Summer Meeting (2008)

Projets d’atelier - Cebe

vendredi, 9 mai 2008

Sont pressentis :

  • problèmes théoriques posés par le concept de cycle de luttes
  • Distinction de genre et programmatisme
  • Dialectique systématique/subsomption
  • Chine/économie/luttes de classe
  • Les luttes offensives actuelles sur le salaire
  • Les activités d’écart
  • L’intervention et le courant communisateur
  • Réception du concept de communisation
  • Les luttes "anti-travail" dans l’automobile américaine, fin 60’s-début 70’s

On a parlé de :

  • La subsomption réelle
  • Capitalisme financier, crise des subprimes, inflation des matières premières

Questions sur le concept de cycle de luttes - Roland Simon

jeudi, 22 mai 2008

Questions sur le concept de cycle de luttes

Ces quelques lignes ne sont qu’une ébauche du texte que je proposerai pour un atelier lors du Summermeeting

Il faudra commencer par rappeler la définition et la pertinence actuelles de ce concept et à quels enjeux théoriques il répond. Mais déjà on peut énumérer quelques questions que le concept soulève. Questions qui touchent tous les domaines d’investigation théorique.

* Différence entre une phase d’accumulation et un cycle de luttes : la question de ce qu’est l’économie.

* Un cycle de luttes se cale-t-il sur les cycles du capital. Le développement du capital est identique à la contradiction entre prolétariat et capital, mais avons nous affaire à une identité sans médiation ?

* Doit-on reconnaître pour parler de cycle de luttes la validité des « Kondratieff » ? Dans ce cas : un cycle de luttes est-il affecté, dans son cours, par les phases A et B d’un « Kondratieff » ? Dans ce cas : les crises révolutionnaires sont –elles liées à une crise systémique des Kontradieff ? Se situent-elles entre deux Kondratieff ou entre les phases A et B d’un même Kondratieff ?

* Question fondamentale et très délicate : relation et continuité entre les cycles de luttes. Les cycles de luttes sont-ils des unités discrètes (radicalement discontinues) ? Comment nous relions nous maintenant aux cycles antérieurs ?

* Comment formaliser théoriquement le passage d’un cycle à l’autre ? Faut-il introduire le concept de contre-révolution dans celui de cycle de luttes ? Le passage est-il une juxtaposition ou une coordination (ce n’est pas exactement la même question que celle de la continuité) ?

* Question liée aux deux précédentes : existe-t-il un « héritage » ? Qu’est-ce qu’un héritage ?

* Tous les éléments définissant (déterminant) un cycle de luttes ont-ils la même temporalité : luttes immédiates, crises révolutionnaires, théories, organisations ? Existe-t-il des anachronismes ? Est-ce qu’un ancien cycle peut sous certains aspects se perpétuer, alors qu’un autre a commencé ? Est-ce qu’il y a intégration ou chevauchement ?

* A quel niveau dans la définition d’un cycle considérer ses contradictions internes ? Inversement qu’est-ce que l’unité d’un cycle ?

* La nature de l’échec d’un cycle de luttes : l’impossibilité dans ses propres termes est-elle une structure explicative valable pour tous les cycles ?

* Relation entre cycle de luttes / échec (impossibilités internes) / limites / contre-révolution ?

* Question du découpage chronologique. Existe-il des phases chronologiques différentes dans un même cycle (quelle que soit la réponse donnée à la liaison avec les Kondratieff) ? Peut-on découper en sous-ensembles un cycle de luttes ? Quelles sont la pertinence et la validité dans ce cas d’un tel découpage ? Pourquoi des phases d’un même cycle et pas deux cycles différents ?

* Quel est le point de départ de la définition d’un cycle : un amalgame de micro-faits ou une structure donnant sens à ces faits ?

* Peut-on faire une périodisation en cycle de luttes historiquement homogènes malgré les différences nationales et les notions de centre et de périphérie ?

Courage ! R.S

21 / 05 / 08

L’auto-organisation des femmes - Bernard Lyon

dimanche, 25 mai 2008

- L’auto-organisation des femmes dans celle du prolétariat
-  est le premier acte de l’abolition des hommes…

et des femmes, la suite s’effectue, comme communisation, contre toute auto-organisation

L’auto-organisation des femmes ...

Note préalable

La note sur l’auto-organisation des femmes n’est pas de la théorie au sens « dur », c’est bien plutôt un scénario ( Une conjecture exploratoire euphorisante et très certainement bancale ) calqué sur le texte : « L’auto-organisation est le premier acte de la révolution, la suite s’effectue contre elle » est inspiré par

1°(de très très loin) de ce que disaient les femmes de « Mujeres libres » avant le début de la guerre d’Espagne, en voulant en quelque sorte doter de valeurs maternantes la solidarité issue de la révolution.

2° Des bribes d’info qu’on a pu avoir sur l’Argentine où les rapport h/f n’étaient pas toujours idylliques parmi les gens en lutte, et où les femmes avaient un grand rôle et où aussi apparemment elles se sont beaucoup occupé de la prise en main de la « matérielle » bouffe, enfants, logements et aussi de culture et formation, sans du tout renoncer à intervenir sur les coupures de route et dans les discussions.

3° Du mouvement des femmes en France surtout dans les années 70 où elles insistaient sur la nécessité d’un mouvement « non-mixte » pour pouvoir lutter réellement contre la domination masculine mais aussi des femmes des groupes gauchistes ou anarchistes contre les conditions spécifiques de l’exploitation capitaliste des femmes.

Sur le plan à plus proprement parler théorique de l’analyse de l’existence sociale des femmes posées comme telles par et dans la société, ce scénario postule qu’il n’y a pas 2 contradictions : une contradiction prolétariat/capital (k/p) et une contradiction hommes/femmes (h/f), mais qu’il y a une opposition h/f qui est une articulation interne à la contradiction k/p, articulation constitutive, indispensable et indépassable dans le capital comme mode de production et comme société sexués

La note part de la « fin » : L’individu immédiatement social qui n’est pas déterminé par la reproduction d’une spécificité sociale et donc contingente. La communisation produit la génitalité, ainsi que toute la corporéité, comme dimension absolument inhérente à l’individu et qui ne le détermine pas pour un rôle social (il n’y a plus de rôle sociaux), la génitalité n’est plus qu’une possibilité érotique et /ou reproductrice.

A partir de là, l’idée est que de la même manière que l’action du prolétariat est révolutionnaire parce que de classe mais que c’est que simultanément sa limite à dépasser en tant que catégorie du capital, l’action des femmes est destructrice de la domination masculine, mais est simultanément limitée par son caractère d’action sexuée qui n’est évidemment pas au-delà de la sexuation.

Ces deux points de base s’intègrent, c’est dans l’action de classe, des hommes et des femmes, que les femmes remettent en cause l’exploitation et son articulation sexuée, elles le font à partir des conditions immédiates spécifiques de leur exploitation de femmes prolétaires.

La simultanéité de l’apparition du mouvement moderne de luttes des femmes et d’une forte conflictualité de classe dans l’immédiat après 68, montre bien l’intime liaison entre lutte de classe « générale » et lutte des femmes contre la domination masculine et leur détermination comme femmes et non comme hommes tout simplement

. Cette lutte féministe nouvelle se déroule dans la fin de la forme programmatique de la lutte de classe, forme programmatique qui pour les femmes, avançait au mieux une égalité formelle et démocratique dans le cadre de l’affirmation du travail et du prolétariat tel qu’ils étaient.

La critique féministe de l’analyse de l’exploitation capitaliste des hommes et des femmes, telle qu’elle est vue dans le programmatisme, comme essentiellement indifférenciée, débouche sur la description de 2 exploitations dans 2 modes de production :

le MP Capitaliste et le MP Domestique, cette critique n’intègre pas les 2 réalités, ne s’en sort pas et recoure à la pirouette d’une « formation sociale » intégrant 2 modes de production juxtaposés, elle critique un « marxisme » qui ne parlerait que d’une exploitation indirecte des femmes prolétaires via leurs maris et donc pose à l’inverse une exploitation des femmes par leur mari à côté de l’exploitation capitaliste, qui finalement en profite quand même et la garantit.

Ce qui est essentiel dans cette critique c’est qu’à cause de son refus fondé de la naturalisation de la domination des femmes qui serait fondée sur le fait « naturel » que les femmes font les enfants, elle ne considère pas la production des enfants comme soumise à une exploitation de classe dans le cadre étatiquement normé de la famille (enfantement et élevage) et que cette exploitation là ne peut se faire que par l’appropriation des femmes tout entières et pas seulement de l’activité de gestation.

Cette critique féministe qui se dit « matérialiste » rate que c’est justement la capacité enfantante de la moitié des humains que la société de classe s’approprie, en tant capacité de produire la force de travail, en instituant « La femme » comme statut social et en organisant la domination masculine qui met en œuvre cette appropriation.

La critique de cette critique d’un point de vue communisateur, qui part de la production de l’individu immédiatement social, c’est non pas un retour à l’exploitation globalement indifférenciée du programme mais l’intégration de l’exploitation des femmes, socialement instituées donc mères et ménagères, comme dimension indépassable de l’exploitation capitaliste.

Les femmes subissent une exploitation spécifique (pour les « bourgeoises » la question n’est pas évidente) et les femmes prolétaires une double exploitation de leur capacité d’enfantement car cette exploitation implique une domination de la femme toute entière dans toutes ses activités alors que l’exploitation en tant que prolétaire « normal » (donc homme) suppose au contraire des individus « libres » (de toute propriété). L’exploitation des femmes en tant qu’enfantantes se déroule dans le cadre de la famille (ou de divers dispositifs qui y suppléent) pour les prolétaires (Pour les bourgeoises la famille aussi s’approprie leurs enfants mais c’est dans le cadre de leur propre appartenance à la classe dominante, il n’y a pas symétrie…) cette famille est le cadre de la production complète de la force de travail pour le capital, cette famille prolétaire réalise le croisement de deux exploitations, l’enfantement/élevage et le travail domestique qui le contient et le prolonge (ou trois pour celles qui « travaillent », puisqu’il est encore souvent dit que ménage, cuisine lessive et gestion de la dépense du salaire n’est pas du travail, que « les femmes au foyer » ne travaillent pas) puisque leur travail domestique est exploité par le capital dans le cadre de l’achat global de la force de travail de la famille inclus dans l’achat de la force de travail du mari en tant que chef de famille. La force de travail du mari produit directement de la plus-value, celle de la femme en produit indirectement par l’activité de mise en œuvre de la consommation productive du salaire du mari abaissant ainsi la valeur sa force de travail, puisque cette valeur est celle biens et des services entrant dans sa reproduction. La diminution de la part du travail nécessaire dans la journée de travail du prolétaire du mari est un dégagement de surtravail, mais seulement potentiel et qui devra encore être réalisée par le mari pour son capitaliste.

Le mari est l’agent d’effectuation des deux exploitations capitalistes à domicile de sa femme :

1° En faisant des enfants de sa femme des prolétaires.

2°En étant lui-même reproduit en partie par le travail de sa femme comme prolétaire prêt au travail exploité au plus juste prix. pour le capital

Cette production physique de nouveaux prolétaires et cette reproduction, physique aussi, de ceux qui existent déjà, sont le « bras prolétaire » (reproduction élargie d’un prolétariat prêt à se faire exploiter face au capital) du double moulinet de la reproduction du capital.

Ce croisement des 2 exploitations à domicile n’est pas contredit par l’exploitation directe en parallèle des femmes salariées, cette salarisation est organisée selon des modalités spécifiques qui permettent et même garantissent le maintient de ce cadre où se croisent maintenant 3 modalités de l’exploitation capitaliste. A l’heure actuelle cette garantie se fait massivement par le travail à temps partiel, mais aussi par toutes les entraves à la « mobilité verticale » des femmes dans le travail c’est-à-dire en bloquant leur salaire qui ainsi reste « 2ème salaire » plus ou moins d’appoint. Il y a aussi entrave à la « mobilité horizontale » qui confirme le blocage des salaires féminins à la hausse, cette salarisation se faisant dans un marché du travail spécifique peu diversifié et majoritairement peu complexe, très peu payé et comprenant beaucoup d’emplois globalement liés au travail domestique : élevage, entretient, soins etc. Tout ceci limite les risques, pour le capital, de désarticulation de ce travail salarié d’avec le travail domestique.

Indiscutablement il y a :

1° Sexuation sociale assignant les femmes à une fonction reproductrice et à l’élevage des enfants.

2° Appropriation de cette fonction assignée, comme création de petits prolétaires sous l’égide de l’Etat capitaliste.

3° Mise en œuvre de cette appropriation dans le cadre domestique de la famille nucléaire capitaliste étatiquement encadrée.

4°Exploitation du travail domestique par l’abaissement du travail nécessaire du mari - chef de famille.

5° Exploitation salariée spécifiquement accentuée pour s’articuler avec l’exploitation dans le cadre domestique.

L’exploitation des femmes n’est pas une « autre » exploitation, mais apparaît nécessairement comme telle, dans le cadre de la domination masculine de la société capitaliste sexuée. Paradoxalement c’est grâce à cette domination que la société capitaliste nie son caractère sexué, puisque apparemment aclassiste elle lui permet de le poser comme naturel, comme non construit, qu’elle le nie comme définitoire et qu’elle se donne comme « La société ». Tout comme elle ne se pose pas comme capitaliste en soi, mais comme ayant une économie capitaliste éventuellement à réformer, elle ne se pose pas comme sexuée mais comme ayant du sexisme, du machisme à corriger. L’exploitation des femmes dominées apparaît ainsi être autre et plus ou moins marginale, en tout cas comme un archaïsme prédémocratique à dépasser. En réalité la sexuation est forcément domination masculine, tout comme la société est forcément capitaliste, parce que sa fonction c’est l’exploitation spécifique des femmes par leur assignation à la production de la force de travail. Une sexuation essentielle égalitaire ne serait plus une assignation à cette production et on voit immédiatement qu’à ce moment-là il n’y a plus sexuation et donc que cette sexuation n’est pas essentielle et ne peut pas être égalitaire, tout comme le travail ne peut se libérer du salariat en restant du travail c’est à dire une activité individuelle non - immédiatement sociale

-L’auto-organisation des femmes dans celle du prolétariat
-  est le premier acte de l’abolition des hommes…

et des femmes, la suite s’effectue, comme communisation, contre toute auto-organisation.

Le dépassement des genres dans la communisation s’effectue dans le mouvement de lutte de classe, qui dans un premier temps est auto-organisation des prolétaires contre le capital. Dans les emparements d’éléments du capital par leurs salariés ou usagers auto-organisés, apparaît l’autogestion, cette autogestion, par et pour la lutte, est porteuse conflictuellement de son dépassement en communisation ou de son enlisement non –révolutionnaire, voire contre-révolutionnaire en socialisation.

Les femmes, de par leur existence sociale spécifique (qui les fait être femmes et pas hommes comme tout le monde) dans la société sexuée capitaliste où l’exploitation de leur capacité enfantante implique son articulation par la domination masculine , mettent en place dans le mouvement d’auto-organisation des prolétaires contre le capital et dans les emparements qui s’ensuivent, une auto-organisation spécifique, aussi bien dans les unités de production « générales » que dans les structures d’action médico-socio-éducatives préexistantes maintenant autogérées où elles étaient majoritaires, que dans les structures crées surtout par elles dans la lutte. Ces structures correspondent encore à des activités posées par le capital comme féminines, d’ordre domestique « « materno-centrées », ravitaillement, cuisine, garde des enfants, entretient général des conditions de reproduction de la vie encore quotidienne, vie qui, de vie familiale, deviens dans le mouvement : vie communautaire de lutte. Cette dissolution de la vie familiale dans le mouvement d’auto-organisation dans la lutte est un élément essentiel de l’abolition de la société et de sa division hiérarchique et exploitante des anthropes en femmes et hommes.

L’autogestion toute entière, dans son extension, est remise en cause au sein de ses acteurs, car cette extension est, en tant qu’extension même contre le capital, radicalisation qui a pour sens et contenu la communisation comme mouvement qui n’accumule jamais d’acquis, car des acquis en tant qu’acquis à défendre sont potentiellement rapidement mortifères. De même l’autogestion et la collectivisation par les femmes de « leurs » activités ainsi « rationalisées » les libèrent pour la lutte « générale » et par là radicalise leur lutte, en leur permettant de, et en les poussant à, s’emparer des rôles spécifiquement masculins, c’est-à-dire bien évidemment de s’emparer de l’orientation générale de la lutte. Cette extension du domaine de la lutte des femmes, grâce à leur auto-organisation, leur donne une importance essentielle dans la remise en cause de l’autogestion même, dans et par son extension, car les secteurs autogérés féminins, par leur spécificité, ont une position centralisatrice des activités et exige le dépassement de l’échange entre les activités autogérées, les remettant ainsi en cause comme simplement autogérées. La généralisation contre le capital de l’autogestion est mouvement (jamais acquis) du dépassement de l’échange et donc de la valeur. Cette unification/radicalisation dépassant l’échange dans la constitution d’une communauté de lutte, est remise en cause de la division du travail et de l’assignation à une activité qui lui est consubstantielle.

La constitution de cette communauté de lutte contre le capital est, en tant qu’elle fait toujours face au capital, communauté de prolétaires intégrant pour leur survie les couches petites-bourgeoises, voire des bourgeois ruinés et retournés, elle est le processus de communisation dans son mouvement victorieux ou inversement de défense du socialisé si le mouvement régresse. Dans cette communauté de lutte, dans des activités dépassant la division du travail et ayant leurs raisons d’être dans le développement de cette communauté comme lutte, c’est à dire dans l’unité toujours plus grande du mouvement, le rôle des femmes est toujours grandissant en étant l’exigence de cette unité, et les relations sociales toujours moins médiées car l’unité et les femmes qui l’exigent sont dépassement de l’échange. C’est l’unité de l’acte productif quel qu’il soit avec son but et l’accomplissement de cela collectivement qui fait être immédiats les rapports des individus, qui produit l’immédiateté sociale de l’individu. La communauté de lutte s’unifiant pose la société comme étant le capital en face (ce qu’elle a toujours été) les rapports deviennent strictement ceux des individus, ils ne sont plus médiés que par la lutte contre la société que l’on abolit.

Le dépassement de l’échange est mouvement du dépassement de l’existence de secteurs opposables et de la division du travail, l’unité de la communauté de lutte est ce dépassement, c’est dans le cours victorieux du mouvement de ces dépassements, que s’accomplit le dépassement de l’existence d’activités spécifiquement féminines et masculines. La défense des spécificités sexuées et d’extériorités de secteurs sera la défense du caractère sexuée des relations et donc la défense de la domination masculine qui la met en œuvre en tant qu’élément de l’exploitation capitaliste. La domination masculine, constitutive de la sexuation sociale, garantit l’exploitation toute entière par la défense de la valeur qu’est la défense de toute division du travail, division impliquant immédiatement l’échange. La défense, contre les femmes, de la spécificité féminine dans le moment du mouvement de dépassement de la division du travail est contre-révolution à l’inverse de ce que l’organisation de cette spécificité était au début de la lutte.

Dans ce moment l’auto-organisation des femmes impulse le dépassement des genres ! Elle n’est déjà plus affirmation d’une égalité et donc d’une « féminitude ». L’unité véritable s’oppose à l’unité formelle qui n’est qu’organisation démocratique de la division. Paradoxalement (pour nous maintenant) l’auto-organisation des femmes est, dans ce moment, lutte contre la sexuation sociale, lutte contre la division du travail, lutte contre l’échange et la valeur, lutte contre le capital, lutte contre la société, elle n’est plus reprise en charge d’une spécificité imposée pour en faire une arme. La lutte contre la division du travail est à ce moment lutte contre l’auto –organisation du prolétariat qui ne peut exister que dans le cadre des éléments de la société capitaliste dont on s’empare, La lutte contre la société capitaliste c’est la lutte contre le caractère de classe du capital qu’est le prolétariat, caractère qui lui est encore et toujours donné par le capital son ennemi maintenant clairement face à lui, mais que les prolétaires en révolution détruisent aussi dans leur propre organisation en la faisant tendre, dans et par leur lutte, à ne plus en être une, à être communauté des individus immédiatement sociaux.

L’auto-organisation des femmes ne doit pour autant pas être vue comme l’avant-garde radicale et incorruptible de la révolution, l’organisation des femmes, tant qu’elle n’aura pas essentiellement dépassé la reprise des activité spécifiquement féminines, pourra voir cette spécificité parce qu’elle est centrale dans l’ensemble des activité se retourner d’aile marchante du mouvement vers la communisation en courant exigeant un arrêt et des compromis pour préserver des acquis devenus vitaux dans un ralentissement du mouvement ( mais peut-être sera-ce là du génie stratégique permettant de reculer pour mieux sauter ?).

L’auto-organisation des femmes, centrale dans la révolution, au sein de l’auto-organisation du prolétariat, se dépasse elle-même en organisant le dépassement de l’auto-organisation du prolétariat en organisant la production du communisme au-delà des classes, des genres, des races et des nationalités, dans l’infinité des individus totalement différents en rapports immédiats.

Le concept de cycle de luttes - Roland Simon

lundi, 9 juin 2008

Le travail commun de réflexion et de discussions pourrait consister à soumettre la définition du concept de cycle de luttes que je propose dans les quelques pages suivantes et les principes théoriques qui le sous-tendent à la série de questions que j’ai énoncée dans un précédent courrier.

Le concept de cycle de luttes

On appelle cycle de luttes l’ensemble des luttes, des organisations et des théories qui constitue une pratique du prolétariat historiquement définie dans l’implication réciproque entre les deux termes de l’exploitation qui est la contradiction dynamique du mode de production capitaliste. Ensemble de pratiques et de luttes par lequel cette contradiction, dans chaque phase spécifique de son développement historique, porte la révolution et le communisme comme son dépassement.

Dans un premier temps, même si les repères chronologiques peuvent être identiques, le concept de cycle de luttes ne se confond pas avec celui d’une période historique du mode de production capitaliste. Dans le concept de cycle de luttes, la pratique du prolétariat est définie en tant que terme spécifique de la relation constituant une période historique. Mais cette pratique est un pôle d’une totalité par lequel cette totalité produit son dépassement. En conséquence, un cycle de luttes c’est une période historique du mode de production capitaliste considérée en ce qu’elle produit son dépassement.

La définition du concept de cycle de luttes s’articule autour de trois grands principes :

- L’exploitation comme contradiction entre le prolétariat et le capital se définit simultanément comme implication réciproque de ses termes et production de la spécificité de chacun d’eux quant à sa situation et à sa pratique. Ce n’est pas l’exploitation en soi, ou le développement du mode de production capitaliste qui portent leur dépassement, ils ne le portent que par la situation et l’activité spécifiques du prolétariat comme classe révolutionnaire en tant que classe du mode de production capitaliste.

- La production historique de la révolution et du communisme : révolution et communisme sont le dépassement que chaque cycle de luttes produit spécifiquement.

- La contradiction entre le prolétariat et le capital est simultanément la dynamique du développement du mode de production capitaliste et de son dépassement, il en résulte qu’un cycle de luttes se définit en totalité comme rapport entre, d’une part le cours quotidien de la lutte de classe et, d’autre part, la révolution et le communisme dans leur contenu historique.

I - LE CONCEPT DE CYCLE DE LUTTES FAIT PARTIE DE LA DÉFINITION DE L’EXPLOITATION

1) Pratique spécifique et implication réciproque

L’exploitation est le premier grand principe définissant ce qu’est un cycle de luttes. La définition d’un cycle de luttes découle d’une compréhension de l’exploitation dans laquelle sont posées simultanément l’implication réciproque entre les termes de la contradiction, prolétariat et capital, et leur spécification, leur autonomie. Sans cela pas de cycle de luttes, c’est-à-dire de pratiques spécifiques du prolétariat contre le capital, comme particularisation d’une totalité dont le capital est précisément l’autre terme nécessaire. Un cycle de luttes c’est une phase du capital en tant que produisant son dépassement de par l’activité spécifique du prolétariat comme pôle de la contradiction qui, en ce qu’elle est implication réciproque, se particularise. Dans ce rapport contradictoire, prolétariat et capital ont chacun une position et une activité spécifiques. C’est ce processus de particularisation de ses termes, inhérent à la contradiction, qu’il s’agit de définir, tout en les concevant précisément comme terme d’une contradiction, c’est-à-dire comme s’impliquant mutuellement. L’exploitation n’est pas le contenu d’un rapport contradictoire entre deux termes symétriques, elle est une différence de relation à la totalité qui, vu son contenu, détermine un terme à remettre en cause et dépasser cette totalité. Le mode de production capitaliste et l’exploitation ne portent leur dépassement que par la situation et l’activité spécifique du prolétariat comme pôle (particularisation) de la totalité du mode de production capitaliste.

L’exploitation comme rapport entre le prolétariat et le capital est une contradiction en ce qu’elle est un procès en contradiction avec sa propre reproduction (baisse du taux de profit), totalité dont chaque élément n’existe que dans sa relation à l’autre et se définissant dans cette relation comme contradiction à l’autre et par là à soi même, tel que le rapport le définit (travail productif et accumulation du capital ; surtravail et travail nécessaire ; valorisation et travail immédiat). Le capital est une contradiction en procès, ce qui signifie que le mouvement qu’est l’exploitation est une contradiction pour les rapports sociaux de production dont elle est le contenu et le mouvement. En ce sens, c’est un jeu qui peut amener à l’abolition de sa règle. Le capital comme contradiction en procès c’est la lutte de classe, quand nous disons que l’exploitation est une contradiction pour elle-même nous définissons la situation et l’activité révolutionnaire du prolétariat.

L’exploitation c’est la valorisation du capital, elle possède trois moments constitutifs :

- le face à face de la force de travail et du capital comme capital potentiel. Ce face à face n’a de sens que dans sa résolution, l’achat-vente de la force de travail.

- la subsomption du travail sous le capital (production de plus-value)

- la transformation de la plus-value en capital additionnel : la reproduction du face à face, la séparation, sont le point de départ et le principal résultat du procès de production

C’est justement cette transformation de la plus-value en capital additionnel qui n’est jamais acquise, de par la concurrence bien sûr, au niveau le plus superficiel, mais surtout de par le fait que cette transformation implique d’une part la rencontre du capital marchandise et de l’argent comme capital ou moyen de circulation (c’est la possibilité générale des crises), mais surtout parce qu’elle implique la transformation sous-jacente de la plus-value en profit, donc le rapport de la plus-value au capital total engagé. La baisse du taux de profit est constamment l’angoisse au cœur de l’autoprésupposition ou, sans littérature, le caractère jamais acquis de cette transformation en capital additionnel et donc du renouvellement du procès dont les termes sont produits comme sujets. Cette production de sujets à l’intérieur de l’implication réciproque n’intervient pas à la fin de chaque cycle, elle est permanente au cours du procès de valorisation et fonde l’autonomie et la pratique du prolétariat et du capital tout au long du procès. Le caractère problématique de la transformation de la plus-value en capital additionnel c’est tout autant les transformations du capital, les faillites, les licenciements, que l’augmentation des cadences, la transformation du procès de travail. La transformation de la plus-value en capital additionnel c’est aussi et tout d’abord l’extraction d’une plus-value suffisante pour permettre cette transformation. Le rapport d’exploitation est d’une part le contenu de l’implication réciproque du prolétariat et du capital, le fait qu’ils sont les termes d’une même totalité, et d’autre part, leur production comme sujets réellement actifs de cette totalité qui n’a d’autre mouvement que celui résultant de l’action de ses sujets. C’est, dans ce rapport, au niveau général de l’analyse, dans l’unité de ses moments, qu’existe constamment le caractère non acquis de sa reproduction.

Le caractère « jamais acquis » du renouvellement des trois moments constitutifs de l’exploitation se confond avec le mouvement de particularisation des termes contradictoires de la totalité. C’est là que réside la possibilité générale de la crise de l’exploitation comme pratiques contradictoires entre des classes, c’est là que réside le processus de particularisation des termes de la contradiction dans leur activité de sujets, c’est là que réside leur action propre et leur implication réciproque.

Cependant, la position du capital par rapport à la totalité est différente de celle du prolétariat, cette différence résulte du contenu même de l’exploitation. Le capital est l’agent de la reproduction générale. Un cycle de luttes n’est pas un ensemble de luttes déterminées causalement par un certain niveau de développement du capital. Ce qui apparaît comme un rapport de causalité allant de l’état du capital au luttes du prolétariat, expliquant leur contenu et leur évolution historique, n’est qu’un effet de la subsomption du travail sous le capital. Il est exact que la définition d’un cycle de luttes prend toujours comme point de départ le procès de valorisation dans son contenu et aspect historiques. Mais on ne peut en déduire un rapport de causalité, ce serait ne pas comprendre ce qu’est une totalité et sa particularisation nécessaire dans une position non symétrique de ses termes par rapport au renouvellement du rapport d’ensemble. Un rapport de causalité fait de la situation spécifique du prolétariat dans le rapport d’ensemble quelque chose de changeant et influençable et par là, malgré les apparences, ne la conçoit pas comme essentiellement historique, c’est-à-dire essentiellement comme l’autre terme d’un rapport, mais comme une nature révolutionnaire déterminée historiquement.

Concevoir essentiellement la situation et la pratique du prolétariat comme l’autre terme d’un rapport, d’un rapport contradictoire constituant une totalité particularisée, c’est les concevoir dans un processus dynamique et historique, car c’est concevoir simultanément les deux termes contradictoires et donc un processus. Etablir un rapport de causalité entre le capital (ramené alors à des conditions objectives) et la pratique du prolétariat ne peut que produire un objet sur lequel cette causalité va s’exercer, c’est-à-dire une nature révolutionnaire que cette causalité va moduler. A ce niveau, la production théorique du concept de cycle de luttes intervient comme un élément du dépassement du programmatisme en ce qu’elle est la critique d’un simple rapport de causalité entre pratique du prolétariat et conditions objectives et corollairement d’une séparation des termes laissant la possibilité d’une victoire du prolétariat qui serait sa libération, son affirmation.

Les premiers éléments de définition qui se dégagent donc de ce premier point font apparaître qu’un cycle de luttes est la pratique spécifique du prolétariat dans un rapport d’implication réciproque avec le capital comme particularisation d’une même totalité, pratique spécifique qu’une telle production définit immédiatement et essentiellement comme historique et non « déterminée historiquement ». Le dépassement du mode de production capitaliste n’est pas le résultat du procès de la contradiction en tant qu’unité indifférenciée, mais de l’activité d’un de ses termes, le prolétariat. Ce terme n’est à même de produire ce dépassement que parce qu’il est particularisation de la totalité et non parce qu’il serait porteur en lui-même d’une essence révolutionnaire.

2) Le concept de cycle de luttes repose sur l’identité entre ce qui fait du prolétariat une classe révolutionnaire et une classe du mode de production capitaliste.

A partir toujours du premier grand principe définitoire d’un cycle de luttes, l’exploitation, découle comme détermination de celui-ci la non-séparation de ce qui fait du prolétariat une classe révolutionnaire et de sa définition comme classe du mode de production capitaliste.

En tant que particularisation de la totalité, les deux termes de la contradiction n’entretiennent pas la même relation avec cette totalité. La contradiction constitutive de cette totalité, l’exploitation, se définit comme subsomption du travail sous le capital. Face au travail salarié, le capital subsume le travail vivant, par là il est l’agent de la reproduction réciproque des deux pôles, en conséquence il n’y a pas égalité, simple complémentarité entre les termes, mais contradiction.

La subsomption du travail sous le capital implique que toutes les conditions du renouvellement du rapport se trouve, à la fin de chaque cycle, réunies comme capital face au travail (c’est l’économie). Si le travail implique le capital, c’est qu’il est sans cesse mis par celui-ci en situation de l’impliquer. On ne peut donc se contenter de dire que le prolétariat implique le capital et inversement le capital implique le prolétariat ; à cause du contenu même de cette implication, l’exploitation, elle n’a pas dans les deux sens la même « forme ». Le prolétariat implique le capital parce qu’il n’existe que sans cesse mis par le capital en situation de devant l’impliquer, c’est le capital l’agent de la reproduction générale, les deux termes ne sont pas à égalité, il y a exploitation, subsomption, et cela fait que l’implication réciproque n’est pas un rapport symétrique.

Avec cette inégalité des termes de la contradiction par rapport à la totalité c’est comme forme le contenu même de la contradiction que l’on retrouve. Le prolétariat est en contradiction avec l’existence sociale nécessaire de son travail, comme capital, valeur autonomisée face à lui et ne le demeurant qu’en se valorisant : la baisse du taux de profit est une contradiction entre les classes. Le mouvement même de l’accumulation rapporte constamment la plus-value à toute la valeur produite et transmise. Dans la baisse du taux de profit, l’exploitation du prolétariat, la production de plus-value rencontrent comme leur propre limite l’existence sociale même du travail comme producteur de valeur et l’accumulation de cette valeur. La spécification des termes de la contradiction et la forme même de cette contradiction avec l’inégalité de ses termes définissent une classe qui est constamment contradictoire au développement et à la reproduction de la totalité qui la définit et l’implique. Nous avons ici tout autant la lutte quotidienne que, dans la règle du jeu, la possibilité de son abolition. Dans la baisse du taux de profit, le prolétariat est constamment en contradiction avec la totalité des conditions accumulées face à lui comme valeur, cette contradiction existe comme forme même de la contradiction, on peut alors définir ce qu’est le prolétariat, comme situation dans un rapport, et non plus comme nature. Le concept de cycle de luttes est en lui-même une critique du programmatisme, il dépasse l’opposition rigide entre ce qui fait du prolétariat une classe révolutionnaire et ce qui le définit comme classe du mode de production capitaliste.

Le prolétariat produit le communisme contre le capital cela signifie qu’il est le sujet de ce dépassement non comme exécuteur, accoucheur, mais comme pôle de la contradiction elle-même. Si, à partir de l’exploitation, on ancre ce qui fait du prolétariat une classe révolutionnaire dans ce qui le définit comme classe du mode de production capitaliste, c’est-à-dire dans son implication avec le capital, on produit alors une liaison nécessaire entre le cours quotidien de la lutte de classe et la révolution, cette liaison comme phase historique c’est un cycle de luttes. Dans le concept de cycle de luttes est dépassée l’ambivalence entre un prolétariat qui serait une « force révolutionnaire qui va » et un prolétariat qui devrait dépasser ce qu’il est dans le mode de production capitaliste pour être révolutionnaire. Cependant pour donner correctement la nature de cette liaison et de ce processus, il faut passer par le deuxième grand principe autour duquel s’articule le concept de cycle de luttes : révolution et communisme sont des productions historiques quant à leur contenu. Ce qui signifie que définir le concept de cycle de luttes c’est définir une succession de cycle de luttes. Ce deuxième grand principe définitoire n’est en définitive qu’une extension du premier : si l’exploitation est la contradiction entre le prolétariat et le capital, cette contradiction est donc simultanément la dynamique du mode de production capitaliste, elle est une histoire.

II - REVOLUTION ET COMMUNISME SONT DES PRODUCTIONS HISTORIQUES A TRAVERS LES CYCLES DE LUTTES

Il faut simultanément historiciser, spécifier chaque cycle de luttes et comprendre leur enchaînement, comprendre, par exemple, la spécificité du cycle de luttes actuel et se référer, même si c’est de façon nécessairement critique, à toute l’histoire du prolétariat et de la production du communisme. C’est, chaque fois, dans chaque cycle de luttes, tout le cours du mode de production capitaliste qui a le communisme comme résolution. La révolution et le communisme tels que nous les définissons actuellement (communisation et immédiateté sociale de l’individu) ne sont pas un invariant, une norme parcourant l’histoire du mode de production capitaliste sous de multiples avatars. Le cycle de luttes actuel, avec la définition et la production du communisme qu’il contient, est en lui-même le dépassement nécessaire produit par les cycles antérieurs. On ne réécrit pas l’histoire à rebours. Dans le cycle de luttes actuel, la production du communisme devient un axe historique parcourant tout le mode de production capitaliste, cette production est succession, totalisation de cycles de luttes.

L’analyse en termes de cycles de luttes sert à comprendre comment le prolétariat produit le communisme contre le capital, cette production ce sont, par exemple les diverses époques du programme (1790-1848 ; 1848 – 1871 ; 1871 – 1914), ce sont les contradictions internes de ces époques, c’est l’affirmation de la classe portant toujours son impossibilité dans ses propres termes au travers de ce qu’est historiquement le programmatisme (son éclatement nécessaire en tendances, son rapport à la contre-révolution, etc,), c’est enfin le fait que jamais l’affirmation de la classe n’est posée comme une fin en soi, et cela apparaît contre elle.

L’impossibilité de la révolution programmatique réside dans sa nécessité d’être simultanément montée en puissance de la classe dans le capital et affirmation autonome du prolétariat. Les deux termes se contredisent mais peuvent restés liés jusque dans les années 1870-1880. Mais dès que s’entame nettement le processus de passage à la subsomption réelle, leur coexistence devient impossible, on ne peut continuer à promouvoir la révolution qu’en abstrayant le renforcement de la classe du mouvement du capital ; et en face on ne pourra continuer à promouvoir le développement de la classe à l’intérieur du mode de production capitaliste qu’en transformant le socialisme en un capitalisme organisé. On pourrait développer le même raisonnement à propos de l’ancien cycle de luttes qui s’achève au milieu des années 1970 en comprenant son impossibilité au travers de l’implication théorique et pratique entre auto-organisation et autonégation, autonomie et refus du travail.

Il ne s’agit ni de transformer chaque dernier cycle de luttes en norme des cycles antérieurs, ni de considérer le cycle dans lequel on se trouve comme ayant de façon isolée le communisme comme résolution.

Chaque cycle de luttes constitue bien une totalité spécifique à partir de ses déterminations et de la façon dont révolution et communisme sont définis à partir du stade historique de la contradiction entre prolétariat et capital qu’il exprime. Cependant la succession des cycles de luttes ne se présente pas comme une juxtaposition de totalités exclusives : il existe une progression, un dépassement des limites d’un cycle antérieur dans la spécificité d’un nouveau cycle. En même temps qu’un nouveau cycle est le dépassement d’un cycle antérieur, il constitue les caractéristiques, l’allure, les déterminations de celui-ci en limites, en contradictions, et par là manifeste qu’en lui-même cet ancien cycle peut être analysé comme produisant, portant, appelant son dépassement dans une relation nécessaire mais médiée par le cycle postérieur avec le communisme tel que ce dernier cycle le définit. Les caractéristiques des cycles antérieurs portent alors, dans la compréhension (devenue objective et non un point de vue) que fournit le cycle suivant, le communisme tel que celui-ci le définit. L’erreur consisterait à oublier le point de départ de l’analyse, à oublier la réalité du cycle actuel et à considérer que le cycle précédent porte le communisme en dehors de l’existence du cycle actuel. La simple existence présente de ce nouveau cycle fait de ce « point de départ » non un point de vue subjectif mais une relation objective.

De cycle en cycle, le prolétariat n’accumule pas des expériences dont il tirerait profit pour dépasser les limites d’un cycle antérieur ; si un nouveau cycle dépasse les limites d’un cycle antérieur, c’est parce que la contre-révolution, la restructuration du capital, a constitué en limites les caractéristiques de cet ancien cycle. Le fait que tous les cycles antérieurs portent le communisme au travers de ce qui fonde leur propre impossibilité, au travers de leurs contradictions internes, ce fait là se résout dans la contre-révolution, la restructuration du capital, son développement. Le capital n’est pas un pur obstacle. Il est à même, au travers de son propre développement, parce qu’il est une contradiction en procès, de résoudre une contradiction portant le communisme comme son dépassement. Ainsi la signification historique du capital relie en un seul arc historique les divers cycles de luttes spécifiques et fait de chaque stade de la contradiction entre prolétariat et capital le dépassement des limites du cycle antérieur. L’impossibilité dans ses propres termes de chaque cycle de luttes jusqu’à maintenant, est le corollaire de la capacité pour le capital de résoudre dans son développement une contradiction portant le communisme. Si la contre-révolution est une réponse pertinente à la révolution c’est que le développement du capital est la caducité de la valeur en acte. Pour le cycle suivant cette restructuration devient une médiation nécessaire pour la révolution et le communisme.

Les prolétaires russes de 1917, allemands de 1919, espagnols de 1936, français ou italiens de 1968, ont agi en tant que tels, ils ont mené les mouvements révolutionnaires ou les révoltes qui étaient les leurs en toute conscience et dans toutes leurs contradictions. Aucune de leurs actions n’étaient pour eux contingentes, la limite de leur mouvement leur a été imposé par la contre-révolution qu’ils avaient à combattre, elle n’était pas pour eux une limite externe indépassable, mais la nature même de leur combat. Ce que nous pouvons dire maintenant de ces mouvements, nous le disons maintenant, et si nous disons pourquoi ces mouvements ont été battus nous le devons aux combats tels qu’ils ont été menés et à la contre-révolution qui les a écrasés (les contre-révolutions sont aussi et surtout notre rapport aux révolutions passées). Notre analyse est un résultat, le résultat ne préexistait pas dans la chose. Pour nous, maintenant, toute l’importance de ces révolutions réside dans ce qui nous apparaît comme leurs contradictions internes, dans leur impossibilité telle qu’elle se produisit dans les termes mêmes où ces luttes existaient et étaient vécues. C’est par tout ce qui pratiquement et théoriquement est pour nous maintenant l’impossibilité de la révolution programmatique que nous nous relions à l’histoire des luttes passées et à la continuité de la production théorique. C’est pour cela que nous sommes amenés à prévilégier ce qui fut souvent des courants marginaux ou des opinions « hérétiques », car en eux c’était la critique sur ses propres bases, inclue en elle, de la révolution comme affirmation du prolétariat et libération du travail qui existait et non l’existence potentielle ou embryonnaire de la révolution telle que maintenant elle se présente. C’est ce qui nous relie à ces mouvement, ce qui en fait notre héritage vivant. Toute l’histoire passée du mode de production capitaliste n’a pas eu pour but de produire la situation actuelle, mais la situation actuelle permet de considérer comme sa propre condition d’existence toute l’histoire passée, de comprendre le cycle de luttes actuel comme dépassement et résolution des cycles antérieurs. Nous ne cherchons ni des leçons, ni des ancêtres.

Le problème du rôle et de l’activité du capital par rapport au communisme comme dépassement de sa contradiction avec le prolétariat est important parce qu’il est celui du rapport entre révolution et contre-révolution et pose cette relation dans le développement du capital comme procès historique, cycles de luttes. Si le capital est une contradiction en procès comme le développe Marx dans les « Fondements… », et si son développement est la production des conditions matérielles capables de faire éclater cette base étriquée qu’est la valeur travail, ce n’est pas que sa nécrologie qui est alors décrite, c’est simultanément sa force et sa signification historique. C’est parce qu’il est ce procès contradictoire qui le mine que le capital a une signification historique, mais alors avoir une signification historique c’est dans le contenu même de son développement (« le vol du travail d’autrui sur lequel repose la richesse actuelle apparaît comme une base misérable par rapport à la base nouvelle, créée et développée par la grande industrie elle-même », « Fondements… », t.2, p. 222), pouvoir imposer face à la classe révolutionnaire sa propre reproduction et accumulation comme réponse ayant un sens historique face à la révolution, et s’effectuant sur les limites de celle-ci. La caducité de la valeur est la dynamique même du mode de production capitaliste.

Le principe de toute restructuration consiste pour le capital à pouvoir poser sa contradiction avec le prolétariat comme contradiction avec son développement antérieur comme limité, c’est un mouvement de transformation de la contradiction entre prolétariat et capital en multiples contradictions internes du pôle capital du rapport.

Le communisme n’est pas le produit historique de chaque cycle de luttes, mais de leur succession ( le concept de cycle de luttes est nécessairement succession de cycles de luttes), succession qui est au travers des contre-révolutions, des restructurations et de la signification historique du capital, dépassement et « totalisation » (conservation – dépassement).

Chaque nouveau cycle ne s’imagine pas que les cycles précédents conféraient à la révolution et au communisme le même contenu que lui sous des formes différentes, il ne fait que se comprendre lui-même comme le résultat d’une histoire nécessaire par rapport au communisme. Etant lui-même la preuve de la signification historique du capital, chaque cycle nouveau comprend la défaite du cycle antérieur comme nécessaire et par là comprend à partir de lui-même que ces cycles antérieurs possédaient leur impossibilité dans leurs propres termes, et est l’existence objective de ce qu’il définit lui-même comme révolution et communisme comme étant l’aboutissement des cycles antérieurs.

Les cycles antérieurs ne définissaient pas le communisme comme immédiateté sociale de l’individu. Il ne s’agit pas de refaire l’histoire à l’envers. Cependant le cycle de luttes actuel est un résultat historique. La révolution comme communisation (mesures communistes) et le communisme comme immédiateté sociale de l’individu sont le résultat du dépassement des cycles de luttes antérieurs et permet de comprendre leurs limites et leurs contradictions dans les termes mêmes de ces cycles antérieurs. La succession des cycles de luttes n’est pas une juxtaposition mais un dépassement totalisateur.

A partir du cycle de luttes actuel, on comprend la production du communisme comme un arc historique parcourant l’ensemble de l’histoire du mode de production capitaliste. On ne confère pas aux époques antérieures des buts et des contenus qu’elles n’ont jamais eus, mais le contenu de ce cycle est le résultat historique et la véritable compréhension et appropriation des cycles antérieurs, leur résurrection révolutionnaire, leur dépassement-intégration.

III – UN CYCLE DE LUTTES EST LA LIAISON ENTRE COURS QUOTIDIEN DE LA LUTTE DE CLASSE ET REVOLUTION

Le cours quotidien de la lutte de classe n’est pas un inachèvement ou une attente et l’accumulation du capital un obstacle. La relation du cours quotidien à la révolution est celle d’une production. Séparer les deux entraîne que l’on traite tout le cours antérieur à la révolution comme accumulation de conditions nécessaires, mystifications, erreurs, insuffisance, intégration pure et simple du prolétariat ou alors comme assauts malheureux d’un prolétariat constamment révolutionnaire et tout aussi constamment battu. Entre le cours antérieur de la lutte de classe et la révolution, il n’y eut jamais une relation de transcroissance, principalement avec la subsomption réelle du travail sous le capital où la reproduction et la défense de la condition prolétarienne, quoique contradictoires et antagoniques, sont intégrées à l’intérieur du cycle propre du capital.

On ne situe correctement le rapport entre le cours quotidien de la lutte de classe et la révolution, qu’en définissant le prolétariat comme identiquement classe du mode de production capitaliste et classe révolutionnaire, ainsi que la révolution et le communisme comme production historique. Définir le cours de la lutte de classe comme cycles de luttes, c’est comprendre ce rapport car ce dernier est historique et non normatif. Chaque cycle de luttes est le procès dynamique de ce rapport.

Relier le cours antérieur de la lutte de classe et la révolution c’est comprendre la révolution comme rupture, dépassement d’une situation antérieure, mais rupture produite et nécessitée par cette situation antérieure au travers d’un développement historique spécifique dans lequel chaque terme a son activité, sa situation et sa responsabilité propre quant à ce dépassement. Il s’agit, dans chaque cycle de luttes, de montrer comment la lutte de classe bute sur ses propres limites et confère à la révolution un contenu déterminé historiquement.

Le lien théorique entre le cours quotidien de la lutte de classes et la révolution se situe dans la situation constamment contradictoire du prolétariat vis-à-vis de la forme sociale nécessaire de son travail comme valeur accumulée face à lui et ne le demeurant qu’en se valorisant, comme capital. Cette contradiction est pour le capital sa propre dynamique. Subsumant le travail au travers de cette contradiction, l’exploitation, il est constamment l’agent de la reproduction générale du rapport et toutes les conditions de la reproduction se retrouvent ainsi constamment comme capital face au travail, par là le cours quotidien de la lutte de classes est limité essentiellement et non extérieurement par une résistance du capital. Ce cours quotidien bute sur ses propres limites dans sa contradiction avec le capital, mais par là également il les produit en tant que telles et appelle leur dépassement et le sien propre. Le cours quotidien de la lutte de classe est un mouvement qui contre le capital appelle son dépassement car s’il bute sur ses propres limites c’est que le capital subsume dans son propre cycle la contradiction, qu’elle est sa propre dynamique. Ce processus devient alors celui des contradictions internes du procès de l’accumulation capitaliste. C’est pour cela que nous devons passer par l’économie, car le cours quotidien de la lutte des classes n’appelle pas son dépassement de par un processus interne mais bien au travers de la crise du capital. Le développement du capital résultant de chacun de ces cycles replace face à l’accumulation de toutes les conditions de la reproduction, le prolétariat dans sa situation spécifique, c’est cela qui relie le cours quotidien de la lutte de classe au dépassement du mode de production capitaliste. On a une classe qui est constamment et dans sa définition même contradictoire à ce développement qui l’inclut, développement qui trouve dans cette contradiction même sa dynamique (tout le problème est là).

Le concept de cycle de luttes synthétise le cours quotidien de la lutte de classe, la contradiction prolétariat-capital comme dynamique du mode de production capitaliste et la production historique de la révolution.

Quand Marx parle du prolétariat comme accoucheur de la nouvelle société, on est encore dans la problématique où le prolétariat vient révéler quelque chose qui est produit comme cours objectif. C’est tout le développement vers le communisme qu’il faut comprendre comme provenant de la position spécifique du prolétariat dans la contradiction, et non cette position spécifique, comme exécuteur ou accoucheur c’est-à-dire comme résultat du processus. Les contradictions de ce processus se limiteraient alors à celles de l’accumulation capitaliste comprise de façon objective, une accumulation des conditions comme un purgatoire à traverser.

Si la crise du rapport social d’exploitation qui en tant que telle est crise économique est le seul rapport social dans lequel peut se produire, pour chaque cycle, son dépassement, il y a là, dans le cycle actuel, par rapport aux cycles antérieurs, une relation nouvelle entre les luttes et leurs limites. Ces dernières ne se situent plus au niveau du retournement contre-révolutionnaire de la dynamique du nouveau cycle de luttes dans la restructuration du capital, mais elles deviennent intrinsèques à tous le cours du cycle, constamment présentes en tant que telles. La reproduction du capital est devenue la limite spécifique de ce cycle par rapport à ses caractéristiques immédiates et non en elle-même par le seul rapport tautologique selon lequel il n’y a pas de révolution si le capital se reproduit. Bien sûr, les limites des cycles antérieurs n’allaient qu’avec la reproduction du capital, mais cette dernière n’était pas en elle-même la limite historiquement spécifique du cycle de luttes, ce qui est dorénavant le cas. Agir en tant que classe, c’est actuellement d’une part, n’avoir pour horizon que le capital et les catégories de sa reproduction, d’autre part, c’est pour la même raison être en contradiction avec sa propre reproduction de classe.

Le concept de cycle de luttes contient la relation entre luttes immédiates et révolution à l’intérieur de chaque cycle de luttes, il constitue en sujet chaque terme de la contradiction en leur conférant leur autonomie à l’intérieur de leur implication réciproque (et par elle). Dans ce cours quotidien, il importe de définir ce qui en fait un processus dynamique appelant son dépassement, de dégager dans les luttes quotidiennes pourquoi elles butent sur leur propre contenu constitué alors en limites dans l’opposition au capital. Conférer activité, vitalité, autonomie à chaque terme de la contradiction, établir une liaison entre luttes quotidiennes et révolution, définir la production de la révolution et du communisme comme historique, imposent de comprendre le mouvement comme succession de cycles de luttes et de distinguer dans ceux-ci, même si tous les éléments forment une totalité, ce qui appelle le dépassement, de ce qui est retournement dans le capital, de ce qui établit le contenu de ces luttes quotidiennes en limites en le stabilisant.

R.S

L’intervention et le courant communisateur - Bernard Lyon

mercredi, 18 juin 2008

En dépit de son titre, cette note pour une discussion n’aborde pas la question de l’intervention à proprement parler, mais porte plutôt sur le devenir social du concept-clé de notre théorie : la communisation. C’est à dire sur formation d’une situation dans laquelle on doit envisager qu’une forme d’intervention est possible avec toutes les réserves quant à l’emploi de ce terme, désignant une action venue de l’extérieur et arrivant dans un cadre qui l’accueille ou la repousse.. Il ne s’agit pas de rejeter tout le travail à faire autour de l’affirmation d’une théorie révolutionnaire, de sa diffusion, de la constitution de noyaux plus ou moins stables sur cette base et des activités de ces noyaux. Cependant, au terme « intervention », il faut préférer la description de l’activité de partisans de la communisation, engagés dans des luttes de classe avec les conflits et les écarts qui les traversent

Cette activité se situe dans le cours quotidien de la lutte de classes réellement, concrètement productif de son propre dépassement comme révolution communiste, il faut comprendre ces activités comme produites dans ce cours comme une de ses déterminations pratiques, comme un de ses éléments, et cela dans ses caractéristiques théoriques (au sens restreint) elles-mêmes. Cette production théorique n’existe pas en soi, en tant que corps constitué, face et précédant ce cours immédiat, c’est pourquoi la théorie doit être perçue comme élément réel des luttes. La situation à l’issue de la restructuration est telle qu’il n’y a plus de base pour l’affirmation du prolétariat en vue de libérer le travail productif. Le travail immédiat (le seul productif de plus-value) n’est plus l’élément essentiel du procès de travail, même s’il reste, et restera toujours, essentiel au procès de production en tant que production de plus-value. Il n’existe plus d’identité ouvrière propre face au capital et confirmée par lui. Maintenant, l’existence sociale du prolétariat est, et reste, face à lui comme étant le capital même. La contradiction du prolétariat au capital est alors immédiatement contradiction à sa propre nature d’être une classe du capital, le rapport au capital qui définit le prolétariat comme classe apparaît comme une contrainte exercée par le capital.

Le dépassement du capital est unitairement abolition des classes et donc du prolétariat dans l’abolition du capital, dans la communisation de la société qui est ainsi abolie comme communauté séparée de ses membres. La société c’est la communauté séparée de ses membres, elle est toujours société de classes incarnée par la classe dominante. L’abolition de la classe dominante, la classe du capital, est abolition de l’Etat et de la société qu’il représente en tant qu’Etat du capital. Les prolétaires abolissent le capital en produisant contre lui une communauté immédiate à ses membres, ils se transforment en individus immédiatement sociaux, dans des relations interindividuelles et transindividuelles immédiates. Relations entre individus singuliers et groupes affinitaires qui ne sont plus chacun l’incarnation d’une catégorie sociale, même les catégories supposées naturelles mais données par la société comme les sexes sociaux de femme et d’homme. L’abolition des classes, l’abolition de la société, c’est aussi immédiatement l’abolition de son caractère sexué, caractère qui existe comme domination masculine assignée certains en tant qu’hommes médiant l’exploitation capitaliste de la capacité enfantante de la moitié des humains, la production de la force de travail, assignée comme fonction à certaines en tant que femmes. L’abolition des classes est l’abolition des hommes et des femmes qui sont des fonctions sociales assignées.

Ce procès de la révolution est communisation, production du communisme sans transition autre que la révolution elle-même. Il n’y a pas d’étape entre la révolution et le communisme : ni socialisme, ni une quelconque forme de pouvoir ouvrier ou de gestion ouvrière stable. La situation actuelle du rapport de classe est le produit de l’ensemble du procès historique du capital : comme exploitation, comme mode de production, comme économie, comme société capitaliste, comme Etat, c’est-à-dire comme contradiction permanente (l’exploitation), irréductible et s’approfondissant, entre la classe capitaliste et le prolétariat. Dans les cycles de luttes antérieurs, le prolétariat, en implication réciproque avec le capital, produisait le dépassement communiste de manière adéquate au contenu de sa contradiction avec le capital. Cette révolution – bien qu’impossible dans ses propres termes - était le dépassement réel, dont l’impossibilité n’existe comme évidente que du point de vue du dépassement que la contradiction de classe produit maintenant. Avec la mise en place de la situation présente, le prolétariat n’oppose plus au capital la positivité que le capital lui confirmait : être la classe du travail productif. Le prolétariat projetait son affirmation en programmant une étape historique de développement libre de la productivité et donc de la caducité de la valeur. Cette étape transitoire au communisme était l’intégration nécessaire par le prolétariat du devenir, sous son contrôle, de l’arc historique du capital. Cette période pouvait être conçue comme Etat ouvrier (par les marxistes) ou comme gestion communale ou syndicale (par les anarchistes), cela ne changeait rien à l’essentiel. L’impossibilité de cette intégration de l’arc du capital, était l’impossibilité de l’auto-exploitation car l’exploitation est toujours le rapport de classes distinctes.

En Russie très vite, après quelques tentatives d’autogestion, il se créa une nouvelle classe exploiteuse à partir des structures révolutionnaires, parce que la bourgeoisie avait été chassée, mais le travail productif était toujours à développer. Ce fut la contre-révolution adéquate à la révolution programmatique, pas moins sanglante ou moins barbare qu’une contre-révolution plus visiblement bourgeoise. C’est à cause de la nature de cette contre-révolution que l’ultra-gauche a été incapable de voir que ce qu’elle appelait capitalisme d’Etat était quand même vraiment le socialisme. Car cette contre-révolution spécifique ne rétablit pas la propriété privée, elle résolut le problème de l’impossibilité de l’auto-exploitation ouvrière en inventant l’exploitation par l’Etat ouvrier et sa classe entrouverte à la promotion ouvrière, le Parti. C’est ce type absolument spécifique de développement capitaliste qui expliquait l’attachement que lui manifestait une grande partie de la classe ouvrière des pays du capitalisme bourgeois classique. Cette forme « programmatique » (on aurait pu dire « travailliste » - en anglais « labourist » - s’il n’y avait eu préemption du Labour party) de la lutte de classe est maintenant globalement dépassée (ainsi que sa contre-révolution) et l’horizon est totalement et simplement capitaliste. Le « socialisme réel » (qui était réellement le socialisme, c’est-à-dire l’économie capitaliste étatisée à idéologie ouvrière et à marché du travail non-libre) s’est effondré dans la restructuration de la domination réelle où elle n’avait plus sa place. Il apparaissait que la domination réelle était directement antagonique à sa péréquation à priori et à son non-marché du travail. Le socialisme s’étant tout de même articulé au capitalisme libéral mondial, la restructuration mondiale l’a liquidé, sa disparition fut si soudaine qu’elle donna l’impression hallucinante qu’il s’était évaporé aux soleils de Tchernobyl et de l’Afghanistan pour se perdre dans les ténèbres insondables de la « guerre des étoiles » de Reagan.

Cette disparition et celle concomitante du mouvement ouvrier ont éternisé le capital dans le champ de l’économie et de la société, le seul champ temporel qui peut exister jusqu’à leur abolition. Dans cette éternisation du capital, le Démocratisme Radical a, à la fois, enterré et suppléé au programmatisme en renvoyant aux luttes de classe leur propre limite : sa propre existence comme classe est, pour le prolétariat, la limite à dépasser de sa lutte en tant que classe. Le démocratisme radical est alors la construction pour elles-mêmes des limites réelles des luttes comme corpus de revendications et de « solutions » au problèmes du capital : exigence de l’adéquation du capital à son idéologie qui prône la démocratie et l’égalité sociale, démocratie totale, économie solidaire et développement durable. Le démocratisme radical a sans doute connu l’apogée de son d’existence dans les années 1995 à 2003, il constitue néanmoins un obstacle que les luttes auront à bousculer. La caractéristique actuelle de la contradiction de classe qui est de ne pas permettre l’existence d’un « au-delà » (socialiste) du capital dans le présent du capital, pose à la fois son éternisation et la détermination de son abolition.

Dans les luttes de classe, le caractère revendicatif ne peut pas se dépasser sur sa propre base, dans la crise du rapport d’exploitation, la prise en main d’unités du capital s’impose comme une nécessité de survie immédiate, et implique le développement de l’autogestion d’autres d’éléments, eux-mêmes indispensables à la survie de ces premiers emparements. Ce mouvement s’impose à lui-même sa poursuite comme lutte, il devient son propre but comme poursuite de la lutte.

L’expansion conflictuelle, dans et contre le capital, des emparements d’éléments de tous ordres de la société capitaliste, ce développement de l’autogestion, se contredit lui-même, comme autogestion, par le développement en son sein d’un dépassement de l’échange, par la gratuité et l’unité dans la lutte des éléments saisis. Il se constitue une communauté de prolétaires qui ne veulent plus l’être et qui se transforment par la lutte en individus singuliers immédiatement sociaux. L’autogestion, l’auto-organisation, se dépassent en communisation : elles se dépassent en refusant toute stabilisation qui serait une forme de ré-étatisation et d’économie de crise potentiellement contre-révolutionnaire. Ce dépassement est lutte interne simultanée à la lutte contre la société capitaliste.

La communisation est révolution dans la révolution.

Elle est lutte des prolétaires pour leur unité dans la lutte, lutte dans laquelle ils cessent d’être des prolétaires ! La communisation n’est pas la réappropriation des capitaux par leurs prolétaires, ils ne se réapproprient rien, les capitaux sont décapitalisés radicalement, ils ne sont plus propriété, ils sont désobjectivés comme capital, comme réification de rapports sociaux, ils sont ramenés à leur éventuelle utilisation pour la lutte comme moyen de vie et/ou d’extension de la décapitalisation.

La communisation réelle n’est pas l’application pratique d’une anticipation théorique abstraite. Le concept de communisation n’est pas une invention intellectuelle répondant à une situation sociale pratique invivable et muette, il est le produit de la ressaisie autocritique des luttes qui, depuis les années 60, montrent la fin du programme, par l’absence de toute volonté d’affirmation étatique des prolétaires, Les luttes montrent aussi au travers d’activités changeantes, émeutes, grèves sans revendications dans les années 70, activités d’écart et émeutes encore, des années 90 et 2000 le refus actif - contre le capital - de la condition prolétarienne, y compris au sein de l’autogestion .

L’élaboration de la théorie de la communisation s’est faite au cours de l’entrée en crise du mode de production capitaliste à la fin des années 60 et du commencement du procès de restructuration contre-révolutionnaire du capital à partir du début des années 70. Elle est le dépassement de la contradiction dans laquelle était enfermée l’Ultra-gauche qui critiquait les formes de l’affirmation et de la montée en puissance du prolétariat (parti de masse, syndicat, parlementarisme) tout en conservant la révolution comme affirmation de la classe. Elle est également le dépassement de l’impasse de l’autonomie ouvrière, heureusement moins sanglante, des années 60/70. La critique partielle et formelle de l’ultra-gauche prônant encore l’affirmation directe par les conseils ouvriers se radicalise alors en théorie de l’autonégation d’un prolétariat théorique toujours vu comme révolutionnaire par nature, prolétariat théorique révolutionnaire, nettement distingué de la classe ouvrière réelle aliénée, qui ne pouvait être vue que défendant le travail salarié. Cette conception d’une contradiction prolétariat/classe ouvrière a débouché – la restructuration se poursuivant et l’identité ouvrière disparaissant – sur l’abandon de l’idée d’une nature révolutionnaire du prolétariat, même cachée sous la classe ouvrière. La contradiction prolétariat/classe ouvrière a été une façon transitoire de sortir de l’impossibilité de l’affirmation de la classe, cette pure lutte de concepts supposait que la nature du prolétariat ne pouvant se manifester qu’en détruisant toutes les formes d’existence de la classe dans la société capitaliste, classe qui pouvait même être appelée « capital variable ».

Toute affirmation d’une nature révolutionnaire, même sous la forme de l’affirmation d’une pure négativité, est dépassée quand la révolution comme production du communisme est le moyen même de la destruction du capital, et de l’abolition des classes. Production dans laquelle aucune nature du prolétariat ne s’exprime, dans laquelle seule la contradiction des classes est à l’œuvre, et où le communisme est produit contre le capital, tout simplement parce qu’il est consciemment nécessaire pour la lutte contre l’exploitation et contre la crise même de l’exploitation. La critique cohérente du capital, incluant son procès historique, est actuellement indissociable de l’affirmation de la perspective communisatrice. Cette critique systématisant le contenu des écarts dans la limite des luttes est en polémique avec les anarchistes de gauche et les partisans immédiatistes du communisme. La théorie de la communisation à venir, comme dépassement de l’autodéfense des prolétaires contre le capital qui s’attaque à leur reproduction immédiate, ne se présente pas comme solution, comme choix stratégique que les prolétaires devraient faire.

La perspective communisatrice existe comme moyen d’auto-compréhension du mouvement de dépassement de la lutte défensive simplement socialisatrice, maintenant cette perspective est un renforcement des activités qui posent le dépassement en critiquant l’auto-organisation et l’autogestion de l’économie par les travailleurs. La perspective communisatrice est une articulation entre le caractère théoricien des luttes et la production « théorique » au sens restreint. C’est dans cette situation qu’existe un champ d’expansion épidémique du concept de communisation.

L’élaboration poursuivie de la perspective communisatrice implique qu’elle intègre maintenant la nécessité de devenir incontournable parmi toutes sortes de partisans d’une révolution, voire même, comme disent modestement les démocrates radicaux, d’une transformation sociale. Le programme ouvrier révolutionnaire n’existe plus, le Démocratisme Radical aura été sa disparition et ce qui en a subsisté comme forme politique (sous - politicienne) de la limite des luttes. Dans ce cycle l’articulation avec les luttes immédiates doit donc être pensée à partir des éléments théoriques suivants :
- La théorie comme élément réel des luttes.

- Le caractère théoricien des luttes.
- La formation d’écarts dans le caractère de classe des luttes, c’est-à-dire dans leur limite, identique à leur nature même d’être de classe.

- L’apparition d’un courant théorique communisateur.

- La production du dépassement sur l’ensemble du cycle, ayant débuté dès les années 70.

- Le dépassement comme non-transcroissance des luttes nécessitant une rupture.

- La crise économique comme crise du rapport d’exploitation, comme crise de la reproduction des classes.

L’élément synthétique peut être l’existence du courant communisateur.

Sans doute peut-on articuler l’action des partisans de la communisation avec l’apparition d’écarts, sans les considérer du tout comme des déclencheurs mais plutôt comme des « dénicheurs ». La situation implique la formation d’écarts dans les luttes : les communisateurs ont par nature des atomes crochus avec ces potentialités.

On ne peut pas penser que la communisation se fasse sans qu’elle se nomme. Le devenir hégémonique du concept n’est en aucune façon une condition à la communisation, dont la détermination est la crise révolutionnaire du rapport d’exploitation. Cependant, le procès de dépassement communisateur aura vu le concept se répandre, dans la conflictualité au sein des luttes au sein de l’auto-organisation. Dès maintenant, il y a une bagarre entre ce que le courant communisateur avance et les restes fossilisés de l’ultra-gauche conseillo-bordiguiste. Certes, ces restes sont insignifiants mais il y a aussi, sinon bagarre, du moins polémique avec un courant immédiatiste-alternativiste qui est bien moins négligeable. L’hégémonie du concept passe maintenant par l’analyse autocritique des luttes en cours et non par la critique déjà dépassée du programme.

Cette bagarre et cette polémique ne sont pas destinées à populariser le concept, qui porte sur le sens des luttes, sur le sens du cours du capital, sur le débouché des luttes dans la crise qui vient, mais elles le diffusent et ce concept peut être intégré par bien des schémas a priori de révolution. Il peut être synonyme de collectivisation, d’autogestion (si, si, je l’ai vu !). Il peut être synonyme de constitution de l’unité des prolétaires en lutte. Les prolétaires en lutte créent entre eux des rapports nouveaux dont la médiation est la lutte contre la médiation, le capital, la désignation de cette unité dans la lutte comme communisation signifie, pour ceux qui l’utilisent, qu’ils font le lien direct entre les luttes actuelles et la révolution, ce qui est essentiel, mais ce lien est ici marqué d’immédiatisme, il autonomise la dynamique de la période, et en construit l’idéologie, qui débouche inévitablement sur un mode de vie alternatif, ce n’est pas le mode vie qui est à critiquer, c’est la posture interventionniste qui en découle. Les tendances plus ou moins immédiatistes auront tort jusqu’à ce qu’elles aient raison, mais alors ça se saura ! Le terme de communisation a été aussi considéré comme plus clair qu’anarchosyndicalisme, sans voir d’opposition entre eux. Le terme peut fonctionner comme une étiquette politique, et on la collera à tous ceux qui parleront de communisation, ils seront des communisateurs comme on peut être trotskiste ou ultra-gauche, c’est ainsi et il faut « faire avec ».

Le développement du concept, que le courant communisateur élabore en permanence, est aussi le développement d’un réseau de petits groupes et d’individualités qui n’est pas homogène et qui comprend des divergences, mais encore plus divergentes seront, comme on l’a vu, les réappropriations du concept au-delà de ce réseau. Les divergences, voire les contradictions, dans la compréhension du concept, désignant l’abolition positive du capital par les prolétaires s’autotransformant en individus immédiatement sociaux.sont inévitables mais ne sont porteuses aucune possibilité de « fausse route » pour la communisation réelle, car le concept ne crée pas le mouvement : il est une auto – saisie nécessaire du mouvement. Le courant communisateur se développe en liaison (quelle qu’en soit la forme) avec les luttes, ses concepts sont utilisés pour intégrer ces luttes à une perspective, cette utilisation génère des divergences et des interprétations qui peuvent être, immédiatistes, alternativistes, idéologiques ou étonnamment productives !

La théorie de la communisation, dans sa liaison avec les luttes de classe, produit l’eau dans laquelle elle nage, c’est le devenir banal de cette théorie qui est déjà un élément réel des luttes, qui lui permettra d’être, de plus en plus, la théorie critique de luttes de plus en plus théoriciennes. La diffusion du concept de communisation sera l’unification des deux formes de la lthéorie et leur permettra d’avoir une langue commune . Cette diffusion permettra des polémiques et fera émerger, dans les luttes, une expression possible de la perspective de dépassement qui ne sera pas, comme c’est souvent le cas maintenant, un implicite à décrypter.

Attendons-nous à être surpris et dérangés par le succès de la communisation.

Distinction de genres, programmatisme et communisation - Roland Simon

mardi, 8 juillet 2008

Distinction de genres, programmatisme et communisation

Vu le sujet, je me sens contraint(e) de signaler que tout au long de ce texte je me suis dispensé(e) du travail fastidieux à l’écriture et à la lecture consistant à ajouter des (e). Quand c’est nécessaire, le lecteur (trice) le fera d’elle (lui)-même.

Introduction : hommes / femmes / communisation

La révolution, telle que ce cycle de luttes en produit les caractéristiques et la porte comme communisation est suspendue à l’abolition de la distinction de genres. Pas d’abolition de la division du travail, pas d’abolition de l’échange et de la valeur, pas d’abolition du travail (non coïncidence de l’activité individuelle et de l’activité sociale), pas d’abolition de la famille, pas d’immmédiateté des rapports entre individus les définissant dans leur singularité, sans abolition des femmes et des hommes. Il ne peut y avoir d’autotransformation des prolétaires en individus vivant comme individus singuliers, sans abolition des identités sexuelles. Toutes les mesures de communisation ne pourront aboutir si elles ne résolvent pas (en s’y attaquant spécifiquement) cette question en en abolissant les termes.

Tant qu’existe un rapport hommes / femmes, il ne peut y avoir d’immédiateté des rapports entre individus les définissant dans leur singularité, en effet une construction sociale se présentera comme naturelle et une division de la société sera considérée comme allant de soi et subsumant les individus singuliers. Par cette division générale, abstraite, allant de soi, toutes les autres divisions seront conservées parce que cette division est construite par toutes les autres, même si, en tant que telle, elle ne structure aucune société, car elle ne définit aucun rapport de production, ni aucun mode de production.

Il faut parvenir à penser par quel processus social on parvient à la situation où la distinction entre les sexes n’a plus de pertinence sociale. That is the question. Je commencerai par la construction sociale du groupe femmes, puis j’étudierai la dimension économique du rapport hommes / femmes dans le mode de production capitaliste, enfin je teminerai sur la question de l’abolition de la distinction de genres dans le programmatisme et dans la révolution comme communisation.

I ) LA CONSTRUCTION SOCIALE DU GROUPE FEMMES

Il faut comprendre comment le rapport hommes / femmes est lui-même construit pour comprendre l’abolition de ses termes. Pour comprendre comment ce rapport est construit, il ne faut pas partir de la reproduction (biologique) et de la place spécifique des femmes dans cette reproduction (Françoise Héritier), mais de ce qui rend cette place spécifique et lui donne un sens social : les modes de production jusqu’à aujourd’hui. Le caractère historiquement récurrent de l’appropriation des femmes exprime la récurrence, dans tous les modes de production jusqu’à aujourd’hui, de l’augmentation de la population comme principale force productive, ce qui n’est pas plus un rapport naturel que n’importe quel autre rapport de production économique et ne va pas sans scission de la société entre travailleurs et non-travailleurs.

L’appropriation de cette force productive implique l’appropriation de la personne qui en est porteuse. Appropriée en tant que personne, elle n’est pas une entité sociale reconnue, pouvant se faire valoir socialement en tant que telle, cela implique alors l’appropriation de toute son activité, c’est là que nous avons la création et le passage à la catégorie de travail domestique (qui n’est dans aucune relation nécessaire avec tel ou tel type d’activités concrètes). On ne part pas d’une catégorie présupposée, les « femmes », pour expliquer pourquoi elles sont dominées, on part de la domination, d’un rapport social historique, pour produire « les femmes ».

Les femmes font des enfants, mais il n’y a rien là de naturel à ce que ce fait définisse une « entité sociale » plus que tout autre caractéristique ou détermination. Si « faire des enfants » devient la définition d’un groupe de personnes, les femmes, cela est une pure construction sociale. L’augmentation de la population comme principale force productive permet de considérer les différences biologiques dans la reproduction comme seulement quelque chose à laquelle un rapport social donne un sens, ce n’est pas quelque chose en attente d’avoir un sens, mais totalement construit, comme différence, socialement. Construction qui implique l’appropriation des femmes et leur soumission à cette fonction.

C’est cette appropriation qu’on appelle « genre ». Si le genre n’existait pas, ce qu’on appelle le sexe serait dénué de signification, et ne serait pas perçu comme important : ce ne serait qu’une différence physique comme les autres. Le genre n’est pas une construction sociale érigée sur la base de groupes déjà constitués par la nature. Ce qui est physique (et dont l’existence n’est pas en cause) n’est pas le substrat du genre, c’est le genre qui crée le sexe, autrement dit, qui donne un sens à des traits physiques qui, pas plus que le reste de l’univers physique, ne possède de sens intrinsèque. Mais la distinction construite (traits physiques) est pertinente pour la distinction elle-même. A partir de là, il faut se garder d’une « anthropologie des origines », le vrai point de départ de la compréhension de cette construction est le point où la question peut apparaître parce qu’elle apparaît comme une question, ce point c’est le mode de production capitaliste : son rapport contradictoire au travail et à la population (voir plus loin).

On ne peut laisser de côté, comme dénué d’importance, que la définition sociale des genres définisse un sexe. Quand la distinction sociale met en scène une distinction anatomique, c’est-à-dire quand la distinction anatomique est construite comme distinction sociale, quand elle fait sens, il faut en rendre compte en tant que telle : une distinction anatomique qui fait sens. La perception de l’humanité comme partagée entre porteurs potentiels d’enfants et non-porteurs n’est pas une « perception spontanée », c’est une construction sociale, mais une fois cette construction sociale effectuée, on peut affirmer qu’il existe deux sexes et seulement deux. C’est une construction sociale objective. Placer la logique reproductive en position structurante, ce qui est le fait de tous les modes de production (ce qui est une construction sociale) réduit un ensemble complexe de variables physiques à une classification dichotomique, socialement construite et imposée s’il le faut.

Si toutes les sociétés jusqu’à aujourd’hui repose sur l’augmentation de la population comme principale force productive, c’est qu’elles sont des sociétés de classes. La division de la société qui en résulte entre travailleurs et non-travailleurs se double immédiatement d’une autre division qui lui est interne mais dont les termes ne se recouvrent pas : une division genrée de la société. En effet, jusqu’au capital inclus où la chose devient contradictoire, la source principale du surtravail est bien sûr le travail ce qui signifie l’augmentation de la population. La nécessaire appropriation du surtravail, phénomène purement social (le surtravail ne tient pas à une supposée surproductivité du travail) crée les genres et la pertinence sociale de leur distinction sexuelle. C’est le surtravail qui structure les deux partitions (travailleurs / non-travailleurs ; hommes / femmes). Il n’y a pas deux systèmes de classes parce qu’il n’y a pas deux modes de production et parce qu’il y a qu’un seul surtravail. En fait, il n’y a pas de surtravail sans division genrée de l’humanité. Contradiction entre travailleurs et non-travailleurs et contradiction entre hommes et femmes sont des corollaires et ne se superposent pas. La seconde, tout en ne définissant aucun mode de production spécifique n’en est pas moins une contradiction spécifique qui ne se réduit pas à la première. Le « patriarcat » n’a jamais été ni un rapport de production, ni un mode de production. L’histoire du patriarcat est une illusion d’optique historique, tout comme, à un autre niveau, l’histoire de l’Etat, de la religion, de l’art… S’il n’existe ni histoire du patriarcat, ni même d’histoire des rapports hommes / femmes, c’est qu’il s’agit d’un rapport chaque fois spécifiquement reproduit par chaque mode de production qui en est la condition. Le rapport entre hommes et femmes est consubstantiel à l’existence même de l’exploitation et du surtravail. Le surtravail est le concept structurant les deux divisions sans les confondre (prolétaires / capitalistes ; hommes / femmes). Dans le mode de production capitaliste, on commettrait une erreur, si on établissait la succession des catégories économiques dans l’ordre de leur influence historique.

L’appropriation de la principale force productive et source du surtravail est effectuée par tous les hommes de par la simple distinction genrée de la société. Mais tous les hommes n’en tirent pas profit de façon identique (en quantité et en qualité) et dans la même mesure selon leur place dans la division entre travailleur et non-travailleur.

II ) DIMENSION ECONOMIQUE DU RAPPORT ENTRE HOMMES ET FEMMES DANS LE MODE DE PRODUCTION CAPITALISTE

1) Travail domestique / travail nécessaire / surtravail

Le rattachement de l’épouse (et des enfants) à la classe du mari est théoriquement et socialement valide. En rester à la définition des classes sur la base de la distribution des moyens de production (la « première distribution » de Marx) est insuffisant. Le rapport entre les classes est un rapport qui se reproduit, qui s’autoprésuppose, donc qui inclut toutes les conditions de son propre renouvellement. Le salaire c’est la valeur de la reproduction de la force de travail et de la « race des travailleurs » (Salaire prix et profit p. 46) et non le paiement de la « valeur du travail » (expression absurde). Le rapport de dépendance (la relation d’entretien dans laquelle se trouve la femme) est le produit même du salaire en tant que reproduction de la force de travail et non « paiement du travail ». Le salaire suppose et reproduit sur sa base la famille et ses rapports de dépendance. Ce rapport de dépendance n’est pas un autre rapport de production car il n’a aucune autonomie et aucun principe de renouvellement propre (cf. Théorie sur la plus-value t.1, p. 177-178). Si le conjoint ne retourne pas travailler, il ne peut renouveler l’opération vis-à-vis de sa femme : son exploitation de sa femme ne produit pas les conditions de son renouvellement.

Seule une théorie non programmatique de la lutte des classes et une théorie de la révolution comme abolition de toutes les classes, comme abolition du prolétariat et du salariat peut prendre en compte l’antagonisme interne inclus dans le salaire comme reproduction de la force de travail et même plus, considérer que cet antagonisme interne est et devra être un élément déterminant de l’abolition du salariat

Dire que le salaire paie la reproduction de la force de travail et de la « race des travailleurs » nous fait franchir le seuil de l’« intimité ». Même s’il n’y a pas, dans le cadre familial, de travail productif gratuit, de par la nature du salaire même, la famille est le lieu d’une exploitation économique, celle des femmes, qui bénéficie d’abord au conjoint, c’est-à-dire aux hommes en général. Nous avons ici un rapport de domination qui découle de ce qu’est le salaire : la domination et la fourniture du travail domestique dépendent premièrement de l’existence du surtravail et, deuxièmement, du contenu même de la relation salariale.

Il faut se garder d’une fausse évidence : « les femmes accomplissent le travail domestique ». Non, c’est le travail accompli par les femmes qui, parce qu’accompli par elles, dans un certain rapport, est le « travail domestique ». Ainsi le travail domestique ne recouvre pas une liste de travaux concrets et définis prélablement à leur assignation aux femmes (tout au plus, les hommes aident – participent – au travail domestique). Par définition le travail domestique est sexué, ce n’est pas le travail qui s’appliquerait à l’intérieur de la « maison » mais celui qui est effectué par la personne qui appartient, en situation dépendante, à la « maison » en tant que structure sociale. Si le travail des femmes est, en ce sens, le travail domestique, c’est que la définition fondamentale du groupe « femmes » par leur appropriation en tant que personne exclut leur activité du champ des relations sociales. Celle qui est appropriée en tant que personne ne produit rien qui en tant qu’objet ou activité puisse se détacher d’elle comme sa propriété et rentrer dans le champ général de l’économie. C’est le travail domestique, travail des femmes, et en tant que tel exclu de l’économie. Ce travail peut parfois être aussi effectué par des hommes, il demeure travail féminin, une société, simplement parce qu’elle est reproduction d’elle-même et donc « survit » aux individus qui la composent, est une structure de positions et de fonctions avant d’être un ensemble d’individus concrets. Les femmes accomplissent un travail qui, dans un mode de production déterminé et en vertu des déterminations de ce mode de production, ne crée pas de valeur, ce n’est pas l’effet du hasard s’il leur est assigné. L’appropriation des femmes, inhérente à tous les modes de production y compris le capitalisme, crée le travail domestique à l’intérieur de la structure sociale de cette appropriation : la famille. Ce travail ne crée pas de valeur, il n’est pas du travail productif.

La valeur est un rapport social et le travail abstrait n’existe que comme système général de l’échange des marchandises (Rubin). Un produit ou un service qui n’est ni acheté, ni échangé (qui, en outre, n’est pas destiné à l’échange), n’est pas valeur. Si le travail domestique créait un certain type de valeur, il devrait être possible de parler de travail domestique abstrait socialement nécessaire. Aucun métabolisme social ne permet de déterminer l’heure de travail domestique abstrait et la valeur d’une heure de femme au foyer. Dans la mesure où ce travail n’est pas médié par le marché, aucun mécanisme social ne permet d’indiquer le nombre d’heures de travail domestique nécessaire en moyenne pour produire la nourriture d’une famille et l’entretien d’une maison (le coût horaire de la main-d’œuvre de remplacement ne peut être un mode de calcul satisfaisant, les normes et le rythme de l’effectuation du travail et la réalité concrète du produit fini recherché sont difficilement comparables).

Mais, dira-t-on, ce travail produit une marchandise : « il produit la force de travail, marchandise qui va être échangée, donc il est productif de valeur ». Non. Il n’est pas productif de valeur car son produit propre ou ses services propres, utiles à la production de la force de travail, ne rentrent eux-mêmes dans aucun rapport d’échange avec le dépositaire de la force de travail et ne peuvent y entrer de par leur effectuation dans le cadre domestique. On peut le regretter, on peut combattre cette situation, on peut réclamer qu’il y ait un rapport d’échange, mais tant que la chose n’est pas faite cette activité ne produit pas de valeur. Le travail domestique n’entre pas dans la détermination de la valeur de la force de travail reproduite, ce qui revient à un cadeau pour le capitaliste qui achète cette force de travail à sa valeur. Ce temps de travail est utile, indispensable même à la reproduction de la force de travail et il a en outre l’immense avantage pour le capitaliste de se dérouler dans une relation sociale telle, la relation conjugale, qu’il ne produit pas de valeur.

Il y a une autre raison. La reproduction de la personne, l’épouse, est incluse dans la valeur de cette force de travail, ce qui est inclus ce n’est pas le prix de son travail (ce qui n’existe pour personne) mais de sa reproduction quelle que soit ensuite (et cela est prévu) la forme que prend, dans la famille, cette rétribution (l’« entretien ») et le rapport de domination qui est cohérent à cette rétribution. Si on faisait mine de lui « payer son travail » (« salaire ménager »), on ne lui paierait en fait, comme à tout le monde, que le coût de sa reproduction et non son travail. Ce qu’elle recevrait directement ne pourrait qu’être défalqué de la valeur de la force de travail de son mari. La même chose ne peut être payée deux fois. On peut considérer que ce serait en quelque sorte un « progrès » pour elle, mais le rapport économique réel n’en serait pas modifié (le mari pourrait être chargé par l’Etat ou l’entreprise de vérifier la bonne fourniture du service pour lequel l’épouse est directement rémunérée, dans le cadre des échanges marchands le pire est toujours le plus sûr).

A la différence de toute autre marchandise, la force de travail ne « réalise » sa valeur en étant achetée que dans la mesure où elle produit son équivalent dans le procès de production. La valeur que l’ouvrier reçoit pour sa reproduction, pour sa force de travail, il doit la produire, c’est dans le procès de production capitaliste que l’ouvrier produit l’équivalent de la valeur de sa force de travail. La marchandise force de travail doit être vendue et consommée comme productrice de valeur pour réaliser sa valeur. Elle a une valeur, mais aucune contrepartie de cette valeur n’existe avant que l’ouvrier ne la produise. « A la maison », l’ouvrier consomme des produits finis en tant que valeur d’usage et le travail de son épouse en tant que travail particulier, travail concret. La valeur de la force de travail quant à elle, c’est dans le procès de production qu’il en produit l’équivalent. Le travail de l’épouse ne crée pas immédiatement le fonds sur lequel elle est entretenue comme l’ouvrier de l’électroménager ou d’ailleurs crée immédiatement (sous réserve de la vente) le fonds sur lequel il est payé.

Cette particularité de la réalisation de la force de travail (ne réaliser sa valeur que dans la mesure où elle produit son équivalent) n’est qu’une autre façon de concevoir la circulation capitaliste. La circulation capitaliste implique que la transmission de la valeur des produits consommés par la force de travail se fasse sans modification de valeur. Autrement dit la circulation capitaliste définit comme non-créatrice de valeur la consommation ouvrière et les actes qui l’accompagnent. Cette consommation apparaît dans cette circulation comme un pur phénomène de circulation entre capitalistes.

Les modalités selon lesquelles s’accomplit dans la consommation de l’ouvrier la transformation de ces biens en reproduction de la machine à fabriquer de la valeur est un don gratuit que le travail domestique fait constamment au capitaliste pour la seule raison que l’un est le capitaliste et l’autre l’ouvrier. Ce n’est donc pas dans le simple cadre de l’échange et de la production de valeur qu’il faut aborder la question du travail domestique dans le capitalisme, mais dans le cadre du salaire, c’est-à-dire du rapport entre travail nécessaire et surtravail. Le travail domestique ne crée pas de valeur, mais il accroît le surtravail accaparé par le capitaliste qui échange le salaire contre la force de travail. Le salaire paie la valeur des marchandises entrant dans la reproduction de la force de travail ce qui n’inclut pas le temps de travail nécessaire à leur élaboration ultérieure à leur achat (la cuisine ou le meuble IKEA) ou à leur entretien pour les maintenir en tant que valeur d’usage. C’est seulement du point de vue du capitaliste qui paie le salaire que ce temps de travail est du travail gratuit. C’est une réduction du temps de travail nécessaire correspondant à la consommation ouvrière et à la reproduction de l’ouvrier. Pour le porteur et vendeur de la force de travail, le travail de son épouse ne crée que du « temps libre ».Il ne crée aucune valeur supplémentaire par rapport à ce que serait la valeur de sa force de travail s’il s’occupait lui-même de sa reproduction.

Lors de la furieuse introduction des femmes dans l’industrie avec le développement du machinisme, les capitalistes se sont vite aperçus que le travail domestique (avec l’impossibilité dans laquelle les femmes se trouvaient à l’accomplir) réduisait le travail nécessaire et accroissait le surtravail. L’accroissement du surtravail que le capital absorbe par la mutiplication des journées de travail simultanées (introduction des femmes) produisait de lui-même une contre-tendance : l’augmentation des dépenses ouvrières de reproduction et donc du temps de travail nécessaire à la reprodution des forces de travail ouvrières familiales.

Avec la transformation de tous les membres de la famille en main-d’oeuvre exploitable, dans le chapitre du Livre I sur la grande industrie, Marx écrit : « Comme certaines fonctions de la famille, comme le soin et l’allaitement des enfants, ne peuvent être tout à fait supprimées, les mères de famille confisquées par le capital sont plus ou moins forcées de louer des remplaçantes. Les travaux domestiques, tels que la couture, le raccomodage, etc. doivent être remplacés par des marchandises toutes faites. A la dépense amoindrie en travail domestique correspond une augmentation des dépenses en argent (c’est moi qui souligne). Les frais de la famille du travailleur croissent par conséquent et balancent le surplus de la recette. Ajoutons à cela qu’il devient impossible de préparer et de consommer les subsistances avec économie et discernement. » (K, t.2, note p. 79). Tout cela, ajoute Marx est passé sous silence par l ’économie politique officielle. Dans une autre note, il précise : « on voit comment le capital en vue de son propre accroissement avait usurpé le travail que nécessite la consomation de la famille (c’est moi qui souligne) » (K, t. 2, note p.78-79). Le travail domestique diminue le temps de travail nécessaire donc augmente la partie de la journée de travail qui est composée de surtravail.

Le capital a à sa disposition trois façons d’ « usurper » ce temps de travail domestique, soit en le laisant tel quel comme travail domestique (dans ce cas, il l’usurpe en tant que diminution de la partie de la journée de travail composée de travail nécessaire), soit en absorbant ce temps (c’est-à-dire en absorbant les femmes), mais alors à terme le temps de travail nécessaire augmentera, soit en combinant les deux, en cherchant à gagner sur les deux tableaux. La troisième solution est bien entendu la plus prisée par le capitaliste. Depuis plus de 20 ans, la « solution » c’est le temps partiel, imposé dans l’immense majorité des cas.

Tant que le capital ne produit pas lui-même la norme de consommation, les marchandises entrant dans cette consommation ouvrière et le cadre de vie du travailleur, selon des rapports sociaux et des techniques qui en réduisent la valeur, la massification de la force de travail provoquée par la machine et la grande industrie provoque, après une première période d’euphorie capitaliste, un renchérissement de la reproduction de la force de travail. Dépasser cet enchérissement sera l’oeuvre essentielle du fordisme, mais alors c’est le cadre familial comme cadre de la reproduction qui est remis en cause, il n’est plus qu’un moyen terme entre une force de travail individuelle qui ne vaut que comme quote-part de la force sociale disponible et cette force sociale disponible globale dont l’Etat est d’abord le garant de la reproduction générale avant qu’elle acquiere une forme adéquate au capital en devenant l’affaire de capitaux particulier (assurances, formation, accords de branches, d’entreprises, distribution de bons...). Actuellement, l’attaque de toutes les formes de salaire indirect et de services publics, destinés, en partie, à se substituer à certaines tâches domestiques entraîne que la charge de la reproduction doit être reportée sur un autre rapport social (domestique ?). Les conséquences d’un tel retournement sont présentement difficilement prévisibles.

Les femmes travaillent aussi et le mode de production capitaliste doit toujours composer avec le travail féminin de telle sorte que travail et travail domestique s’y articulent pour créer chacun les conditions nécessaires à l’obligation de l’autre. Même quand une grande majorité de femmes travaillent, on peut encore dire que leur rapport à leur reproduction demeure celui de l’ « entretien » (Delphy). Le couple n’a pas le même sens objectif pour lui et pour elle, le marché du travail renvoie les femmes au mariage : la carrière objectivement la plus profitable (même en travaillant). La dissymétrie préexiste à l’association, elle est la cause de cette association. Le salaire féminin fonctionne comme « second salaire » (cela est possible car ce qui est déterminant c’est le salaire comme reproduction de la force de travail familiale) et ce faisant les femmes sont réinscrites dans le cadre du travail domestique dont le capitaliste profite via la valeur de la force de travail.

Le marché du travail est purement capitaliste (et non « patriarcal » et capitaliste), parce la place des femmes assignées au travail domestique en plus du travail salarié est aussi purement capitaliste. Si purement capitaliste que ce sont les nécessités mêmes de la valorisation du capital qui module l’entrée et la sortie du travail des femmes de sa pure localisation dans le domaine domestique, sans jamais les en dispenser.

L’appropriation des femmes en tant que productrice de la principale force productive (l’augmentation de la population) implique l’appropriation de la personne qui la produit et par là de toute son activité en ce que l’appropriation de sa personne l’exclut de la société. Le travail domestique ne peut être accaparé par le capitaliste (via la valeur de la force de travail) sans un rapport de domination qu’exercent tous les hommes. Le « temps libre » et la division sexuée du marché du travail sont les effets en retour de la contrainte par laquelle seule s’effectue le travail domestique. Ce temps libre résulte d’une domination et non d’une exploitation qui, elle, est ailleurs, même si elle inclut cette domination comme un de ses moments (appropriation de l’augmentation de la population comme force productive et dévalorisation de la force de travail). Dans le mode de production capitaliste, l’exclusion des femmes hors de l’espace public est plus radicale que dans les modes de production antérieur. Le capitalisme définit un travail productif absolument séparé de toutes les activités reproductives de la sphère privée. La force de travail libre qui porte ce travail productif doit aller se vendre. La scission entre production et reproduction, habitat et lieu de production, est parfaite, structurelle, définitoire du mode de production fondé sur le travailleur libre. La famille conjugale, c’est la famille du travailleur libre, n’en déplaise à Engels (voir plus loin). L’espace domestique est défini socialement comme une exclusion et une réclusion. Les femmes pourront entrer sur le marché du travail mais sur la base de cette exclusion. Leur entrée sur le marché du travail, leur participation au travail productif sera toujours défini comme le travail de « celles-qui-existent-ainsi-dans-l’exclusion » et dont la valeur de la force de travail est ainsi dévalorisée.

2) Mode de production / surtravail / hommes-femmes / rapport de domination

Le résultat économique du travail domestique se matérialise dans le partage de la journée de travail. Mais la possibilité de cet abaissement du temps de travail nécessaire et de l’accroissement corrélatif du surtravail est extérieure au procès de travail lui-même. Cette croissance du surtravail ne se confond pas d’elle-même avec le procès de travail, c’est en cela qu’il lui faut pour exister quelque chose de plus que le rapport économique. Ce rapport de domination, on peut le nommer « patriarcat » à condition de ne pas tomber dans l’illusion anthropologique d’une histoire du patriarcat. Pour cela il faut rapidement revenir sur la combinatoire des rapports de production en mode de production et sur comment des rapports de domination peuvent se redévelopper sur la base du rapport capitaliste

Le concept de rapport de production désigne les rapports sociaux que les hommes entretiennent entre eux dans le procès de production de leurs conditions matérielles d’existence. L’ensemble cohérent de ces rapports constituent un mode de production. En tant que mode de production, cet ensemble cohérent de rapports de production inclut l’articulation des instances de domination et de représentation de la société comme totalité, c’est-à-dire l’aliénation de l’individu à sa communauté inhérente à toutes les formes d’exploitation (religion, Etat, politique, parenté…). Pris historiquement (chronologiquement) les rapports de production sont premiers, pris théoriquement, conceptuellement, c’est le mode de production. Même si historiquement la marchandise, la monnaie, la rente ou le crédit existent antérieurement au mode de production capitaliste, conceptuellement, c’est le mode de production capitaliste (ou capitalisme) qui définit ce que sont la marchandise, le travail salarié, le capital, le crédit, la rente…

Un mode de production est le résultat de la combinatoire de trois éléments : travailleurs, non-travailleurs, conditions de production. Le troisième élément se scinde en deux : moyens de production, moyens de subsistance. Entre ces trois éléments peuvent exister trois types de relations : propriété, possession, séparation. Chaque combinaison peut, dans sa mise en mouvement, s’effectuer de deux façons : coïncidence entre le procès de travail et l’extraction de surtravail ou non-coïncidence. Les modes de production fondés sur la non-coïncidence sont ceux où l’exploitation ne peut être effective, ne peut se réaliser, sans être domination. Ces modes de production passent essentiellement par la domination, l’exploitation inclut la domination. Ce n’est pas le cas du capitalisme.

Il faut définir les concepts de « domination » et « d’exploitation ». L’exploitation est un concept strict : appropriation par le non-travailleur d’un surplus matériel accumulable reproduisant et / ou élargissant le fonds permettant le renouvellement de l’opération. La domination est un concept beaucoup plus flou et polysémique. Il y a domination quand le travailleur est un individu particulier, c’est-à-dire dont l’appartenance à une communauté quelconque présuppose l’effectuation de son activité, cela inclut généralement la disjonction (spatiale / temporelle) du temps de travail en temps de travail nécessaire et surtravail. La domination est également pour les mêmes raisons un processus idéologique. En effet si l’exploitation acquiert, dans cette situation, un caractère d’évidence, c’est au prix de l’idéologie qui recouvre l’appartenance à la communauté.

Cependant des rapports de domination peuvent se redévelopper sur la base de l’exploitation capitaliste. Cela de deux façons : premièrement à partir de et dans l’exploitation elle-même, précisément dans la manière dont s’articule les trois moments de l’exploitation (face à face de la force de travail et du capital en tant que capital potentiel ; subsomption du travail sous le capital ; transformation de la plus-value en capital additionnel) ; deuxièmement à partir des disjonctions existantes, dans le mode de production capitaliste lui-même, entre procès de travail et croissance du surtravail – c’est-à-dire sur la base qui conceptuellement détermine la domination. Le caractère jamis acquis de la transformation de la plus-value en capital additionnel et les disjonctions entre procès de travail et croissance du surtravail font que, à l’intérieur du rapport d’exploitation, le capital réapparaît comme domination, contrainte extérieure sur l’individu.

D’une part, nous avons, dans l’exploitation, la possibilité générale de l’existence d’un rapport de domination, d’autre part, la façon dont nous avons défini l’insertion du travail domestique dans la relation entre travail nécessaire et surtravail fait qu’il ne peut accroître le surtravail sans être pris dans un rapport de domination. Le rapport domestique est inclus dans le salaire qui est la reproduction de la force de travail et de la « race des travailleurs ». De par la disjonction entre le procès de travail dans lequel est consommée productivement la force de travail et cette modalité de croissance du surtravail que représente le travail domestique, son effet ne peut être accaparé par le capitaliste sans un rapport de domination. Le rapport entre hommes et femmes n’est pas réductible à la contradiction entre les classes, les hommes n’agissent pas en contremaitres pour le compte du vrai patron, le capitaliste, ils agissent pour leur propre compte en tant qu’hommes. La domination masculine ne médie pas l’exploitation capitaliste. Si cette domination accroît le surtravail c’est que surtravail et domination masculine, appropriation des femmes et de leur activité, sont donnés simultanément, appartiennent au même concept de surtravail. Mais c’est là exactement que le mode de production capitaliste a un problème avec les femmes.

3) Le mode de production capitaliste a un problème avec les femmes

Le mode de production capitaliste est le premier mode de production qui a un probléme avec le travail et l’augmentation de la population comme « principale force productive ».

« Comme nous l’avons vu la loi du capital c’est de créer du surtravail, du temps disponible. Il ne peut le faire qu’en mettant en mouvement du travail nécessaire, c’est-à-dire en procédant à l’échange avec l’ouvrier. Sa tendance est donc de créer le plus possible de travail, en même temps que de réduire le travail nécessaire à un minimum. Le capital s’efforce donc à la fois d’augmenter la population ouvrière et de rendre une partie de celle-ci surnuméraire et inutile jusqu’à ce que le capital puisse l’utiliser. (C’est ce qui confirme notre théorie de la surpopulation et du capital en surplus). (…) Le capital ne peut surmonter la limite naturelle constituée par la journée de travail vivant qu’en plaçant simultanément une journée de travail à côté de l’autre, bref en accroissant dans l’espace le nombre des journées de travail simultanées. (...) C’est pourquoi le capital sollicite l’augmentation de la population : le procès réel de diminution du travail nécessaire permet de mettre en mouvement du travail nécessaire nouveau (et donc du surtravail).

Au demeurant, l’accroissement de la population augmente la force productive du travail, ne serait-ce qu’en permettant une division et une coopération plus grande du travail. L’accroissement de la population est une force naturelle du travail : elle ne se paie pas. A ce niveau, nous appelons force naturelle la force sociale. Toutes les forces naturelles du travail en société sont des produits historiques. (…) Ainsi, le capital s’efforcera d’augmenter la population ouvrière en même temps qu’il diminue constamment la partie nécessaire du travail de celle-ci (et en met une partie en réserve). Au reste l’augmentation de la population est l’un des moyens principaux de diminuer la partie nécessaire. Au fond, tout cela n’est qu’une application de son rapport avec la journée de travail. » (Marx, F.1, p. 355-356-357)

En conséquence de la définition de la population ouvrière comme force productive, les catégories hommes et femmes sont simultanément toujours reproduites, absolument pas contingentes (ce ne sont pas des « choix comportementaux » - Butler -), mais, avec le mode de production capitaliste, ces catégories ne vont plus de soi, car c’est la population comme principale force productive qui, avec le capital, ne va plus de soi.

« Tant que la contradiction n’est pas apparue, les conditions, dans lesquelles les individus entrent en relation entre eux sont des conditions inhérentes à leur individualité, elles ne sont nullement extérieures et seules, elle permettent à ces individus déterminés et existant dans des conditions déterminées de produire leur vie matérielle et tout ce qui en découle ce sont donc des conditions de leur manifestation actives de soi et elles sont produites par cette manifestation de soi. En conséquence, tant que la contradiction n’est pas encore intervenue, les conditions déterminées, dans lesquelles les individus produisent correspondent donc à leur limitation effective, à leur existence bornée, dont le caractère limité ne se révèle qu’avec l’apparition de la contradiction et existe de ce fait pour la génération postérieure. Alors cette condition apparaît comme une entrave accidentelle, alors on attribue à l’époque antérieure la conscience qu’elle était une entrave. » (Marx, l’Idéologie allemande, Ed. Sociales, p. 98).

Avec le mode de production capitaliste, la contradiction « est apparue » (celle de la population comme principale force productive), mais il est impossible d’y échapper sans une abolition de ce mode de production. Ce mode de production prépare en son sein, une lutte de classe qui abolissant le capital, ne pourra échapper à la question, pour chacun, des « conditions inhérentes à son individualité », question déterminée par cette « contradiction apparue » et à dépasser, c’est-à-dire ici être un « homme » ou une « femme ». L’apparition comme contradiction de la reproduction genrée de l’humanité est identique au rapport contradictoire du capital et du travail à l’intérieur du MPC, c’est-à-dire identique au capital comme contradiction en procès (F2, p. 222). C’est pour cela qu’il faudra chercher à montrer comment c’est dans le travail féminin actuel que toutes les contradictions se nouent (cf. infra).

III ) L’ABOLITION DE LA DISTINCTION DE GENRES

1 ) Le programmatisme aime les femmes

L’exploitation spécifique des femmes en tant que telles dans le mode de production capitaliste ne peut pas être comparée à des modes d’exploitation racistes de la force de travail dans la mesure où celle des femmes touche à la nature même du MPC dans son rapport au travail, elle se relie à la définition même de la valeur de la force de travail – dans son concept – , à la définition du surtravail et au rapport contradictoire pour lui même du rapport du capital au travail et à la population. Si le marxisme et l’anarchisme, le mouvement ouvrier en général, ont toujours eu un problème avec les femmes c’est que sans un dépassement du programmatisme cette spécificité est tout simplement informulable, invisible, hors du champ des possibles.

Seule une théorie non programmatique de la lutte des classes et une théorie de la révolution comme abolition de toutes les classes, comme abolition du prolétariat et du salariat peut prendre en compte l’antagonisme interne inclus dans le salaire comme reproduction de la force de travail et même plus, considérer que cet antagonisme interne est et devra être un élément déterminant de l’abolition du salariat. Il faut une critique du MPC et une théorie de la révolution non programmatiques qui ne considèrent pas le travail et l’augmentation de la population comme un fait naturel de toute production humaine pour saisir que c’est une construction sociale qui fait une différence ayant un sens de la différenciation des fonctions biologiques de la reproduction. Le programmatisme fait de la question un élément pré-historique ou pré-théorique (la division naturelle du travail) ; le féminisme radical (non essentialiste ou différentialiste) en fait un tabou théorique naturaliste.

Dans sa spécificité, la lutte féminine est la condition sine qua non du dépassement de la lutte de classe programmatique. La position commune des hommes vis-à-vis du travail féminin est, dans le MPC, définitoire de la position du travailleur salarié (surtravail, salaire comme valeur de la reproduction de la force de travail). Tant que le combat demeure celui du travailleur salarié ou même le combat pour la libération du travail il contient en lui-même, dans le travail salarié, l’appropriation des femmes. La lutte de classe n’ira « d’elle-même » à l’abolition du prolétariat dans l’abolition du capital que dans la confrontation révolutionnaire avec la lutte féminine dans sa spécificité. La nature de cette spécificité de la contradiction entre hommes et femmes c’est le dépassement du programmatisme. Si nous revenions sur des luttes ou grèves spécifiquement féminines et sur les caractéristiques propres de l’activité des femmes dans les luttes révolutionnaires depuis la révolution française ou même la révolution anglaise, nous serions surpris d’y découvrir, en actes, les contradictions et les impasses du programmatisme – jusqu’à et y compris l’apparition du féminisme moderne dans les années 60 / 70. Une étude méticuleuse des mouvements révolutionnaires révélerait certainement que l’activité des femmes dans ces mouvements participe de l’impossibilité du programmatisme dans ses propres termes, de ses contradictions et de son dépassement.

* Quelques grèves et révolutions

Hormis une participation au combat, plus rare qu’une certaine légende née du caractère précisément choquant de cette présence le laisse entendre, la Commune de 1871 cantonne les femmes dans leur rôle social traditionnel (cantinières, ambulancières, employées des fourneaux et des hopitaux). Il serait intéressant de voir s’il est possible d’opposer cette situation à leur rôle durant les premiers jours de la Commune.

Au tournant du siècle, Emile Pataud et Emile Pouget, syndicalistes révolutionnaires, écrivent Comment nous avons fait la Révolution (publié par erreur sous le titre Comment nous ferons la Révolution, Ed. Tallandier, sans date ) qui se présente comme une tentative de description du fonctionnement de la société communiste. En guise de conclusion, le dernier chapitre a pour titre « La Libération de la femme ». La « libération de la femme » c’est l’industrialisation des tâches ménagères comme si celles-ci lui étaient dévolues par nature, quant au reste… Dans une société fondée sur l’émancipation du travail, sa répartition et son organisation rationnelle, « la femme » en est exclue : « Dans l’organisation nouvelle, il avait été jugé inutile de fixer pour la femme – comme on l’avait fait pour l’homme, - l’obligation morale de fixer un temps de travail déterminé. On avait considéré que sa haute fonction de maternité possible la libérait de tous les autres devoirs sociaux.(op. cit., p. 292)

Du syndicaliste révolutionnaire Pouget à Lénine le bolchévique, la « libération de la femme » c’est la rationalisation du travail productif par la collectivisation féminine des tâches domestiques. A aucun moment, les hommes ne sont concernés ni impliqués dans une redistribution des rôles. La question de la distinction de genres n’est pas attaquée à la base et aucune révolution programmatique ne peut le faire.

C’est Engels qui a posé les bases théoriques de la façon dont la question de la distinction de genres est posée dans le cadre du programmatisme : désagrégation de la famille bourgeoise avec la disparition de sa base économique ; renouveau de la famille après la révolution. Un extrait de L’Origine de la famille, de la propriété et de l’Etat résume la chose. Après avoir expliqué que dans la classe bourgeoise, le souci de l’héritage et de l’appariement des fortunes règle le mariage, Engels poursuit : « L’amour sexuel ne peut être et n’est règle véritable des relations avec la femme que dans les classes opprimées, c’est-à-dire, de nos jours, dans le prolétariat, que ces relations soient ou non officiellement sanctionnées. Mais c’est qu’ici tous les fondements de la monogamie classique sont sapés. Il ne s’y trouve aucune propriété, pour la conservation et la transmission de laquelle furent précisément instituées la monogamie et la suprématie de l’homme ; il y manque donc tout stimulant pour faire valoir la suprématie masculine. (…) Et par surcroît, depuis que la grande industrie, arrachant la femme à la maison, l’a envoyée sur la marché du travail et dans la fabrique, et qu’elle en fait assez souvent le soutien de la famille, toute base a été enlevée dans la maison du prolétaire, à l’ultime vestige de la suprématie masculine – sauf, peu-être encore, un reste de la brutalité envers les femmes qui est entrée dans les mœurs avec l’introduction de la monogamie.

« C’est seulement la grande industrie de nos jours qui a rouvert – et seulement à la femme prolétaire – la voie de la production sociale ; mais dans des conditions telles que la femme si elle remplit ses devoirs au service privé de la famille (c’est moi qui souligne), reste exclue de la production sociale et ne peut rien gagner ; et que, par ailleurs, si elle veut participer à l’industrie publique et gagner pour son propre compte, elle est hors d’état d’accomplir ses devoirs familiaux. » (Engels, op. cit., pp. 69 à 78).

La femme au privé, l’homme au social, le caractère naturellement féminin des tâches domestiques (« devoirs ») : tout est présupposé dans la problématique d’Engels. La révolution c’est les femmes au travail productif et la socialisation des tâches domestiques pour leur permettre cette entrée massive dans le travail productif. Ce qu’Engels avait pourtant sous les yeux n’influent en rien sur son analyse : les femmes prolétaires entraient à l’usine et devaient en outre « accomplir leurs devoirs familiaux » mais plus encore, il n’échappait pas à Marx ou à Engels, par ailleurs, que cette entrée dans le travail productif, non seulement soulevait souvent l’hostilité des hommes mais encore loin de réaliser une « égalité » était la production de différences nouvelles (emplois sous-qualifiés, différences de salaires, travaux les plus répétitifs…), si bien que l’usine non seulement ne palie pas à la soumission domestique, mais encore usine et soumission domestique se reproduisent et se légitiment l’une l’autre. Engels peut écrire de belles et fortes phrases sur « l’esclavage domestique » et sur les femmes comme étant « la classe prolétaire », mais en ne reliant l’asservissement des femmes qu’à la monogamie et celle-ci à l’héritage, en conséquence les ménages prolétaires sont censés échapper à cette situation. Il est remarquable que même les faits qu’Engels ou Marx sont capables de décrire et d’analyser quand il s’agit d’économie ou de décrire une réalité sociale, sortent de leur champ théorique possible quand il s’agit spécifiquement de la question de la définition et de la relation entre les sexes. C’est la « révolution sociale » telle qu’elle est pour eux et leur époque qui produit cette cécité.

Toute l’évolution postérieure à la révolution n’est plus alors qu’affaire de mœurs et de mentalités, terrain sur lequel Engels refuse expressément de s’aventurer (p. 79). C’est là que, dans la révolution russe, Kollontaï perçoit que se situe un problème qu’elle n’aborde que sous cet angle des mœurs et des mentalités. Elle voit, d’expérience, que cette problématique d’Engels (reprise par Bebel), n’aboutit pas d’elle-même, dans la révolution sociale, à l’émancipation de la femme, mais c’est sur la base même de la limite de cette perspective qu’elle cherche à la dépasser. La base économique, vue comme la monogamie dans le cadre de la propriété privée, ayant été supprimée la suite doit être affaire de mœurs et de mentalités, c’est la seule voie que la problématique même laissait ouverte pour comprendre sa propre insuffisance quand celle-ci apparaissait, à la suite de la révolution, tant pratiquement que théoriquement.

En Espagne, dans le processus même de la guerre civile et avec la constitution du groupe anarcho-syndicaliste Mujeres Libres, les choses se compliquent. Le premier groupe de Mujeres Libres est formé en 1934. Alors que les fondatrices pensent que le déclenchement de la guerre civile va mettre un terme à leurs activités, c’est à ce moment là que le mouvement prend une réelle extension populaire et sort du groupe d’intellectuelles qui l’avait fondé : « la guerre a rompu les murs de l’antique foyer » reconnaissent-elles. Il y a ici un point fondamental : si la contradiction contenue dans le rapport entre hommes et femmes n’est pas soluble dans la lutte des classes, c’est cependant cette dernière qui peut massivement la mettre sur la table. Même si les contradictions ne se confondent pas, leur ordre et leur dépendance sont déterminées par les rapports au sein de la société capitaliste.

Tout au long de leur existence les groupes Mujeres Libres sont en butte à la condescendance si ce n’est à l’hostilité des autres composantes du Mouvement Libertaire (M.L). Ce dernier, en octobre 1938, refuse l’adhésion du mouvement au ML au motif suivant : « Une organisation féminine serait pour le mouvement un élément de désunion et d’inégalité et cela aurait des conséquences négatives pour l’essor des intérêts de la classe ouvrière ». Cependant, si ce n’est par sa simple existence dans la sphère publique (là est la dynamique), Mujeres Libres ne remet que très marginalement en cause les rôles sociaux constituant la distinction de genres. Les déclarations contre l’asservissement du foyer sont très claires, mais c’est pour mettre l’effectuation des tâches attachées au foyer domestique « au service de la collectivité et non d’un seul individu ». Il s’agit de mettre en avant les « compétences maternantes » et les « valeurs féminines » : soins aux réfugiés, aux blessés, aux orphelins, création d’écoles, de dispensaires… « La femme en tant que compagne de l’homme, en tant que mère, mais aussi en développant sa propre personnalité doit influencer l’épanouissement de l’être humain » (Mujeres Libres, décembre 1938). Quand l’anarchiste Emma Goldman envoie un message de soutien au mouvement, elle écrit : « le sexe féminin est le plus important parce qu’il perpétue l’espèce ».

Il s’agit de créer, dans la lutte, les conditions sociales et culturelles du dépassement du « patriarcat », la lutte féminine est destinée à faire entrer dans la révolution la « solidarité », valeur féminine, comme « ciment social de la lutte ».

Nous pouvons critiquer toutes les limites de Mujeres Libres et certaines critiques furent exposées sur le moment même, cependant cette revendication de la « solidarité », « valeur féminine », comme « ciment social de la lutte » s’inscrit, pour Mujeres Libres, dans une critique de la « révolution linéaire ». C’est-à-dire d’un processus révolutionnaire séparant son but des modalités mêmes de sa recherche et de sa réalisation. En bref, de ses moyens. En cela, un mouvement comme Mujeres Libres déstabilise de l’intérieur le programmatisme, il manifeste ses contradictions internes et son impossibilité dans ses propres termes. Mujeres Libres, comme on l’a vu, ne remet pas radicalement en cause la distinction de genres et les rôles sexuels. Si la révolution c’est l’émancipation du travail, elle conserve la proclamation de la population comme principale force productive (cf. Goldman et Kollontaï). La production de cette force productive doit être elle-même émancipée, rationnalisée, libérée, sans être, en tant que telle, remise en cause, ce qui ne peut pourtant être évité de par ce qui est contenu dans cette « émancipation », cette « rationalisation » : l’apparition publique des femmes.

C’est sur des questions de sexe, dans son acception la plus « immédiate », que se fait, dès le début de l’année 37, le renvoi des femmes du front et la remise en ordre de la distinction de genres, un instant bouleversée par sa simple apparition publique. La libération du travail signifie que la production de travailleurs devient l’acte fondateur consciemment reconnu de la société (cf . Emma Goldman). Cela signifie des hommes et des femmes qui, en tant que telles, existants comme femmes, sont à contrôler par les sentiments, l’amour, la conjugalité, elles sont à conserver, en tant que femmes, au service du travail libéré. Le refus de la libération des relations sexuelles dans la révolution n’est pas qu’une question de morale et de préjugés : le sexe produit des travailleurs (libres). C’est, dans son fondement, un problème de cul.

On peut poursuivre les aventures des femmes, des hommes et de la lutte de classe avec ce que montrent les grèves féminines.

Une grève d’ouvriers est une grève ; une grève d’ouvrières est une grève de femmes. Le caractère sexuée de la grève est incontournable, tant par la façon dont les ouvrières elles-mêmes poursuivent et comprennent leur grève que par l’attitude de leurs adversaires : patrons, encadrement et parfois ouvriers et syndicats. Le plus souvent, dans leur cours, les grèves entérinent et reproduisent la condition féminine et la distinction de genres plus qu’elles n’amorcent une remise en cause de celles-ci. La condition d’épouse et de mère des ouvrières ne s’arrête pas à la porte de l’usine, même en grève, comme on a pu le voir très récemment lors de la grève des hypermarchés.

Xavier Vigna dans L’Insubordination ouvrière dans les années 68, Essai d’hitoire politique des usines (Presses Universitaires de Rennes) consacre un important chapitre aux grèves féminines. « Si toute grève rompt avec l’ordre usinier et marque ainsi une transgression, les grèves féminines redoublent l’effraction. Elles s’affrontent en effet à l’ordre usinier et à la division sexuelle des rôles qui assignent aux femmes la soumission et le statut de dominés. Ces grèves mettent en œuvre une opposition multiple avec certains hommes. Tout d’abord, la direction d’une entreprise présente toujours des figures masculines qui cristallisent l’animosité des grévistes. (…) De plus, dans l’habillement et la confection en particulier, les ouvrières grévistes mènent l’action sans et bien souvent contre les ouvriers, coupeurs ou régleurs, qui bénéficient d’une considération et par là de salaires supérieurs. Dans la grève de PIL à Cerizay, à la CIP à Haisnes, et chez SCALPEN à Quimper à l’été 1976, un homme seulement se joint aux ouvrières ; à Cerizay toujours, ce sont des hommes qui évacuent violemment des locaux de l’entreprise les grévistes venues négocier. Ainsi ces grèves féminines avivent une opposition féminin / masculin, qui recoupe souvent l’opposition OS / OP à l’intérieur du groupe ouvrier de l’entreprise considérée. » (op. cit., pp. 117-118).

Depuis le XIXème siècle, les grèves féminines suscitent un discours qui met en cause la sexualité des grévistes et jette ainsi l’opprobre sur ces dernières. La transgression que la grève opère serait alors la preuve d’une moralité déplorable, d’une sexualité dissolue.

Contrairement à toute la vulgate sur l’universalité de la lutte de classe, les luttes des ouvrières ne font pas disparaître, loin de là, leur situation de femmes. On peut même penser que dans la condition ouvrière et par elle est renforcée la subordination de la condition féminine. C’est « en tant qu’ouvrières » que les femmes aboliront leur condition, mais seulement contre leur condition d’ouvrières.

2 ) Le travail féminin dans le capital restructuré

La montée inexorable du travail féminin suit, apparemment paradoxalement, la crise de la fin des années 60 et le cours de la restructuration qui s’en suivit. Le développement du travail féminin suit la destruction de l’identité ouvrière, le développement de la précarité et de la flexibilité dont elles sont les premières victimes. Le travail à temps partiel c’est avant toute chose du travail féminin. On ne peut parler de la croissance du travail des femmes sans en considérer immédiatement le contenu qualitatif dans le mode de production restructuré à l’issue de la crise. En parler de façon simplement absolue, quantitative, c’est passer à côté de sa signification. Dans le le mode de production capitaliste restructuré, la montée du travail féminin participe de l’instauration de la porosité entre chômage et emploi et de la démultiplication sur un plus grand nombre de têtes de la masse globale du travail nécessaire.

Les femmes existent. Elles existent au moment où la porosité entre emploi, précarité, chômage devient dominante et où l’action du prolétariat peut renverser l’ordre de la définition réciproque entre chômage et emploi avec toutes les conséquences que cela peut avoir pour le cours révolutionnaire de la lutte de classes. Jusqu’à la période actuelle, soit elles étaient exclues du cadre institutionnel de la définition de l’emploi salarié et du chômage de par les secteurs et les modes d’activités qui leur étaient dévolus dans la division sociale du travail, soit le mode de régulation traditionnel du chômage féminin était encore efficient, soit elles étaient subordonnées à l’emploi de l’époux et leur chômage disparaissait.

Avec la crise, l’emploi féminin n’a pas fonctionné comme « armée de réserve », bien au contraire celui-ci augmente au lieu de régresser. Le travail féminin confère même dans ses caractéristiques spécifiques la coloration générale des nouvelles modalités de l’emploi qui se mettent en place dans la crise et la restructuration. De toute façon, dans ces nouvelles modalités de l’exploitation du travail vivant par le capital, c’est la notion même d’armée de réserve qui est devenue caduque. « Ce que l’on observe de façon tout aussi prononcée, c’est la ténacité des mécanismes de discrimination, de division sexuelle du travail et c’est aussi l’apparition de nouvelles formes d’inégalités. Si la crise de l’emploi n’a pas, comme dans d’autres périodes, chassé les femmes de l’emploi, si elle ne les a pas renvoyées dans leur foyer, elle a accentué leur vulnérabilité aux intempéries du marché du travail. Si bien que l’on voit se recréer, et pas seulement se perpétuer, des différences entre hommes et femmes qui vont complétement à contre-courant de l’irrésistible montée de l’activité féminine. La féminisation du marché du travail ne s’est pas accompagnée d’une mixité du monde du travail. Les professions féminisées ont continué à se féminiser, les métiers masculins sont restés des “métiers d’hommes”, des bastions imprenables. (...) La concentration des femmes dans un tout petit nombre de secteurs d’activité reste un des traits dominants de la structure de l’emploi.” (Margaret Maruani, Emploi des femmes : un tableau contrasté, in AC : Données et arguments, t.2, p 106, Ed Syllepse)

Et si ces différences entre hommes et femmes, loin d’aller à contre-courant de « l’irrésistible montée de l’activité féminine », en étaient la principale raison ? Poser la question c’est y répondre. Le travail féminin est un condensé des nouvelles modalités de l’emploi dans la mesure même où ce sont ces nouvelles modalités qui font qu’elles restent sur le marché du travail et qu’elles y prennent une place de plus en plus grande. Le temps partiel est la grande spécificité du travail féminin dans la période actuelle. Le temps partiel est devenu la figure moderne de la division sexuelle du marché du travail. En France, les femmes représentent près de 85% des personnes qui travaillent à temps partiel.

Il n’est donc pas étonnant que, bien que représentant 45% de la population active, les femmes semblent toujours invisibles . Des grandes conférences sur l’emploi aux diverses négociations de conventions collectives interprofessionnelles, on cherche vainement la moindre mention particulière sur les femmes, si ce n’est, sans les nommer, les mesures incitatives au temps partiel. Cet « oubli », c’est finalement la reconnaissance de la généralité de leur position « particulière ». En 1998, par leur présence massive dans la lutte des chômeurs et précaires, c’est le renversement historique de la définition réciproque entre chômage et emploi salarié, comme enjeu de la lutte de classes, qui était affirmé.

Pour parodier Marx dans les Manuscrits de 1844, on pourrait dire : dans cette présence des femmes dans le prolétariat apparaît de façon sensible, réduite à un fait concret, la mesure dans laquelle sa lutte en tant que classe est devenue sa propre remise en cause, ou celle dans laquelle sa remise en cause est devenue son existence comme classe. Du caractère de cette présence résulte la mesure dans laquelle le prolétariat est devenu pour lui-même quelque chose de contingent, et se saisit comme tel ; le rapport de la situation des femmes à l’exploitation comme définition du prolétariat est le rapport le plus “naturel” du prolétariat à sa négation.

Nous avons dit qu’avec le mode de production capitaliste, la contradiction « est apparue » (celle de la population comme principale force productive). Ce mode de production prépare en son sein, une lutte de classe qui abolissant le capital, ne pourra échapper à la question, pour chacun, des « conditions inhérentes à son individualité », question déterminée par cette « contradiction apparue » et à dépasser. C’est, peut-être dans la situation du travail féminin dans le capital restructuré, que la contradiction apparaît. Le travail féminin exprime la situation général en tant que travail féminin, c’est-à-dire toutes les contradictions de l’exploitation capitaliste dans son rapport au travail au travers de la domination spécifique sur les femmes résultant de ce rapport même du capital au travail (toujours nécessaire ; toujours de trop). C’est donc, à partir de la lutte de classe, au niveau de l’exploitation, que peut être dépassé le rapport hommes-femmes, parce que ce rapport le contient, et que dans la façon dont il le contient toutes les contradictions ont été réunies.

3 ) « L’humanité ne se pose que les questions qu’elle peut résoudre », mais poser une question ce n’est pas la résoudre

La situation et la lutte des femmes contre la domination masculine possède objectivement un contenu et une base spécifiques, elle est simultananément à l’intérieur et en relation (jamais confondue) avec la contradiction entre prolétariat et capital. Cette base est celle de la lutte contre leur appropriation par tous les hommes qui est constitutive de l’exploitation et sans laquelle la lutte contre l’exploitation ne peut dépasser l’affirmation et la libération du travail (principale force productive qui serait enfin reconnue comme telle). Lutte non seulement spécifique mais déterminante dès que la perspective d’abolition du capital est celle de l’abolition de toutes les classes et elle ne peut le devenir qu’avec cette lutte spécifique. Dans la lutte spécifique contre la domination masculine c’est le dépassement du programmatisme qui existe ou au moins qui est en jeu. Ce n’est pas par hasard que le « second féminisme » apparaît à la fin des années 60 et se développe au début des années 70 sur les limites et l’échec des années 68.

Dire qu’il ne peut y avoir de révolution comme communisation sans abolition des hommes et des femmes, ne veut pas dire que puisque la révolution ne peut plus être que communisation la question sera donc résolue. Cela signifie que la révolution comme communisation peut aller à l’échec. La révolution comme communisation est le processus social permettant de parvenir à la situation où la distinction entre les sexes n’a plus de pertinence sociale, mais il ne faut pas confondre la construction de la question dans la révolution comme communisation et la nécessité de sa résolution.

C’est une vision totalement sclérosée de ce qu’est l’extension et l’approfondissement d’une lutte que de considérer que la constitution propre d’un groupe de femmes est forcément identitaire et une limite de cette lutte. Ce groupe n’invente pas le probléme qui le constitue en tant que groupe particulier face au problème général de la lutte, il naît de la question que la différence des « sexes » a fait apparaître au cours de la lutte. Il est souvent bon que la contradiction apparaisse. Ceux qui accusent ce type d’action de battre en brèche l’universalisme du prolétariat oublient que si ce type d’actions existe c’est justement pour combattre la vision « essentialisante » et / ou hostile qui peut se développer dans le cours même de la lutte (cf. le mouvement piquetero et la longue histoire du programmatisme). Seule une théorie pour laquelle la révolution est l’abolition de toutes les classes peut regarder en face ces problèmes et ne pas les traiter comme des entraves circonstancielles ou accidentelles, juste comme quelque chose à dépasser au plus vite.

On ne peut faire comme si les différences, les segmentations ne reposaient sur rien, n’étaient pas objectives vis-à-vis d’une entité supérieure : la situation commune d’exploités. L’unité ne se fera pour le prolétariat que dans son abolition, ce qui ne pourra aller sans conflits internes du fait de sa reproduction toujours impliquée par celle du capital jusqu’à son abolition. Ce sera une question intriquant la révolution et la contre-révolution.

Il y a une domination des femmes non seulement dans la famille mais à l’échelle de toute la production et de la reproduction du capitalisme. Les hommes en retirent toutes sortes de bénéfices matériels (modes de vie, segmentation du marché du travail) qui sont internes, définitoires de leur existence de travailleur salarié. Tant que globalement la classe ouvrière (hommes et femmes) lutte pour la défense de sa condition ou même pour son émancipation (programmatisme), la question de la domination masculine n’est posée que marginalement, au mieux en termes de revendication féminine de l’égalité qui en tant que telle ne peut aller qu’à l’échec et ses actions participent de l’impossibilité dans ses propres termes de la révolution programmatique, de l’émancipation du travail (on pourrait considérer l’activité féminine dans les révolutions comme le marqueur de leur échec).

La révolution comme communisation met pratiquement le problème de la distinction de genres comme inhérente à l’exploitation sur la table. Cependant, même si domination masculine et exploitation capitaliste sont construites socialement de façon coextensive (nature du surtravail et rapport salarial), même si l’abolition de l’une ne peut aller sans l’abolition de l’autre, les contradictions qui portent leur dépassement ne sont pas identiques. La lutte des femmes contre la domination masculine n’est pas soluble dans la lutte du prolétariat contre l’exploitation capitaliste. Si on peut dire que la contradiction entre le prolétariat et le capital, dans son devenir révolutionnaire comme communisation, mettra la distinction des genres (forcément hiérarchique) sur la table, elle ne porte pas en elle, en tant que telle, le dépassement de cette question auquel sa réussite est pourtant suspendue. La constitution du groupe femmes en humanité seconde, en « deuxième sexe » est irréductible a priori à la contradiction entre le prolétariat et le capital. Cette dernière porte en elle-même le dépassement de toutes les classes, l’abolition de la propriété, de la division du travail, de l’échange et de la valeur, du travail, de l’économie, la production de rapports entre individus les définissant dans leur singularité, mais elle n’a pas, en elle-même, les moyens de la réalisation de ce qu’elle porte.

L’appropriation des femmes, c’est-à-dire la contradiction qui construit et oppose les hommes et les femmes, est inscrite dans l’existence même du surtravail, mais les groupes sociaux que cette appropriation construit contradictoirement ne sont pas identiques aux classes (prolétaires et bourgeois) que la contradiction fondée sur le surtravail (exploitation) oppose. La question est unique, abolition du surtravail, mais les protagonistes de sa résolution sont reliés entre eux par des contradictions différentes. La distinction genrée de l’humanité est sous-entendue, incluse, dans la contradiction entre le prolétariat et le capital, mais celle-ci, strictement en tant que contradiction entre des classes, ne porte pas le dépassement de cette distinction. Cette distinction définit un « groupe » dominée, les femmes, dont la domination est essentielle à l’exploitation mais qui lui-même n’est pas une classe et dont l’objet de lutte propre est la domination masculine et la partition sexuée de la société. Le fait que la constitution de ce groupe soit essentiellement liée à toutes les contradictions entre les classes fait que son entrée en scène est toujours liée aux périodes révolutionnaires, et que toutes les femmes simplement parce qu’elles sont femmes ne participent pas à la lutte de ce groupe. La « bourgeoise » peut participer en tant que femme à la lutte féministe tant que celle-ci demeure dans la problématique de l’égalité ou du différentialisme, mais dans la lutte féminine même un clivage doit apparaître s’il s’agit de l’abolition de la division genrée de l’humanité elle-même qui, elle, est intrinsèque au surtravail. La fin du surtravail c’est la fin de la division genrée de l’humanité et elle ne sera cette fin que comme fin de cette division.

L’augmentation de la population comme principale force productive, fondement de toutes les formes de surtravail, définit, dans une société de classes, une partition antagoniste de la société dont les éléments ne sont pas immédiatement ceux qui s’opposent dans l’extraction de ce surtravail. C’est en cela que la contradiction qu’est l’exploitation ne peut que mettre sur la table la question de la distinction de genres, mais ne porte pas immédiatement en elle-même les moyens et les forces sociales réalisant son abolition comme communisation. A tout point de vue, la communisation sera une révolution dans la révolution.

R.S

L’enjeu du texte sur la dialectique systématique du capital et la théorie de la forme de la valeur - Nick

dimanche, 13 juillet 2008

Dans notre groupe de théorie (qui va bientôt produire le premier numéro de la revue Endnotes) on estime qu’il y a un élément de la théorie qui est en effet sous-théorisé dans Théorie Communiste : il s’agit de toute la question de l’ontologie de la valeur dans le mode de production capitaliste. Quelle est cette “chose” appellée valeur, et pourquoi, en tant que capital, doit-elle se valoriser ? Il s’agit donc d’un présupposé trés important de la théorie de TC : un pôle de la rélation capital–travail où capital-prolétariat, en effet le pôle qui subsume l’autre, son autre, dans cette rélation à la fois asymmétrique et d’implication réciproque. En fait qu’est-ce qui amène le capital a se valoriser, et à subsumer le travail sous lui-même ?

Nous estimons que la théorie de la forme de la valeur et de la dialectique systématique du capital peut éclaircir cette problématique, et donc faciliter une meilleure compréhension du capital, et nous croyons aussi que ces théories sont parfaitement compatibles avec les thèses de TC. En effet, TC s’appuye beaucoup sur la théorie de la chute tendentielle du taux de profit et la tendance à l’inessentialisation du travail avec la croissante composition organique du capital, qui représente l’aggravation de la contradiction interne des rapports sociaux capitalistes – c’est à dire de la relation d’exploitation : comme dit Roland, “le travail nécessaire, c’est toujours de trop pour le capital”. C’est dans ce sens qu’on peut comprendre ces tendances “objectives économiques” comme étant (et ne pas provoquant) la lutte de classes. Cependant il faut signaler que ces théories marxiennes présupposent une conception dialectique de ce qu’est le capital en tant que valeur en procés ; et comme on l’a déja dit, nous considérons que la théorie de la forme de la valeur et de la dialectique systématique du capital sont indispensables à cet égard. On dirait même plus, l’enjeu du texte est d’essayer de faire ressortir le lien entre la logique de l’auto-valorisation du capital en tant que système qui se réproduit, et l’histoire de la subsumption du travail sous le capital, c’est à dire le développement historique contradictoire et conflictuelle du rapport entre le capital et le prolétariat.

Ceci dit, l’enjeu du texte n’est pas simplement didactique, mais aussi critique – le fait de vouloir faciliter une meilleure compréhension théorique de la lutte de classe et les perspectives de communisation comme dépassement produit à partir des contradictions internes de la relation d’exploitation ; il a par là aussi un enjeu critique ou politique, qui est celui de remettre en cause toute conception politique basée sur l’affirmation du prolétariat en tant que producteur de la valeur. Donc ici, encore une fois, la théorie de la forme de la valeur peut être le complément adéquat aux thèses de TC, cette fois sur la caducité du programmatisme, période historique où la révolution communiste, nécessairement, n’était pas l’abolition de la valeur. Nous estimons que la théorie de la forme de la valeur et la dialectique systématique du capital, telles qu’elles sont développées dans ce cycle de luttes, peuvent complémenter et même fonder les théses de TC sur la nécessité historique (de par le dépassement produit de la contradictoire relation d’exploitation) de l’abolition de la valeur comme procéssus immédiat de communisation des rapports entre individus.

Trois avertissements :
- les tenants de la théorie de la forme de la valeur et la dialectique systématique du capital n’ont pas forcément cette même compréhension de l’enjeu de leur théorie.
- Ces présupposés ne restent pas tout à fait sans élaboration chez TC (comme Roland m’a indiqué à Marseille, voir pp. 605–620 de Fondements critiques d’une théorie de la révolution).
- Ceci ne doit pas être pris comme la formulation définitive des positions de notre groupe, c’est seulement l’idée que je m’en fais.

Nick

le capital comme société / dossier - Bernard Lyon

dimanche, 27 juillet 2008

Document 1 : domination réelle du rapport social capitaliste sur les individus

extraits, depuis le site de Meeting Cette rencontre doit se dérouler sur les bases et les auspices de : Meeting, TC, Senonevero, New Cycle, Riff Raff. On est là dans un ’créneau’ pour le moins étroit, bien loin du projet initial de Meeting, et cela va sans doute de pair avec la disparition du septième paragraphe de la plate-forme, où il était notamment question de faire travailler les textes de la revue à travers la confrontation et la reconnaissance mutuelle, projet forcément peu fécond, voire intenable, dans un tel ’entrenouïsme’.

La position s’affirme ici raide, arqueboutée notamment sur le concept de communisation, dont le bien-fondé serait comme indiscutable. Or, plus le temps passe, plus il me semble que ce concept, même s’il n’est pas sans pertinence, est flou et sans grande valeur d’usage ; il vise à nommer quelque chose que personne ne peut décrire autrement que comme l’immédiateté de la révolution, ce qui est tout de même une sorte de plus petit commun dénominateur du ’milieu’ et ne devrait guère (si l’on est de bonne foi) ne soulever, finalement, que des objections de type ’technique’ : comment saura-t-on reconnaître le moment où la communisation va démarrer ? Comment le prolétariat va-t-il pouvoir s’abolir en abolissant les classes ? Devra-t-on ou non mettre tout de suite en œuvre une façon communiste de produire les pommes de terre ?

De fait, ce concept aurait avant tout pour intérêt de marquer la distance avec le ’communisme’ des théories et idéologies dites ’programmatistes’. Plutôt que de dire : nous sommes communistes mais pas comme les groupes et partis qui se prétendent communistes, on dit : nous sommes pour la communisation, nous appartenons au ’courant communisateur’ (se dire ’communisateur’ serait pour le moins équivoque et puis ça n’a guère de figure face à : je suis communiste). S’il est bien évident que le camp d’été de Meeting n’a pas pour objet d’affronter les tenants du programme prolétarien, aujourd’hui soit moribonds soit reconvertis dans différentes variantes du programme démocratique, j’ai en revanche le fort sentiment qu’il vise à établir un ’camp retranché’ pour une compétition marquée avec la ’concurrence directe’ (…)

(…) il s’agit, comme toujours, de discuter sur les bases de TC, avec les concepts et les méthodes de TC, toute contradiction ou déviation devant rester soigneusement encadrées, avec l’appauvrissement qui ne peut qu’en résulter. Finalement on peut se demander comment la théorie communiste agissant en tant que théorie communisatrice peut abolir les théories concurrentes sans s’abolir elle-même.

Or, j’ai tendance à penser que le ’système TC’ est enfermé dans sa propre spirale, avec une grille d’analyse en forme de moulinette multi-fonctions (d’autres disent : boulevard circulaire) et qui ne marche que sur la base de concepts élaborés au fur et à mesure des nécessités tant théoriques (les plus pertinents, comme L’Implication Réciproque entre les deux classes du capital, par exemple) que polémiques (les plus faibles, selon moi, tel L’Écart ou comment décrire la facette potentiellement révolutionnaire de toutes les luttes ’intéressantes’ qui se présentent et tenter de gérer théoriquement, pour le coup le ’grand écart’ entre la nécessité de l’auto-organisation comme premier acte de la révolution et la critique de l’autonomie).

En outre, TC bute, à mon avis, sur les limites même de sa démarche théorique : l’étude et la critique restent centrés, logiquement, sur le rapport d’exploitation et ce n’est que dans la communisation mettant fin à ce rapport que la vie quotidienne et les rapports inter-individuels seront à réinventer. Si je suis d’accord avec cette donnée de base, il n’en reste pas moins que la critique du rapport social capitaliste et des différentes formes et contenu des luttes ne saurait, de mon point de vue, faire l’impasse sur le fait que : d’une part la production de valeur et le champ de la lutte des classes s’étendent à présent largement hors du champ de la production manufacturière et de la simple reproduction de la force de travail ; d’autre part, la soumission réelle du travail au capital est aussi domination réelle du rapport social capitaliste sur les individus et je soutiens que la critique du capital ne devient véritablement probante que dès lors qu’elle est critique de la globalité des rapports entre les classes et les entités et individus qui les composent et, pour ce qui concerne le prolétariat, pas seulement sous l’angle de la concurrence entre les travailleurs.

Ce qui me sépare aussi de TC (et cela depuis toujours), c’est la théorie comme activité séparée de la vie quotidienne et de sa propre activité dans les luttes (même si, dans les deux cas, on entend bien ne pas se séparer de ’ses bagages’ théoriques), activité spécialisée (même si la théorie dite ’sérieuse’ demande un travail de spécialiste acharné) destinée à des spécialistes munis du bon décodeur. Je persiste à penser que, aussi complexe que soit un raisonnement, il est toujours possible de le rendre clair et compréhensible à un grand nombre de lecteurs, pourvu qu’ils en aient suffisamment envie et/ou qu’on ait su leur en donner envie.

(…) TC conserve mon adhésion pour ainsi dire par défaut et ce que j’ai envie à présent de développer, ce n’est pas une critique de TC pas plus qu’un retour vers l’IS, mais une vision du monde (et de la révolution) et des pratiques permettant : une critique globale du capital qui intègre notamment celle de la vie quotidienne, de la marchandise et de son fétichisme, de l’idéologie et des représentations spectaculaires qui la véhiculent, de la démocratie sous toutes ses variantes (représentative, alternativiste, radicale ou non, directe)…quitte à y utiliser les outils de TC lorsqu’ils sont adéquats de redonner à la théorie le caractère d’un outil de combat qui sache être drôle, poétique et passionné et, pour cela justement, subversif de dire et faire savoir, autant que faire se peut par des moyens non orthodoxes (dans leur forme, leur ton, leur contenu, leurs modalités de circulation…) ma/notre critique de ce monde à tout moment et en tout lieu.

Parce qu’enfin, à quoi sert de comprendre le pourquoi et le comment de la question irakienne ou de la multiplication des concentrations et licenciements, les lutte des cheminots ou des enseignants ici et ailleurs si ce n’est pour en avoir un usage dans notre vie et notre pratique de tous les jours et se contenter d’en parler ex cathedra ? A quoi cela sert de critiquer les démocrates si ce n’est pour pouvoir les combattre là où on les rencontre ? A quoi ça sert de ne croire ni à dieu ni à diable si ce n’est pour affronter les différentes variétés de curaillons (des vrais aux propagateurs du besoin de ’spiritualité’) ? A quoi ça sert de proclamer la possible communisation de ce monde, si l’on n’est pas fichu, par delà la critique indispensable du rapport d’exploitation dans le travail, d’au moins faire aussi la critique de ses rapports de pouvoir, de couple, de groupes amicaux et/ou tribaux, des formes de domination réelle de la pensée et de la vie quotidiennes ?

Autrement dit, ce que je cherche aujourd’hui, c’est à rompre la coupure épistémologique entre les/mes/nos ’années IS’ et les ’années TC’. Il ne s’agit d’arriver ni à une synthèse ni à un syncrétisme, mais à un dépassement ouvrant sur un nouveau champ de réflexion et de lutte.(…)Alors, je vous le demande, qu’irais-je faire au Meeting Camp ? Une telle ’blaguette’ y serait de mauvais goût et ma présence plus qu’importune…..

Lola


Document 2 : A chacun son écart

Patloch

0) Comme j’ai déjà tenté plusieurs réactions sans m’en sortir, et vu que je pourrais rien faire de sérieux avant le SuperCamping, j’me lance...

1) ça fait plaisir de trouver sur le site Meeting une intervention stimulante, cela dit sans ironie aucune. Stimulante parce que chargée de paradoxes - entre accords et divergences de Lola avec TC et "par conséquent" Meeting, entre théorie et pratique-. Au fond, n’ayant pas vécu la même histoire "entrenouïste" deux ou trois décennies en amont de Meeting, n’en connaissant pas tous les détours, jusqu’aux aspects affectifs marquant les relations de ceux qui en furent les protagonistes, n’ayant pas hérité perso de l’ultra-gauche, ni même été situ à l’heure de l’être, ni pro ou post-situ à celle de le paraître, même pas effondré par mon passé de pécéiste (d’opposition, mais peu importe, et je le juge moins pire que d’avoir été, ou d’être encore "trostkiste", pour les rencontres et luttes prolétariennes réelles que j’ai pu vivre, fut-ce en me plantant, de pur et dur programmatiste à démocrate radicalement cocu), je me sens presque vierge, et si peu groupiste que j’aurais presque de la compassion à l’égard de ceux qui n’arrivent pas à (s’)en décoller. S’il faut un naïf, un idiot de la bande à TC-Meeting, je veux bien assumer le rôle.

Autant dire que, si je me réjouis que certaines choses soient dites par Lola, non seulement je peux comprendre d’où elles viennent, mais les partager d’où je m’exprime. Mais, parce que ma perception est différente, ma conclusion l’est aussi. Malgré des constats formels ou des voeux qui peuvent recouper ceux de Lola, j’en tire plutôt la nécessité de participer au SummerMeeting, entre autres activités à développer hors de ce qui serait ce "nous" condamnable d’enfermement identitaire ou auto-réréferntiel à des fins de taper sur ceux qui seraient les plus proches, peu ou prou... (maie dans le landerneau de la théorie élaborée). Je ne doute pas que Lola exprime -au delà de ses positions propres - des sentiments partagés dans la famille, mais c’est selon moi très décalé avec ce qui se passe, et ce qui est en jeu.

Dit sans détour, l’enfermement, je le ressens plus dans le retrait de Lola au nom de la permanence d’une ouverture (à mon sens elle sollicite un peu le sens du 7ème paragraphe disparu de l’Adresse, puisque dès le départ, il ne permettait pas d’inclure ceux dont elle semble regretter l’absence, et que, si j’ai bien lu, ils ont bien compris et refusé alors le projet de Meeting comme ne les concernant pas).

On n’est plus dans la même histoire, il me semble nécessaire de tourner la page en sortant radicalement des aspirations à tourner en rond ensemble dont l’expérience n’a rien produit de fécond, ou qui puisse avoir quelque écho embarqué quelque part. Moi, si l’effondrement possible du capitalisme peut me faire rêver à la révolution comme perspective réaliste dans et contre le chaos du monde annoncé, je ne le vois ni ne le vis en rien - ni intellectuellement ni dans mon existence concrète - à travers le dépassement d’une coupure épistémologique entre IS et TC.

A défaut d’un truc plus construit, commentaires au fil :

Cette rencontre doit se dérouler sur les bases et les auspices de : Meeting, TC, Senonevero, New Cycle, Riff Raff. On est là dans un ’créneau’ pour le moins étroit, bien loin du projet initial de Meeting, et cela va sans doute de pair avec la disparition du septième paragraphe de la plate-forme, où il était notamment question de faire travailler les textes de la revue à travers la confrontation et la reconnaissance mutuelle, projet forcément peu fécond, voire intenable, dans un tel ’entrenouïsme’.

Le "créneau" de Meeting ou SummerMeeting n’existe pas pour moi comme une substance de la lutte de classes, et je n’entends pas le faire exister - c’est d’ailleurs pourquoi j’ai renoncé à écrire un texte annoncé sur "la réception de la communisation", qui n’aurait pu qu’être mauvais, parce qu’alimentant ce risque de scléroser un "nous", au moment où les choses peuvent s’ouvrir de façon plus concrètes (ce texte, ne pouvant se poser comme neutre, objectif, extérieur, ne pouvait se référer qu’aux critères de TC, et donc faire du sous-sous RS-BL, ce à quoi je ne peux concéder, sans être pour autant en mesure d’élaborer qq de sérieux qui s’en démarque. Donc en définitive renverser la construction théorique en donnant des "exemples" pour illustrer tel ravers au regard du "canon" : alternativisme, immédiatisme, autono(misme), démocratisme, programmatisme... Bref pas envie de m’instrumentaliser moi-même derrière la bonne intention de rendre les choses de la communisation plus simples à saisir dans leur nécessaire complexité).

La position s’affirme ici raide, arqueboutée notamment sur le concept de communisation, dont le bien-fondé serait comme indiscutable.

Oui, indiscutable, dans la mesure où, 7ème paragraphe ou non, elle définit l’ensemble de ceux qui s’inscrivent dans la démarche. Ce qui s’est passé depuis, avec Meeting, ou chez les "autres" même communisateurs mais non inscrits dans la démarche de par leur choix, est suffisamment parlant pour que le problème ne soit plus d’en discuter sur le principe, avec un point de vue théorique débarqué(mais en réalité philosophique, métaphysique).

Il y a un moment où l’on ne peut plus faire que ce à quoi l’on croit, et le faire avec ceux qui y croient suffisamment pour le faire par-delà des doutes légitimes, qui élargissent justement le cheminement du "courant" sur la base bien comprise de son "dénominateur commun".

Or, plus le temps passe, plus il me semble que ce concept, même s’il n’est pas sans pertinence, est flou et sans grande valeur d’usage ; il vise à nommer quelque chose que personne ne peut décrire autrement que comme l’immédiateté de la révolution

Ben ça, c’est quand même un truc, une "annonce" énorme, et si je le prends du point de vue le plus subjectif qui soit le mien, y compris quand je l’exprime, vaille que vaille, poétiquement, c’est un truc qui a changé ma vie, mes relations au travail, mes discussions, ma façon de me situer dans les quelques luttes que l’effondrement du Welfare me donnent à vivre dans la Fonction publique d’Etat. Peut-être qu’à l’avoir saisi depuis plus longtemps, traversé le désert de la restructuration et de la défaite ouvrière, on finit pas ne plus en ressentir l’impact, la puissance à changer la donne subjective : ça c’est un paradoxe fort dans ce qu’exprime Lola.

comment saura-t-on reconnaître le moment où la communisation va démarrer ?

Quand on se posera plus la question, t’inquiète pas ;-) ("l’Humanité ne se pose que des questions qu’elle peut résoudre")

Comment le prolétariat va-t-il pouvoir s’abolir en abolissant les classes ? Devra-t-on ou non mettre tout de suite en œuvre une façon communiste de produire les pommes de terre ?

T’es comme Astarian, pourquoi encore et toujours des patates ?

S’il est bien évident que le camp d’été de Meeting n’a pas pour objet d’affronter les tenants du programme prolétarien, aujourd’hui soit moribonds soit reconvertis dans différentes variantes du programme démocratique, j’ai en revanche le fort sentiment qu’il vise à établir un ’camp retranché’ pour une compétition marquée avec la ’concurrence directe’.

C’est parce qu’on aime se mettre sous la dent ce qui exprime théoriquement - et en français de préférence - une coupure théorique fondamentale. Au demeurant, chaque fois que ça bouge -Argentine, émeutes, CPE, la faim, salaires, situation critique du capital...- ce qui s’élabore théoriquement de façon offensive n’a plus besoin d’affronter ce qu’on peut alors considérer comme des vieilleries, dès lors que ceux qui les expriment n’arrivent plus à exprimer rien de nouveau quand le capital change, rien qui marque une attention à la surprise du (sur)vivant. Rien de créateur, rien de poétique, rien de véritablement théorique. Du langage cuit. Merdre !

Je n’ai rien à répondre aux réglements de comptes internes à la famille de la part de quelqu’un qui en critique la fermeture. Lu comme ça, je finirai par me sentir, comme d’autres, un faire-valoir -ça m’a déjà pris- et c’est d’un rien blessant pour tous ceux qui participent aux rencontres avec Meeting, notamment les jeunes, de se sentir tenus pour rien d’autres que des militants aux ordres du sous-commandant Bernardo Leone.

Or, j’ai tendance à penser que le ’système TC’ est enfermé dans sa propre spirale, avec une grille d’analyse en forme de moulinette multi-fonctions (d’autres disent : boulevard circulaire) et qui ne marche que sur la base de concepts élaborés au fur et à mesure des nécessités tant théoriques (les plus pertinents, comme L’Implication Réciproque entre les deux classes du capital, par exemple) que polémiques (les plus faibles, selon moi, tel L’Écart ou comment décrire la facette potentiellement révolutionnaire de toutes les luttes ’intéressantes’ qui se présentent et tenter de gérer théoriquement, pour le coup le ’grand écart’ entre la nécessité de l’auto-organisation comme premier acte de la révolution et la critique de l’autonomie).

On fait avec ce que ça produit et ce qui le produit, et si ça n’était que ça, ça se saurait... J’ai l’impression de relire des critiques, que j’ai pu partager un temps, comme enrageant à la fois d’être infoutu de sortir du corpus conceptuel en construction pour se repérer soi-même, tout en déniant une cohérence, cad une approche théorique du monde comme totalité. Reste plus qu’à retirer ses billes, ce que j’avais fait.

En outre, TC bute, à mon avis, sur les limites même de sa démarche théorique : l’étude et la critique restent centrés, logiquement, sur le rapport d’exploitation et ce n’est que dans la communisation mettant fin à ce rapport que la vie quotidienne et les rapports inter-individuels seront à réinventer. Si je suis d’accord avec cette donnée de base, il n’en reste pas moins que la critique du rapport social capitaliste et des différentes formes et contenu des luttes ne saurait, de mon point de vue, faire l’impasse sur le fait que : d’une part la production de valeur et le champ de la lutte des classes s’étendent à présent largement hors du champ de la production manufacturière et de la simple reproduction de la force de travail ; d’autre part, la soumission réelle du travail au capital est aussi domination réelle du rapport social capitaliste sur les individus et je soutiens que la critique du capital ne devient véritablement probante que dès lors qu’elle est critique de la globalité des rapports entre les classes et les entités et individus qui les composent et, pour ce qui concerne le prolétariat, pas seulement sous l’angle de la concurrence entre les travailleurs.

Je trouve ça plus intéressant parce que ça peut rejoindre ce que j’ai tenté d’exprimer aussi (et d’autres Joachim Fleur...), mais on peut constater aussi que si TC "butte", TC n’est pas buté, à preuve les plus récentes élaborations sur la question sexuelle. A mon sens il y a plus de trous à combler dans la théorie de TC que de cohérence à démonter avant que s’en charge, éventuellement, la suite des événements.

Ce qui me sépare aussi de TC (et cela depuis toujours), c’est la théorie comme activité séparée de la vie quotidienne et de sa propre activité dans les luttes (même si, dans les deux cas, on entend bien ne pas se séparer de ’ses bagages’ théoriques), activité spécialisée (même si la théorie dite ’sérieuse’ demande un travail de spécialiste acharné) destinée à des spécialistes munis du bon décodeur.

Bon, ça c’est une critique directe, non pas de ce qui dit TC ni même de sa pratique théorique (cf ce que nous faisons", par ex Meeting4), mais de la posture du théoricien qui formalise la théorie "abstraite" ou "concret pensé" en la décrétant séparée du reste. C’est une vision enfermée elle-même dans le groupe, qui n’arrive plus à percevoir les effets frais dans la réalité. Qqn qui lit les textes de l’extérieur -sans connaître perso les auteurs- il ne peut pas avoir une pareille vision, sauf à tomber dans la critique de théoricisme etc.

« Je persiste à penser que, aussi complexe que soit un raisonnement, il est toujours possible de le rendre clair et compréhensible à un grand nombre de lecteurs, pourvu qu’ils en aient suffisamment envie et/ou qu’on ait su leur en donner envie. »

J’ai tenté de participer de ce souci, c’est vraiment pas évident de tenir le souci pédagogique, parce que ça risque de tout fausser, d’étouffer ce qui vit dans l’appropriation, et in fine de figer les concepts quand ils ne sont pas formulés dans leur finesse embarquée (c’est une autre raison pour laquelle j’ai renoncé à mon texte "réception"...). Ce ne serait plus qu’un pb de langage et de portage par les mêmes, une extériorité justement (type IS). Laissons une chance aux théoriciens de faire des progrès ;-), et aux luttes de produire leur langage adéquat. Par ailleurs c’est un faux-procès (textes de RS sur la restructuration Meeting4, sur les cycles de luttes SummerMeeting...).

Mais, comme il n’y a à l’heure actuelle que TC sur le terrain de la théorie cohérente, TC conserve mon adhésion pour ainsi dire par défaut et ce que j’ai envie à présent de développer, ce n’est pas une critique de TC pas plus qu’un retour vers l’IS, mais une vision du monde (et de la révolution) et des pratiques permettant ...Parce qu’enfin, à quoi sert de comprendre le pourquoi et le comment de la question irakienne ou de la multiplication des concentrations et licenciements, les lutte des cheminots ou des enseignants ici et ailleurs si ce n’est pour en avoir un usage dans notre vie et notre pratique de tous les jours et se contenter d’en parler ex cathedra ? A quoi cela sert de critiquer les démocrates si ce n’est pour pouvoir les combattre là où on les rencontre ? A quoi ça sert de ne croire ni à dieu ni à diable si ce n’est pour affronter les différentes variétés de curaillons (des vrais aux propagateurs du besoin de ’spiritualité’) ? A quoi ça sert de proclamer la possible communisation de ce monde, si l’on n’est pas fichu, par delà la critique indispensable du rapport d’exploitation dans le travail, d’au moins faire aussi la critique de ses rapports de pouvoir, de couple, de groupes amicaux et/ou tribaux, des formes de domination réelle de la pensée et de la vie quotidiennes ?

Mais qu’est-ce qui empêche quiconque de le faire là où il le vit, ou dans ce qu’il élabore de plus théorique, ou dans sa "vie quotidienne", voire poétiquement... et en quoi cela s’opposerait à la nécessaire confrontation au niveau de l’élaboration théorique. Je ne comprends réellement pas qu’on puisse opposer les deux, comme s’il fallait attendre de Meeting ou de n’importe qui une recette pour savoir quoi faire qu’on ne ferait pas parce que ceci ou cela... Il y a là une critique qui se mord la queue, dont je ressens bien le manque, puisqu’au fond, c’est celui que je peux vivre moi-même... À chacun son écart, en quelque sorte, mais c’est désormais avec ça qu’il va falloir faire...

Autrement dit, ce que je cherche aujourd’hui, c’est à rompre la coupure épistémologique entre les/mes/nos ’années IS’ et les ’années TC’. Il ne s’agit d’arriver ni à une synthèse ni à un syncrétisme, mais à un dépassement ouvrant sur un nouveau champ de réflexion et de lutte.

Ce dont je pense nous manquons, nous autres de cette génération à qq chose près, c’est d’une perceptiion dans les choses qui ne soient pas filtrée, bouchée, par notre propre parcours militant ou théorique (l’arrachement au programmatisme ou au démocratisme, comme histoire personnelle), et finalement, à l’insu de notre plein gré, on n’arrive plus à percevoir les choses avec fraîcheur, comme si on voulait que de plus jeunes, non seulement s’approprient l’histoire du mouvement, mais celle de leurs parents ou grands parents, dont ils auraient plutôt intérêt à n’avoir que foutre pour s’inscrire dans et contre ce monde.

Alors, je vous le demande, qu’irais-je faire au Meeting Camp ? Une telle ’blaguette’ y serait de mauvais goût et ma présence plus qu’importune…..

C’est ton choix, qui ne se discute pas, et qui nous vaut au moins un texte qui le dépasse positivement par son contenu critique.

Amical’

PS : j’aurais aimé être plus positif sur certains points, mais là, c’est pas venu, une autre fois...


Document 3 Ni revendicatif ni non-revendicatif, antisocial !

Meeting 3 Dire que les jeunes de banlieue ont, de fait, revendiqué des conditions moins invivables ou qu’ils ont mené une lutte non-revendicative et donc « radicale », c’est s’enfermer dans un dilemme où le choix est impossible. S’il est indéniable qu’ils n’ont à aucun moment exprimé une revendication quelconque, il est tout aussi évident que les cibles de leurs actions désignaient tous les organes de la reproduction sociale qui sont les sujets d’un tort particulier qui leur est fait. Ces attaques, si elles ne réclament rien, désignent cependant les éléments matériels précis par lesquels ils sont ce qu’ils sont et qui constituent leur condition d’existence. La désignation, dans les actes, de ces éléments implique les éventuelles mesures que l’Etat pourrait prendre. Mais cela ne transforme pas la lutte en lutte revendicative. Les réponses possibles à une lutte ne définissent pas cette lutte mais constituent ses caractéristiques en limites. L’Etat peut tenter d’agir contre les causes de la révolte, il ne fait pas pour autant de celle-ci une révolte revendicative. Une action ne se réduit ni à ses causes, ni aux réponse que ses limites impliquent. Pas plus la CGT en disant que ces révoltes sont revendicatives que le gouvernement en les traitant de terroriste ne les font revendicatives ou terroristes. Ces émeutes étaient au-delà du revendicatif mais n’étaient pas non-revendicatives. Ce dilemme n’est pas le leur (l’appellation de « lutte non-revendicative » est une construction idéologique qui répondait aux impasses d’une époque particulière : fin des années 1960 / début des années 1970). Les émeutes de novembre ont été une insurrection anticapitaliste, mais une insurrection contre le capital en tant qu’il se présente comme société.

"Dans la société bourgeoise achevée, chaque rapport économique en suppose un autre sous sa forme bourgeoise et économique, l’un conditionnant l’autre, comme c’est le cas de tout système organique. Ce système organique lui-même dans son ensemble, a ses présuppositions propres, et son développement total implique qu’il se subordonne tous les éléments constitutifs de la société ou qu’il crée à partir de lui-même les organes qui lui font défaut. C’est ainsi qu’il devient historiquement une totalité. Le devenir vers cette totalité constitue un élément de son processus, de son développement." (Marx, Fondements...", t.1, Ed. Anthropos, p.226) "Si nous considérons la société bourgeoise dans son ensemble, c’est toujours comme résultat dernier du procès de production qu’apparaît la société, c’est-à-dire l’homme dans ses rapports sociaux. Tout ce qui, tel le produit, etc., a une forme solide, n’apparaît que comme un moment, qui s’évanouit dans ce mouvement. Le procès de production ici n’apparaît que comme un moment. Les conditions et les objectivations de ce procès en sont elles-mêmes des moments uniformes. Certes, les individus ne se présentent que comme sujets de ce procès, mais ils entretiennent également des rapports entre eux, qu’ils reproduisent soit simplement, soit d’une manière élargie. C’est donc leur propre procès en mouvement constant qu’ils renouvellent, parallèlement au monde de la richesse qu’il crée." (ibid, t.2, p.230)

Nous appelons opposition au capital comme société, la contradiction entre le prolétariat et la société capitaliste dans laquelle celle-ci comme totalité n’est pas conçue pratiquement dans son processus, son devenir, mais appréhendée comme donnée, comme spectacle. La société n’est que le résultat dernier du procès de production. Un mouvement antisocial s’affronte à la société en tant que résultat dans lequel son origine, le procès de production comme procès d’exploitation a été abolie, s’est évanoui de lui-même. La société, dans sa constitution achevée, efface son propre procès de réalisation comme résultat du procès de production.

On pourrait, dans ce cas, reprendre le concept de spectacle et lui donner une pertinence pratique. Ce n’est pas la société du spectacle mais le spectacle comme société. La « théorie du spectacle » n’est cohérente que si l’on maintient un « extérieur » au spectacle en même temps que la logique interne du concept implique de réduire et d’éliminer cet extérieur. Dans La Société du spectacle, Debord s’enferme dans une problématique sans issue : le concept de spectacle désigne une réification du monde qui doit être sa propre genèse, le concept désigne simultanément un résultat et son processus de genèse. C’est l’"abondance de la dépossession" ; c’est "tout le temps et l’espace de son monde (du travailleur) qui lui deviennent étrangers avec l’accumulation de ses produits aliénés" ; c’est "une puissance indépendante" (thèse 31). Le mouvement essentiel du spectacle « consiste à reprendre en lui tout ce qui existait dans l’activité humaine à l’état fluide, pour le posséder à l’état coagulé, en tant que spectacle".(thèse 35). Nous pouvons dire que la société coupée de son processus de production est le spectacle. Non seulement la coagulation des rapports sociaux dans les formes de la contrainte à leur reproduction est devenue visible, mais on ne voit plus qu’elle.

Nous pourrions utiliser le concept de spectacle pour désigner cette coagulation de la société et seulement cet état. Cependant si cette utilisation est pertinente, elle est impraticable à cause du poids du mot. « Mouvement anti-spectaculaire » est pour des raisons historiques et idéologiques inutilisable, nous utiliserons donc « antisocial ». Les émeutes de banlieues peuvent être qualifiées d’antisociales dans la mesure où les relations que les classes définissent entre elles se sont éloignées d’elles comme représentation et réification de leur rapports comme institutions, de telle sorte que les individus finissent par vivre ces rapports dans les formes et les catégories de cette représentation qui devient leur réalité et s’impose à eux comme la forme dominante, vraie, des rapports sociaux. Etre une lutte antisociale et la force et la limite des émeutes de novembre.

Ce fut (et cela demeure) un mouvement antisocial, il s’oppose à la société capitaliste, la dernière société. Dans sa limite même, s’attaquer au capital se présentant comme société, le mouvement annonce l’abolition du mode de production capitaliste comme abolition de la société. Il s’attaque au capital en tant que résultat coagulé du processus d’exploitation. Si nous en demeurons à la seule analyse possible de ce mouvement qui est l’analyse de ses cibles. C’est le troisième moment de l’exploitation celui de la transformation de la plus-value en capital additionnel qui implique la gestion capitaliste de tous les rapports comme reproduction toujours transformée du face à face de la force de travail et du capital qui est désigné comme l’ennemi. Dans les émeutes, ce troisième moment est à la fois abstrait des deux précédents (l’achat-vente de la force de travail et sa subsomption sous le capital dans le procès de production immédiat). C’est la limite du mouvement dans le capital posé comme société déjà là, c’est sa force en ce qu’il désigne que l’abolition de l’exploitation est essentiellement abolition de sa reproduction comme abolition de tout ce qui est au-delà du rapports des individus entre eux ne se donnant jamais comme quelque chose les subsumant, comme étant à reproduire. Bien qu’hypostasiant la société, et parce que l’hypostasiant, la force d’un mouvement antisocial est de désigner la société comme à abolir et la société capitaliste comme la dernière société dans la meure où se révolter contre elle ne peut faire valoir une situation existant en elle.

Un mouvement antisocial est un mouvement qui hypostasie la société, il s’attaque au capital non en tant que procès de la valeur mais comme résultat de ce procès toujours à renouveler. Il s’attaque aux formes capitalistes physiques de cette reproduction : police, école, transports (individuel et collectif), entreprises des zones franches, entrepôts. Ce caractère destructeur est pensé ; ciblé. Bien que limité, le caractère antisocial d’une lutte nous indique que c’est dans la lutte contre la société capitaliste que les prolétaires cesseront de l’être, il indique surtout que les prolétaires ne peuvent viser aucune appropriation. Leur mouvement révolutionnaire est la destruction de tout ce qui les définit comme prolétaires et non l’appropriation de ce qui en tant que prolétaires s’éloigne d’eux. On ne s’appropriera et on ne collectivisera ni les transports, ni les écoles, ni les tribunaux, ni les Agences pour l’emploi, ni les lieux de production.

Antisocial est la qualité d’un mouvement qui s’attaque à la société, en tant que résultat ultime du mode de production capitaliste et présupposition générale de sa reproduction en la séparant de son propre processus de constitution. A ce niveau il demeure seulement destructeur, il est lui est impossible d’entreprendre la communisation entre les individus car n’attaquant pas le capital au cœur, il lui en manque la base matérielle, il indique cependant que le communisme n’est pas une société, c’est-à-dire n’est pas une communauté indépendante de ses membres. La société est nécessairement société de classes, elle implique la division entre les classes dans la mesure même où sa définition implique la médiation étrangère aux individus qu’est l’existence de la classe dominante dans laquelle existe la société. Une lutte antisociale est une lutte qui attaque les médiations entre les individus, c’est l’action de prolétaires agissant ensemble, contre leur définition en tant que prolétaires, comme individus moyens membres d’une classe. Cependant ayant hypostasié la société, ils créent dans cette action contre la société, un immédiatisme des relations en tant qu’individus qui prend la forme de la bande, du copinage. La lutte n’est pas au-delà du social, elle demeure dans l’antisocial. Dans sa limite même d’hypostase de la société et de lutte contre la reproduction de soi, l’antisocial est alors l’épuisement en actes de la revendication tant salariale que « sociétale » (revendication déplacée vers les conditions de reproduction comme « intégration citoyenne »).

Les luttes antisociales se multiplieront. Si ces luttes sont produites dans la segmentation/ relégation / paupérisation / racisation, elles ne sont pas le fait d’un segment particulier du prolétariat, des luttes qui seraient spécifiques à ce segment. Elles sont un élément fonctionnels du nouveau cycle de luttes dans lequel la contradiction entre le prolétariat et le capital se situe au niveau de la reproduction. Qu’elles soient actuellement le fait d’un segment particulier de la classe ne signifie qu’elles trouveraient dans des caractéristiques propres de ce segment leur origine et leurs déterminations.

Ces segments dans la segmentation générale, définitoire, du prolétariat, ne sont pas antisocial par nature, comme inversement le prolétaire intégré serait, par nature, syndicaliste, revendicatif et appropriateur des moyens de production. Alors que dans beaucoup de luttes actuelles, l’appartenance de classe est produite et apparaît comme une contrainte extérieure dans le fait même d’agir en tant que classe, les luttes antisociales sont à l’intérieur de l’ensemble des luttes actuelles la remise en cause de l’appartenance de classe devenue lutte particulière. Elles ne peuvent être comprises que dans l’ensemble du cycle de luttes. Celui-ci se caractérise par l’écart dans l’action en tant que classe entre n’avoir que le capital comme horizon (plus de libération du prolétariat devenant classe dominante) et se remettre en cause comme classe qui n’est également que la reconnaissance de tout ce que l’on est comme n’existant, face à soi, que dans le capital. Avec les luttes antisociales, un terme de cet écart acquiert une existence propre et s’autonomise, ce qui n’est, pris du point de vue de l’ensemble des luttes du cycle, que leur limite même comme hypostase de la société.

S’opposer à la société en tant que résultat final du mode de production capitaliste ne doit pas être considéré comme au-delà des limites de la lutte de classe, s’attaquer au résultat final du rapport de classe sans s’attaquer au rapport d’exploitation stricto sensu comme exploitation du travail dans le procès de production immédiat en détruisant les moyens mêmes de cette exploitation pour les transformer en éléments d’un rapport interindividuel immédiat est bel et bien la limite de cette attaque. C’est ce caractère limité qui est antisocial.

Antisocial : limite et force

D’après la définition jusqu’à maintenant parler de limite est « évident » parler de forces cela l’est moins.

Dialectique systématique et théorie de la forme valeur - Nick

lundi, 28 juillet 2008

La Dialectique systématique et la théorie de la forme valeur nous donnent un angle d’approche du procès de subsomption du travail (des relations sociales et du monde naturel) sous le capital qui, pensons-nous, complète les positions théoriques de TC. La théorie de la forme valeur reconstruit la dialectique marxienne de la forme valeur et montre comment le procès de production et les relations sociales sont subsumés sous elle et mises en forme par elle, c’est-à-dire par le capital. Cette mise en forme par la valeur produit la forme sociale spécifique du capital, forme dans laquelle les relations sociales sont médiées par la valeur.

Le capital, la subsumption et l’histoire du rapport de classe - Nick

lundi, 28 juillet 2008

La question centrale à laquelle nous sommes confrontés est celle de comprendre la spécificité du moment présent dans l’histoire du rapport capital-travail. Il semble évident qu’à un certain niveau fondamental, le rapport capital-travail aujourd’hui est différent des époques précédentes ; toutefois, dans le même temps, quelle que soit la nouveauté à laquelle nous avons affaire, il semble clair que le capital demeure le capital, et que sa critique marxienne tient toujours. Ce monde est toujours défini centralement autour de l’accumulation de plus-value, dépendant du travail salarié, et dans lequel la reproduction individuelle est en premier lieu et principalement quelque chose qui se gagne par la vente de la force de travail. La critique systématique que Marx a développée dans Le Capital, et son développement ultérieur au travers de la théorie de la forme-valeur et de la dialectique systématique sont essentiels pour la compréhension de notre situation actuelle, cependant – en elles-mêmes – prises seulement comme la caractérisation systématique de la structure logique au cœur des rapports sociaux capitalistes, ces théories ne peuvent guère nous renseigner sur le développement de ces rapports.

Capitalisme financier - Roland Simon

mardi, 29 juillet 2008

Sans avoir le temps de proposer un texte, je pense pouvoir introduire et "animer" un atelier sur le capitalisme financier et la crise des subprimes. J’espère pouvoir fournir une sorte de plan et de problématique au début de la semaine à Aurel. R.S.

Discussion sur l’accumulation du capital et les luttes de classes en China - P.Å. and Jeanne

samedi, 2 août 2008

Après le ralentissement économique mondial des années 1970, de nombreux capitaux en Europe de l’Est et aux Etats-Unis ont commencé à affluer vers l’Asie du Sud-Est, une région qui, après la deuxième guerre mondiale, a connu un changement fondamental, une transformation d’un type de société principalement rural, à travers les révolutions agraires et l’urbanisation, à l’industrialisation et enfin, a la production de marchandises destinées à l’export.

La première « histoire à succès » fut le « miracle japonais » (1955–1985), c’est-à-dire l’expansion rapide qui a suivi la reconstruction après la capitulation japonaise devant les Etats-Unis en 1945. Rapidement, d’autres pays ont suivi : Taïwan, la Corée du Sud, Hong Kong et Singapour devinrent la ligne de front occidentale contre la Russie, la Chine et la Corée du Nord pendant la guerre froide.

Comparé aux pays occidentaux, tous ces pays ont connu depuis les années 1970 une croissance économique massive et ininterrompue, tout du moins jusqu’à la crise asiatique de 1997–1998, et ont souvent de beaucoup dépassé les niveaux de PIB connus en Europe pendant les Trente Glorieuses. Cependant, les changements qui se sont déroulés pendant les quinze dernières années dans un pays seulement, accentués pendant la première décennie du 21e siècle, sont si extraordinaires qu’ils concentrent tous les regards. De fait, l’histoire de l’accumulation capitaliste n’a jamais vu d’exemple comparable à la Chine contemporaine. (En 2006 la croissance de sa production industrielle était de 22,9 %.)

Alors que le dragon chinois remplit rapidement son estomac de cuivre [1] et de minerai de fer [2], mêlé de pétrole brut [3], de tous les coins du monde, et crache ses flammes de marchandises à bas-prix sur la surface de la terre, il est pour nous crucial de nous intéresser à l’accumulation en Chine et à sa place dans la division du travail globale pour comprendre où vont le mode de production capitaliste et ses contradictions.

Cela va sans dire que nous ne sommes nullement intéressés par un discours économique vulgaire obtus dans lequel la lutte de classe disparaît dans le jeu automatique de l’économie. Un antidote à cette analyse bourgeoise a souvent été de lister autant d’exemples de luttes particulières que possible, ou de choisir les plus extraordinaires. Cela est aussi pour nous problématique ; en effet, elle peuvent n’être pas représentatives et ce choix implique le retour a un empiricisme grossier. Nous avons cherché à ne jamais perdre de vue le lien intrinsèque entre les luttes et le mouvement du capital, en cherchant à les saisir comme totalité.

Devant le prétendu « recul des luttes de classes » dans les pays occidentaux, il est devenu tentant de se tourner vers l’Est pour retrouver le sujet révolutionnaire manquant. Pour cela, une façon a été – de façon tout à fait classique- d’insister sur le besoin de « la classe ouvrière en formation » de combattre pour gagner les droits politiques de base tels que la liberté d’expression et le droit de s’organiser, vus comme la condition nécessaire pour la formation de syndicats et la création d’un mouvement ouvrier. L’autre façon (le revers de la médaille) étant le rêve d’un retour a une autonomie ouvrière hostile aux syndicats.

Nous voulions poser le problème de ce que notre compréhension du programmatisme comme étant mort une fois pour toute implique dans le cas de la Chine. Si le capitalisme restructuré est mondial, il ne peut subsister de place pour l’apparition d’une identité ouvrière à l’intérieur d’un cadre national. Ainsi nous pouvons comprendre le fait que le nouveau prolétariat émergent en Chine ne crée pas d’organisations indépendantes et permanentes non pas comme un signe de leur « arriération » mais comme une caractéristique du nouveau cycle de lutte mondial.

Enfin, nous devons dire que nous ne sommes pas des experts sur la Chine ou l’Asie du Sud Est. Nous avons simplement lu quelques textes, ce que nous avons trouvé intéressant. Par conséquent, plutôt que des conclusions, nous avons formulé quelques questions comme bases pour la discussion.

- L’accumulation en Chine a été un facteur majeur dans l’accroissement de la demande, et de là, du prix, des matières premières mondialement. L’augmentation des prix des produits alimentaires a eu un effet immédiat sur les populations les plus pauvres du monde. En même temps, la demande chinoise pour toutes sortes de minerais a créé un boom économique mondial pour les industries minières, a bénéficié à des pays comme l’Australie, et a provoqué, entre autre, la réouverture de mines, des accords de libre-échange entre la Chine et des pays comme le Chili, un grand producteur de cuivre. Les compagnies pétrolières font bien sûr elles aussi d’énormes profits...

Cette énorme demande pose aussi la question des possibles conséquences d’une compétition pour s’assurer les marchandises clés. La chine est en train d’établir sa présence en Afrique grâce à différents accords commerciaux avec divers gouvernements et elle a annoncé cette année sa plus grande croissance en dépense militaire en cinq ans... Quelles sont les conséquences de l’appétit chinois ?

- Aujourd’hui, le rôle de la Chine dans la division mondiale du travail est principalement la production de marchandises à bas prix grâce à sa reserve de main-d’œuvre bon-marché. Peut-on imaginer, cependant, que la Chine pourrait monter en gamme comme l’ont fait le Japon et les tigres asiatiques ? Est-ce que cela pourrait impliquer l’émergence de « nouvelles chines » à la main d’œuvre bon marché ailleurs dans le Tiers Monde ? De plus, quelles seraient les conséquences pour les pays occidentaux, si ils perdent complètement leur avantage technologique ?

- Le besoin de main d’œuvre dans les nouvelles industries basées sur l’export a intensifié l’exode rural à l’intérieur de la Chine, créant une « nouvelle classe » de prolétaires, les mingons, qui ont migré vers les ateliers de la Côte Est pour trouver du travail. Ce mouvement, qui par certains côtés semble rejouer celui du prolétariat « originel » – anglais – pendant la révolution industrielle [4], a amené certains à voir en eux la nouvelle classe révolutionnaire, non corrompue par les compromissions du prolétariat occidental. Selon cette position, nous devons maintenant attendre que ce prolétariat émergent devienne conscient et organisé. On considère alors qu’il doit passer par les mêmes étapes que leurs homologues occidentaux, comme si c’était le chemin nécessaire pour leur montée en puissance. Est-ce que l’Etat chinois peut autoriser la création de véritables syndicats dont le rôle serait le partage des gains de productivité, alors que sa réserve de main-d’œuvre bon-marché est la base même de son développement ?

J.N. & P.Å.

[1] Il importe 20 000 tonnes en 1990 et plus de 1,2 millions de tonnes l’année dernière.

[2] Il importe 14 millions de tonnes en 1990, 161 millions en 2006 et 192 millions juste pendant les cinq premiers mois de 2008, malgré que la Chine soit maintenant le plus grand producteur de minerai de fer au monde. (www.mineweb.com)

[3] Seuls les Etats-Unis en sont plus grand consommateurs, mais la consommation de pétrole chinoise croît de 7,5 % par an et on s’attend à ce qu’elle dépasse celle des Etats-Unis en 2030.

[4] Leur condition apparaissant similaire à celle décrite dans le chapitre du Capital intitulé « La journée de travail » (Livre 1, chapitre 10).

Projected workshops - P.Å.

Friday, 16 May 2008

These have been proposed:

  • Theoretical problems posed by the concept of cycles of struggles
  • Gender distinction and programmatism
  • Systematic dialectics and subsumption
  • The Chinese economy and class struggle
  • Offensive struggles over the wage today
  • The activities of the gap [d’écart]
  • Intervention and the communising current
  • Reception on the concept of communisation
  • Struggles “against work” within the American auto industry at the end of the 60s and the beginning of the 70s

We have been speaking of:

  • Real subsumption
  • Financial capital, the subprime crisis, food inflation

Questions on the concept of cycle of struggles - Roland Simon

Thursday, 22 May 2008

Questions on the concept of cycle of struggles

It will be necessary to begin with the current definition and relevance of this concept and the theoretical issues it addresses. But we can already list a few questions the concept triggers, those questions belonging to all the fields of theoretical investigation.

*The difference between a period of accumulation and a cycle of struggles : the economy issue.

* Does a cycle of struggles correspond to the capital cycles ? The development of the capital is identical to the contradiction between proletariat and capital, but are we dealing here with an unmediated identity ?

* Is to talk about cycle of struggles to accept the validity of the « Kondratieffs » ? If it is so, is a cycle of struggles informed, in its course, by the phases A and B of a « Kondratieff » ? If it is so, are revolutionary crises linked to a systemic crisis of the Kondratieffs ? Are they located between two Kondratieffs or between the A and B phases of a same Kondratieff ?

* A fundamental and very tricky question : relation and continuity between the cycles of struggles. Are the cycles of struggles separate entities (radically discontinuous) ? how do we relate now to previous cycles ?

* How can we theoretically formalize the passage from one cycle to the other ? Do we have to include the concept of counter-revolution in the cycle of struggles concept ? Is the passage a juxtaposition or a coordination ? (it is not exactly the same question as the one of continuity)

* A question linked to the previous two : does a « legacy » exist? What is a legacy ?

* Do all the elements defining (determining) a cycle of struggles have the same temporality : immediate struggles, revolutionary crises, theories, organisations ? Do anachronisms exist ? Can an old cycle, under some aspects, endure when another one has begun ? Is there integration or overlapping ?

*At what stage in the definition of a cycle must we consider its internal contradictions ? Inversely, what is the unity of a cycle ?

* The nature of the failure of a cycle of struggles : is the impossibility in its own terms a valid explanatory structure for all the cycles ?

* Relation between cycle of struggles / failure (internal impossibilities) / limits / counter-revolution ?

* The issue of chronological division. Are there different chronological phases in a same cycle ? (whatever the answer is to the link with the Kondratieffs) Can we divide into subsets a cycle of struggles ? If it is so, what is the relevance and the validity of such a division ? Why do we consider them as phases of a same cycle and not as two different cycles ?

* What is the starting point of the definition of a cycle : a blend of micro-facts or a structure that gives meaning to these facts ?

* Is it relevant to make a periodization of historically homogenic cycles of struggles in spite of national differences and the notions of centre and periphery ?

Courage ! R.S

Quelques (Ndt) : C’est un de tes textes les plus formels / formalisateurs qu’il m’ait été donné de traduire… Pour les termes juxtaposition, coordination, discontinu : j’ai utilisé les traductions acceptées en linguistique. Crise en français : crisis (sg) crises (pl)

The concept of the cycle of struggles - Roland Simon

Roland Simon of Theorie Communiste elaborates TC's concept of 'cycle of struggles' in their periodisation of the possibility of revolution.

The common reflexion and discussion work could consist in submitting the definition of the concept of cycle of struggles that I propose in the few following pages and the theoretical principles underlying it to the the series of questions that I asked in a preceding mail.

The concept of cycle of struggles

What we call cycle of struggles is the whole of the struggles, organisations and theories that constitute a historically defined practice of the proletariat in the reciprocal implication between the two terms of the exploitation which is the dynamic contradiction of the mode of capitalist production. This whole of practices and struggles by which this contradiction, in each specific phase of its historical development, carries revolution and communism as well as its overcoming.

In the first place, even if the chronological landmarks may be identical, the concept of cycle of struggles does not coincide with the one of a historical period of the capitalist mode of production. In the concept of cycle of struggles, the practice of the proletariat is defined as one of the prominent aspect of a totality by which this totality produces its overcoming. As a consequence, a cycle of struggles is a period of the mode of capitalist production that is considered in as much as it produces its overcoming.

The definition of the concept of cycle of struggles articulates around three great principles:

  • Exploitation – as a contradiction between proletariat and capital – is simultaneously defined as the reciprocal implication of these terms and the production of each one’s specificity as far as its situation and practice are concerned. It is not the exploitation in itself, or the development of the capitalist mode of production that carries its overcoming , they carry it only by the specific situation and activity of the proletariat as a revolutionary class and as a class of the mode of capitalist production.
  • The historical production of the revolution and of communism: both are the overcoming that each cycle of struggles specifically produces.
  • The contradiction between proletariat and capital is simultaneously the dynamics of the development of the modern mode of capitalist production and of its overcoming, the outcome of which is that a cycle of struggles defines itself in its whole as the relationship between, on one side, the daily course of the class struggle, and, on the other side, revolution and communism in their historical content.

I The concept of cycle of struggles is part of the definition of exploitation

1) Specific practice and reciprocal implication

Exploitation is the first great principle that defines what a cycle of struggles is. The definition of a cycle of struggles comes from an understanding of the exploitation in which the reciprocal implication between the terms of the contradiction, proletariat and capital, as well as their specification and their autonomy are simultaneously laid. Without this, there is no cycle of struggle, that is to say no specific practices of the proletariat against the capital, as a particuliarisation of a whole of which the capital is precisely the other necessary term. A cycle of struggles is a phase of the capital in as much as it is producing its overcoming by the specific activity of the proletariat as a pole of the contradiction which, because it is a reciprocal implication, particuliarises itself.

In their contradictory relationship, proletariat and capital each have a specific position and activity. It is this process of particuliarisation of those terms, which is intrinsic to the contradiction, that we are up to define, while considering them precisely as terms of a contradiction, that is to say as a mutual implication. Exploitation is not the content of a contradictory relationship between two symmetric terms, it is a difference in the relationship to the whole, which, regarding its content, determines one term to be questioned and to overcome this whole. The capitalist mode of production and exploitation only carry their overcoming in the situation and specific activity of the proletariat as a pole (particularisation) of the whole capitalist mode of production.

Exploitation as a relationship between the proletariat and the capital is a contradiction as it is a process in contradiction with its own reproduction (fall of the profit rate), a whole in which each element only exists in relation to the other, and defines itself in this relation as a contradiction with the other and because of this with itself, as the relationship defines it: productive work and accumulation of capital; surplus labour and necessary work; valorisation and immediate work. The capital is a contradiction in process, which means that the movement exploitation is is a contradiction of the production social relationships of which exploitation is the content and the movement. In this light, it is a game that can lead to the abolition of its rule. The capital as a contradiction in process is the class struggle, when we say that exploitation is a contradiction for itself, we define the situation and the revolutionary activity of the proletariat.

Exploitation is the valorisation of the capital, it has three constitutive moments:

  • the confrontation of the work force and of the capital as potential capital. This confrontation makes sense only in its resolution, the purchase-sale of the work force.
  • The subsumption of work under the capital (surplus value production)
  • The transformation of the surplus value in additional capital : the reproduction of the confrontation, the separation, are the starting point and the main result of the production process.

It is this same transformation of the surplus value into additional capital that is never ascertained, because of competition of course on the most superficial level, but above all because of the fact that this transformation implies on one side the meeting of the commodity capital and of the money as capital or means of circulation ( it is the general possibility of the crises), and on the other side because it implies the underlying transformation of the surplus value into profit, therefore the relation between the surplus value and the total engaged capital. The fall of the profit rate is constantly the anguish at the heart of self-presupposition, or without circumlocution, the “never ascertained” nature of this transformation in additional capital and so of the renewing of the process whose terms are produced as subjects. This production of subjects within the reciprocal implication does not occur at the end of each cycle, it is permanent in the course of the valorisation process and funds the autonomy and the practice of the proletariat and of the capital during the whole process. The problematic character of the transformation of the surplus value into additional capital is also the transformations of the capital, the bankruptcies, the redundancies as well as the augmentations of the production paces and the transformation of the process of work. The transformation of the surplus value into additional capital is first and foremost the extraction of a sufficient surplus value to allow for this transformation.

The exploitation relation is, on the one hand, the content of the reciprocal implication of the proletariat and the capital, the fact that they are the terms of a same whole, and, on the other hand, their production as genuinely active subjects of this whole, that has no other movement that the one that results from the actions of its subjects. It is in this relation, at the general level of analysis, in the unity of its moments, that the “never ascertained” character of its reproduction constantly exists.

The “never ascertained” character of the renewing of the three constitutive moments of the exploitation blends in with the particularisation movement of the contradictory terms of the whole. It is there that the general possibility of the exploitation crisis as contradictory practices between classes lies, it is there that the particularisation process of the terms of the contradiction in their activity as subjects lies, there that their own action and reciprocal implication lie.

However, the position of the capital in relation to the whole is different from the proletariat’s. This difference is a consequence of the very content of exploitation. The capital is the agent of the general reproduction. A cycle of struggles is not a collection of struggles brought about by causality by a certain stage of the development of the capital. What appears as a causality relation that goes from the state of the capital to the struggles of the proletariat and that explains their content and historical evolution, is only an effect of the subsumption of work under the capital. It is true that the definition of a cycle of struggles always has, as a starting point, the valorisation process in its historical content and aspect. But we cannot deduce from there a causality relation, it would be not to understand what a totality is and its necessary particularisation in a non symmetrical position of its terms in relation to the renewing of the relation of the whole. A causality relation makes of the specific situation of the proletariat in the relation of the whole, something changing and liable to be influenced and from this, in spite of appearances, does not conceive it as essentially historical, that is to say essentially as the other term of a relation, but as a historically determined revolutionary nature.

To conceive essentially the situation and the practice of the proletariat as the other term of a relation, of a contradictory relation that constitutes a particularised totality, is to conceive them in a dynamic and historical process, for it is simultaneously to conceive the two contradictory terms and thus a process. To establish a causality relation between the capital (brought back to objective conditions) and the practice of the proletariat can only produce an object on which this causality will act, that is to say a revolutionary nature that this causality will modulate. At this level, the theoretical production of the concept of cycle of struggles plays a part as an element of the overcoming of programmatism in as much as it is the criticism of a simple relation of causality between the practice of the proletariat and the objective conditions and as a corollary of a separation of the terms that leaves the possibility of a victory of the proletariat which would be its liberation, its affirmation.

Thus the first elements of definition that emerge from this first point make clear that a cycle of struggles is the specific practice of the proletariat in a relation of reciprocal implication with the capital as particularisation of a same totality, a specific practice that such a production immediately and essentially defines as historical and not as “historically brought about”. The overcoming of the capitalist mode of production is not the result of the contradiction process as undifferentiated unit, but of the activity of one of its terms: the proletariat. This term is able to produce this overcoming only because it is a particularisation of the whole and not because it could carry within itself a revolutionary essence.

2) The concept of cycle of struggles lies on the identity between what makes the proletariat a revolutionary class and a class of the capitalist mode of production.

Still starting from the first great defining principle of a cycle of struggles, exploitation. The non separation of what makes the proletariat a revolutionary class and its definition as a class of the capitalist mode of production derives from it as a determination of this principle.

As particularisation of the whole, the two terms of the contradiction do not entertain the same relation with this whole. The constitutive contradiction of this whole, exploitation, defines itself as the subsumption of work under the capital. In front of salaried work, the capital subsumes the living work, as such, it is the agent of the reciprocal reproduction of the two poles, as a consequence, there is no equality, no simple complementarity between the terms but a contradiction.

The subsumption of work under the capital implies that all the conditions of the renewing of the relation can be found , at the end of each cycle, reunited as capital in front of work (it’s the economy). If work implies capital, it is because the first is always put by the latter in a position to involve it. Thus one cannot be content to say that the proletariat implies the capital and vice versa the capital implies the proletariat, because of the very content of this implication, exploitation, it does not have in the two ways the same “form”. The proletariat implies the capital because it exists only as continually put by the capital in the position of having to involve it. The capital is the agent of general reproduction, the two terms are not on an equal footing, exploitation and subsumption are there and this makes the reciprocal implication a non symmetrical relation.

With the inequality of the terms of the contradiction in relation to the whole, it is as a form the very content of the contradiction that is found again. The proletariat is in contradiction with the necessary social existence of its work, as capital, autonomised value in front of it, and staying so only as increasing value : the fall of the profit rate is a contradiction between the classes. The very movement of accumulation constantly brings the surplus value back to the produced and transmitted value. Through the fall of the profit rate, the exploitation of the proletariat and the production of surplus value reach as their own limit the very social existence of work as producer of value and the accumulation of this value. The specification of the terms of this contradiction and the very shape of this contradiction with the inequality of its terms define a class that is constantly contradictory to the development and to the reproduction of the totality that defines and involves it. What we have here is the daily struggle as well as, following the rules of the game, the possibility of its abolition. In the fall of the profit rate, the proletariat is constantly in contradiction with the totality of the conditions accumulated in front of it as value, this contradiction exists as the very form of contradiction, we can then define what the proletariat is, as a situation in a relation and not as a nature any longer. The concept of cycle of struggles is in itself a criticism of programmatism, it overtakes the rigid opposition between what makes the proletariat a revolutionary class and what defines it as a class of the capitalist mode of production.

Proletariat produces communism against capital which means that it is the subject of this overcoming, not as an executioner or as a midwife, but as a pole of the contradiction itself. If, beginning with the exploitation, we anchor what makes the proletariat a revolutionary class in what defines it as a class of the capitalist mode of production, that is to say in its implication with the capital, a necessary link between the daily course of the class struggle and revolution, this link considered as a historical phase is a cycle of struggles. In the concept of class struggles the ambivalence between a proletariat that would be a « revolutionary force that runs » and a proletariat that should overtake what it is in the capitalist mode of production to be revolutionary is overtaken. However, to give a correct rendition of the nature of this link and process, it is necessary to go through the second great principle around which the concept of cycle of struggles revolves : revolution and communism are historical productions as far as their content is concerned. This means that defining the concept of cycle of struggles is defining a succession of cycle of struggles. This second great defining principle is eventually only an extension of the first ; if exploitation is the contradiction between the proletariat and the capital, this contradiction is thus simultaneously the dynamic of the capitalist mode of production, it is history.

II Revolution and communism are historical productions through the cycles of struggles

It is necessary to simultaneously historicise and specify each cycle of struggles and to understand the way they follow on from each other, to understand for example, the specificity of the current cycle of struggles and to refer, even if it is in a necessarily critical way, to the whole history of the proletariat and to the production of communism. It is, at each time, in each cycle of struggles, the whole course of the capitalist mode of production that has communism as its resolution. Revolution and communism as we define them now (communisation and social immediacy of the individual) are not an invariant, a norm that would run through the history of the capitalist mode of production under multiple avatars. The current cycle of struggles, along with the definition and the production of communism it contains, is, in itself, the necessary overcoming produced by the previous cycles. History cannot be rewritten backwards. In the current cycle of struggles, the production of communism becomes a historical axis running through the whole mode of capitalist production, this production is a succession and a totalisation of the cycles of struggles.

The analysis in terms of cycles of struggles helps to understand how the proletariat produces communism against the capital, this production can be found, for example, in the various stages of the programme (1790-1848 ;1848-1871 ;1871-1914), there are the internal contradictions of these stages, it is the affirmation of the class that is always carrying its impossibility in its own terms, through what programmatism historically is (its necessary explosion in trends, its relation to counter-revolution, etc.), it is eventually, the fact that class affirmation is never seen as an end in itself, and this turns out against it.

The impossibility of the programmatic revolution lies in its necessity to be simultaneously an increase in importance of the class in the capital, and an autonomous affirmation of the proletariat. The two terms contradict each other but can remain linked until the years 1870-1880. But as soon as the process of shifting to real subsomption genuinely begins, their coexistence becomes impossible. One can keep promoting revolution only through abstracting the reinforcement of the class from the capital; and on the other side, one will only be able to keep promoting the development of the class within the capitalist mode of production through making socialism an organized capitalism. One could develop the same reasoning about the old cycle of struggles that ended in the middle of the 70’s by understanding its impossibility through the theoretical and practical implication between self-organisation and self-negation, autonomy and refusal of work.

The point here is neither to make each last cycle of struggles the norm of the previous cycles nor to consider the cycle in which we are as having, in an isolated way, communism as its resolution.

Each cycle of struggles constitutes a specific totality from its determinations, and from the way revolution and communism are defined from the historical stage of the contradiction between proletariat and capital it expresses. However, the succession of the cycles of struggles does not appear as a juxtaposition of exclusive totalities : there is a progression, an overcoming of the limits of a previous cycle in the specificity of a new cycle. At the same time a new cycle is the overcoming of a previous one, it constitutes the characteristics, the shape, the determinations of it in terms of limits, contradictions, and through this manifests that in itself this previous cycle can be analysed as producing, carrying, and calling for its overcoming in a relation, necessary but mediated by the next cycle with communism as this last cycle defines it. The characteristics of the previous cycles carry then, in the understanding ( that became objective and not a viewpoint) the following cycle provides, communism as it is defined by this cycle. The error would be to forget the analysis’s starting point, to forget the reality of the current cycle and to consider that the previous cycle carries communism outside the existence of the current cycle. The mere present existence of this new cycle makes of this ‘starting point’ not a subjective viewpoint but an objective relation.

From cycle to cycle, the proletariat does not store up experiences that it could take advantage of to overcome the limits of a previous cycle. If a new cycle overcomes the limits of a previous cycle, it is because counter revolution, the capital restructuration, constituted the characteristics of this former cycle as limits. The fact that communism is contained by all the former cycles through what funds their own impossibility, through their internal contradictions, this fact is solved in counter revolution, capital restructuration and its development. Capital is not a mere obstacle. It is up to – through its own development, because it is a contradiction in process – solve a contradiction carrying communism as its overcoming. Thus, the historical significance of the capital links in one single historical movement the various and specific cycles of struggles and makes of each stage of the contradiction between proletariat and capital the overcoming of the previous cycle’s limits. The impossibility in its own terms of each cycle of struggles up until now is the corollary of the ability of the capital to solve in its development a contradiction that carries communism. If counter revolution is a relevant answer to revolution, it is because the development of the capital is the obsolescence of the value in act. For the next cycle, this restructuration becomes a necessary mediation for revolution and communism.

The 1917 Russian proletarians acted as such as did the 1919 German, the 1936 Spanish, and the 1968 French or Italian. They led the revolutionary movements or the rebellions that were not theirs with full awareness, and in all their contradictions. None of their actions were contingent for them, the limit of their movement were imposed on them by the counter revolution they had to fight, it was not, for them, an external limit that they could not overcome, but the very nature of their struggle. What we can say now of these movements, we say it now, and if we say why these movements were beaten we owe it to the struggles as they were led and to the counter revolution that crushed them (counter revolutions are also and above all our relation to the past revolutions). Our analysis is a result, the result did not pre exist in the object. For us now, the whole importance of these revolutions lies in what appears to us as their inner contradictions, in their impossibility as it occurred in the very terms these struggles existed and were lived in. It is through all that is, pragmatically and theoretically, for us now the impossibility of the programatic revolution that we relate to the history of past struggles and to the continuity of theoretical production. It is the reason why we are led to give prominance to peripheral currents or to “heretical” opinions, for, within them, it was the criticism on its own bases, included in itself, of the revolution as affirmation of the proletariat and liberation of work that existed and not the potential or embryonic existence of the revolution as it appears now. It is what relates us to these movements, what makes them our living heritage. The whole history of the capitalist mode of production did not have in mind to produce the current situation, but the current situation allows to consider as its own condition for existence the whole past history, to understand the current cycle of struggles as an overcoming and resolution of the previous cycles. We are looking neither for lessons nor ancestors.

The problem of the role and activity of the capital in relation to communism as the overcoming of its contradiction with the proletariat is important because it is the one of the relation between revolution and counter revolution. It establishes this relation in the development of the capital as a historical process and cycles of struggles. If capital is a contradiction in process as is developped by Marx in Grundrissen, and if its development is the production of the material conditions able to make the cramped basis work value is burst, it is not its obituary that is then described, it is simultaneously its strength and its historical meaning. It is because it is this contradictory process that undermines itself that capital has a historical significance but then to have a historical significance is, in the very content of its development (“the stealing of someone else’s work on which current wealth is based appears as a paltry basis confronted to the new basis, created and developed by the big industry itself”, Grundrisse, vol.2, p.222), to be able to impose, in front of the revolutionary class, its own reproduction and accumulation as an answer having a historical meaning in front of revolution, and taking place on its limits. The value’s obsolescence is the very dynamic of the capitalist mode of production.

The principle of all restructuration consists in – for the capital – being able to lay its own contradiction with the proletariat as a contradiction with its previous development as a limited one. It is a movement of transformation between proletariat and capital into multiple inner contradictions of the capital as pole of the relation.

Communism is not the historical product of each cycle of struggles, but of their succession (the concept of cycle of struggles is necessarily a succession of cycles of struggles), a succession that, through counter revolutions, restructurations and through the historical significance of the capital, is an overcoming and a “totalisation” – conservation and overcoming.

Each new cycle cannot conceive that previous cycles gave to revolution and communism the same content it does under different forms, it only understands itself as the result of a necessary history in relation to communism. Being itself the proof of the historical significance of the capital, each new cycle understands the defeat of the previous cycle as necessary and thus understands, taking itself as starting point, that the previous cycles had their impossibility in their own terms. Each new cycle is the objective existence of what it, itself, defines as revolution and communism as being the outcome of the previous cycles.

The previous cycles did not define communism as a social immediacy of the individual. The point here is not to rewrite history backwards. However the current cycle of struggles is a historical result. Revolution as communisation (communist measures) and communism as social immediacy of the individual are the result of the overcoming of the previous cycles of struggles and allows to understand their limits and their contradictions in the very terms of these previous cycles. The succession of the cycles of struggles is not a juxtaposition but a totalising overcoming.

From the current cycle of struggles, one understands the production of communism as a historical trend running through the whole history of the capitalist mode of production. One does not give goals and contents they never had to previous stages, but the content of this cycle is the historical result and true understanding and appropriation of previous cycles, their revolutionary resurrection, their overcoming-integration.

III A cycle of struggles is the link between the daily course of class struggle and revolution

The daily course of class struggle is not an incompleteness or a waiting, as accumulation of capital is not an obstacle. The relation of the daily course to revolution is a production one. To separate the two means that one considers all the course before the revolution as an accumulation of necessary conditions, mystifications, errors, insufficiency, mere integration of the proletariat or as unlucky attacks of a constantly revolutionary proletariat just as constantly beaten. Between the previous course of class struggle and revolution, there never was a “transgrowth” relation, mainly with the real subsumption of work under capital when the reproduction and the defense of the proletarian condition, although contradictory and antagonistic, are integrated within the own cycle of the capital.

One can only correctly place the relation between the daily course of class struggle and revolution, by defining proletariat both and identically as a class of the mode of capitalist production and as a revolutionary class, as well as revolution and communism as historical production. To define the course of class struggle as cycles of struggles is to understand this relation for it is historical and not normative. Each cycle of struggles is this relation’s dynamic process.

To link the previous course of class struggle to revolution is to understand revolution as a rupture, an overcoming of a previous situation, but a produced rupture and made necessary by this previous situation through a specific historical development in which each term has its activity, its situation and its own responsibility as regards this overcoming. The point is, in each cycle of struggles, to show how class struggle comes up against its own limits and gives revolution a historically determined content.

The theoretical link between the daily course of class struggle and revolution can be found in the constantly contradictory situation proletariat is in relation to the necessary social form of its work as a value accumulated in front of it, and remaining thus only through developing itself, as capital. This contradiction is, for capital, its own dynamic. Subsuming work through this contradiction : exploitation, it constantly is the agent of the general reproduction of the relation and all the reproduction conditions can thus constantly be found as capital in front of work. Thus the daily course of class struggle is limited essentially and not externally by a resistance of the capital. This daily course comes up against its own limits in its contradiction with capital, but by so doing, it also produces them as such and calls for their overcoming and its own. The daily course of class struggle is a movement which, against the capital, calls for its overcoming, because if it comes up against its own limits it is because capital subsumes contradiction in its own cycle, it is its own dynamic. This process thus becomes the one of the inner contradictions of the capitalist accumulation process. This the reason why we must go through economy, for the daily course of class struggle does not call for its overcoming because of an inner process but through the crisis of the capital. The development of the capital resulting from each of these cycles replaces the proletariat in its specific situation in front of the accumulation of all the conditions of reproduction. This is what links the daily course of class struggle to the overcoming of the capitalist mode of production. What we have here is a class that is constantly, and in its own definition, contradictory with the development that includes it, a development that finds in its very contradiction its dynamic – the whole problem is there.

The concept of cycle of struggles synthetises the daily course of class struggle and the contradiction between proletariat and capital as a dynamic of the capitalist mode of production and the historical production of revolution.

When Marx talks about the proletariat as being the midwife of the new society, one is still in the problematic in which proletariat comes to reveal something that is produced as an objective course. It is the whole development towards communism that needs to be understood as coming from the specific position of the proletariat in the contradiction, and not from this specific position, as executioner or midwife that is to say as a result of the process. The contradictions of this process would be limited therefore to the ones of capitalist accumulation, an accumulation understood in an objective way, an accumulation of the conditions that would be a purgatory that one had to go through. If the crisis of the social relation of exploitation – which is in itself an economic crisis – is the only social relation in which, for each cycle, its overcoming can occur. There is here, in the current cycle, a new relation between the struggles and their limits compared to the previous cycles. These limits can no longer be found in the counter revolutionary movement of the dynamics of the new cycle of struggles in the capital restructuration, but they become intrinsic to the whole course of the cycle, constantly present as such. The reproduction of capital has become the specific limit of this cycle in relation to its immediate characteristics and not in itself through the tautological relation alone according to which there is no revolution if capital reproduces itself. Of course, the limits of the previous cycles only went with the reproduction of capital, but this reproduction was not in itself the historically specified limit of the cycle of struggles, which is now the case. To act as a class now is: on the one hand, to have capital and the categories of its reproduction as only perpective, on the other hand, it is for the same reason to be in contradiction with its own class reproduction.

The concept of cycle of struggles bears the relation between immediate struggles and revolution within each cycle of struggles. It makes each term of the contradiction a subject by giving them their autonomy within their reciprocal implication (and through the latter as well). In this daily course, it is important to define what makes it a dynamic process calling for its own overcoming, to find in the daily struggles the reason why they come up against their own content which is then constituted as limits in the opposition to the capital. To confer activity, vitality, and autonomy to each term of the contradiction, to establish a link between daily struggles and revolution, to define the production of revolution and of communism as historical compel one to understand the movement as a succession of cycles of struggles and to make the difference – in these cycles of struggles and even if all the elements make a whole – between what calls for overcoming, what is a reversal in the capital, and what establishes the content of these struggles as limits through making it stable.

R.S, Tuesday, 8 July 2008.

From the Meeting website.

Intervention and the communising current - Bernard Lyon

Bernard Lyon on the role played by communisation theorists in the process of communisation, posted on the 'Meeting' website on Monday 21st July 2008.

Despite its title, this discussion note does not deal with the question of intervention as such, but rather with the social becoming of the key-concept of our theory: communisation. That is to say with the formation of a situation in which we must envisage that a form of intervention is possible, with all the reservations that the use of this term calls for, when it means an action coming from outside into a framework that welcomes it or rejects it. It does not mean that we should dismiss all the work that has to be done around the affirmation of a revolutionary theory, its diffusion, the formation on this basis of more or less stable nucleuses and the activity of these nucleuses. However, to this term “intervention”, we must prefer the description of the activity of the advocates of communisation who are engaged in class struggles and the conflicts and gaps that run through them.

This activity takes place in the everyday course of class struggle that produces concretely and in reality its own overcoming as communist revolution. These activities must be understood as produced in this course, as constituting one of its practical determinations, one of its elements, and this in its theoretical characteristics themselves (in the narrow sense of the term “theoretical”). This theory production does not exist in itself as a constituted body, facing this immediate course and being prior to it, and that is the reason why theory must be understood as a real element of class struggle. The situation that arises from the restructuring is such that there is no longer any basis for the affirmation of the proletariat in order to liberate productive labour. Immediate labour (the only one that produces surplus-value) is no longer the essential element of the process of labour, even if it remains, and will always remain, essential to the production process as the production of surplus-value. There no longer is a distinct workers’ identity that faces capital and is confirmed by it. Now, the social existence of the proletariat faces, and keeps facing it as being capital itself. The contradiction between the proletariat and capital is then immediately contradiction with its own nature as a class of capital , the relation to capital that defines the proletariat as a class appears as a constraint exerted by capital.

The overcoming of capital is unitarily the abolition of classes, and therefore of the proletariat, in the abolition of capital, in the communisation of society which is thus abolished as a community separated from its members. Society is the community separated from its members, it is always a class society embodied in the ruling class. The abolition of the ruling class, of the class of capital, is the abolition of the state and of the society it represents as the State of Capital. Proletarians abolish capital by producing against it a community that is immediate to its members. They turn into immediately social individuals, with immediate inter-individual and trans-individual relations. In these relations between singular individuals and affinity groups each is no longer the embodiment of a social category, even the so-called natural categories, in reality given by society, such as the social genders of man and woman. The abolition of classes, the abolition of society is also immediately the abolition of its sexual division: male domination is assigned to some as men, who mediate the capitalist exploitation of the reproductive capacity of half the population, that is, the production of labour power ; and assigned to others as women. The abolition of classes is the abolition of men and women as assigned social functions.

This revolutionary process is the communisation, the production of communism without any other transition than the revolution itself. There are no stages between the revolution and communism: neither socialism nor any form of workers’ power or stable workers’ management. The current situation of the relation between classes is the product of the totality of the historical process of capital: as exploitation, as mode of production, as economy, as capitalist society, as State, that is to say as a permanent contradiction (exploitation), irreducible and always deepening, between the capitalist class and the proletariat. In previous cycles of struggle, the proletariat, in its reciprocal implication with capital, would produce the communist overcoming in a manner that was adequate to the content of its contradiction with capital. This revolution, even if it was impossible in its own terms, was the real overcoming, and its impossibility is only obvious from the standpoint of the overcoming that is now produced by the contradiction between classes. With the appearance of the current situation, the proletariat no longer opposes to capital the positivity that capital confirmed: to be the class of productive labour. The proletariat used to project its affirmation by having as a programme a historical stage of the free development of productivity and thus of the caducity of value. This transitory stage to communism was the necessary integration, by the proletariat and under its control, of the becoming of the historical arch of capital. This period could well be conceived of as a Workers State (for the Marxists) or as a management by the commune or the union (for the anarchists), this does not change anything of the essential. The impossibility of integrating the arch of capital was the impossibility of self-exploitation, as exploitation is always a relation between distinct classes.

Very quickly, in Russia, after a few attempts at self-management, a new exploiting class came to being from the revolutionary structures, because the bourgeoisie had been expelled but productive labour still had to be developed. It was a counter-revolution adequate to a programmatic revolution, not less bloody or barbaric than a more obvious bourgeois counter-revolution. It is because of the nature of this counter-revolution that the Ultra-left was unable to see that what it called State Capitalism was in fact really socialism. Indeed, this specific counter-revolution did not restore private property, it solved the problem of the impossibility of workers’ self-exploitation by inventing an exploitation carried out by a workers’ state and its class, the Party, slightly open to workers’ promotion. It is this completely specific type of capitalist development that explained why a large part of the working class of western bourgeois capitalist countries was attached to it. This “programmatic” form (it could have been said “labourist” in English if there was not a pre-emption of the Labour Party) of class struggle is now globally overcome (together with its counter-revolution) and the horizon is now totally and simply capitalist. “Real socialism” (which was really socialism, that is to say a capitalist economy, run by the state, with a workers’ ideology and a non-free labour market) collapsed with the restructuring of the real domination in which it no longer had its place. It appeared that real domination was directly antagonistic to its a-priori <realignment/equalization> [péréquation] and its absence of a labour market. As Socialism was all the same articulated to worldwide free-market capitalism, the global restructuring got rid of it, and its disappearance was so sudden that it gave the astonishing impression that it had evaporated under the suns of Chernobyl and Afghanistan to get lost in the darkness of Reagan’s “Star Wars”.

This disappearance, and the concomitant disappearance of the workers movement, have immortalized capital in the field of economy and society, the only temporal field that can exist until their abolition. In this immortalization, Radical Democratism has at the same time buried and replaced programmatism by placing class struggles in front of their own limit (en renvoyant aux luttes de classe leur propre limite): for the proletariat, its own existence as a class is the limit that its struggle as a class must overcome. Radical Democratism is then the construction, for themselves, of the real limits of struggles as a set of demands and of “solutions” to the problems of capital: demanding capital to be adequate to its ideology that advocates democracy and social equality, total democracy, fair-trade and sustainable development. Even if Radical Democratism has probably reached the peak of its existence between 1995 and 2003, it still constitutes an obstacle that struggles will have to shatter. The current characteristic of the contradiction between classes, which is to not allow the existence of a (socialist) “beyond” to capital within the present of capital, posits at the same time its immortalisation and the determination of its abolition.

The fact that class struggles have demands can not be overcome on its own basis. In the crisis of the relation of exploitation, the seizing of capital units is an immediate survival necessity, and it implies developing the self-management of other elements that are themselves essential to the survival of what was first seized. This movement makes it a necessity to continue to struggle, it becomes its own aim as a continuation of the struggle.

The expansion, through conflicts, within and against capital, of the seizing of all sorts of elements of the capitalist society, this development of self-management contradicts itself, as self-management, because of the development within itself of an overcoming of exchange, by making free and uniting the seized elements. A community of proletarians who do not want to remain so constitutes itself, and, through the struggle, they become immediately social singular individuals. Self-management, self-organisation, overcome themselves and become communisation: they go beyond themselves when they refuse any stabilisation that would consist in creating a state-run economy or a crisis economy that would potentially be counter-revolutionary. This overcoming is an internal struggle at the same time as been a struggle against the capitalist society.

The communisation is a revolution within the revolution.

It is the proletarians’ struggle for their unity in the struggle, struggle in which they cease to be proletarians! Communisation is not the re-appropriation of individual capitals by proletarians, they do not re-appropriate anything, capitals are radically de-capitalized, they are not property any more, they are de-objectified as capital, as reification of social relations, they return to their eventual use as means of living and/or of the extension of the decapitalisation.

The real communisation is not the practical application of an abstract theoretical anticipation. The concept of communisation is not an intellectual invention corresponding to a practical social situation that would be dumb and unbearable, it is the product of the self-critical understanding that struggles have on themselves, struggles that, since the 60s, show the end of the programme, as proletarians no longer express any desire to affirm themselves through the state. Struggles also show through changing activities, riots, strikes that have no demands in the 70s, activities of gaps and riots again in the 90s and the 2000s, the active refusal – against capital – of the proletarian condition, including within self-management.

The elaboration of the theory of communisation took place at the beginning of the crisis faced by the capitalist mode of production at the end of the 60s and at the start of the counter-revolutionary process that was the restructuring of capital from the early 70s. It is the overcoming of the contradiction in which the Ultra-left was stuck, criticizing the forms of the affirmation and rise to power of the proletariat (mass party, union, use of the parliament) while retaining the revolution as an affirmation of the class. It is also the overcoming of the dead-end of workers’ autonomy in the 60s/70s, fortunately less bloody. The partial and formal critique of the Ultra-left that still advocates direct affirmation through workers’ councils radicalises itself into a theory of the self-negation of a theoretical proletariat that is still considered revolutionary in its nature, a theoretical, revolutionary proletariat that is clearly distinct from the alienated working class, that could only be seen defending wage labour. As the restructuring proceeded and working class identity was disappearing, this conception of a proletariat/working class contradiction lead to a giving up of the idea of a revolutionary nature of the proletariat, even hidden behind the working class. The proletariat/ working class contradiction was a transitory way to escape the impossibility of the affirmation of the class, and this pure struggle of concepts implied that the nature of the proletariat could only manifest itself by destroying all the forms of existence of the class in the capitalist society, a class that could even be called “variable capital”.

Any affirmation of a revolutionary nature, even under the form of the affirmation of a pure negativity, is overcome when the revolution, that is the production of communism, is the very means of the destruction of capitalism and of the abolition of the classes. In this production, no nature of the proletariat expresses itself, only the contradiction between classes is at work; communism is produced against capital, simply because it is consciously necessary for the struggle against exploitation and the crisis of exploitation itself. A coherent critique of capital that includes its historical process is now inseparable from the affirmation of a communising perspective. This critique that systematises the content of the gaps in the limit of struggles argues with left-wing anarchists and immediatist advocates of communism. The theory of the communisation that is to come, that is, an overcoming of proletarians’ self-defence against capital as it endangers their immediate reproduction, does not arise as a solution, as a strategic choice that proletarians should make.

The communising perspective exists as a means for the self-understanding of the movement that overcomes defensive struggles that are simply socialising. Now this perspective is simply a reinforcing of the activities that posit this overcoming by criticizing workers’ self-organisation and self-management of the economy. The communising perspective is an articulation between the theorising nature of struggles and “theory” production in a narrow sense. It is in this situation that a possibility for an epidemic expansion of the concept of communisation exists.

Carrying on the elaboration of a communising perspective implies recognising that it should become inescapable for all sorts of advocates of a revolution, and even, as radical democrats modestly call it, of a social transformation. The revolutionary workers’ programme does not exist any more; Radical Democratism was its disappearance and what remained as a political (or pseudo-political) form from the limit of struggles. In this cycle, the articulation with immediate struggles must therefore be understood from the following theoretical elements:

  • Theory as a real element of struggles
  • The theoretician nature of struggles
  • The formation of gaps in the class characteristic of struggles, that is to say in their limit, identical to their very nature of class being
  • The appearance of a communising theoretical current
  • The production of an overcoming during the totality of the cycle that started in the 70s
  • The overcoming as not being an overgrowth (transcroissance) from struggles, necessitating a rupture
  • To understand the economical crisis as a crisis of the relation of exploitation, as a crisis of class reproduction

The synthesis element could be the existence of the communising current.

We can probably link the action of the advocates of communisation with the appearance of gaps, without considering them as triggers but rather as gaps “hunters”. The situation implies the formation of gaps in struggles: communisators have, by nature, affinities with these potentialities.

It is impossible to think that communisation could take place without being given a name. The hegemonic becoming of the concept is by no means a condition for communisation, as it is determined by the revolutionary crisis of the relation of exploitation. However, the process of a communising overcoming will see the concept spread, in a conflicting way, within struggles and within self-organisation. Already now, there is a conflict between what the communisation current holds and the fossilized remains of the councilist-bordiguist ultra-left. True, these remains are insignificant but there is also, if not an argument, at least a polemic with an immediatist- alternativist current that is far less negligible. The hegemony of the concept now requires a self-critical analysis of current struggles rather than the already overcome critique of the programme.

This argument and this polemic are not intended to popularise the concept, which concerns the meaning of struggles, the meaning of the development of capital, the outcome of struggles in the coming crisis. However, they spread the concept and it can become integrated in numerous a-priori revolutionary schemes. It can be synonymous with collectivisation, with self-management (believe me, I have seen it!) It can be synonymous with the constitution of proletarians’ unity in struggle. Proletarians in struggle create between themselves new relations whose mediation is the struggle against the mediation, that is, capital. To call this unity in struggles communisation means, for those you do it, that they understand the direct link between current struggles and the revolution, and that is essential. But this link has here an immediatist characteristic, it autonomises the dynamic of the period, and constructs its ideology, which inevitably leads to an alternative lifestyle. And it is not this lifestyle that we should criticize, but rather the interventionist posture that results from it. The more or less immediatist tendencies will be wrong until they are right, but then everybody will know it! The term communisation has also been considered as clearer than anarcho-syndicalism, without seeing how they are in opposition with each other. The term can function as a political label, and it will be assigned to all those who speak about communisation, they will be communisators as one can be trotskist or ultra-leftist, that is how it is and we must “live with it”.

The development of the concept, that the communising current undertakes permanently, is also the development of a network of small groups and individualities which is not homogeneous and which includes differences of opinion. Even more different will be, as we have seen, the re-appropriations of the concept beyond this network. The differences of opinion, or even the contradictions, in the understanding of the concept, which refers to the positive abolition of capital by the proletarians who turn into immediately sociable individuals, are inevitable but they do not bring with them any possibilities that the real communisation would “take the wrong track”, because the concept does not create the movement: it is a necessary self-understanding of the movement. The communising current develops in relation with struggles (whatever the form this relation takes), its concepts are used in order to integrate these struggles to a perspective, this use leads to differences of opinion and to interpretations that can be immediatist, alternativist, ideological or incredibly productive!

The theory of the communisation, in its relation with class struggle, produces the water in which it swims, it is the banal becoming of this theory that is already a real element of struggles and that will allow it to become, more and more, the critical theory of struggles that are more and more theoretician. The spreading of the communisation concept will be the unification of two forms of theory and will allow it to have a common language. This spreading will give rise to polemics and to the emergence of a possible expression of an overcoming perspective that will no longer be, as it is the case now, an implicit that must be deciphered.

Let us be prepared to be surprised and disturbed by the success of the communisation.

Taken from the Meeting website.

Systematic dialectic and value form theory - Nick

Sunday, 13 July 2008

Systematic dialectic and value form theory give us an angle on the process of subsumption of labour (and social relations and the natural world) under capital, which, we believe, complements TC’s theoretical positions. Value form theory reconstructs the Marxian dialectic of the value form and shows how the production process and social relations are subsumed under, and form-determined by, the value form, i.e. capital. This form-determination by value produces the social form specific to capital, in which social relations are mediated by self-valorizing value.

Capital, subsumption and the history of the class relation - Nick

Sunday, 13 July 2008

The central question with which we are confronted is that of how to understand the specificity of the present moment in the history of the capital–labour relation. It seems evident that on some fundamental level, the capital–labour relation today is different from previous times; yet at the same time whatever novelty there is here, it also seems clear that capital remains capital, and that its Marxian critique still holds. This world is still one oriented primarily around the accumulation of surplus-value, dependent upon wage labour, and in which personal reproduction is first and foremost something to be won through the sale of labour-power. The systematic critique which Marx developed in Capital, and its later development through value-form theory and systematic dialectic are essential in understanding our present situation yet – in themselves – considered only as the systematic characterisation of the core logical structure of capitalist social relations, these theories cannot tell us much about the historical development of these relations.

A discussion on capital accumulation and class struggle in China - P.Å. and Jeanne

Saturday, 2 August 2008

After the global economic downturn in the 1970s, large quantities of capital in Western Europe and the United States started to flow into South East Asia, a region that after the second world war had went through a fundamental change, a transformation from mainly rural societies over agrarian revolutions and urbanisation, to industrialisation and, finally, competitive export oriented commodity production.

The first ‘success story’ was the ‘Japanese Wonder’ (1955–1985), i.e. the rapid expansion that followed the reconstruction after the Japanese surrender to the United States in 1945. Quickly, other countries followed suit: Taiwan, South Korea, Hong Kong and Singapore which became the West’s front line against Russia, China and North Korea during the Cold War.

Compared to ‘the West’, all of these countries have since the 1970s seen a tremendous uninterrupted economic growth, at least until the Asian crisis 1997–1998, and have often by large margins surpassed the GDP levels experienced in Europe during the golden years of the 1950s and 1960s. However, the changes that have taken place over the last fifteen years in one country alone, accentuated during this first decade into the 21st century, are so extraordinary that it is seems to be stealing the whole show. In fact, the history of capital accumulation hasn’t seen any example such as the contemporary Chinese. (In 2006 its growth of industrial production was 22.9 percent.)

When the Chinese dragon is quickly filling its armoured stomach with copper [1] and iron-ore [2], mixed with crude oil [3] from all the corners of the world, and is breathing out its flames of cheap commodities over the surface of the earth, dealing with accumulation in China and its place in the global division of labour is for us crucial in trying to get a grip of where the capitalist mode of production and its contradictions are heading.

It goes without saying that we are here in no way interested in any narrow-minded vulgar economic discourse in which class struggle disappears in the automatic workings of the economy. An antidote to this bourgeois understanding has commonly been to list as many known examples as possible of particular struggles, or picking out the most extraordinary ones. This we also find problematic; indeed, they might not be representative of the whole and this turn implies reverting to crude empiricism. Our aim has been to never loose sight of the intrinsic link between struggles and the movement of capital while attempting to capturing them as a whole.

In the face of the so-called ‘retreat of class struggle’ in the West there has been a trend to look east for rediscovering the missing revolutionary subject. Here, one side has been to – in the most classical fashion – emphasise the need for ‘the working classes in making’ to fight to achieve basic political rights such as the freedom of speech and the right to organise, suggested as the necessary precondition to forming unions and the building of a workers’ movement. The other side (of the same coin) is the dream of a return of union-hostile workers’ autonomy.

We wanted to confront the problem of what our understanding of programmatism being once and for all dead implies in the case of China. If restructured capitalism is a global one, there cannot be any room for a workers’ identity to arise within a national framework. Then we can understand the fact that the ‘new emerging proletariat’ in China is not creating permanent independent organisations, not as a sign of their backwardness, but a characteristic of a new and global cycle of struggles.

Lastly, we wish to say that we are no experts on China or East Asia. We have simply read a bit of what we’ve found interesting. In the end, instead of conclusions, we have therefore formulated a few questions which we propose as a basis for discussion:

- Accumulation in China is being a major factor in the increase in demand and, subsequently, the rise in prices for raw materials globally. Higher food prices has an immediate and devastating effect on the world’s poor. At the same time, the Chinese demand for all sorts of minerals has created a global boom for the mining industry and benefited capital in countries like Australia and led to, among other things, the reopening of closed mines, free trade agreements between China and countries such as the copper producer Chile. Big Oil is of course also making huge profits…

This huge demand also poses the question of the possible consequences of competition for securing key commodities. China is currently on the way to establish a presence in Africa through all sorts of trade agreements with various governments and this year it announced the biggest increase in military spending in five years… What are the consequences of China’s hunger?

- Right now, China’s role in the global division of labour is mainly the production of cheap commodities because of its pool of cheap labour power. Can we imagine, however, also China to climb the production chain like countries such as Japan and the Asian tigers? Would it in that case imply the emergence of a ‘new China’ of cheap labour somewhere in the Third World? Also, what would the consequences be for the West, if it looses its technological advantage completely?

- The demand for labour in the new export oriented industries has intensified the rural exodus within China, creating a ‘new class of proletarians’, the mingons, who migrated to the sweatshops of the east coast in order to find work. This movement, which in some aspects seems to re-enact the one of the ‘original’ proletariat – the English – during the industrial revolution [4], has lead some to see in it the new revolutionary class, untained by the compromises of the western proletariat. According to this view, we now have to wait for this emerging proletariat to become conscious and get organised. One expects that they should go through the same stages as their counterparts in the West, as the necessary path for their rise in power. Can we imagine a programmatic development of the struggle of the Chinese working class? Can the Chinese state tolerate the creation of proper unions whose role would be to share the productivity gains, while its reserve of cheap labour is the very basis of its development?

J.N. & P.Å.

[1] From 20,000 tons in 1990 importing over 1.2 million tons last year.

[2] From 14 million tons in 1990 importing 161 million in 2006 and 192 million tons just in the first five months of 2008, despite the fact that China itself currently is the biggest producer of iron-ore in the world. (www.mineweb.com)

[3] Only the United States is a bigger consumer but China’s oil consumption grows by 7.5 % per year and is predicted to surpass that of the US by 2030.

[4] Their condition appears to be similar to the one described in the chapter about the struggle over the length of the working day in the first book of Capital.

What is at stake in the text on the systematic dialectic of capital and value form theory? - Nick

Sunday, 13 July 2008

In our theory group (which will soon publish the first issue of the journal Endnotes) we consider that there is an element of the theory of Théorie Communiste which is in fact under-theorised: namely the whole question of the ontology of value in the capitalist mode of production. What is this ‘thing’ called value, and why, as capital, does it have to valorise itself? At issue here, then, is a very important presupposition of the theory of TC, a pole of the capital–labour relation or the relation between capital and proletariat, in fact the pole which subsumes the other, its other, in this relation which is at the same time one of asymmetry and reciprocal implication. So what is it that drives capital to valorise itself, and to subsume labour under itself?

We consider that value form theory and the theory of the systematic dialectic of capital can throw light on this problematic, and thus facilitate a better understanding of capital, and we also believe that these theories are perfectly compatible with the theses of TC. It is a fact that TC places much weight on the theory of the tendency of the profit-rate to fall and the tendency towards the de-essentialisation of labour with the growing organic composition of capital, which represents the sharpening of the internal contradictions in capitalist social relations – i.e. in the relation of exploitation: as Roland says, “necessary labour is always too much for capital”. It is in this sense that we can grasp these ’objective, economic’ tendencies as being (and not merely provoking) class struggle. However we should note that these Marxian theories presuppose a dialectical conception of what capital is as value-in-process; and, as we have already said, we consider that value form theory and theory of the systematic dialectic of capital are indispensable in this regard. We would even say, furthermore, that the aim of the text is to try to draw out the link between the logic of self-valorisation of capital as self-reproducing system and the history of the subsumption of labour under capital, which is to say the contradictory and conflictual historical development of the relation between capital and proletariat.

Having said this, the aim of the text is not merely didactic, but critical – as in the desire to facilitate a better theoretical understanding of the class struggle and the perspectives of communisation as supersession produced by the internal contradictions of the relation of exploitation; in this way it also has a critical or political import, which is that of calling into question any political conception based on the affirmation of the proletariat as producer of value. So here, once again, value form theory can form the adequate complement to the theses of TC, this time in relation to programmatism as historically obsolete, and as a historical period in which the communist revolution, necessarily, was not the abolition of value. We consider that value form theory and the theory of the systematic dialectic of capital, as they are being developed in this cycle of struggles, can complement and even ground the theses of TC on the historical necessity (through the supersession produced by the contradictory relation of exploitation) of the abolition of value as immediate process of communisation of relations between individuals.

Three caveats:
- the exponents of value form theory and the systematic dialectic of capital do not necessarily share this comprehension of what is at stake in their theory.
- The theorisation of these presuppositions is not entirely absent in TC (as Roland indicated to me in Marseille, see pp. 605–620 of Fondements critiques d’une théorie de la révolution)
- The above should not be taken as the definitive statement of our group’s positions, it is merely my take on them.

Nick