il peut être utile de faire référence à cette partie du prolétariat comme une “classe moyenne”, malgré le fait qu'il ne s'agit pas d'une classe économique à part, mais afin de comprendre le comportement de différents groupes.

La lutte des classes peut parfois être freinée par la création ou l'expansion d'une classe moyenne – durant les années 1980 au Royaume Uni, Margaret Thatcher a encouragé l'achat de maisons particulières en vendant des logements sociaux à bas prix durant les grands conflits des années '80 , sachant parfaitement que les travailleur-se-s seront plus réticent-e-s à faire la grève s'ils ont un prêt hypothécaire à rembourser, et en permettant à quelques travailleur-se-s d'améliorer leur condition sur le plan individuel et non collectif. En Afrique du Sud, la création d'une classe moyenne noire a contribué à étouffer les luttes ouvrières quand le régime de l'apartheid a été renversé, en offrant à une partie du groupe une certaine mobilité sociale et en accordant à certain-e-s travailleur-se-s noirs des possibilités de participer au système.

Les patron-ne-s cherchent par tous les moyens à diviser matériellement et psychologiquement la classe ouvrière, y compris par des différenciations du salaire, des statuts professionnels, par la discrimination raciste ou sur base du genre.

Il faut souligner une fois encore que nous utilisons cette définition des classes pour comprendre les forces sociales en présence, et non afin de catégoriser les individus ou de prévoir comment les personnes agiront dans telle ou telle situation.

Conclusion

La question de classe au sens politique n'est pas une question d'accent, mais concerne le conflit de fond qui définit le capitalisme – le conflit qui oppose ceux et celles d'entre nous qui doivent travailler pour vivre à ceux et celles qui profitent du travail que nous faisons. Pour lutter pour nos intérêts et nos besoins contre le diktat du capital et du marché nous posons les jalons pour une société nouvelle – une société fondée sur la satisfaction de nos besoins : une société communiste libertaire .

Plus d'informations (en anglais)

Work Community Politics War - prole.info - un excellent guide d'introduction au capitalisme et à l'anti-capitalisme.
Strata in the working class - Martin Glaberman - un excellent article qui analyse les divisions au sein de la classe ouvrière
The Working Class and Social Change - Martin Glaberman - un autre article de Glaberman, qui traite cette fois-ci du sens de la conscience de classe et de l'action de la classe ouvrière.
Capitalism and communism - Gilles Dauvé - une histoire détaillée et une analyse du capitalisme et son anti-thèse, le communisme, avec notamment une partie sur la signification du terme classe.

Quand nous sommes au travail, notre temps et notre activité ne nous appartiennent pas. Nous devons obéir au réveil du matin, aux cartes de pointage, aux managers, aux délais et aux objectifs de l'entreprise. Un travail qui nous est imposé de cette manière nous pousse à nous y opposer.

L’état : une introduction

Une petite introduction à ce que nous voulons dire quand nous parlons de l’état et quel rapport nous pensons que nous, en tant que travailleurs, nous devrions entretenir avec lui

Des états, il y en a de toutes les formes et de toutes les couleurs. Il y a des démocraties et des dictatures, il y a ceux qui ont un état providence bien développé, ceux qui n’en ont pas du tout, certains qui protègent la liberté individuelle, et d’autres encore qui ne la protègent pas.

Mais ces formes d’état ne sont pas gravées dans le marbre. Les démocraties et dictatures apparaissent et disparaissent, un état providence peut se développer puis être démantelé, tandis que les libertés civiques sont tantôt garanties, tantôt menacées.

Toujours est-il que tous les états partagent certaines caractéristiques qui définissent leur nature commune.

Qu’est-ce qu’un état ?

Tous les états remplissent la même fonction dans la mesure où il s’agit d’un ensemble d’institutions qui créent et imposent des lois sur un territoire donné. Et, surtout, il s’agit d’une organisation qui est contrôlée par une petite minorité de personnes.

Parfois, un état peut être composé d’un parlement dans lequel siègent des politicien-ne-s élu-e-s, disposant d’un système judiciaire indépendant et d’une force policière et militaire qui permet de faire valoir leurs décisions.

Mais sa capacité à prendre des décisions politiques et légales – et à les imposer, violemment si nécessaire – représente la caractéristique centrale de tous les états. Surtout – et c’est le point le plus important – l’état revendique un monopole de violence légitime, au sein de ses frontières et même au-delà de celles-ci.

L’état et le capitalisme

Dans une société capitaliste, le succès et l’échec d’un état dépendent, sans surprise, du succès du capitalisme qu’il contient dans ses frontières.

Au fond, son succès dépend donc du fait que des entreprises implantées sur son territoire génèrent du profit pour que l’économie puisse croître. Dans ce cas, le gouvernement peut prélever des impôts et des taxes qui vont lui permettre de financer ses politiques.

Si les entreprises d’un pays enregistrent des bénéfices, cela va attirer des investissements dans ces industries rentables, des entreprises vont employer des travailleur-se-s pour qu’elles-ils transforment leur investissement en plus d’argent. Ces entreprises et les travailleur-se-s vont payer des impôts qui permettent à l’état de se financer.

A l’inverse, si les profits sont en baisse, les investissements vont s’orienter vers d’autres régions, plus prometteuses en profits. Des entreprises vont fermer, des travailleur-se-s seront viré-e-s, les entrées fiscales vont chuter et l’économie locale s’effondre.

Donc la promotion du profit et de la croissance économique est une tâche essentielle de tout état dans une société capitaliste – y compris les économies de capitalisme d’état qui prétendent être « socialistes », tel la Chine ou Cuba. Vous pouvez lire notre introduction au capitalisme ici.

L’économie

Comme la promotion de l’économie est une tâche centrale de l’état, allons voir de plus près les éléments qui sont au fondement de toute économie capitaliste en bonne santé.

Travailleuses et travailleurs

Le premier élément dont une économie capitaliste fonctionnelle doit disposer est un groupe de personnes capables de travailler et de transformer l’argent de capitalistes en plus d’argent : une classe ouvrière. Cela suppose que la majorité des personnes ait été expropriée de terres et de moyens de survie, de manière à ce que la seule possibilité pour elles de survivre est de vendre leur capacité de travail à ceux (et, moins souvent, celles) qui ont les moyens de l’acheter.

Cette dépossession s’est produite pendant les siècles derniers à travers le monde entier. Au début du capitalisme, les propriétaires d’usines avaient des difficultés à faire les paysans travailler dans leurs usines car ceux-ci produisaient suffisamment sur leurs terres pour subvenir à leurs besoins personnels. Pour résoudre ce problème, l’état a violemment forcé les paysan-ne-s à quitter leurs terres communes, il a abrogé des lois qui interdisaient le vagabondage, obligeant ainsi les ancien-ne-s paysan-ne-s, sans terre et sans ouvrage, à travailler dans les usines, sous peine d’être exécuté-e-s.

C’est ce qui s’est passé pour la grande majorité des peuples dans le monde. Mais dans certaines parties du monde, soi disant « en développement », l’état joue encore ce rôle en déplaçant les personnes afin de créer de nouveaux marchés pour des investisseurs. Lisez notre introduction aux classes sociales ici.

La propriété privée

Un deuxième élément central est le concept de propriété privée. Alors que beaucoup de gens ont été dépossédés afin de créer une classe ouvrière, la propriété des terres, des bâtiments et des usines aux mains d’une petite minorité de la population ne pouvait être maintenue que par une structure de violence organisée - l’état. Aujourd’hui, les défenseurs du capitalisme ne le disent pas ouvertement, mais à ses débuts, cela était un fait reconnu. Comme l’a écrit l’économiste politique libéral Adam Smith :

"Les lois et le gouvernement doivent être considérés dans tous les cas comme une combinaison qui permet aux riches d’opprimer les pauvres, afin de préserver l’inégale distribution des biens qui sinon seraient abolie par des attaques de la part des pauvres qui, si le gouvernement ne les en empêchait pas, réduiraient les riches à être leurs égaux par la violence ouverte."

(Texte original : “Laws and government may be considered in this and indeed in every case as a combination of the rich to oppress the poor, and preserve to themselves the inequality of the goods which would otherwise be soon destroyed by the attacks of the poor, who if not hindered by the government would soon reduce the others to an equality with themselves by open violence.”)

Ceci est toujours vrai de nos jours, où les lois visent davantage à protéger la propriété privée que les gens. Par exemple, il n’est pas illégal que des spéculateur-trice-s retiennent des denrées alimentaires, créant ainsi des pénuries afin de faire grimper les prix, pendant que des gens meurent de faim – mais il est illégal qu’une personne qui meurt de faim vole de la nourriture.

Que fait l’état ?

Les différents états accomplissent des tâches diverses et variées, depuis les repas gratuits à l’école jusqu’au maintien des pratiques religieuses. Toutefois, comme nous l’avons évoqué plus haut, la fonction primaire de tout état dans une société capitaliste est de protéger et de promouvoir l’économie et les profits.

Mais, comme les entrepreneur-se-s sont en concurrence permanente les un-e-s contre les autres, ils-elles ne se préoccupent que de leurs propres gains financiers immédiats – ce qui peut nuire à l’économie plus large. Ainsi, l’état doit par moments intervenir pour défendre l’économie dans son ensemble.

Donc les états assurent l’éducation et la formation de la future force de travail de leur pays et construisent l’infrastructure (le réseau ferré, des systèmes de transport public etc) qui nous permet de nous rendre au travail et de transporter les marchandises. Parfois les états protègent leurs entreprises de la compétition internationale en taxant les biens qui entrent dans le pays ou en forçant l’expansion de leurs marchés sur le plan international à travers les guerres et la diplomatie avec d’autres états. D’autres fois, ils offrent des réductions d’impôts ou des subventions, ou ils les sauvent de la faillite lorsqu’il s’agit d’acteurs économiques trop importants pour disparaître.

Ces mesures entrent des fois en conflit avec les intérêts particuliers de certaines entreprises ou industries. Toujours est-il que l’état agit dans l’intérêt de l’économie dans son ensemble. En fait, l’état peut être vu comme une manière de résoudre les divergences entre différents capitalistes sur la question « comment assurer la survie de l’économie à long terme ? ».

L’état-providence

Certains états procurent pleins de services qui protègent les gens des pires effets de l’économie. Mais ceci n’a rarement – ou plutôt jamais – été le fruit d’une générosité de la part de politicien-en-s. Ces services ont toujours été obtenus suite à une pression qui a été exercée par le bas.

Par exemple, après la deuxième guerre mondiale au Royaume Uni (et dans d’autres états européens), on a vu émerger un état providence qui assurait les soins de santé, du logement social etc. à celles-ceux qui étaient dans le besoin. Mais cette évolution reflète la crainte des politiciens que la fin de la guerre pourrait conduire à des soulèvements révolutionnaires tels qu’ils ont eu lieu après la première guerre mondiale comme les révolutions russes et allemandes, le Biennio Rosso en Italie, les mutineries de l’armée britannique etc.

Cette crainte était tout à fait justifiée. En effet, vers la fin de la guerre, les troubles sociaux de plus en plus importants se propageaient dans les pays guerriers. Des soldats sans logement reprenaient des maisons vides tandis que les grèves et émeutes s’étendaient. Le député du parti britannique des Tories (conservateur) Quitin Hogg résumait l’humeur ambiante parmi les politiciens en 1943 ainsi : « Si nous ne leur donnons pas de réformes, ils nous donneront la révolution. »

Ceci ne signifie pas que les réformes sont « contre-révolutionnaires ». Cela veut juste dire que l’état n’est pas le moteur des réformes ; c’est nous, la classe ouvrière – et plus spécifiquement, nos luttes – qui les impulsons.

Lorsque nos luttes atteignent une ampleur qui ne peut plus être ignorée ou réprimée, l’état s’engage à faire des réformes. Les 100 années suivantes, nous aurons le droit aux discours sur le « grand réformateur » un-tel, alors qu’en réalité ce sont nos luttes qui l’ont obligé à l’application de ces réformes.

Si nous nous organisons et nous militons en tant que classe, nous pouvons obtenir des réformes sociales. Mais lorsque l’activisme disparaît ou est réprimé, nos acquis sont vite sapés. Les budgets des services publics sont limités, avant d’être tout à fait privatisés, les prestations sociales sont réduites, on introduit ou augmente des frais pour des services publics et on baisse les salaires.

Donc le niveau de protection sociale et des services publics destinés à la classe ouvrière d’une société révèle le rapport de pouvoir entre patron-ne-s et travailleur-se-s. Par exemple, la classe ouvrière française a un niveau d’organisation et d’activisme plus élevée que la classe ouvrière américaine. Il en résulte que les travailleur-se-s françai-se-s ont généralement de meilleures conditions de travail, une semaine de travail plus courte, ils partent plus tôt à la retraite et bénéficient de meilleurs services sociaux (p.e. soins de santé, éducation etc.) – et ce indépendamment du fait que le gouvernement soit de droite ou de gauche.

Un état des travailleurs ?

Pendant des décennies des ouvrier-ère-s ont, en plus de leurs luttes sur le lieu de travail et dans la rue, tenté d’améliorer leur condition en s’appuyant sur l’état.

Les méthodes employées ont divergé en fonction de l’endroit et du contexte historique, mais elles ont principalement pris deux formes : former et soutenir des partis politiques qui se présentent aux élections et qui sont censés agir dans l’intérêt des travailleurs, ou alors, de manière plus radicale, amener le parti au pouvoir et former un gouvernement des travailleur-se-s à travers une révolution.

Le cas du Labour Party (parti travailliste) au Royaume Uni

Le Labour Party au Royaume Uni a été créé par les syndicats en 1906. Rapidement, il s’est fixé pour objectif de créer une société socialiste.

Cependant, une fois arrivé au parlement et confronté à la réalité parlementaire, et donc à la dépendance d’une économie capitaliste prospère, le parti a bientôt laissé tomber ses principes et a régulièrement soutenu des politiques contre la classe ouvrière, autant lorsqu’il était dans l’opposition que plus tard, au gouvernement : en commençant par le soutien que le parti a donné à la boucherie de la première guerre mondiale, en passant par l’assassinat de travailleur-se-s dans d’autres pays afin d’assurer le maintien de l’Empire Britannique, jusqu’à couper les salaires et envoyer des troupes contre des dockers en grève.

Quand la classe ouvrière était vigilante et offensive, le parti travailliste a fait passer des réformes, tout comme l’ont fait les autres partis. Mais, tout comme les autres partis, quand la classe ouvrière est restée calme, les politiciens travaillistes ont vidé les réformes de tout contenu et s’en sont pris aux conditions de vie des gens. Par exemple, seulement quelques années après l’introduction du service de santé national gratuit, le Labour party a rajouté des frais de prescriptions, puis une participation aux frais de lunettes et de dentiers.

Comme nous l’avons souligné, ils n’ont pas agi ainsi parce que les membres et responsables du parti travailliste étaient des mauvaises personnes, mais parce qu’en fin compte, ils étaient des politiques dont l’objectif principal reste la compétitivité de l’économie britannique sur le marché mondial.

Les Bolchéviques

En Russie en 1917, quand les travailleur-se-s et paysan-ne-s, femmes et hommes, se sont soulevé-e-s pour prendre le contrôle des usines et des terres, les bolcheviques ont défendu la mise en place d’un État ouvrier « révolutionnaire ». Or, cet état ne pouvait pas se débarrasser de ses fonctions primaires : la défense violente d’une élite, et une tentative de développer et d’étendre l’économie afin d’assurer sa propre survie.

Le soi-disant « État ouvrier » s’est retourné contre la classe ouvrière : la gestion des entreprises par une seule personne fut réinstaurée, la grève interdite et le travail imposé par les armes. Cet état a même éliminé ceux de son propre camp qui s’opposaient à ces changements. Peu de temps après la révolution, beaucoup de bolchéviques de la première heure ont été exécutés par les institutions du gouvernement qu’ils ont eux-mêmes aidé à mettre en place.

Contre l’état

Tout ceci ne signifie pas que nos problèmes seraient résolus si l’état disparaissait du jour au lendemain. Mais cela montre que l’état est indissociable du conflit de base qui réside au cœur de la société capitaliste : celui entre employeur-se-s et employé-e-s. En fait, l’état en constitue une partie intégrante qui se range clairement du côté des employeur-se-s.

Chaque fois que nous, travailleur-se-s, nous nous sommes battus pour l’amélioration de notre condition, nous sommes entrés en conflit non seulement avec nos patron-ne-s, mais aussi avec l’état, qui utilise la police, les cours de justice, les prisons, et parfois même le militaire pour maintenir l’ordre existant.

Là où les travailleur-se-s ont essayé d’utiliser l’état, voire d’en prendre le contrôle pour défendre nos intérêts, ils ont échoué – car la nature de l’état est profondément opposée à la classe ouvrière. Ils n’ont que contribué à légitimer et à renforcer l’état qui, plus tard, s’est retourné contre eux.

En utilisant nos forces et nos volontés collectives nous pouvons déranger, perturber l’économie afin de changer la société. Quand nous forçons l’état à réaliser des réformes, nous ne gagnons que momentanément de meilleures conditions. Mais nos actions aspirent, plus profondément, à une société nouvelle, basée sur des principes différents. Nous voulons une société où nos vies comptent plus que leur « croissance économique ». Une nouvelle forme de société où il n’y aurait plus de minorité riche qui doit protéger sa richesse contre celles-ceux qui n’ont rien ; c’est-à-dire, une société qui n’a pas besoin d’état.

L’état a besoin de l’économie pour survivre et va donc toujours soutenir ceux qui la contrôlent. Mais l’économie et l’état sont fondés sur le travail que nous effectuons chaque jour, et cela nous donne le pouvoir de les arrêter pour enfin nous en débarrasser.

Pour plus d’information (en anglais)

- La propriété privé, l’exclusion et l’état – Junge Linke - Un court article qui examine le rôle de l’état dans la société capitaliste.
- L’état : son rôle historique – Peter Kropotkin – Un texte anarchiste classique qui examine le rôle de l’état dans la société/
- L’état dans la société capitaliste – Ramph Miliband - Un excellent livre qui analyse la nature de l’état et pourquoi il ne peut pas être utilisé dans le sens des intérêts des travailleurs.
- Le capital et l’état – Gilles Dauvé - Une analyse plus approfondie de l'état d'un point de vue libertaire.
- Marxisme, liberté et l'état - Mikhail Bakounine - Une collection d'écrit de cet anarchiste russe avec des commentaires sur l'état qui ont tristement été vérifiés par les expériences d'états socialistes.
- Les bolchéviques et le contrôle des travailleurs - Solidarity - Une analyse détaillée des politiques anti-ouvrières des bolchéviques au début de la révolution russe.
- Travailliste en vain - Subversion - Une histoire critique du Labour Party d'un point de vue de la classe ouvrière.

Tout ceci ne signifie pas que nos problèmes seraient résolus si l’état disparaissait du jour au lendemain. Mais cela montre que l’état est indissociable du conflit de base qui réside au cœur de la société capitaliste : celui entre employeurs et employés.

Le travail : une introduction

Une petite introduction par libcom.org à la notion du travail, les problèmes que nous y voyons et comment nous, en tant que travailleuses et travailleurs, nous pouvons agir sur le travail tel qu'il nous est imposé.

Quel est le problème avec le travail ?

Pour la plupart d’entre nous, nos vies sont dominées par le travail. Même quand on n’est pas au travail, on est en train d’y aller ou d’en revenir, on se fait des souci par rapport à son travail, on essaye de s’en reposer afin de pouvoir y retourner le lendemain, ou alors on essaye tout simplement de l’oublier.

Ou pire encore : on se retrouve sans emploi. Dans ce cas là, notre souci premier est d’en trouver. Ou alors on fait partie de ces gens – généralement des femmes – dont le travail ménager et la prise en charge des membres de la famille n’est même pas considéré comme du travail.

Pour beaucoup d’entre nous, le travail que nous faisons n’a pas d’importance en soi, nous le faisons afin de gagner de l’argent. Et à la fin du mois, notre solde bancaire n’est guère différent de celui du mois dernier. On passe nos journées en train de vérifier l’heure, à compter les minutes qui restent avant de pouvoir rentrer à la maison, les jours qui nous séparent du weekend, les mois jusqu’aux prochaines vacances...

Même pour celles-ceux d’entre nous qui travaillent dans un domaine qui nous plaît vraiment, nous ne contrôlons pas notre travail. C’est au contraire notre travail qui s’impose à nous, et c’est pour cette raison que nous le vivons comme une force étrangère à nous-même. La plupart d’entre nous ne décide pas à quelle heure on doit être au travail et à quelle heure on peut rentrer. Nous ne contrôlons pas non plus la cadence ou la quantité de notre travail, quels produits nous produisons, quels services nous mettons à disposition, ni la manière de le faire.

Par exemple, les infirmières et infirmiers adorent peut être le fait de prendre soin de leurs patient-e-s, mais ils-elles seront toujours frustré-e-s par des places insuffisantes par rapport aux besoin des malades, par du travail en sous-effectif, des horaires difficiles et des objectifs managériaux arbitraires. Les graphistes prennent sans doute plaisir dans le travail créatif, mais se voient limité.e.s dans leur créativité : ils-elles n’ont pas la liberté d’innover comme ils-elles le souhaitent, et sont souvent contraint-e-s de recopier des produits déjà existant dont les patron-ne-s seront sûr-e-s de pouvoir vendre facilement sur le marché.

Paradoxalement, alors que des millions de personnes souffrent de surmenage au travail, pouvant à peine faire face aux charges de travail qu’on leur impose couplé à des journées de travail de plus en plus longues, des millions d’autres se trouvent sans travail et en recherche désespérée d’emploi.

Au niveau mondial, des millions de personnes meurent prématurément à cause de leur travail, ils-elles sont encore plus nombreux-ses à se rendre malades et des centaines de millions à être victimes d'accidents du travail.

En plus de cela, une grande partie de ce travail qui peut être très difficile, ennuyeux ou dangereux et néfaste pour l’environnement n’a même pas d’utilité sociale. Tel que dans l’industrie des technologies, où de nombreux produits tombent en panne dû à l’obsolescence programmée qui n’a pour seul but que de pousser les gens à racheter un nouveau produit ; il existe même des branches économiques entières comme la vente ou la publicité qui n’existent que pour convaincre les gens d’acheter plus de produits et de travailler plus pour pouvoir les acheter.

Des tonnes de travail potentiellement utile sont gaspillées pour faire vivre des activités économiques sans utilité sociale, comme l’électricité qui est produites pour alimenter les call centers du télémarketing, la production de faux produits cosmétiques ou médicaux, ou l’industrie de l’armement dont le seul produit est la mort.

Pendant que la robotisation, la mécanisation et la productivité ne cessent de croître, les heures et les années de travail, elles, ne diminuent pas. Au contraire, dans la plupart des pays, les deux augmentent, là où on retarde le départ à la retraite, tout en augmentant le nombre d’heures de travail par semaine.

Pourquoi sommes-nous confronté-e-s à cette organisation du travail ?

Alors, pourquoi le travail crée-t-il autant de problèmes ?

La raison est assez simple : car nous vivons dans une économie capitaliste. C’est ce système qui détermine l’organisation du travail.

Comme nous l’avons exposé dans notre introduction au capitalisme, l’objectif principal d’une économie capitaliste est l’accumulation.

L’argent – lorsqu’il est utilisé comme du capital – est investi pour se transformer en plus d’argent. Et ceci est rendu possible grâce à notre travail. Notre travail est la base de l’économie.

Ce processus fonctionne parce que notre travail ajoute de la valeur au capital initial, et cette valeur que nous ajoutons vaut plus que nos salaires. Cette plus-value permet la croissance du capital initial, elle est la source des profits et finance l’expansion économique.

Plus nos salaires sont bas, plus nous travaillons pendant les journées de travail toujours plus longues, plus la valeur ajoutée sera importante. C’est pour cette raison que les employeur-se-s dans les secteurs privé, public et même associatif / coopératif essayent sans cesse de nous faire travailler plus, plus longtemps et pour moins de paie.

En même temps, nos emplois sont rendus monotones et abrutissants, pour que des travailleur-se-s peu ou non qualifié-e-s puissent réaliser le même travail pour moins d’argent. Les produits que nous produisons et les services que nous fournissons sont également souvent de piètre qualité pour maintenir les coûts à un niveau le plus bas possible.

Le chômage de masse permet de préserver une pression vers le bas sur les salaires des travailleur-se-s surmené-e-s, vu que si les travailleur-se-s n’avaient pas peur d’être remplacé-e-s par un-e personne en recherche d’emploi, ils-elles pourraient demander une augmentation salariale, de meilleures conditions de travail, et une réduction des heures prestées. (C’est pour cela que les gouvernements ne vont pas simplement mettre fin au chômage en réduisant le temps de travail par semaine.)

Les entreprises qui arrivent à générer le plus de valeur ajoutée, qui accumulent donc le plus de profit et se développent le plus, vont réussir à s'imposer sur le marché. Celles qui n’y arrivent pas sont conduites à la faillite.

Donc si une entreprise ou un secteur économique dégage des profits, il se développe. Cela se fera indépendamment du fait qu’il s’agisse éventuellement d’une production socialement inutile, nocive pour l’environnement ou dangereuse pour les travailleur-se-s.

Il est important de souligner que cette croissance repose également sur le travail non rémunéré, tel que le travail ménager et domestique. Ce type de travail particulier comprend toutes les tâches liées à la reproduction des travailleurs et travailleuses, c’est à dire donner naissance et élever des enfants – qui formeront la prochaine génération de travailleur-se-s – et servir les besoins de la force de travail actuelle : physiquement, émotionnellement et sexuellement. Tout ceci est du travail non rémunéré, généralement fourni par des femmes.

Comment faire changer les choses ?

Même si le travail est essentiellement déterminé par le système économique dans lequel nous vivons, il y a des choses que nous pouvons faire – et que nous faisons concrètement – afin d’améliorer ici et maintenant nos conditions de vie.
Si notre travail constitue le fondement le d’économie, et le fondement de la croissance et des profits, nous avons forcément le pouvoir de perturber ce système, voire de le renverser afin de prendre le contrôle sur le travail et l’économie.

Chaque jour nous résistons au travail qui nous est imposé. La plupart du temps, nous le faisons à notre niveau individuel et invisible. Nous arrivons un peu en retard, repartons un peu plus tôt, nous nous échappons un moment de notre poste pour papoter avec les collègues ou des ami-e-s, nous ralentissons légèrement le rythme du travail ou prenons un congé maladie…

Et parfois, nous résistons de manière plus importante, collective et conflictuelle.

A travers l’action directe, tel que la grève qui implique un arrêt du travail, nous immobilisons la machine productive, et empêchons ainsi la réalisation de profits. Cela nous permet de défendre nos conditions de vie et de travail et de faire pression pour obtenir des améliorations par nos patrons.

La classe ouvrière dans son ensemble, y compris les sans-emploi et les non-rémunéré-e-s, peut se battre pour améliorer ses conditions de vie, par exemple pour de meilleures aides sociales ou contre une montée des prix ou les impôts régressifs.

Dans les années 1880, en Occident, le nombre d’heures de travail se situait en moyenne entre 12 et 14h par jour, six voire sept jours par semaine, dans des conditions effroyables et sans congés payés ou retraite.

Confrontés à une répression massive de la part des employeurs et des gouvernements, les travailleur-se-s se sont organisé-e-s eux-elles mêmes et ont lutté pendant des décennies, en faisant usage de la grève, des occupations, des ralentissements du travail et même des révoltes armées ou des tentatives de révolutions. Et ils-elles ont réussi à obtenir toutes les améliorations dont nous jouissons aujourd’hui encore : le weekend, les congés payés, des heures de travail plus courtes, …

Bien sur que, dans les pays non-occidentaux, beaucoup de travailleuses et de travailleurs, vivent aujourd’hui dans des conditions comme nous les avons connues au 19ème siècle, et nous luttons sans cesse contre cette situation.

Conclusion

En nous organisant ensemble, nous pouvons non seulement améliorer nos vies ici et aujourd’hui, mais nous pouvons aussi poser les bases d’une nouvelle organisation de la société.

Une société dans laquelle nous ne travaillons pas dans le seul but de générer des profits (dont nous ne bénéficierons jamais) ou de construire une économie « saine » ; mais une société où le travail sert à satisfaire les besoins humains. Là où nous nous organisons de manière collective afin de produire les biens et services nécessaires – comme le faisions les travailleuses et travailleurs en Russie en 1917, en Italie en 1920, en Espagne en 1936 et ailleurs. Une société débarrassée du travail superflu et dans laquelle toutes les tâches indispensables sont rendues les plus faciles, agréables et intéressantes possible. Une société communiste libertaire.

Plus d’informations (en anglais)

- Le guide sur le travail – un guide de lecture par Libcom.org sur le travail salarie et la lutte pour le combattre.

- Le guide d’organisation sur le lieu de travail – un guide fait par libcom.org sur comment s’organiser sur son lieu de travail.

- Les activités sur le lieu de travail – les archives de libcom.org qui recueille les témoignages et expériences de personnes qui s’organisent sur leur lieu de travail.

- Le travail et la société libre – Fédération anarchiste – Une analyse plus approfondie par la FA du travail dans la société capitaliste, expliquant son histoire et discutant comment le travail pourrait s’organiser dans une société libre.

- Au travail : les gens parlent de ce qu’ils/elles font dans leurs journées et comment ils/elles se sentent par rapport à leur travail – Studs Terkel – un classique par Studs Terkel qui a interrogé des gens travaillant dans des emplois divers et variés sur leur ressenti par rapport au travail.

- Des salaires contre le travail ménager – Silvia Federici – la féministe autonomiste marxiste Silvia Federici sur les salaires et le travail domestique.

- Le droit à la paresse – Paul Lafargue – Dans ce texte, Lafargue nous expose sa revendication d’un droit à la paresse pour la classe ouvrière, et explique pourquoi la productivité est le problème du patronat – et pas le nôtre.

Les syndicats : une introduction

Une petite introduction aux syndicats, leur fonction dans la société et comment libcom.org pense que nous en tant que travailleur-se-s, nous devrions les considérer.

Pour la plupart des gens, les syndicats sont des organisations de travailleuses et travailleurs qui ont pour but de défendre et d’améliorer les conditions de travail et de vie de ses membres, en termes de salaires, de pensions et d'autres avantages.

Ce n’est pas faux, mais pas tout à fait vrai non plus.

Cette définition dissimule l’arrière du décor syndical : des ententes secrètes et des accords louches signés derrière des portes closes, des baisses de salaires et une détérioration des conditions de travail présentées comme des « victoires », des grèves annulées, des négociations sans fin, des membres incités à briser la grève d’autres syndicats, des militant-e-s syndicaux-ales rappelé-e-s à l’ordre par leur propre syndicat…

Les leaders syndicaux-ales – même ceux-celles de gauche – nous déçoivent encore et encore. Et tout comme dans la politique, à chaque déception, il y en a toujours un-e pour nous raconter que ce sera mieux la prochaine fois, à condition qu’on vote pour lui.

Mais le problème est plus profond que de trouver la « bonne personne aux commandes ».

La bureaucratie

Tout syndicat d’une certaine taille occupe des employé-e-s et fonctionne comme une entreprise. Il y a des dirigeant-e-s qui gagnent un salaire à 6 chiffres, des managers intermédiaires qui imposent les décisions prises par les dirigeant-e-s et des échelles de carrières qui mènent directement vers les partis sociaux-démocrates, les think-tanks, et les ministères.

Sur le lieu de travail, les syndicats sont gérés au quotidien par des travailleur-se-s qui sont volontaires pour être délégué-e, et pour qui cette position implique bien souvent des difficultés et représente un véritable coût personnel. Néanmoins, il arrive que les syndiqué-e-s et leurs représentant-e-s entrent en conflit avec la bureaucratie payée par le syndicat.

La raison pour ces conflits est que la base syndicale n’a pas les mêmes intérêts que les personnes qui travaillent pour et qui dirigent le syndicat. Les dirigeant-e-s doivent placer les intérêts du syndicat en tant qu’entité légale au-dessus des intérêts d’une organisation de travailleur-se-s qui se battent pour leur cause. C’est dû au fait que leurs emplois et leurs positions politiques dépendent de l’existence de l’entité légale. Une action qui mettrait le syndicat en péril – tel que les grèves spontanées – ne sera donc jamais soutenue par les dirigeant-e-s syndicaux-ales.

Même au niveau régional et local, des employé-e-s syndicaux-ales en temps-plein ne partagent pas les mêmes intérêts que les membres. Cela n’a rien avoir avec leurs idées ou intentions (beaucoup d’employé-e-s sont d’ancien-ne-s militant-e-s sur le lieu de travail qui veulent soutenir les travailleur-se-s au-delà de leur propre lieu de travail), il s’agit plutôt de leurs intérêts matériels. L'intérêt d'un-e- travailleur-se c'est obtenir plus d’argent, des pauses plus longues, ou d’autres avantages. L'intérêt d'un-e employé-e syndical-e c'est de parvenir à attirer l’attention médiatique sur la table de négociations avec le management, pour que les travailleur-se-s continuent à payer leurs frais d’adhésion.

La position des délégué-e-s – souvent assumée par les travailleur-se-s les plus militant-e-s – peut s’avérer difficile. Contrairement aux employé-e-s temps plein, ils-elles travaillent dans l'entreprise et sont payé-e-s comme celles-ceux avec qui ils-elles travaillent. Quand le management décide d’une baisse des salaires, leur salaire diminue aussi. Et en tant qu’activiste sur le lieu de travail, ils-elles peuvent être pris-es pour cible par le patronat.

Mais même eux-elles doivent trouver un équilibre entre les intérêts de la base et ceux de la bureaucratie. Par exemple, un-e-délégué-e peut être révolté-e par le fait que le syndicat recommande au travailleur-se-s d’accepter une baisse des salaires, mais il-elle devra malgré tout convaincre les travailleur-se-s de ne pas quitter le syndicat. S’ils-elles décident de prioriser les intérêts de la base, ils-elles risquent d’être attaqué-e-s non seulement par le management, mais aussi par son syndicat.

Histoire

Certains problèmes sont déjà apparus lors de la création des syndicats. D’autres encore sont liés à l’évolution de la société capitaliste. Au début, les syndicats étaient illégaux, et toute tentative d’organisation se heurtait à une répressions massive par les employeur-se-s et les gouvernements. Les premier-e-s militant-e-s pour la défense des travailleur-se-s étaient souvent emprisonné-e-s, déporté-e-s ou même exécuté-e-s.

Malgré la répression, les travailleur-se-s poursuivaient leurs grèves et leurs luttes et parvenaient à obtenir de véritables améliorations de leurs conditions de vie et de travail. Les employeur-se-s et les gouvernements ont alors pris conscience qu’il était dans leur intérêt de permettre aux syndicats de s’établir légalement, et de les faire participer à la gestion de l’économie.

En fait, c’était une manière de minimiser les conflits ouverts entre employeur-se-s et travailleur-se-s, et, en plus de cela, les possibilités de participation réelle des travailleur-se-s étaient extrêmement limitées par des structures légales qui autorisaient nos « représentant-e-s » légaux-ales de parler à notre place. De la même façon, notre participation politique est régulée par un cadre légal contrôlé par l’état.

Ce processus s’est déroulé de différentes manières dans les différents pays et à des moments divers de l’histoire, mais le résultat final est très similaire. Dans tous les pays occidentaux, nous avons le droit de nous affilier à des syndicats mais nos possibilités d’actions pour nous défendre contre l’employeur sont fort limitées par l’ensemble des lois qui régissent les relations du travail. Il existe des barrières énormes pour empêcher des actions de grève effectives, surtout parce que les actions qui ne sont pas directement prévues par les règlements syndicaux sont interdites, tout comme les actions de solidarité. Les syndicats doivent imposer ces lois hostiles aux travailleur-se-s à leurs propres membres, sinon ils risqueraient des amendes et la saisie de leurs avoirs – ce qui mettrait en danger leur propre existence.

De plus, une fois que les syndicats acceptent l’économie capitaliste et leur place dans ce système, leurs intérêts institutionnels sont intrinsèquement liés à l’économie nationale, puisque la conjoncture de l’économie nationale affecte directement leur poids dans les négociations collectives. Ils veulent un capitalisme dynamique qui crée de l’emploi dans leur pays pour pouvoir recruter de nouveaux-elles membres qu’ils puissent représenter. Il n’est pas rare de voir des syndicats contribuer à maintenir les salaires à un niveau faible pour soutenir l’économie nationale, comme l’a fait le British Trades Union Congress (TUC) dans les années 1970, ou de participer à l’effort de mobilisation du gouvernement national dans le cadre d’une guerre, comme l’ont fait les syndicats à travers l’Europe pendant la Première Guerre mondiale, ou le US United Auto Workers (UAW) pendant la Deuxième Guerre mondiale, en s’engageant à ne pas entrer en grève pendant la guerre.

Vendre la tranquillité sur le lieu de travail

Une chose souvent revendiquée par les syndicalistes de gauche ou radicaux-les est de se « réapproprier les syndicats » ou, parfois, de recréer de nouveaux syndicats sans bureaucratie. Le truc, c’est que le fonctionnement des syndicats n’est pas dû à la bureaucratie ; c’est plutôt la bureaucratie qui découle de son fonctionnement (ou de sa fonction).

En fait, les syndicats occupent une position paradoxale : ils doivent se vendre doublement, à deux groupes de personnes dont les intérêts sont diamétralement opposés, c’es-à-dire les patron-ne-s et les travailleur-se-s.

Pour se vendre à nous, ils doivent prouver que l’affiliation au syndicat est avantageuse. Des fois, ça peut se traduire par le fait qu’ils vont nous soutenir dans une action qui vise à pousser le management de maintenir nos conditions de travail ou de les améliorer, surtout lorsque le syndicat n’est pas encore établi sur ce lieu de travail, et qu’il essaye d’y être reconnu pour la première fois.

Une fois qu’ils sont parvenus à nous faire entrer dans leur syndicat, ils prouvent au management qu’ils sont les principaux représentants de la force de travail. Mais en même temps, ils doivent prouver qu’ils sont des partenaires de négociation responsables.

Le management doit être sûr qu’une fois un accord a été trouvé, le syndicat a la capacité et la volonté de ramener les travailleur-se-s au travail. Autrement, quel intérêt le management aurait-il de conclure un accord avec un partenaire de négociation qui ne peut pas garantir que son engagement soit respecté ?

Ce désir d’être reconnu comme partenaire de négociation amène les syndicats à agir à l’encontre des intérêts de ses propres membres. Le but est de prouver face au management qu’ils contrôlent leurs membres. Cela explique pourquoi en 2011 au Royaume-Uni, on a pu entendre un négociateur du syndicat Unite qualifier comme « cancéreux » un groupe d’électricien-ne-s pourtant membres de la base du syndicat, tout comme en 1947, lorsque des dirigeant-e-s du syndicat des mineurs ont appelé à réprimander des mineurs en grève spontanée « même s’ils sont 50 ou 100 milles ». De la même manière, aux moments forts du mouvement syndical US américain dans les années 1940 et 1970, la UAW a discipliné et viré ses propres membres pour avoir fait grève sans autorisation.

Donc quand les syndicats « nous trahissent », ce n’est pas parce qu’ils font « mal leur boulot ». Peut être qu’ils font une partie de ce boulot (la nôtre, c'est-à-dire la défense de nos intérêts) mal, mais ils s’occupent très bien de l’autre partie (qui consiste à se profiler comme partenaire de négociation fiable face au patronat) ! Après tout, ils doivent bien être capables de contrôler nos luttes afin de nous représenter. Et c’est pour cela que les efforts de la soi-disant « gauche révolutionnaire » pendant les 100 dernières années visant à « radicaliser » les syndicats en élisant les « bon-ne-s » dirigeant-e-s et en votant les « bonnes » résolutions ont conduit dans une impasse. En fait, plutôt que de radicaliser les syndicats, les structures syndicales ont plus souvent déradicalisé les révolutionnaires !

Les seuls syndicats qui ont résisté à cette tendance sont ceux qui ont refusé de prendre le rôle de représentant, comme l’historique IWW aux États Unis, l’ancienne FORA en Argentine et l’actuelle CNT en Espagne. Ils ont payé ce refus en nombres de membres, en répression étatique ou les deux ensemble.

La plupart des syndicats choisissent une route plus confortable, celle qui vise à assurer la paix sociale sur le lieu de travail, bien souvent à nos dépens. Ils fourrent nos problèmes dans la machine à procédure de traitement de plaintes, dans des formulaires et dans des négociations peu transparentes. Et les employeur-se-s les adorent justement pour cette raison. Ainsi, un manager d’une multinationale en Afrique du Sud répondait à la question pourquoi son entreprise avait reconnu le syndicat : « Avez-vous déjà essayé de négocier avec un terrain de foot rempli de travailleur-se-s militant-e-s et en colère ? »

Les syndicats – utiles ?

Depuis les années 1980, les conditions de travail se sont sérieusement détériorées et le marché du travail s’est précarisé de manière dramatique. Le travail occasionnel, temporaire et via une agence intérim s’est progressivement normalisé, ce qui a pour conséquence que les travailleur-se-s sont fréquemment amené-e-s à changer de lieu de travail. Dans les pays occidentaux, les secteurs traditionnellement investis par les syndicats ont disparu, et ont été remplacés par des secteurs historiquement moins organisés, comme le commerce, l’hôtellerie ou le secteur des services.

Plutôt que de garder des membres en les soutenant dans leurs luttes sur le lieu de travail, les syndicats ont préféré fusionner (au Royaume-Uni, NALGO, NUPE et COHSE se sont transformés en Unison, et TGWU et Amicus en Unite) et essayent d’attirer des membres en offrant des cartes de réduction de supermarché et des assurances avantageuses.

L’internationalisation du marché du travail a tout autant conduit à une érosion des syndicats officiels. Les travailleur-se-s peuvent être employé-e-s dans un pays tout en travaillant dans un autre et les entreprises elles-mêmes peuvent délocaliser les usines et bureaux, selon où elles trouvent la main-d’œuvre la moins chère.

Par exemple, en 2011, les travailleur-se-s de Fiat en Italie étaient encouragé-e-s par leur syndicat d’accepter une détérioration de leur contrat de travail sous la menace de voir leur emploi délocalisé en Pologne. En même temps, les travailleur-se-s polonais-es étaient elles-eux-mêmes mobilisé-e-s contre Fiat. Et pourtant, dans aucun des deux pays les syndicats n’ont essayé de tisser des liens internationaux entre travailleur-se-s.

Brisons les règles ensemble

Alors que leur fonction représentative rend toute interaction avec la bureaucratie syndicale extrêmement lente et fastidieuse pour les militant-e-s, ces changements sur le marché du travail l’a rendu de toute manière inutile pour grand nombre de travailleur-se-s.

En cas de conflit social, des travailleur-se-s non syndiqué-e-s se sentent impuissant-e-s, et même celles-ceux qui sont en grève peuvent avoir l’impression qu’ils-elles ne font que traverser pour une x-ième fois le rituel de la grève officielle : le management fait une proposition affreuse, le syndicat est « indigné » et lance une grève d’une journée (allez, peut être même plusieurs journées), les négociations reprennent et la grève s’arrête, le management sort une nouvelle proposition un peu moins affreuse et les dirigeant-e-s syndicaux-les crient victoire et recommandent le nouvel accord à ses membres.

Mais les choses ne doivent pas toujours se passer ainsi. Ce qui compte - que nous soyons membres du syndicat ou non – c’est d’aller au-delà les limites fixées par le syndicat officiel et les lois du travail restrictives. Au lieu d’élire différents représentant-e-s ou de voter des résolutions à des réunions syndicales rigides, nous devons nous organiser ensemble avec nos collègues pour briser leurs règles et respecter les nôtres :

Ces idées ne sont pas nouvelles. Il s’agit de choses que les travailleur-se-s – aussi bien au sein des syndicats qu’en dehors – ont fait tout au long de l’histoire et sont, par conséquent, entré-e-s en conflit non seulement avec leurs patrons mais également avec la bureaucratie de leur syndicat.

Conclusion

Souvent nous considérons les syndicats comme un cadre organisationnel qui nous donne de la force. C’est sans doute vrai, en partie. Mais nous ne reconnaissons pas (ou au moins nous n’agissons pas dessus) que la force que le syndicat nous donne, c’est en fait notre propre force, canalisée – et donc limitée – par les structures syndicales.

Ce n’est qu’en étant conscient-e-s de ce rapport et en prenant la lutte en mains propres – en ignorant les divisions syndicales et en respectant les piquets de grève des un-e-s et des autres, en n’attendant pas notre syndicat officiel pour commencer une action, en faisant des actions qui peuvent difficilement être sanctionnées comme les occupations, les ralentissements ou le sabotage – que nous pouvons utiliser notre force et commencer à gagner.

Pour plus d’informations (en anglais)

L'action directe : une introduction

Une petite introduction par libcom.org à l'action directe pour expliquer pourquoi nous soutenons ce mode d'action, et les problèmes que nous voyons dans d'autres formes d'action.

Beaucoup de personnes sont inquiètes de l’évolution de notre monde. Que ce soit par rapport à leur condition de travail ou leur chômage, par rapport à l’environnement, le logement, la guerre ou tout autre problème, il n’y a pas de doute que des millions (voire des milliards?) de personnes envisagent à un moment de leur vie d’agir politiquement pour résoudre un problème.

Pourquoi l’action directe ?

Les gens utilisent des tonnes de types d’actions pour changer le monde, elles sont bien trop nombreuses pour en dresser une liste exhaustive. Souvent, en tout cas, ces actions impliquent de faire appel à divers « spécialistes » comme les responsables politiques, des dirigeant-e-s de syndicats, des experts légaux et autres.

Mais en réalité, ces spécialistes n’ont pas grand-chose en commun avec nous. Les responsables politiques et les dirigeant-e-s syndicaux-ales ont d’autres intérêts que nous, ce qui est généralement le cas de toute personne qui gagne un salaire à 6 chiffres ou même ceux-celles dont le salaire annuel tourne autour de 90,000 euros. De la même manière, il semble vain de chercher refuge derrière la loi, considérant que les lois qui nous protègent aujourd’hui peuvent aisément être changées du jour au lendemain – et cela suppose encore qu’elles soient effectivement appliquées, ce qui n’est souvent pas le cas.

Nous pouvons aussi choisir de ne pas participer aux « pires excès » du capitalisme, en évitant d’acheter des produits d’entreprises « immorales » ou en cultivant nos propres aliments.

Cependant, cette approche est problématique dans la mesure ou elle fait de la résistance au capitalisme un choix de mode de vie individuel. Par exemple, les produits « fair trade » et les produits bio sont souvent plus chers que ceux qui n’ont pas ce label.

Plus grave encore, ce raisonnement transforme des problèmes sociaux en une affaire morale d’entreprises ou de gouvernements qui se comportement « mal ». Et nous nous retrouvons seul-e-s face à eux, avec nos choix de consommation. Le « business as usual » suit son cours, simplement avec des entreprises différentes. L’exploitation continue et toutes les noix de cajou commerce équitable du monde ne suffiraient pas pour l’arrêter !

C’est pour cette raison que nous faisons le choix de l’action directe : parce qu’elle repose sur notre force collective pour arrêter le « business as usual », plutôt que de faire appel à nos choix de mode de vie ou aux leader politiques et syndicaux-ales. Et parce qu’au bout du compte, cela nous permet de compter sur nous-mêmes – plutôt que sur celles-ceux qui ne partagent pas notre situation, ces soi-disant « spécialistes » qui n’auront pas à vivre avec nos problèmes.

L’action directe, c’est quoi ?

En deux mots, l’action directe c’est quand des personnes agissent pour réaliser leurs objectifs, sans intermédiaires ou partie tierce. Cela implique le rejet de personnalités politiques qui pourraient faire du lobbying et de refuser de faire appel à la générosité de nos employeur-se-s pour améliorer notre situation. Parce qu’en fin de compte, le problème n’est pas qu’ils-elles n’en ont simplement rien à faire – mais qu’ils-elles profitent de la détérioration de notre situation. Pour en savoir plus, tu peux consulter notre introduction à la notion de classes et aux luttes de classe.

Nous agissons donc par nous même pour imposer une améliorations de notre situation. Ce faisant, nous nous outillons de moyens d’action et nous nous responsabilisons de nos actions. Donc au cœur de l’action directe est l’idée que nous ne pouvons dépendre que les uns des autres pour atteindre nos objectifs.

L’action directe a lieu partout où le capitalisme montre son côté tranchant. C’est-à-dire là où nous travaillons, et où les employeur-se-s veulent nous virer ou faire travailleur plus pour moins d’argent. Ou alors là où nous vivons, lorsque des responsables politiques réalisent des coupes budgétaires en démantelant les services publics.

L’action directe sur le lieu de travail

L’action directe sur le lieu de travail consiste en toute action qui empêche le management de gérer son entreprise, le but étant de l’obliger à céder aux demandes des employé-e-s. L’action la mieux connue sur le travail est la grève, lorsque les travailleur-se-s quittent leur poste jusqu’à ce qu’ils-elles obtiennent ce qu’ils-elles demandent. Bien que la grève soit souvent limitée par la bureaucratie syndicale et des lois anti-grève, les travailleur-se-s refusent souvent de renonnaitre ces limites et organisent des grèves non-autorisées ou « sauvages » ce qui permet de retrouver l’impact véritable des actions de grève.

Il y a bien trop de tactiques d’action directe pour toutes les nommer, donc nous allons juste en citer quelque unes ici :

Il y a beaucoup d’exemples de ce genre de tactiques qui ont été utilisées avec succès. En 1999, les travailleur-se-s du métro londonien ont entamé une « grève pipi » pour protester contre une nouvelle règle qui leur interdisait de rentrer chez eux-elles une fois que leur travail était fait. Au lieu de pisser sur les rails comme il était coutume, ils-elles demandaient à chaque fois d’être accompagné-e-s par le superviseur de sécurité, qui devait emmener toute l’équipe avec lui (pour des raisons de sécurité). Une fois que l’équipe était de retour, quelqu’un d’autre sentait tout d’un coup le besoin d’uriner, et ainsi de suite – cette tactique a effectivement paralysé le chantier !

A Brighton en 2009, des travailleur-se-s ont réussi une grève sauvage contre le harcèlement du management tandis que dans la même année, des travailleur-se-s de Visteon à Londres et Belfast ont occupé leurs usines contre des licenciements.

L’action directe sur le lieu de travail a également souvent servi à des fins politiques. Par exemple, en 2008, les dockers en Afrique du Sud ont refusé de décharger des armes qui devaient être transportées au Zimbabwe.

L’action directe dans la communauté

La guerre en Iraq en 2003 a suscité des manifestations énormes, notamment la plus grande dans l’histoire de la Grande Bretagne à Londres le 15 février lorsque plus d’un million de personnes ont affronté la pluie à Hyde Park. Sans surprise, cette manifestation a été ignorée par les responsables politiques, qui n’en avaient pas grand-chose à faire du fait que nous étions nombreux-ses, mouillé-e-s et frigorifié-e-s. Mais l'action directe peut aussi être efficace en dehors du lieu de travail et au sein de sa communauté.

L’exemple le plus connu dans l’histoire britannique récente est celle de la taxe municipale. Quand Margaret Thatcher a tenté d’introduire cette taxe impopulaire en 1989, jusqu’à 17 million personnes dans tout le pays, notamment les personnes issues de la classe ouvrière, ont refusé de la payer. Des groupes de non-versement se sont créés à travers tout le Royaume Uni et les personnes ont mis en place des réseaux locaux anti-expulsions pour faire face aux huissiers. En 1990, aussi bien Margaret Thatcher que la taxe municipale ont toutes les deux été vaincues. On pouvait même la voir pleurer à la télé.

En Irlande, des campagnes de non-versement similaires ont permis de lutter contre l’augmentation des factures d’eau (1993-1996) et contre les taxes sur les déchets (2003-2004). En 2011, des gens de la classe ouvrière en Grèce ont lancé la campagne « We Won’t Pay » (« Nous n’allons pas payer ») contre la hausse des prix, et les gens se sont mis à refuser de payer les péages autoroutiers, les transports publics et certain-e-s médecins ont même refusé de faire payer leurs patient-e-s.

L’Europe continentale a aussi connu ses phases de « blocus économiques ». Souvent utilisés par des étudiant-e-s ou par des travailleur-se-s pour qui la grève n’est pas un moyen d’action efficace, ces actions consistaient en un blocage d’axes routiers majeurs ou de nœuds de transport. Tout comme la grève, cette action vise à bloquer l’économie en empêchant les gens d’aller au travail ou en ralentissant le transport des biens et des services.

Des centaines de milliers de personnes ont été impliquées dans ce genre d’action, se libérant ainsi des tactiques autorisées, officielles (et inefficaces) tel que le lobbying et les manifestations d’un point A à un point B.

Sortir de l’impuissance

Initier une action directe, c’est rejeter l’idée que nous serions impuissant-e-s face à nos conditions de vie. Une amélioration de nos vies ne nous parviendra jamais comme un cadeau d’en haut. Nous l’obtiendrons seulement par la lutte, comme ça a toujours été le cas d’ailleurs.

On nous raconte souvent comment les gens se sont battus pour obtenir le droit de vote. On parle beaucoup moins souvent des travailleur-se-s qui se sont battu-e-s pour l’état-providence, pour un logement décent, l’assurance maladie, de meilleurs salaires, une réduction du temps de travail, un lieu de travail plus sûr et les pensions.

Mais l’action directe n’est pas qu’un simple outil pour défendre ou améliorer notre situation. C’est aussi, comme l’a dit l’anarcho-syndicaliste Rudolf Rocker, « l’école du socialisme », qui nous prépare à la vie dans une société libre vers laquelle tendent beaucoup d’entre nous.

Tout comme la philosophie de vie et du foot de l’ancien manager de Liverpool Bill Shankley, l’action direct implique un effort collectif, nous travaillons les uns pour les autres et nous nous entraidons pour un but commun. En employant l’action direct, nous engagé-e-s dans une processus d’apprentissage, même en faisant des erreurs, car ces expériences nous montrent que nous ne devons rien laisser aux « expert-e-s » ou aux professionnel-le-s politiques. Cette leçon-la nous apprends rien d’autre que la trahison, des promesses non-tenues et un sentiment d’impuissance que nous connaissons déjà trop bien.

L’action directe nous apprend de contrôler nos propres luttes. De construire une culture de la résistance qui nous lie aux autres travailleur-se-s dans leurs luttes.

Et avec notre confiance en la force de la solidarité grandit aussi notre confiance en nous-mêmes et notre capacité à changer le monde. Et de là, il ne manque plus grand-chose pour passer du contrôle de nos luttes au contrôle de nos vies.

Basé sur/volé à What is Direct Action ? Par Organise ! Ireland.

Pour plus d’informations (en anglais)

L'environnement : une introduction

Une brève présentation et étude de ce qui est à l’origine de la crise écologique et des réponses qu’on peut y apporter.

La planète est confrontée à une crise environnementale d’une ampleur inégalée dans l’histoire humaine. Cette crise cause déjà aujourd’hui beaucoup de souffrance et, si elle se poursuit, risque d’aboutir à l’extinction de notre espèce sur terre.

Les problèmes environnementaux

Les problèmes environnementaux les plus néfastes auxquels nous faisons face aujourd’hui sont les suivants :

Qu’est-ce qui est à l’origine de la crise écologique ?

Souvent on entend dire que la cause de la crise actuelle est le surpeuplement de la planète ou l’utilisation des nouvelles technologies.

Mais la plupart des pratiques destructrices pour l’environnement ne se font pas au bénéfice du plus grand nombre, et la plupart des nouvelles technologies industrielles ne sont pas non plus systématiquement mauvaises pour l’environnement.

Le problème n’est pas qu’il y ait trop de gens sur la planète ou que la technologie moderne soit néfaste en soi. Le problème se situe plutôt dans nos sociétés – et surtout dans l’industrie – et la manière dont elles sont organisées aujourd’hui. C’est plus particulièrement l’usage de combustibles fossiles comme le pétrole, le charbon et le gaz, libérant du dioxyde de carbone (CO2), principal facteur du réchauffement climatique, qui fait courir la planète vers une catastrophe.
Mais les choses ne doivent pas forcément se passer ainsi.

Pour de nombreuses technologies et substances dangereuses, il existe des alternatives. Au lieu de brûler des combustibles fossiles, des sources d’énergie renouvelables peuvent être utilisées, comme le vent ou l’énergie solaire. Des plastiques d’origine pétrochimique (comme les sac en plastiques) qui ne sont pas biodégradables peuvent être remplacés par des plastiques à base d’amidon (qui se décomposent sans causer de dommages à l’environnement).

Il est possible de vivre dans le respect de l’environnement sans pour autant baisser son niveau de vie. La crise écologique n’est pas causée par des gens ordinaires qui oublient d’éteindre la lumière ou qui utilisent le mauvais savon. C’est ce système de production, gaspilleur et guidé par le profit, qui n’est pas durable. Le blâme pour la crise environnementale doit être jeté sur le capitalisme, ses gouvernements et sur la société qui génère ces forces destructrices.

Le capitalisme

Le capitalisme est un système de production incroyablement gaspilleur, orienté par la compétition sur le marché et la recherche de profit. Pour que les entreprises puissent survivre dans cette compétition, elles doivent maximiser leurs profits. Et afin de maximiser les profits, elles cherchent à baisser leurs coûts. Tout comme les salaires des travailleur-se-s qu’elles cherchent à baisser, elles vont essayer de limiter les coûts que représentent la protection de l’environnement et la gestion responsable des déchets. Vous pouvez trouver notre introduction au Capitalisme en suivant ce lien.

Le fait d’installer du matériel de sécurité et de surveiller l’emploi des substances dangereuses coûte de l’argent et réduit la marge de profit potentielle. Il est plus rentable de faire supporter ces coûts à la population sous forme de pollution.

Citons aussi toutes ces choses qui sont produites de manière inefficaces, gaspillant énormément de ressources. De nombreux produits sont conçus et construits de manière à ce qu’ils ne durent pas longtemps pour pousser les consommateur-trice-s à les racheter (l’obsolescence programmée). Des produits inefficaces ou inutiles sont vendus à coup de publicité agressive, souvent avec l’aide de politiques publiques (par exemple dans le secteur automobile, au détriment des transports publics). Ces mêmes stratégies de publicité nous amènent à considérer les objets dont nous disposons comme « dépassés », que nous devons donc remplacer par une nouvelle version.

Les biens qui sont produits dans le capitalisme ne sont même pas tous consommés. Des fois, des entreprises produisent plus qu’elles ne réussissent à vendre sur le marché, ce qui peut générer une chute des prix et une récession. La solution du patronat est alors de détruire les biens « superflus », au lieu de les distribuer auprès de celles-ceux qui en auraient besoin. En 1991, 200 millions de tonnes de céréales étaient retenus du marché volontairement afin de maintenir les prix. 3 millions de tonnes aurait suffit pour éliminer la faim en Afrique dans cette année – aujourd’hui la situation n’est guère différente, considérant que, au niveau de la planète, près de la moitié des aliments est jeté chaque année.

L’état

Dans une société capitaliste, le succès et l’échec d’un état dépend des performances du capitalisme sur son territoire. C’est pour cette raison que la promotion du profit et de la croissance économique représente un devoir primordial que se donne tout état d’une société capitaliste. Vous pouvez lire noter introduction à l’état en suivant ce lien.

L’état ne va pas de bon cœur mettre en place une législation qui protège l’environnement, mais qui est contraignante pour les entreprises et limite leurs profits (et donc également ses propres revenus fiscaux).

En plus de cela, des lois de protection environnementale risquent de rendre un pays peu attrayant pour des investissements. Par exemple, en 1992, les grandes entreprises des pays bas ont empêché la mise en place d’une taxe sur la pollution causée par le carbone en menaçant de délocaliser leurs sites de production vers l’étranger.

L’environnement ne peut donc pas être protégé par les outils étatiques, ou par le « parti écolo ». Les partis écologistes, comme tous les partis d’opposition, affichent des positions radicales tant qu’elles sont dans l’opposition mais, une fois au pouvoir, elles agissent comme les autres. En Allemagne en 2001, le parti écolo faisait partie du gouvernement et a dénoncé des mouvements de protestation contre des transports de déchets nucléaires. Le parti était co-responsable du déploiement de 17 000 policier-ère-s contre des résident-e-s contestataires.

En 2007, le parti des verts irlandais, qui avait soutenu la campagne « shell to sea » contre l’extraction de gaz naturel dans le nord-est de l’Irlande, est entré au gouvernement. Ils ont vite fait de retourner leur veste, et un homme politique des verts était même chargé de superviser le projet pendant sa participation au gouvernement.

Les classes

De manière générale, il est évident que la crise de l’environnement affecte tout le monde et menace la survie de l’espèce humaine dans son ensemble.

Mais, bien que la crise écologique soit une menace globale, les personnes issues de la classe ouvrière sont les premières concernées. Nous sommes celles-ceux qui vont effectuer les travaux dangereux, source de destruction environnementale, et qui vont devoir vivre dans les zones polluées, tandis que les gens fortunés peuvent se permettre d’aller vivre ailleurs.

Tandis qu’à long terme le changement climatique affectera tout le monde, tout le monde n’a, dans l’immédiat, pas les mêmes intérêts pour le combattre : les patron-ne-s et les états profitent de ce processus qui détruit l’environnement. Seule la classe ouvrière à actuellement un intérêt à défendre l’environnement.

Nous devons rejeter les débats largement médiatisé qui opposent « emploi » versus « environnement ». Premièrement, parce que celles-ceux qui travaillent dans des usines sources de pollution seront aussi souvent amené-e-s à vivre dans l’environnement que cette industrie détruit. Leur santé, et celle de leurs ami-e-s et de leur famille est mise enjeu, à la fois au travail et au foyer.

Deuxièmement, parce que les préoccupations que peuvent feindre l’état et les employeur-se-s sont complètement faussées. Quand il s’agit de faire des bénéfices, ils-elles seront les premier-ère-s à prétendre que la priorité, c’est de créer de l’emploi. Et quand une industrie cesse d’être rentable ou économiquement importante, ils-elles la ferment, sous prétexte qu’il-elles veulent protéger l’environnement, mettant tout le monde à la rue, comme nous l’avons vu avec les travailleur-se-s d’ILVA en Italie.

Comment pouvons-nous résoudre le problème ?

Étant donné que le capitalisme est un système profondément destructeur, en fin de compte la seule manière de mettre un terme à la crise environnementale est de créer une nouvelle société orientée vers les besoins humains, et non vers les profits.

Mais ça ne veut pas dire que rien ne peut être fait en attendant le grand changement. La crise environnementale a été causée par le capitalisme, s’opposer à ce système signifie s’opposer à la destruction de l’environnement. Comme l’état fait partie de ce système, il est vain d’espérer une solution de sa part. Seules des actions massives de démocratie de base constituent un mode de résistance efficace.

Pour cela, le mouvement pour la protection de l’environnement doit être pensé en lien direct avec les besoins quotidiens de notre classe. A l’inverse, des discours écologistes abstraits, déconnectés de la lutte des classes, n’ont pas beaucoup d’utilité à nos yeux.

Sur le lieu de travail

Étant celles et ceux qui produisent tous les biens dans notre société, les travailleur-se-s ont la capacité, par l’action sur le lieu de travail, de forger une arme puissante contre le patronat.

Puisqu’une grande partie de la destruction de l’environnement trouve sont origine dans l’industrie et puisque les travailleur-se-s et notre entourage sont les principales victimes de la pollution, les luttes ouvrières pour la santé et la sécurité sont souvent en première ligne pour la défense de l’environnement.

En considérant les menaces environnementales comme intrinsèquement liées aux enjeux de santé et de sécurité, nous pouvons faire converger les luttes pour de meilleurs conditions de travail, pour notre santé (sur et en dehors de notre lieu de travail) et pour l’environnement. Nous pouvons dénoncer l’emploi de substances toxiques dans l’industrie, exiger que les entreprises recyclent autant que possible et qu’elles trouvent des alternatives aux produits nocifs pour l’environnement.

Si les travailleurs-se-s construisent un rapport de force sur leur lieu de travail, ils-elles peuvent imposer des mesures écologiques dans les industries polluantes. Par exemple, dans les années 1970, des travailleur-se-s du secteur du bâtiment en Australie ont réussi à empêcher des investissements dans des projets de construction polluants (par des « green bans »), là où les gens refusaient de travailler sur ces sites nocifs.

Dans notre quartier et notre entourage

Beaucoup d’initiatives pour la protection de l’environnement naissent localement, dans des quartiers ou des communautés, comme par exemple les campagnes pour de meilleurs transports en commun permettant de réduire la dépendance de l’automobile.

Certaines initiatives empêchent la construction ou le fonctionnement des projets destructeurs pour l’environnement. Par exemple au Royaume Uni, au début des années 1990, à travers tout le pays des gens se sont opposés à des projets de construction d’autoroutes. Bien que toutes les oppositions n’aient pas abouties, l’organisation locale et en communautés a conduit à ce qu’en 1995, 300 nouvelles routes qui devaient traverser des zones de protection naturelle ou des zones résidentielles ont été annulées.

En 2012, les résident-e-s de Shifang, en Chine occidentale, ont forcé le gouvernement à renoncer à son projet de construire une usine pour alliages de cuivre qui, comme le craignaient les habitant-e-s, auraient pu générer une pollution considérable et de graves problèmes de santé. En Italie aujourd’hui, nous trouvons de nombreux exemples d’environnementalisme ouvrier, comme le mouvement No TAV qui lutte contre la construction d’une ligne ferroviaire pour un train à grande vitesse qui traverserait les montagnes du Piémont. Ce mouvement implique des communautés entières qui utilisent l’action directe dans leur lutte pour la survie.

Conclusion

La destruction de l’environnement ravage de grandes parties de la planète, et menace l’existence de toutes les espèces, y compris la nôtre. Cependant, elle n’est pas le fruit de mauvais choix faits par des individus, mais de notre organisation sociale.

Les entreprises maximisent leurs profits en ignorant la protection de l’environnement, et les gouvernements encouragent des investissements au lieu d’imposer des régulations strictes.

Il appartient donc à la classe ouvrière de protéger l’environnement, étant donné que nous sommes les seul-e-s ayant un intérêt immédiat à le défendre. Aujourd’hui, nous devons utiliser l’action directe pour nous opposer à la destruction de l’environnement. A terme, c’est par la force collective que nous pourrons construire un nouveau monde, basé non pas sur la poursuite incessante de profit, mais sur la réponse aux besoins humains, y compris celui d’un environnement propre et sain.

Pour plus d’informations (en anglais)

Ecology and class: where there's brass, there's muck - Anarchist Federation – un ouvrage qui examine la crise écologique actuelle et ce qui est fait pour la combattre et qui donne une idée de ce que pourrait être un monde durable selon une vision communiste libertaire.
Social Ecology versus Deep Ecology: A Challenge for the Ecology Movement - Murray Bookchin – La critique de Murray Bookchin de l’écologisme “mystique” et sa conception d’un environnementalisme porté par et pour la classe ouvrière.
Climate change and capitalist growth - Joseph Kay – Un regard sur les réponses capitalistes au changement climatique et ses conséquences.
Nature, Neoliberalism and Sustainable Development: Between Charybdis and Scylla - Harry Cleaver – Une approche autonome marxiste sur l’impact du développement capitaliste sur l’environnement.
The politics of anti-road struggle and the struggles of anti-road politics - the case of the No M11 -
Un super article qui analyse en profondeur le mouvement contre la construction de routes au Royaume Uni dans les années 1990.
1971-1974: Green bans by builders in Australia – une histoire de la campagne massive de l’action sectorielle par les travailleurs-se-s du secteur de la construction qui ont protégé l’environnement et des communautés locales en refusant de travailler dans des conditions nocives pour leur santé et pour l’environnement.

Le communisme libertaire : une introduction

Une petite introduction au communisme libertaire par libcom.org pour expliquer ce que cette idée signifie pour nous et pourquoi nous y adhérons.

Introduction

Lorsque nous parlons de communisme, il faut distinguer deux choses : d’abord une forme d’organisation sociale qui est fondée sur le principe « de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins », et ensuite un mouvement réel dans le monde qui nous entoure et qui tend vers la construction d’une telle société. Dans cet article, nous allons aborder les deux sens, en commençant par le dernier, souvent moins bien connu.

Le mouvement réel

Dans notre introduction au capitalisme, nous présentons l’économie capitaliste, en essayant de montrer en quoi les besoins du capital – ses besoins en profit et en accumulation – s’opposent à nos intérêts en tant que classe ouvrière.

Les patron-ne-s font pression vers le bas sur les salaires, baissent les pensions, éliminent des postes, augmentent les heures de travail, intensifient le rythme de travail et détruisent l’environnement. Nous essayons d’y résister parce que nous voulons défendre notre qualité de vie contre le capital et les conditions dans lesquelles ce système économique nous oblige à vivre.

Et quand nous faisons justement ça, c'est-à-dire quand nous initions des actions directes et de solidarité pour protéger notre qualité de vie, lorsque, par exemple, nous organisons des grèves ou que nous ralentissons volontairement le rythme de travail, pour protester contre des réductions de salaires ou une augmentation de la charge de travail, nous commençons à jeter les bases d’une société d’un genre nouveau : Une société fondée sur la coopération, la solidarité qui satisfait nos besoins humains – une société communiste.

Le communisme en tant que mouvement est donc la tendance constante de la classe ouvrière à coopérer, s’entraider, à entreprendre l’action directe et à résister dans la société capitaliste.

A certains moments de l’histoire, ce mouvement politique emportait des foules d’ouvrièr-e-s, à travers d’énormes vagues d’agitation sociale et d’activisme sur le lieu de travail. Il y a eu, par exemple, des grèves sauvages post-guerre aux États-Unis, l’automne chaud en Italie en 1969, le mécontentement des britanniques en hiver de l’année 1978 ou la résistance anti-austérité en Grèce depuis 2010.

Des fois ces agitations sociales ont même débouché sur des événements révolutionnaires. Par exemple à Paris en 1871, en Russie en 1917, en Italie en 1919-1920, en Ukraine en 1921, en Espagne en 1936 et en Hongrie en 1956. Ce ne sont là que quelques unes des occasions que la classe ouvrière a saisies pour transformer la société à travers l’action collective et selon ses propres intérêts, plutôt que ceux du patronat.

A chacun selon ses besoins…

Ce monde ne manque pas de responsables ou de groupes politiques qui prétendent avoir la solution toute faite pour créer une société plus juste. Mais le communisme n’est pas quelque chose qui se décrète du haut en bas par des partis ou des individus politiques. Le communisme doit être créé, grâce à une participation massive et grâce à l’expérimentation, par nous, les travailleur-se-s nous-mêmes.

Il est d’ailleurs important de souligner que le « communisme » n’a rien à voir avec l’ancienne URSS ou Cuba et la Corée du Nord comme on les connaît aujourd’hui. Il s’agit là de sociétés essentiellement capitalistes avec un seul capitaliste : l’état. De la même manière, le communisme n’a rien en commun avec la Chine dont le parti qui gouverne le pays et qui s’appelle lui même « communiste » dirige une des nations capitalistes les plus prospères au monde.

Lors des divers événements révolutionnaires à travers l’histoire (dont certains ont déjà été mentionnés), les travailleur-se-s ont essayé la mise en pratique du communisme de différentes manières. Ils-Elles ont développé des principes selon lesquelles une société communiste pourrait s’organiser et ont créé des exemples pratiques de ce qui devient possible lorsque nous agissons ensemble dans notre intérêt de classe.

Une société sans patron-ne-s

Au lieu de laisser la propriété et le contrôle sur les moyens de productions – les terres, les usines, les bureaux etc – aux mains d’individus privés ou de l’état, une société communiste est fondée sur la propriété commune et la gestion collective de ces moyens de production. Et au lieu de produire pour l’échange et le profit, le communisme signifie de produire pour les besoins humains, y compris le besoin d’un environnement sain et sauf.

Déjà aujourd’hui, ce sont nous, les travailleur-se-s, qui produisons tout et qui dispensons tous les services nécessaires pour vivre. Nous construisons les routes, les maisons, nous conduisons les trains, nous prenons soin des malades, nous élevons les enfants, préparons la nourriture, développons de nouveaux produits, cousons les vêtements et enseignons à la génération future.

Une panoplie d’exemples nous montrent que les travailleur-se-s peuvent gérer leur lieu de travail de manière efficace, et souvent même plus efficacement qu’une organisation hiérarchique.

Un exemple récent sont les usines qui ont été reprise lors des révoltes en printemps 2001 en Argentine. A ce moment un tiers de l’industrie du pays a été placée sous contrôle des ouvriers et ouvrières. Si nous remontons plus loin dans l’histoire nous pouvons trouver d’autres exemples de gestion collective encore plus larges et importants.

Par exemple, durant la guerre civile espagnole en 1936, la majorité des industries en Espagne révolutionnaire a été reprise et gérée collectivement par les travailleur-se-s. Là ou c’était possible, les travailleur-se-s se sont encore plus rapproché-e-s d’une société communiste, en abolissant l’argent, ou en distribuant gratuitement les biens qui étaient disponibles en abondance.

A Seattle en 1919, dans un contexte de grève générale, la ville a été reprise et gérée par les travailleur-se-s. En Russie en 1917, des travailleur-se-s ont repris des usines, avant que les bolcheviques prennent le contrôle et redonnent l’autorité aux mains de patron-ne-s.

Une société sans salaires

Le communisme signifie aussi une société sans argent dans laquelle notre travail – et ses fruits – ne prend plus la forme de marchandises qui sont vendues et achetées.

Souvent les gens sont préoccupés par la question de savoir si une société communiste peut vraiment produire suffisamment pour tout le monde, sans avoir recours à la menace implicite de sanction, qu’impose le système salarial.

Encore une fois, nous disposons de nombreux exemples qui nous montrent que nous n’avons pas besoin qu’une menace de sanction ou de famine planerait au dessus de nous pour que nous nous engagions dans une activité productive.

Pendant la plus grande partie de l’histoire de l’humanité, ni l’argent, ni le travail salarié n’existaient, et le travail nécessaire était néanmoins fait.

Dans les sociétés de chasseurs-se-s/cueilleur-se-s, par exemple, qui étaient majoritairement pacifiques et égalitaires, il n’y avait pas de différence entre le travail et le jeu.

Même aujourd’hui, une quantité énorme de travail nécessaire est effectuée gratuitement. En France par exemple, malgré de longues heures de travail, notamment les femmes assument la plus grande partie du travail ménager. En plus de ça, au Royaume Uni, près de 10 % des gens réalisent des services de soin non rémunérés et 25 % des adultes en Angleterre s’engagent dans un travail bénévole une fois par mois. La valeur totale du travail non rémunéré est estimé à 11$ billions par an en 2011.

Presque tout type de travail utile imaginable est aussi réalisé par quelqu’un gratuitement, sans prendre la forme d’un « travail » salarié, ce qui montre que les salaires ne sont pas forcément nécessaires. Faire pousser des légumes, s’occuper des enfants, faire de la musique, réparer des voitures, essuyer le sol, discuter avec les gens de leur problème, prendre soin des malades, programmer des ordinateurs, faire des vêtements, créer de nouveaux produits… la liste est sans fin.

Des études ont montré que l’argent n’est pas un moyen de motivation efficace pour inciter à une bonne prestation quand les tâches sont complexes. Les gens qui ont la liberté de décider de ce qu’ils-elles font et comment ils-elles le font, tout en considérant leur travail comme constructif et socialement utiles sont les plus motivées.
Des projets concrets tel que le mouvement du logiciel libre illustrent également comment des organisations non-hiérarchiques, collectives qui poursuivent un but d’utilité sociale peuvent mieux fonctionner que des organisation hiérarchiques à but lucratif et que les personnes n’ont pas besoin d’un salaire pour vouloir produire quelque chose.

Lorsqu’il n’y a pas de but lucratif, tout progrès technique qui rend le travail plus efficace permettrait à toutes et tous de travailler un peu moins et avoir plus de temps libre, au lieu d’amener le management de licencier des gens et d’intensifier la charge de travail pour les travailleur-se-s restant-e-s (comme c’est le cas actuellement). Voici notre introduction au travail pour plus d’informations.

Une société sans État

Dans notre introduction à l’État nous définissons le gouvernement comme « organisation qui est contrôlée par une petite minorité de personnes » qui se caractérise par « sa capacité à prendre des décisions politiques et légales – et à les imposer, violemment si nécessaire”.

Si la distinction entre employeur-se-s et travailleur-se-s n’existe plus, ni celle entre pauvres et riches, une organisation de violence centralisée contrôlée par un petit nombre d’individus, n’a plus lieu d’être, ni sa police qui protège la propriété des riches et impose la pauvreté, le travail salarié et même la famine dans d’autres parties du monde. De la même manière, lorsque la recherche d’accumulation de profits aura disparu, il n’y aura plus besoin d’armées pour conquérir de nouveaux marchés et de nouvelles ressources.

Il y aura évidemment toujours besoin de protéger la population contre des individus asociaux ou violents. Mais cela pourrait se faire de manière locale et démocratique, par un corps qui fonctionne par mandats et selon le principe de rotation, plutôt que par une police qui n’a de compte à rendre à personne et dont la brutalité et même les meurtres ne sont quasiment jamais punies.
Pour prendre des décisions collectives, nous proposons par opposition à la « démocratie représentative » qui gouverne la plupart des pays, la démocratie directe. La vraie démocratie signifie plus que pouvoir élire pour quelques années une poignée de personnes (souvent riches) pour prendre des décisions politiques à notre place, tandis que d’autres décisions sont prises sans aucun contrôle démocratique dans les conseils d’administration d’entreprises, régie par la « tyrannie du marché ».

Nous pouvons organiser nos luttes par nous même, de façon autonome, en commençant par des groupes de co-travailleur-se-s, qui se réunissent en assemblée sur leur lieu de travail ou dans leur localité ou leur quartier et nous pouvons nous unir et nous coordonner en utilisant les technologies de la communication et des conseils de travailleur-se-s avec des mandats directs et révocables.

Et tout comme nous pouvons organiser nos luttes, nous pouvons aussi organiser notre société nous même, comme la classe ouvrière l’a déjà fait à plusieurs reprises dans l’histoire. Par exemple, pendant l'insurrection de Budapest en 1956, des conseils de travailleur-se-s se sont mis en place chargés de gérer différents aspects sociaux, tout en exigeant un socialisme qui se fonde sur une démocratie populaire. Plus récemment, depuis la révolte en 1994, la région du Chiapas au Mexique est gouvernée indépendamment de l’état par un système de démocratie directe, sans leader, où les mandats de d’agents publics sont limités à deux semaines.

Conclusion

Beaucoup de gens pensent que le communisme est une bonne idée mais que ça ne fonctionne pas dans le réalité. Mais ne faut-il pas commencer par se demander : « et le capitalisme, ça fonctionne ? »

Tandis que des milliards de personnes vivent dans la pauvreté au milieu d’une richesse inimaginable, et que nous fonçons droit dans une catastrophe écologique, nous pensons que la réponse à cette question est un « non » catégorique. Aucun système n’est parfait, mais nous sommes convaincu-e-s qu’il y a suffisamment de preuves qu’une société communiste marcherait beaucoup mieux que notre système capitaliste actuel pour la majorité des personnes – et peut être même pour quelques riches qui sont malheureux-ses, malgré leur fortune.

Une société communiste ne signifie pas qu’il n’y aurait plus de problème. Mais elle permettrait déjà de résoudre quelques enjeux majeurs auxquels nous sommes confronté-e-s aujourd’hui, tel que la pauvreté et la destruction environnementale, ce qui dégagerait des forces pour répondre à d’autres problèmes bien plus intéressants.

Au lieu de devoir travailler, produire et accumuler toujours plus, on pourrait trouver des solutions pour travailler moins, pour rendre le travail que nous devons faire plus agréable, pour trouver plus de joie et de satisfaction dans la vie.

Au lieu de juger de la réussite d’une société en fonction de son PIB, nous pourrions l’évaluer selon le bien être et le bonheur qu’elle procure à ses membres. Au lieu de nous connaître en tant que « collègue », « client-e », « supérieur-e », « concurrent-e », nous pourrions nous rencontrer en tant qu’êtres humains.

Celles et ceux d’entre nous qui écrivent et lisent ces mots ne connaîtrons dans leur vie peut être jamais une société véritablement communiste et libertaire. Malgré tout, le communisme en tant que mouvement réel – c'est-à-dire la lutte quotidienne pour défendre nos intérêts contre ceux du capital – contribue à améliorer nos vies ici et maintenant, et protège la planète pour nous et les générations futures. En fait, c’est le communisme en tant que mouvement réel – les combats de la vie de tous les jours pour défendre nos conditions – qui jette les bases pour une société communiste, libre et égalitaire.

Ce mouvement, que nous appelons communiste libertaire, s’est appelé en d’autres temps et lieux, « communisme anarchiste », ou simplement « socialisme » ou « communisme ». Mais ce qui compte n’est pas le nom ou l’étiquette idéologique mais son existence, non pas en tant qu’idéal futur mais en tant qu’incarnation de nos besoins, de nos désirs de notre esprit de résistance dans nos vies de tous les jours. L’esprit de résistance existe, et il a toujours existé dans toutes les sociétés et sous tous les régimes qui reposent sur l’injustice et l’exploitation ; et avec cet esprit de résistance naît aussi la possibilité d’un monde fondée sur la liberté et l’égalité pour tou-te-s.

Pour plus d’information (en anglais)

Capitalisme et communisme – Gilles Dauvé – une explication détaillée du communisme en tant que communauté réelle et humaine, l’anti-thèse du capitalisme.
Work community Politics War – prole.info – un excellent guide d’introducion illustré au communisme libertaire et au capitalisme.
A world without money : communism : The friends of 4 million young workers – le texte discute le communisme libertaire et, plus spécifiquement, le fait que le communisme doit être un système sans argent.
Parecon or libertarian communism ? - un débat entre le groupe libcom et des partisant d’une « société participative », qui explique les arguments en faveur d’un système économique basé sur le « à chacun-e selon ses besoins ».
The soul of man (sic) under socialism – Oscar Wilde – ce texte du célèbre écrivain et poète Oscar Wilde expose sa vision personnelle d’une société communiste libertaire et les implications pour la liberté et le potentiel personnels.
Collectives in the Spanish revolution - Gaston Leval – un livre qui examine les réalisations constructives de la révolution espagnole, pendant laquelle de grandes parties du pays ont été régies par la classe ouvrière.
From mass strke to new society – Jeremy Brecher – un excellent text qui se concentre sur la transiction d’une phase de grève générale vers une société communiste libertaire, en examinant plus particulièrement des exemples historiques en Espagne, Italie et Russie.
- The conquest of bread et Fields, factories and Workshops – Peter Kropotkin – deux classiques par l’anarchiste communiste russe qui datent, mais qui garde une valeur inestimable. Le premier texte examine ce qui doit être fait dans une société communiste, et comment on pourrait le faire, et le second énonce comment une telle société pourrait être organisée.