« La voiture du voisin »

mercredi, 28 juin 2006

« Ni le front populaire ni les communistes qui sont dans les premiers rangs ne brisent les vitres, ne pillent les cafés, ni n’arrachent les drapeaux tricolores » (L’Humanité, Editorial du 7 août 1935, à propos des émeutes ouvrières de Brest)

« Petit, très petit pour son âge, maigre, un visage pâle et des cheveux blonds » (portrait de l’incendiaire du collège Pailleron, Le Nouvel Observateur, n°432, 1973)

A l’occasion des émeutes de novembre puis de certaines pratiques à l’intérieur de la lutte anti-CPE, est apparu un clivage radical entre les analyses de personnes, revues ou groupes « s’occupant de lutte de classe et de révolution ». C’est une véritable frontière qui dans la situation actuelle délimite et délimitera de plus en plus deux camps.

D’un côté, ceux pour qui la lutte de classe est une défense de la situation de prolétaire jusqu’à ce que les ouvriers suffisamment unis et puissants prennent en main la société et affirment leur puissance et leur rôle social de classe en se libérant de la domination capitaliste.

De l’autre, ceux pour qui la lutte de classe s’achève non dans la victoire du prolétariat, mais dans l’abolition de toutes les classes y compris le prolétariat. Il ne s’agit pas d’un suicide social, mais de l’abolition du capital, de la valeur, de l’échange, de la division du travail, de toutes formes de propriété, de l’Etat (ce que l’on peut également formuler comme abolition du travail et de l’économie). Le prolétariat abolit tout ce qu’il est, toutes ses conditions d’existence. Cela, immédiatement dans le processus révolutionnaire à venir, comme condition expresse de sa victoire.

S’il s’agit de deux « visions de la révolution », c’est qu’il s’agit déjà et surtout du cours actuel de la lutte des classes. Le prolétariat ne peut plus s’opposer au capital qu’en remettant en cause le mouvement dans lequel il est lui-même reproduit comme classe, il est en contradiction avec sa propre existence comme classe. C’est maintenant le contenu et l’enjeu de la lutte des clases. C’est agir en tant que classe qui est devenu pour le prolétariat une limite de sa propre lutte en tant que classe. Processus éminemment contradictoire et conflictuel, dès maintenant, dans les luttes elles-mêmes. Mais, la dynamique révolutionnaire de la période est là-dedans. Dans les luttes au présent, la magnification du prolétariat montrant sa puissance comme classe confondue avec le procès même de la révolution, « l’usine aux ouvriers » ou toutes les formes possibles du « pouvoir ouvrier » qui ne sont jamais que la gestion du travail productif, de l’échange, de la valeur et finalement de l’Etat, la défense et illustration d’une classe ouvrière saine dans son unité, sont devenues exactement la glorification du capital et son meilleur rempart. Déjà la période révolutionnaire de l’après première guerre mondiale nous avait montré que la contre-révolution ne pouvait plus qu’être ouvrière, mais à l’époque la révolution ne pouvait également que l’être. Ce n’est plus le cas, non au regard de son sujet, qui est la classe ouvrière, mais au regard de sa réalisation, de son accomplissement, qui ne peut plus être son affirmation. Le combat sera rude et c’est un défi énorme qui se dresse face à la révolution : être l’action d’une classe qui s’abolit en tant que classe car c’est là également que la contre-révolution puisera sa force réelle.
Les émeutes de novembre et la lutte anti-CPE, entre autres luttes, ont porté ce débat théorique général dans le quotidien de la lutte des classes, elles en ont fait une question pratique immédiate. Dans un texte intitulé Lorsque le feu s’en prend aux métropoles et signé les Indigestes de la République (sur le site de Meeting) l’essentiel est dit : « En face, les vieilles dichotomies sont resservies à chaque fois, pour à tous prix constituer, face à ce que tout un chacun ne veut pas ou plus incarner, un "nous", une ligne de conduite, une communauté d’appartenance solvable. Sans même s’appesantir sur la césure entre immigrés animés du désir de s’intégrer et mauvais étrangers (tant pis d’ailleurs s’il sont français...) dont l’incompatibilité avec les mœurs de la République n’a d’égal que le goût du chaos, il y a l’opposition classique et multiséculaire entre bons et mauvais pauvres, méritants et non méritants : travailleurs, chômeurs et même bourgeois (bohème ou pas) tous ensemble unis dans une unanime identification aux bons prolos qui galèrent tous les matins pour aller suer au turbin et gagner difficilement de quoi nourrir leur gentille famille authentiquement ouvrière, et qui en guise de récompense se font cramer leur caisse par des petits agités sans scrupules. Pleurnichons à l’infini sur un travail de merde et un salaire de misère, comme s’il ne restait que ça à quoi se raccrocher, comme si l’amour de l’usine ne permettait plus d’apprécier quelques jours de chômage forcé...
Vient ensuite la dissociation consubstantielle aux - déjà anciennes - naissance et croissance du mouvement ouvrier, entre : d’un côté, la classe ouvrière, classe du travail consciente d’elle-même, dressée fière de sa condition dans la lutte pour le salaire et l’emploi, raisonnable dans ces revendications légitimes, ancrée dans le compromis syndical ou dans la perspective révolutionnaire, au coeur du rude combat quotidien pour l’égalité économico-sociale et l’émancipation de toutes-et-tous ; de l’autre : le sous-prolétariat infantile et incontrôlé dont les modes d’action primitifs ne vivent que le temps d’une flambée sans lendemains, dont la vocation est d’être récupérée par la bourgeoisie et dont le principal effet est de venir graisser la machine répressive qui s’abattra sur la classe ouvrière en lutte... Quid de la violence ? D’un côté une violence révolutionnaire salvatrice, saine et juste car destinée à faire rendre gorge à l’odieux exploiteur. Une violence qui surtout vient en son temps, respectant le timing du Grand soir et le protocole de la théorie du prolétariat. De l’autre une violence archaïque, absurde, qui frappe à l’aveugle, et de toutes façons inutile car non-accoucheuse de l’Histoire. Comme si la question était d’opérer sans cesse des discernements (aucune violence prolétarienne n’est "propre", ni inscrite dans l’agenda de la lutte des classes, et tant mieux), et de reléguer dans les limbes de la Révolution à venir l’absolue nécessité de la confrontation : il s’agit plutôt de cerner là où se situe l’antagonisme de classe sans lui accorder de bon ou de mauvais points, et de faire croître l’implosion qui mine la société, ici et maintenant. Postures irréconciliables ? Sans doute. En effet, comment un brave travailleur syndicaliste, convaincu des vertus de la négociation salariale, et son camarade adepte de l’une des chapelles gauchistes, tous deux engagés de tout leur être dans la défense bec et ongle du Service Public peuvent-ils se solidariser avec des jeunes prolétaires qui crament justement des commissariats, des écoles, des postes, des prisons (non ? tant pis), des centres d’impôts, des bus ? Sortons des obscénités sociologiques, des analyses politiques, et plaçons nous du seul point de vue qui vaille le coup : celui de la classe. Si l’explosion joyeusement incontrôlée a eu lieu, et si elle est appelée à se poursuivre, c’est justement à cause de longues décennies de défilés syndicaux et gauchistes pacifiés, mornes cortèges d’un enterrement perpétuel de la combativité de classe, avec parfois mais trop rarement des irruptions de fièvre. Des décennies de négociations collectives, de collaboration sociale, de journées nationales d’action perlées et inoffensives, de campagnes électorales et référendaires, de grèves ponctuelles et bornées à tel secteur d’activité, de mobilisations citoyennes... Les incendiaires savent très bien les impasses des canaux traditionnels de la revendication politico-sociale, des modalités des luttes dans lesquelles leurs parents se sont engagés et ont perdu. En ce sens, l’incendie s’affirme aussi comme une insurrection interne au prolétariat, et peut-être contre une certaine praxis du prolétariat, intégrée aux rouages du capital et assurant sa reproduction. L’incendie est une prise en acte de l’inutilité et de la tristesse des luttes revendicatives actuelles, syndicales, gauchistes, citoyennes, altercapitalistes. Et c’est la conscience de cette inutilité et de cette tristesse, qui, si elle peut un jour conduire à la déréliction et à l’abattement, peut se métaboliser le jour d’après en une pratique subversive et venir happer dans une même force de frappe ceux qui d’habitude se tournent le dos (souligné par nous) : lorsque les prolétaires s’affrontent aux flics et menacent de faire sauter leur usine, lorsque la sauvagerie ouvrière déchire le compromis syndical, lorsque les machines du cauchemar industriel et du contrôle sont sabotées, lorsque une prison ou un centre de rétention implose grâce à une évasion collective, à chaque fois que la monotonie d’un défilé bêlant se brise en même temps que les vitrines, lorsque le feu s’en prend aux métropoles. » (« Lorsque le feu s’en prend aux métropoles », les Indigestes de la République)

En ce qui concerne les émeutes de novembre, c’est tout simplement être en-deçà des rapports des Renseignements Généraux et des audiences des tribunaux que de ne pas les considérer comme un fait majeur des luttes de classe actuelles.
On peut gloser à l’infini et alimenter toutes sortes de débats sans enjeux sur le fait de brûler « la voiture du voisin » ou sur les brûlures d’une handicapée prise dans l’incendie d’un bus. Monter cela en épingle, c’est faire du PPDA sur TF1. C’est volontairement masquer dans quel ensemble de cibles (parkings des tribunaux et des bâtiments officiels, agence ANPE, postes de police, entrepôts, entreprises, écoles, collèges, etc.) ces faits se situent. Volontairement, parce que cet ensemble de cibles fait sens pour chacune prise séparément (y compris la « voiture du voisin » ou le bus, instrument du parcage social et du rythme du travail, le bus devenu en outre lieu de combat depuis les lois sur la récidive en cas de fraude). C’est ce sens qu’il faut enfouir sous les cendres de la « voiture du voisin ». Ces jeunes prolétaires, souvent n’appartenant même pas à cette catégorie que l’on se complait à qualifier d’exclus à seule fin de rendre tellement explicable la révolte qu’elle en perd toute portée, toute signification, se sont attaqués à tout ce qui les définit, tout ce qu’ils sont. Ils n’ont pas glorifié la situation d’ouvrier, même s’ils travaillaient, n’ont pas réclamé du travail, même s’ils n’en avaient pas, ou moins de précarité. Ils se sont attaqués, ici et maintenant à leur propre situation. Et ça, c’est un crime de lèse-classe ouvrière appelée à l’avenir radieux du contrôle de Sochaux et de Mirafiori. Il faut voir le désarroi des fossiles de Lutte Ouvrière qui dans le n° du 18 novembre 2005 de leur journal appelle l’Etat à prendre toutes les mesures qui ressusciteraient la classe ouvrière d’antan pour conjurer la "violence aveugle" (expression répétée jusqu’à l’écœurement) et appelle les « vrais ouvriers », les enseignants, les travailleurs sociaux à s’interposer "Entre voitures incendiées et occupation policière" (titre programme d’un article du n°). Pour LO également il n’est question que de la « voiture du voisin ». Il n’est pas jusqu’aux militants syndicalistes révolutionnaires de la CNT-AIT du quartier du Mirail à Toulouse qui, dans un texte accessible sur le site internet de la CNT-AIT Toulouse et repris dans la brochure d’Echanges et Mouvement « La révolte des cités françaises » (avril 2006), se déclarant « solidaires » et « compréhensifs » de la révolte enlèvent aux émeutiers leur responsabilité et s’engagent dans des groupes d’interposition entre les « jeunes » (« nos enfants », « protéger les gosses ») et la police : « La police met la pression » ; « on sait trop d’où vient la violence » ; « le groupe informel (membres du PC, quelques chevénementistes, quelques islamistes et les militants de la CNT-AIT) s’interpose devant les forces de répression pour éviter toute nouvelle exaction ». Les militants en question, tout fiers de se retrouver en représentants du peuple, parviennent dans leur texte de deux pages et demi à écrire 10 fois le nom de leur racket dans le cadre de leur pratique concurrentielle à tous les autres et principalement à celui de SUD, sans compter les « nous » et autres « notre position ». Il faut minimiser la violence et surtout en déresponsabiliser les auteurs. Ce n’est pas toujours possible, un épisode de leur récit est particulièrement significatif : « La Reynerie : vers 18 heures, à la Reynerie, divers politicards et militants associatifs (SOS-Racisme, etc.) tentent de prendre contact avec les jeunes. Ceux-ci pas dupes du double discours de ces militants (qui soutiennent l’état d’urgence) leur demandent poliment mais fermement de partir car « on ne vous voit jamais, sauf quand il y a de l’argent à récupérer ». Les politiciens veulent rester là. Pour les faire partir une voiture est lancée dans une école maternelle (en travaux) puis incendiée. Les CRS lancent des grenades et dispersent les politiciens. » N’est-ce point là un acte de violence parfaitement responsable et d’une clairvoyance politique immédiate des plus précises ? Il est vrai que si cet épisode est raconté ce n’est que dans le but de montrer la supériorité du militant CNT-AIT sur ses concurrents.
Après l’incendie en 1973 du collège de la rue Pailleron à Paris (suivi de plusieurs autres en province) par un élève, dans un tract rédigé par la revue Le Mouvement Communiste (rien à voir avec le groupe politicien actuel Mouvement Communiste), repris et un peu réécrit par le groupe Intervention Communiste, on pouvait lire : « Incendier son école, c’est le rêve de tout écolier (...). Mais aujourd’hui LES ACTES RESPONSABLES (majuscules soulignées dans le texte) de ces élèves sortent du folklore chahuteur pour signifier dans leur nihilisme le refus de toutes les écoles. (...). Alors qu’ils crient victoire (les gauchistes de tout poil) devant l’inutile boucherie vietnamienne, lorsqu’un incendie réel s’allume sous leurs yeux, ils ne trouvent rien de mieux que d’offrir « aux lycéens et aux travailleurs » de se transformer en pompiers. (...) Avec les briseurs de pointeuses, les hooligans de Gdansk et les Youngs Hooligans irlandais, avec les pillards du Quartier Latin et les "absents" de FIAT, de Lordstown et d’ailleurs, ils (les incendiaires de collèges) apparaissent aujourd’hui comme un moment du renouveau du mouvement communiste et à ce titre ne sont plus ni terroristes, ni provocateurs, ni voyous, mais prolétaires. Déclassés et dévalorisés, rejetés du processus productif avant même d’y être entrés, on leur dénie toute valeur parce que dans l’économie moderne leur humanité n’a plus de valeur marchande. Comment donc pourraient en avoir pour eux quatre planches et trois poutrelles métalliques, qui de plus représentent la somme de toutes les humiliations, de tous les ennuis et de toutes les contraintes ».
Il est une autre façon de déresponsabiliser les émeutiers, c’est de tant expliquer la misère que la révolte contre elle n’est que son envers, n’est pas une action, elle se réduit à ses causes. C’est ainsi que la grosse brochure d’Echanges et Mouvement intitulée « La révolte des cités » ne dit rien sur cette révolte. On est tenté de penser, avec un brin de polémique, qu’avec tout ce que les auteurs savent sur les banlieues si, en plus, ils avaient appris qu’il y avait eu des émeutes, il auraient certainement écrit quelque chose de passionnant. Le principe méthodologique et politique mis en œuvre par tous ces gens est celui de la légitimation. Ce principe est remarquablement décrit et critiqué dans le texte Lorsque le feu s’en prend aux métropoles déjà cité ici. « "Ils ont raison de se révolter", "Ils en ont marre de subir au quotidien la violence de cette société", "Ils se sentent exclus de tout", "Leur révolte est légitime et on doit la comprendre" etc. Comme si l’incendie appelait à sa rescousse une instance de légitimation qui lui est exogène, pour rendre acceptable et intelligible ce qu’il est, pour fournir à l’insaisissable une continuité politique et pourquoi pas déboucher sur "quelque chose". Mais ce qui se passe est là pour démontrer qu’il n’y a rien sur quoi déboucher. L’invocation perpétuelle de la légitimité est de surcroît assez étrange. En instituant une zone supérieure de principes universels auxquels on doit se référer pour évaluer la justesse et la pertinence de telle ou telle action, elle constitue une autorité concurrente de celle du domaine de la loi. Mais qui définit ces principes, et au nom de quoi ? Ce qui est définit à travers le prisme juridico-judiciaire comme crime ou délit est réinterprété à la lumière de la légitimité pour retrouver toute sa dignité [...] En opérant une symétrie par rapport à la zone de la légalité, l’invocation de la légitimité procède en fait à un odieux mimétisme avec les catégories de l’Etat et de la justice. »

Lors de la couverture des manifestations anti-CPE, les émules de PPDA ont repris du service : « la bonne jeunesse, composée de manifestants pacifiques, a peur » (comme la France d’antan). Des « bandes organisées » ont attaqué d’authentiques « manifestants pacifiques » (tract du Mouvement Communiste, daté du 27 mars 06). L’authentique manifestant est-il « authentique » parce que « pacifique » ou « pacifique » parce qu’ « authentique » ; l’authentique imbécile est-il imbécile parce qu’à Mouvement Communiste ou à Mouvement Communiste parce qu’imbécile ? Ces attaques sont parfaitement exactes, il y a même eu des débuts d’échauffourées avec des manifestants « inauthentiques » et non-pacifiques (vite réglées). Ces « bandes organisées » ne se contenteraient pas d’être d’ « inauthentiques manifestants », ils seraient même, paraît-il, d’authentiques flics : « Il faut également que le mouvement se préserve des provocateurs en bande qui ont sévi en nombre contre des manifestants pacifiques, lors des derniers défilés parisiens. Se défendre n’est pas un luxe, c’est désormais devenu une nécessité. La peur ne doit pas s’installer dans nos rangs. Ces bandes organisées font le jeu des forces de répression. Pire, elles font leur travail. » (tract de MC). Il faut comprendre ce que les mots veulent dire : « provocateurs » veut dire « flics », tout simplement.
Il est un fait : sans fausse conscience, sans baratin anti-raciste ou anti-fasciste, c’est enfoncer une porte ouverte que de dire : « il faut se défendre et ne pas se laisser éclater la tête par quiconque ». Mais, s’il faut se défendre contre ces agressions, ces agressions sont des faits et en tant que tels il faut les comprendre non pas moralement, encore moins policièrement, mais théoriquement. « Non au CPE ! », il existe une grande partie de la population pour qui ça ne change déjà plus rien. Il faut tout simplement commencer par prendre en compte son existence, cela dut-il gêner les rêves révolutionnaires sur la belle clase ouvrière travailleuse et consciente, pour comprendre comment certains peuvent être amenés à agir. Cela ne fait pas, loin de là, de ces jeunes un « nouveau sujet révolutionnaire » (le « lascar de banlieue » venant remplacer dans les rêves de vieux situationnistes les « blousons noirs politisés » de 1968) ou le parangon de la révolutionnarité. Il s’agit seulement d’acteurs impliqués dans la lutte de classe telle qu’elle se présente aujourd’hui avec ses contradictions internes à la classe et internes à la dynamique particulière du mouvement anti-CPE (voir les textes « Le point de rupture... » et « Le point d’explosion de la revendication »). Les jeunes de banlieues mais aussi les marginaux de tous les systèmes scolaires ne pouvaient qu’être là, mais leur seule présence était la manifestation physique (personnalisée) de l’inanité de la revendication du retrait du CPE, un telle nature du rapport à l’intérieur du mouvement entre ses divers éléments ne prend pas la forme du cours d’un long fleuve tranquille. La dynamique était contradictoire, une contradiction pouvant aller jusqu’à la violence entre les acteurs. Sans se poser en victimes expiatoires, certaines AG étudiantes ont même reconnu les causes de ces violences dans le manque d’approfondissement du mouvement sur la généralisation de la précarité comme situation d’ensemble de la force de travail.

La révolution, dans la mesure où elle sera l’abolition par le prolétariat de ses conditions d’existence (ce qui fait qu’il est), de tout ce qui le définit, l’abolition de lui-même, ne sera pas un dîner de gala et n’ira pas sans violences internes (Spinoza disait, en gros, qu’il est dans la nature de tout être de perdurer dans son être). Si la poursuite de l’unité de la classe est illusoire, l’attitude consistant à valoriser ces violences est encore pire. Dans sa dynamique, le mouvement anti-CPE tendait à dépasser la revendication du seul retrait du CPE, cela ne pouvait aller sans conflits. Dépasser ces conflits, c’était mettre en pratique l’élargissement du mouvement à la précarisation générale de la force de travail, c’est précisément ce vers quoi, avec toutes sortes de limites, qui n’étaient que celles générales du mouvement, ont tendu les occupants de l’EHESS. Ceux-là mêmes que dans une cascade d’amalgames (provocateurs / étrangers au mouvement / occupants de l’EHESS / flics), le même tract de MC décrit ainsi : « Pour leur part, des éléments souvent étrangers à la lutte et qui se disent très radicaux ont tantôt exalté ces actes de pillage en les reliant aux « émeutes des banlieues » de novembre 2005, tantôt refusé de les combattre sous prétexte que leur priorité est de s’affronter aux flics. Ces révolutionnaires de pacotille n’ont pas à cœur le développement du mouvement contre le CPE / CNE. Ils préfèrent mener des actions certes très médiatiques mais parfaitement contre-productives, à l’image de l’occupation / dévastation de l’EHESS ».
Passons sur le langage convenu du flic syndical stalinien sur les « étrangers à la lutte » et sur le « révolutionnaire de pacotille », expressions qui valent bien les « anarchiste du XVIème » du pâtissier Jacques Duclos après mai 68 (« on tuera tous les pâtissiers et les kominterniens » ; « pourquoi les kominterniens ? »). Le problème c’est que ces « éléments très radicaux » se sont, comme par hasard, multipliés chez les lycéens, étudiants, et au-delà des supposés « activistes professionnels ». Il faut maintenant que ces « éléments très radicaux », ces « révolutionnaires de pacotille » (certainement le contraire du « révolutionnaire professionnel ») apprennent à se défendre contre les agressions.
Ce type de commentaires a traversé toute la palette des organisations, groupes, revues, engagés dans la lutte anti-CPE. La formulation en est différente selon les bases idéologiques et les aspirations politiques, entre ceux très investis dans le démocratisme radical (PCF, LCR, syndicalistes...), ceux très scotchés à la glorieuse affirmation de la classe ouvrière (LO, CCI, MC...) et même au-delà chez de plus « libertaires » ou post-situs comme François Longchampt, avec les variantes intermédiaires de circonstances. Tous se rendent bien compte que leurs fondements théoriques ne sont plus du tout à même de rendre compte de ce qui se passe. Alors les discours tranchent dans le vif : « racaille », « casseurs », « révolutionnaires de pacotille », « étrangers au mouvement » tiennent lieu d’analyse. Tout à leur application d’un schéma, sans se préoccuper des expériences réelles, il suffit de ressasser une grille de lecture ponctuée de « doit faire » et « il faut ». Cela produit toutes sortes de contorsions que seul le discours préformaté de l’orga peut recadrer.
Quand nous disons toute la palette des anti-CPE, nous sommes gentiment réducteurs, puisqu’on retrouve le même fond chez ceux qui, au pouvoir, ont voulu distinguer « vrais manifestants » et « casseurs » au moment où la distinction devenait des plus délicates et ce malgré les « dépouilles ». Il fallait relégitimer les opposants stricts au CPE et leurs représentants (être contre ces représentants n’a pas empêché tous ces gauchistes de se laisser embarquer dans la manœuvre).
Dans tous ces commentaires, on trouve le souci très louable d’élargir la lutte. Pour les plus militants, la critique des grandes organisations signifie que cet élargissement doit être autonome, il faut venir en aide aux salariés qui n’ont pas la force de se révolter, il faut diriger les actions vers tous les lieux d’utilisation massive de la main-d’œuvre précaire. Hormis que tout cela est comme d’habitude annoncé à grands coups d’injonctions sur ce qui « doit être fait » et de « il faut », nous pourrions être d’accord. C’est précisément ce que certains d’entre nous, à partir de leur propre situation, avaient entrepris, dépassant le stade de l’exhortation, avec l’occupation de l’EHESS. Mais nous devons nous demander quel est la problématique dans laquelle on souhaite engager cet élargissement. Quelle est la problématique de cette lutte contre la précarité ? On s’aperçoit qu’il ne s’agit pas de prendre acte de ce qu’elle est l’organisation générale du marché du travail et de l’exploitation de la classe ouvrière, et que lutter contre elle c’est lutter contre l’existence même de quelque chose qui soit « la force de travail » ; il s’agit de préserver la classe de cette précarité qui la mine en tant que porteuse du grand programme de sa constitution en puissance politique. Il s’agit de revenir ou de préserver un état antérieur, de faire « reculer » le patronat et l’Etat. Il ne s’agit pas de dépasser la situation présente à partir d’elle-même, mais de revenir à la situation antérieure.
Toutes ces positions qui sont apparues à la suite des émeutes de novembre et au cours de la lutte anti-CPE sont des positions politiques et théoriques qu’il faut traiter en tant que telles : comme ce que nous avons à combattre. Il ne s’agit pas de quelque chose qui ne serait qu’un simple débat sur l’avenir, sur une conception de la révolution, mais de quelque chose qui est au présent, qui a sa réalité actuelle dans la lutte des classes. Défendant le prolétariat, ceux qui dès maintenant sont les représentants de ces positions politiques et théoriques se préparent et se manifestent déjà, dans la mesure de leur possibilité, à faire office de police contre tout mouvement ou dynamique de lutte qui pourraient contenir pour le prolétariat sa remise en cause. Il est devenu évident qu’ils se rallieront à toutes les forces du capital pourvu qu’elles préservent une existence du prolétariat qu’ils posent en idéal. Ce qui est la contre-révolution même. Ils n’en seront eux-mêmes que les supplétifs, dans la mesure où c’est la classe capitaliste elle-même qui deviendra la grande gardienne de la classe ouvrière.
La prochaine révolution aura à dépasser et à abattre toutes les formes d’ouvriérisme y compris les conseils ouvriers, non parce qu’ils seront de "faux conseils", mais parce qu’ils seront les vrais et les seuls conseils de cette période. Cette révolution se trouvera non pas à devoir achever tout ce qui avait été commencé dans les révolutions précédentes, mais se trouvera face justement à ce que tous les partis et les syndicats du mouvement ouvrier avaient combattu et qu’ils prendront alors en charge. Elle n’aura pas face à elle des formes politiques de la contre-révolution mais des formes sociales. Les conseils ouvriers (ou tout autre forme au contenu semblable), là où le développement actuel du capital aura laissé la possibilité d’en former, seront la justification de la contre-révolution. La classe révolutionnaire est le prolétariat et même au sens strict en tant que classe des travailleurs productifs de plus-value, mais si la révolution peut partir des usines elle ne pourra y rester et aura à dépasser toute forme d’appropriation des usines. Cette révolution est celle de l’époque où la contradiction entre les classes se situe au niveau de leur implication réciproque et de leur reproduction et « le maillon le plus faible » de cette contradiction, l’exploitation qui relie les classes entre elles, se situe dans les moments de la reproduction sociale de la force de travail, là où justement, loin de s’affirmer, la définition du prolétariat comme classe du travail productif apparaît toujours (et de plus en plus dans les formes actuelles de la reproduction) comme contingente et aléatoire, non seulement pour chaque prolétaire en particulier, mais structurellement pour l’ensemble de la classe. La révolution investira la production pour l’abolir en tant que moment particulier des rapports entre les hommes et abolir par là-même le travail dans l’abolition du travail salarié, c’est ainsi qu’elle pourra dépasser les premiers moments d’appropriation. C’est dans ce procès de la révolution que la propre définition du prolétariat comme classe des travailleurs productifs apparaîtra réellement, en actes, comme limitée. La définition du prolétariat n’est plus une catégorie socio-économique, tout comme celle de la classe capitaliste, mais la polarisation comme activités des termes de la contradiction qu’est l’exploitation, la révolution aura à affronter la sclérose de la définition de la classe comme catégorie socio-économique, ce ne sera pas une question intellectuelle revenant à savoir qui est qui car cette sclérose sera une pratique intriquant la révolution et la contre-révolution.

Commentaires :

  • « La voiture du voisin », , 7 août 2006

    Je suis de la CNT-AIT de Toulouse et je te trouve un peu de mauvaise foi. Pour restituer un peu l’article auquel tu fais référence dans ton texte il s’agissait d’un compte rendu plutôt brut avec donc peu d’analyse qui s’insérait avec d’autre articles plus de fond : « répétion générale » « trop conscient pour se révolter », « une vraie conscience politique » et une interview d’une femme dont l’enfant aeu les doigts arrachés par une grenade durant le mouvement de novembre, regroupé dans un dossier du Combat Syndicaliste n°93 : Banlieues de la révolte à la révolution.

    Je trouve qu’il est un peu réducteur de baser la critique de la CNT-AIT sur ce sujet en ne faisant référence qu’à un simple compte-rendu (biensûr subjectif) en passant sous silence les autres articles qu’ils l’accompagnaient et qui exposaient, contrairement à une "semaine de lutte à Toulouse", notre analyse de la situation.
    Peut être ne les as tu pas lus, il est vrai qu’ils (pour deux d’entre eux) n’étaient pas disponibles en html sur le site mais seulement dans le pdf du journal, mais ils le sont à présent :
    - une vraie conscience politique
    - répétion générale

    D’autre part, si les militants habitant le quartier se sont rendus spontanément sur la place Abbal à la Reynerie et se sont donc retrouvés à la fois au côté des émeutiers mais aussi des parents et de quelques politicars,
    Il ne s’agissait en tout cas nullement de rassemblement appelé par un quelconque parti politique ni par une association citoyenniste du quartier pour constituer un groupe d’interposition même si certains ont été tentés de le faire (une fois en tout et pour tout le Lundi 07/11/05 plus pour géner l’action de la BAC et pour permettre aux émeutiers qui se replier de ne pas se faire arréter que pour empêcher ces derniers d’agir) . Ces rassemblements étaient donc informels,
    nous n’avons jamais cherché à constituer un tel groupe, nous sommes retrouvés quelques fois à quelques mètres de politicars c’est tout ! Quand au mot « nos enfants », « protéger les gosses » relevé par l’article, ce ne sont pas des mots d’ordre de la CNT-AIT mais ceux de parents habitant le quartier présents sur la place Abbal et ça ne me choque pas que des parents soutiennent leurs gosses dans l’émeute plutôt que de les condamner, je trouve mêmeça positif !

    Je ne vois pas en quoi nous avons enlevé aux émeutiers leur responsabilité et nous sommes engagés dans des groupes d’interposition. Nous avons pas non plus voulu minimiser la violence. Nous avons écrit dans ce compte rendu que notre postion durant ce mouvement était : solidarité avec la lutte, dénonciation du rôle criminel de l’État et du capital, appel à manifester et à faire grève, ce sera du début à la fin notre position. Plus loin il est écrit « Contrairement à l’image négative que les médias et les pseudo-intellectuels à la solde du pouvoir s’ingénient à donner, le niveau de réflexion, la conscience politique sont sûrement plus élevés chez ces jeunes que chez des millions de spectateurs de la Star Ac’ »

    Et dans l’article Une Vraie Conscience politique : « Il n’y reste plus personne pour croire “qu’en travaillant” et en étant un “bon citoyen” il pourrait s’en sortir. Cette conscience clairvoyante de l’impasse sociale débouche sur une conscience politique : il suffit de voir comment les partis politiques et les organisations de gauche ont été rejetés des quartiers. C’est normal, depuis 20 ans, ils touchent des subventions sur les dos des populations. Ils ont largement fait leur preuve ici qu’il n’y avait rien à attendre d’eux »

    Enfin dans la conclusion de Trop conscient pour se révolter « Cette révolte était-elle ou non légitime ? Pour nous, à la CNT-AIT, c’était la seule question à se poser. Si oui, il fallait en assumer clairement les contradictions, et avoir le courage politique d’en payer éventuellement les conséquences. C’est ce que nous avons fait. Cela, parce que nous sommes persuadés que la place des militants révolutionnaires est avec les révoltés, lorsque cette révolte est légitime, et parce que ce n’est que de cette place que nous pourrons, avec eux, dépasser les contradictions inhérentes à toute révolte et passer de la révolte à la révolution. »

    Pour finir ce n’est peut être pour l’auteur qu’un détail mais la CNT-AIT de Toulouse ne se réclame pas du syndicalisme révolutionnaire mais de l’anarchosyndicalisme.

    Critique nos actions, met en évidence la contradiction de nos analyses ... mais n’occulte pas les éléments qui ne vont pas le sens de démonstration !

    Un militant de la CNT-AIT Toulouse

    • Qui décide qu’une révolte est légitime ? , , 8 août 2006

      Monsieur de la CNT,

      Qu’entendez-vous par "légitime" ?


      • Une révolte n’a pas à être légitimée, Patlotch, 27 août 2006

        Je ne voudrais pas shunter la réponse du camarade de la CNT, mais il me semble qu’elle est induite par le passage cité :

        « Cette révolte était-elle ou non légitime ? Pour nous, à la CNT-AIT, c’était la seule question à se poser. Si oui, il fallait en assumer clairement les contradictions, et avoir le courage politique d’en payer éventuellement les conséquences. C’est ce que nous avons fait. Cela, parce que nous sommes persuadés que la place des militants révolutionnaires est avec les révoltés, lorsque cette révolte est légitime, et parce que ce n’est que de cette place que nous pourrons, avec eux, dépasser les contradictions inhérentes à toute révolte et passer de la révolte à la révolution. _ »

        Il apparaît, sous plusieurs formulations qui se complètent et se renforcent, que la révolte est comprise comme rapport politique plus que rapport social, produite par une conscience, plus ou moins grande, et non par une existence, devenue insupportable.

        Il s’agit alors de viser « une vraie conscience politique », en intervenant « avec eux », comme porteurs de cette « vraie conscience » qui n’a pas, elle, produit de « révolte ». Puisque manque aux uns la conscience, aux autres la révolte, unissons nos manques. Comme dans l’amour pour Lacan : « offrir ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »

        « Les contradictions inhérentes à toute révolte », c’est entre autres (?) leur manque de « vraie conscience », à « dépasser ». Ce qui manque à la « révolte » est apporté par les « militants révolutionnaires » dont « la place / est avec les révoltés ». Le « avec eux » est donc dissymétrique : c’est grosso-modo la conscience révolutionnaire, la « conscience vraie », apportée de l’extérieur, sinon par le parti, par une formation militante extérieure. Le sujet actif de la révolution (les révoltés) se méconnaît comme tel et nous (le sujet pensant) l’en instruisons.

        La bonne question n’est donc pas selon moi ni « qui décide que la révolte est légitime », ni « quand est-ce que la révolte est légitime ? », mais que signifie cette idée de « légitimité » pour une révolte ? Si ceux qui se révoltent attendaient, y compris d’eux-mêmes, de la juger légitime, ils ne se révolteraient jamais, ou seulement pour formuler une revendication politique : SVP, donnez un prolongement politique à notre révolte, qu’elle devienne visiblement légitime. La différence entre la CNT-AIT T et d’autres, c’est de dire en substance votre révolte est légitime, donc nous sommes avec vous, et pas votre révolte est légitime (nous la comprenons), nous allons vous aidez à ce qu’elle ne le soit plus. Ici, la CNT-AIT T veut aider à faire « passer de la révolte à la révolution », d’autres de la révolte à l’alternative.

        L’idée de légitimité de la révolte est nécessaire pour la penser comme apteà justifier cette intervention. En fait, dire que la « révolte est légitime » signifie à l’inverse que l’intervention des révolutionnaires est légitime au sein de la révolte. La réponse à la question posée est clairement : ce sont ici les "révolutionnaires" qui décideraient si la révolte est légitime ou non.

        Il me semble que la révolte passe à la révolution quand elle est produite en tant que rapport social qui (se) pose la question, non d’abord comme conscience, mais comme nécessité interne produisant sa conscience (sa théorie).

        Au nom de quoi une révolte devrait-elle être légitime ? Bien l’impression que la révolution se passera de toute légitimité.

        Patlotch, 21 août


        • Une révolte n’a pas à être légitimée, Pretre ouvrier défroqué :-), 1er septembre 2006

          salut Patlotch,

          OK je comprends un peu mieux ce que tu voulais exprimer dans ce commentaire que dans l’article (peut être aussi parce que c’est di avec moin de hargne et d’a prioris ?) même si je te trouve souvent bien contradictoire.

          Sauf que je pense que tu as tout faux dans ton interprétation.

          Tu demandes au nom de quoi la révolte est légitime ? Mais précisément au nom de cette existence proprement insupportable !

          Et qu’est ce qui fait que cette révolte légitime de sentiment devient acte ? La conscience de cette existence insupportable. Autrement dit la fin de la résignation. Ne plus raser les murs ni courber la tête ... Tous les évènements révolutionnaires dans l’histoire le démontrent je pense. Il ne peut y avoir de changement révolutionnaire si les individus acceptenent leur aliénation, non ?

          Pourquoi vouloir dissocier l’existence et la conscience ? L’ un primerait sur l’autre ? Vieux reste d’économicisme ? Vieux relent marxiste voire léniniste sur la dissociation entre le politique et le social ? Mais nos révolutions seront globalistes - ou ne seront pas - et devront aborder tous les aspects (économiques, culturels, politiques, sociaux, etc ...) de front ou bien se condamner à recréer ce monde ...

          La CNT AIT ne veut aider personne à passer de la révolte à la révolution. (sinon autant recréer le Parti ... et se condamner a remettre en selle le paradigme dominant que précisément il s’agit de détruire - pour que les prochaines révolutions ne soient pas légitimes si je suis ton raisonnement ) Les révoltés seront très biens se passer de la CNT pour faire la révolution. Par contre la CNT AIT veut bien participer à aider que personne ne se fasse arrêter par les flics quand il y une révolte. C’est déjà ça, non ?

          il y aurait beaucop de choses à dire sur les remarques que tu fais quant à l’extériorité de la CNT AIT au mouvement (qui est réelle) et aux intentions que tu nous prêtes (d’évangélisateurs) ... Elles dénotent une réelle méconnaissance de ce que nous sommes (mais peut être nous confonds tu avec nos clones des Vignoles, auquel cas tu es pardonné :-) mais bon il se fait tard ...

          A suivre ...

          PS : comment rencontrer des gens de meeting sur paris ?


          • Une révolte n’a pas à être légitimée, Patlotch, 3 septembre 2006

            Bon. "Quelque part..." au niveau du véculte sur grand ou petit véhicule pédalant dans les rapports sociaux existants, nous sommes tous des prêtres ouvriers se défroquant. Penser en termes de "juste" ou "faux", d’"erreurs" ou de "véritable voie communisatrice" échappe tant à mon entendement qu’à mon expérience "de terrain", à mon existence et la conscience que je peux en avoir.

            Le titre "Une révolte n’a pas à être légitimée" est le résultat de mon texte qui dit : une émeute, un ras-le-bol exprimé en acte... une révolte n’est ni légitime ni illégitime. Elle est ce qu’elle est par ceux qui le font. C’est le produit de leur situation, et on peut disserter sur la conscience qu’ils en ont, c’est ça qu’ils font. Ils en sont "responsables", et n’ont besoin de personne pour le labelliser "légitime".

            La révolte (je préfèrerais à ce stade dire la rébellion), sous quelques formes et dans quelque situation qu’elle se produise, c’est ça qui me semble fécond dans la notion de limites de la reproduction du capital et du prolétariat, tout simplement parce qu’à 20.000 balles -à mon âge c’est en francs ’nouveaux- par mois, je suis confronté à la même chose, au fond, que les racailles : je suis une racaille, non pas littéralement mais réellement, ceci n’est pas une pipe, une condescendance récupératrice, c’est un rapport social dans la lutte de classes telle que je la vis moi, avant même la conscience "communisatrice" que je serais supposé en avoir. La seule différence c’est que je n’ai pas la même chose à perdre, matériellement. Quand je dépasse ma trouille, ce n’est pas fonction de ma pensée théorique, c’est un pur produit, "spontané", de ce qui m’empêche de vivre, au-delà d’une survie confortable. Mais tant que la survie confortable sera massive et majoritaire, je ne vois pas trop ce que peuvent dépasser les écarts contatés ici ou là, parce que la trouille sera massive, et que le problème n’est pas celui subjectif d’une conscience qui irait au-delà d’une nécessité vitale.

            La révolte n’étant ni légitime ni illégitime, tes considérations intrinsèque/extrinsèque signent entre nous un dialogue de mal-entendants plus que de sourds (c’est appréciable car la différence n’est pas idéologie du spectacle). Donc, et sans éplucher à la lettre le tract CNT-AIT, tu es, vous êtes, toutes nuances bien comprises entre discours avant, pendant ou après et actes durant la lutte et politiquement durables mais insoutenables pour moi, vous êtes en tant qu’orga dans la légitimisation de ce qui n’a pas à l’être pour être ce que que c’est, ce que ça fait. Je distinguerais ce que vous faites en tant qu’individus confrontés à une situation et ce que vous dites en tant qu’orga. C’est tout aussi valable pour des camarades participant à Meeting, à le différence que Meeting n’est pas une orga, et surtout ne vise pas à le devenir.

            De deux choses l’une, soit vous considérez "leur révolte" comme légitime, et dans la situation étant non pas "avec eux" mais "comme eux", comme eux-mêmes en ce que vous, nous, sommes prolétaires face au capital... soit vous le considérez comme "légitime", juste "politiquement", critique des armes sans critique, et alors vous brûlez la voiture du voisin, sans discours, sans théorie, sans phrase... mais avec de l’essence (des rapports sociaux) + des allumettes ; soit, pas en tant qu’individus voisins dans un rapport de confiance, d’amitié... mais en tant que CNT-AIT, vous vous faites jeter, ni plus ni moins que l’encadrement social-politique quel qu’il soit et quoi qu’il raconte. Le pire serait bien que la racaille prenne sa carte à la CNT-AIT.

            Du texte au titre : une révolte, n’étant ni légitime ni illégitime, n’a pas à être légitimée par qui que ce soit, et encore moins au nom de la révolution. La légitimer, c’est ce que vous faites en tant qu’orga, peut-être pas en tant qu’individus sur place. Que l’on prenne "légitime" au sens, non moral, de "juste", d’action de classe sans conscience de classe, revient au même. C’est une posture d’extériorité militante, subjectiviste/objectiviste.

            La CNT AIT ne veut aider personne à passer de la révolte à la révolution.

            dans ce cas il ne faut pas l’écrire, car c’est le penser, donc le théoriser, et en faire une pratique militante organisée :

            nous sommes persuadés que la place des militants révolutionnaires est avec les révoltés, lorsque cette révolte est légitime, et parce que ce n’est que de cette place que nous pourrons, avec eux, dépasser les contradictions inhérentes à toute révolte et passer de la révolte à la révolution

            Moi je ne suis pas "avec eux" je suis comme eux, je suis moi-eux dans mon rapport de classe, je n’ai besoin d’aucune organisation pour le savoir et le théoriser pendant ou après, je me fous de ce qu’en pensent mes amis de Meeting quand je le fais et même, aujourd’hui par défaut, de ce que j’en pense théoriquement : je le fais, je deviens dingue contre la folie qu’ils m’imposent. Quand je me révolte, dans un relatif isolement, c’est une petite émeute séparée genre suicide, et je me fous de mes propres considérations théoriques, ce ne sont pas elles qui m’y poussent, elles seraient plutôt, quelque part, un frein : à quoi bon, puisqu’il faudrait attendre la crise ? Là nous sommes dans la contradiction, ou plutôt le paradoxe, d’appuyer la théorie de l’écart sur ce que, la connaissant, nous justifierions de ne pas faire : moi je ne brûlerais pas, aujourd’hui, la voiture de mon voisin. La mienne fut fracturée et je ne suis allé aux flics que pour l’assurance, il ne me viendrait pas à l’idée de porter plainte ou même de faciliter la recherche des responsables.

            Se battre contre la répression est une chose. Là, être "avec eux" peut se justifier : faire en sorte qu’ils n’en prennent pas plein la gueule, dans les procès, dans les prisons, etc. Une autre chose est de limiter le cours d’une lutte, d’une révolte, d’une émeute, pour éviter les conséquences répressives. On peut le faire humainement en voisin, pas sous couvert d’un discours politique "révolutionnaire". Laissons ça aux alternatifs de tous poils et sans poils. Soit on est comme eux et on brûle la voiture du voisin, soit on ferme sa gueule. Pour le coup c’est votre posture qui est pour moi complètement illégitime. Moi, vu de loin, je vous aurais envoyés chier, c’est très clair, comme tous ceux qui veulent me calmer au boulot, que ce soit mes chefs ou les camarades syndicalistes. Mes collègues, ils sont comme moi, ils sont super-contents quand je pète un plomb, parce que je ne fais qu’exprimer ce qu’ils vivent et pensent. Ils voient bien que le dire calmement, des mois durant, ne sert à rien, de là à franchir le pas de la révolte collective, c’est pas gagné. Eux se shootent aux anti-dépresseurs ou à la trouille, moi je suis une racaille, brûte de rapports sociaux, amatrice par ailleurs et en même temps de communisation. Je suis un détraqué par l’Etat du capital, et s’il se trouve des militants pour me pousser avec le capital à la folie, à la politique, à la patience ou à l’impatience organisée, c’est peu ou prou même combat.

            Contre la folie, sans phrases, le feu ! Pas d’anti-dépresseur chimique, de camisole politique. Contre la folie, la théorie.

            Théoriser ça dedans, aujourd’hui, selon le cas, sacrée gageure. C’’est sans doute une différence, dans les possibilités d’intervention, entre "Emeutes de novembre" et "lutte anti-CPE". Sauf erreur, en Novembre les textes d’analyse ont été produits après (Ballade) dans l’anti-CPE pendant (Le point de rupture de la revendication...). Quoi qu’il en soit, le débat de Meeting sur ce point n’est pas un débat propre à Meeting, ni un débat sur ce qui est légitime ou pas, juste ou pas, sur ce qu’il faut faire ou pas : c’est au sens le plus général l’écart même tels que nous le vivons, entre théorie et pratique, entre pratique théorique et luttes, parce que notre théorie est la pratique, pour qu’un jour les luttes deviennent pratiques théorisées, et non par un petit livre rouge, conscientiseur de la communisation.

            Bon. J’ai pas vraiment parlé de ta réponse, considérant qu’elle n’avait pas entendu la mienne. J’ai sans doute répondu un peu à côté. Pardonne-m’en, s’il te reste un rien prêtre. D’autres réagiront de façon plus construite s’ils le jugent nécessaire.

            Patlotch

            rencontrer des gens de Meeting sur Paris, pourquoi pas, c’est qu’une question d’auto-organisation.


            • Une révolte n’a pas à être légitimée, FC , 5 septembre 2006

              C ’est rôle d’une publication révolutionnaire que de donner raison aux insurgés, écrivait Debord dans son texte sur l’émeute de Watts. Il n’affirmait pas que la raison manquait aux émeutiers, ni que l’IS avait un rôle d’avant garde à jouer dans cette événement seulement qu’il se solidarisait des insurgés, car ils les savaient porteurs d’un colère légitime ( oups !). A ce propos, je n’ai pas encore lu de texte aussi intelligent sur les évènements de l’hiver 2005. Peut être que le temps me donnera tors mais j’en doute, le problème de ce genre d’événements, c’est que les premiers concernés n’ont pas écrits sur les évènements. J’aurais voulus savoir par exemple, pourquoi des bibliothèques ont été attaqué.


        • Une révolte n’a pas à être légitimée, Pretre ouvrier défroqué :-), 1er septembre 2006

          juste une dernière chose :

          Dire qu’une révolte est légitime n`a rien à voir avec le fait de légitimer une révolte ...

          Dans le premier cas la légitimité est intrinsèque (et elle pré existe à la révolte) dans le second cas elle est extrinsèque et arrive a posteriori.

          L’attitude de la CNT AIT n’a pas été de légitimer la révolte après coup, mais de dire - sur le moment même - qu’elle était légitime justement du fait des conditions d’existence insupportable. Et on s’est trouvé bien seul à le dire à ce moment là, dans le concert des aboyeurs sécuritaires et le silence des révolutionnaires terrés dans la terreur de leur vide sidéral ... Il faut replacer les choses dans le contexte ...

          Pendant le feu des évènements, meeting ou ses collaborateurs ont ils d’ailleurs produit des textes ou des actes en relation - même indirecte - avec la situation ? Ou bien les seules analyses n’ont elles été faites qu’après coup ? (et dans ce cas à quoi bon échafauder sans cesse des plans sur la comète si c’est pour se retrouver impuisssant le jour où il se passe quelque chose ?)


        • Une révolte n’a pas à être légitimée, , 22 septembre 2006

          Je te critique -Tout va bien

          Le texte la voiture du voisin critique la CNT -AIT pour avoir légitimé la révolte des jeunes prolètaires des banlieues ghétoïsées .

          Certes les camarades de cette Cnt approuvent ces jeunes d’avoir affronté la police et d’avoir attaqué les lieux et les instruments de leur exploitation et de leur stigmatisation raciste, mais le seul fait de penser à déclarer leur révolte légitime suffit à poser qu’elle pourrait ne pas l’être mais surtout cette « légitimation » cherche à normaliser ces affrontements en les politisant.
          Tout autre chose est d’analyser cette lutte comme lutte de classe, de tâcher d’en comprendre le sens et son articulation ou non avec les autres luttes de classe, qui se déroulent dans d’autres lieux et sous d’autres modes.

          Comment cette lutte est spécifique de la période et comment elle est à la fois attaque de la condition même de ces prolétaires et comment elle est prise dans une limite qui bien que différente de celle des prolétaires plus « classiques » n’en est pas moins aussi claire : Attaque du capitalisme dans son apparition générale comme société, sans attaquer sa racine dans l’exploitation immédiate, dans la production - c’est le caractère antisocial ( la révolution communisatrice est abolition de la société) de ce mouvement qui en fait sa beauté et son tragique, qui le rend si effrayant pour tous les défenseurs d’une société c’est-à-dire du capital.

          Le texte « La voiture du voisin » critique les positions de cette Cnt en insérant ces positions, cette légitimation, dans la stratégie de ces anarcho-syndicalistes, dans leurs conceptions générales de la révolution qui reste « programmatique » c’est-à-dire qui a comme axe un développement d’une « conscience de classe » une affirmation du prolétariat se constituant en force autonome.

          Qui plus est ce groupe militant tient absolument à avoir la « considération » des jeunes en question, pour pouvoir aider à leur prise de « conscience politique » et - on peut au moins le soupçonner fortement - tâcher à terme de les « organiser !
          Il n’en reste pas moins que la pratique de la Cnt-Ait de Toulouse a été très certainement honnête et sincère, non simplement réductible à une pratique politicienne, ces militants animèrent immédiatement après la révolte de novembre des banlieues, « La tendance ni CPE ni CDI » durant le mouvement « anti-CPE » et constituèrent un élément notable du courant poussant à une radicalisation du mouvement, courant qui fut très déterminant pour l’étrange « succès » du mouvement. (Sorte de victoire à la Pyrrhus qui vaut - peut-être - tout de même mieux qu’une défaite en rase campagne comme en 2003).

          Dans après le mouvement de ce printemps les participants à Meeting ont été intéressés par les interventions de la « Tendance ni CPE ni CDI » et certains d’entre eux ont des contacts avec des militants de la Cnt-Ait et peuvent avoir des actions avec eux tout en les critiquant fraternellement.

          Le fait que les militants de la Cnt-Ait de Toulouse soient intervenus sur ce site sans manifester une réaction vindicative est déjà un élément positif, ils voulaient discuter et la discussion a eu lieu, pour nous elle confirme que ces anarcho-syndicalistes (contrairement à la Cnt Vignoles) se situent non seulement hors de démocratisme radical, mais aussi que leur anticitoyennisme programmatiste n’est pas fossilisé et peut être sensible à la critique communisatrice.

          La critique sans concession est nécessaire à des relations claires, à des dynamiques exemptes d’arrières pensées, nous ne sommes pas ennemis, nous ne sommes pas non plus des alliés, seuls les groupes politiques passent des alliances, Meeting n’est pas un groupe politique La Cnt-Ait peut ne pas l’être si elle se « branche » sur le mouvement réel de dépassement du programme de libération du travail, l’analyse de novembre, de ce point de vue, est essentielle.

          BL


          • Une révolte n’a pas à être légitimée, FC , 16 octobre 2006

            Pyrrhus (319-272 avant JC), roi d’Épire de -295 à -272, remporta sur les romains les victoires d’Héraclée en -280 et d’Ausculum en -279. Ces batailles lui coûtèrent de telles pertes qu’il s’écria : « Encore une autre victoire comme celle-là et je rentrerais seul en Épire ! ». C’est de là que vient l’expression de victoire à la Pyrrhus.

            Ne Brûlons pas les Bibliothèques,elles peuvent toujours servir !


          • La communisation : poings d’ogres ?, , 20 octobre 2006

            Tout cela se conçoit et se comprend fort bien, théoriquement, dans la conceptualisation de l’écart selon Théorie communiste, qui est le seul fondement sérieux à l’existence même de Meeting (le reste n’est que bzz bzz de mouches du coche ou du coach, admettez-le au lieu de ratiociner et de rhétoriquer en coupeurs de têtes contre toute autre hypothèse communiste, jugée as been, votre posture ne tient pas la route théoriquement parce qu’elle ne tient pas la route éthiquement, du point de vue théorique même). Vous avez fait le vide avec des procédés qui n’ont rien de l’éthique du débat entre théoriciens, vous ne voulez voir que votre vide -l’écart, l’anglemort, les vôtres- avides d’être, d’exister et d’apparaître comme LA théorie adéquate à l’époque (Charrier). Ce n’est pas acceptable, ni intellectuellement, et encore moins posé comme "fraternel". A partir de là, votre messe est dite, hé bien assumez-là, mais ne prétendez pas être seuls du seul fait que vous avez rendu impossible le débat théorique, tant que pratique, y compris avec les camarades de la CNT-AIT, en tant que sujets sociaux individuels, habillés que vous les avez, et que vous êtes vous-mêmes, d’étiquetage collectifs -eux CNT-AIT, "nous" Meeting, et quoi d’autres comme habits faisant les moines-soldats de leurs croyances ?- qui ruinent toute individualité sociale face au capital, en tant que prolétaire même. Cette dimension, éminamment subjective j’en conviens- dans votre construction et votre posture, ne peut que vous échapper, et vous ne pouvez ainsi que considérer comme nullissime le fait de parler à la première personne du sujet ; c’est là que "l’individu immédiatement social" ne pourra jamais être produit comme dépassement, dans votre paradigme théorico-social au sein duquel vous vous posez vous-mêmes comme des êtres au dessus de la mêlée -d’où êtes-vous produits, comme dépassement théorique aussi génial qu’il ne serait pas une conscience singulièrement produite ic et nunc, mais déjà formulant l’annonce (à Marie ?) : la "redescente" de la théorie dans le concret, votre posture même vous l’interdit ou vous l’interdira à un moment donné et vous vous êtes armés pour fuire ce moment.

            Astarian a pressenti cette dimension, mais l’a construite dans la crise démiurgique, comme le dit bien Roland, mais parce qu’il appartient à la même génération théoricienne ("post-prolétarienne" comme dit Charrier), que vous. Ce qu’il a découvert, il n’a pu le formuler autrement que dans le carcan d’une dialectique certes hyper-raffinée mais in fine mécaniciste, téléogiste, mais pas moins que le n’est la vôtre, in fine bien plus humaine qu’elle ne peut s’avouer, et bien trop, ou pas assez, selon Nietzsche. Temps critique, comme Charrier ailleurs et plus récemment, ont mis le doigt sur des inconséquences de Théorie communiste, des contradictions internes à son système de production (abstraite) de la révolution : vous avez systématiquement botté en touches, avec Aufheben (sur l’historisation et la spatialisation du capital en subsomption réelle), avec Charrier, et si j’ose dire de façon présomptueuse, avec moi, c’était plus facile, il suffisait de se taire, de se planquer derrière ses certitudes au lieu d’ouvrir, et d’ouvrir publiquement un dialogue, puisque votre vitrine est publique.

            Et alors ? Alors le roi est nu, de Meeting et de l’étroitesse conceptuelle de son écart unique rapporté à l’infrastructure de façon ai-je dit mécaniciste (je ne dis pas moi déterministe, c’est plus compliqué que ça, vu qu’en elle-même, dans sa logique interne, sur le papier, votre théorie ne l’est pas, mais seulement rapportée au réel, à votre conception de la représentation, de l’écart, et de votre propre posture dans sa bulle systémique). Toute la critique "méta" de Charrier est justifiée, et vous êtes coincés, parce que votre système est bouclé sur lui-même, et que toute votre activité, par égotisme hors sujet bien compris de l’enjeu communiste, ne reconnaîtra jamais ses limites conceptuelles, celles qu’ont bien dit, quelles que soient leurs propres errements, les camarades de TropLoin, ces vieux cons qui ne voient que le capital fordiste et mai 68 comme modèle révolutionnaire (et quoi encore, de vos limites rhétoriciennes à larguer tout ce qui vous gêne, comme un bulldozer écrase toute aspérité sur le bitume de l’autoroute de la lumière absolue projetée dans l’anglemort à l’ombre de TC). Vous humiliez les autres au nom de votre système mais vous êtes sourds à ce qu’ils peuvent dire de pertinent, même si et parce que cela ne se construit pas aussi harmonieusement et complètement que votre approche, parce que vous n’imaginez pas d’autre approche que totalisante en abstraction : ça s’appelle dogmatisme et pas autrement, mais comme disait Aragon : on n’a pas toujours raison d’avoir raison. Vous croyez être forts du fait que rien d’aussi construit ne démonte votre systématisme spéculatif, mais ce qui le démonte plus qu’en soi comme signifié, contenu, c’est dans le signifiant, la forme, par votre méthode et des procédés rhétoriciens auxquels vous êtes sans doute aveugles. Gaffe aux retours des refoulés. Jusque-là vous n’en avez rien à foutre, certes, vent en poupe de la Revue qui se croit seule du seul fait d’exister en aveuglant le reste, mais ne venez pas vous plaindre : un théoricien averti en vaut deux.

            Voilà, nous en sommes là, "tous ensemble" si j’ose dire, et en tant que "communisateurs", confrontés à votre fuite en avant égo-théoriciste qui monopolise la vtrine de la communisation, à quelques broutilles près du côté des activistes franco-parisiens. Serait-elle naturellement inscrite dans le supposé cycle du "démocratisme radical" n’ayant comme issue que la révolution communiste ? Allons donc ! Présomption occidentalo-centrée s’il en est ! Cela ne relève pas moins que d’un pari communiste, légitime éthiquement, mais qui n’est ni le seul en lice du point de vue communisateur, ni la seule hypothèse historiquement plausible. Au moins admettez-le, écrivez-le, révisez votre Invite et sa compréhension univoque dans la perspective de TC, ou cessez de vous poser comme veille critique balayant le champ de la communisation et annonçant les lendemains qui chantent y compris dans le chaos (déterministe ?)

            J’en fais, personnellement, et sans doute en vain, une question aussi d’honnêteté intellectuelle, vu que je n’ai ni les capacités ni même l’envie et le besoin d’élaborer plus avant ce qui me suffit à vous considérer au-delà de vos limites systémiques comme impertinents. Je n’ai fait ma besogne qu’à moitié, mais d’autres s’y colleront qui en auront les moyens -Schopenhauer dit quelque part que l’essentiel est dans l’intuition, que le reste n’est qu’élaboration, cela concerne l’art autant que la théorie. Le reste est rhétorique politicienne, malgré tout le talent vous l’enrobez. Vos masques sont tombés, au moins à mes yeux et quelques autres qui s’y intéressent de très près et ne vous en considèrent pas moins comme incontournables pour la théorie communiste. On verra bien si vous avez le courage d’affronter le défi qui vous est posé autrement que vous ne l’avez fait jusqu’ici, ce qui est rédhibitoire concernant la possibilité même de dialoguer.

            Amical,

            Patlotch

            COMMUNISATION troisième courant : 12 thèses pour dépasser les sainthèses, prothèses et fouthèses


            • La communisation : poings d’ogres ?, Uno de la CNT AIT, 14 mars 2007

              Pour BL :

              Je te rejoins sur la nécessité d’une critique franche et sans concession comme seul moyen d’avancer. (sinon effectivement on risque de ratiocinner longtemps chacun dans son coin).

              Sur la question de la "légitimer la révolte". Sans vouloir parler pour mes compagnons, oui je pense que toutes les révoltes ne sont pas nécessairement légitimes (y aurait il des mao nostalgiques à Meeting "on a raison de se révolter" ? ;-). Je pense par exemple à des révoltes sur des bases nationalistes, racistes ou communautaires ... (par exemple ce qui me vient à l’esprit : les affrontement de l’été dernier à Perpignan entre communautés gitanes et maghrébines). Après, bien sur, il faut s’entendre sur la définiton de ce qu’est une révolte.

              Sur le raccourci sophiste que je tire de la lecture de ton intervention "société = capital", je ne comprends pas. Peux tu m’indiquer des références ou des liens vers des textes qui me permettrait de saisir ton point de vue ?

              Ceci dit, je pense que tu nous associe à une conception de l’anarcosyndicalisme qui a peut être été historiquement, mais qui n’est plus la notre aujourd’hui. En effet quand tu dis que nos "conceptions générales de la révolution restent « programmatique » c’est-à-dire qui a comme axe un développement d’une « conscience de classe » une affirmation du prolétariat se constituant en force autonome", aujourd’hui je pense que notre vision est plutot l’affirmation d’une humanité (et non plus du seul prolétariat) se consitutuant en force autonome. Que l’individu ait enfin conscience non de sa "classe" mais de son humanité, de ses capacités créatrices sur tous les plans (social, affectif, culturel, politique, productif, etc ...). Que nous cession d’être des rouages pour devenir des hommes.

              En tout cas, je ne sais pas si par vision "programatique" cela signifie que nous penserions que le problème majeur à régler serait celui de la forme du mode de production, et qu’il suffirait que l’économie soit autogérée par de vrais prolétaires organisés dans leurs syndicats révolutionnaires pour que tout soit harmonieux. Il ya maintenant qq années que nous avons viré notre cuti, et que nous laissons ces rêves de totalitarisme syndicaliste aux chantres du "syndicat de combat" (combats réels dans lesquels on les voit finalement assez peu au passage ... tant ils confondent avec le spectacle et la représentation ...)

              Sinon à mon avis quand tu dis "ce groupe militant tient absolument à avoir la « considération » des jeunes en question, pour pouvoir aider à leur prise de « conscience politique » et - on peut au moins le soupçonner fortement - tâcher à terme de les « organiser !" je pense sincèrement que tu te trompes de cible. (d’abord ne serait ce que par le fait que s’il s’agissait vraiment de "cibler" une population pour racoller pour l’Orga, pas sur que ce soit "les jeunes" qui aient été visés par ce travail ... )

              Pour Patlotch : je ne comprends pas grand chose à ta prose. N’étant pas spécialement du milieu franco-parisien, je pense que beaucoup de messages personnels (sous-entendus)m’échappent ... Si tu pouvais être plus explicite pour les mal comprenants de mon espèce ? (sinon à quoi bon poster sur un site public ?)


  • « La voiture du voisin », Un autre militant CNT AIT Toulouse, 5 septembre 2006

    Je crois que vouloir nier "l’extériorité " de ce que nous sommes ,nous , militants révolutionnaires, par rapport la réalité du terrain est une faute lourde .

    Nous sommes "avec eux" parceque par exemple , ce n’est pas avec "l’aide de Dieu" que nous luttons , or l’ expression est largement répandue au Mirail , et nous expliquons que nous sommes là avec nos idées et principes .

    Se dire "comme eux" , vous pouvez l’écrire ici , mais le dire là bas , quand on est un "fromage", c’est de suite se discréditer parceque c’est faux. Ou du moins cela sera ressenti comme faux. Et si vous commencez par raconter des blagues vous passerez pour des clowns. Ensuite , agir comme eux , comme il est suggéré dans la discussion , cela supposait des connaissances tactiques que nous n’avons pas .

    Et quoi de plus triste qu’un bouffon en GAV ?

    Sur la question de la légitimité cela me parait clair. J’ai le droit de dire que la révolte d’un tel est légitime ou non, a mes yeux, et qu’en conséquence je me solidarise avec icelle ou pas . Non pas parceque le Sujet de la révolte est un prolétaire mais parceque j’estime que l’action du Sujet correspond a lutte contre la domination que je combats . Le fait de juger l’action fait il de moi un potentiel représentant ? Absolument pas. Cela signifie simplement que je n’abandonne pas mon libre arbitre.
    A l’inverse le Sujet se revendiquerait il de la lutte de classe et organiserait des ratonnades,pogroms , ou autres goulags, je serai d’autant plus a l’aise , n’étant pas "comme lui", pour être contre lui.

    S’en référer strictement a la condition, ne pas vouloir juger les actes, c’est donner au Sujet (le prolétariat par exemple pour les marxistes ) le rôle suprême uniquement de par cette condition . C’est pourquoi les remembrances marxistes invitent t elles certains , a vouloir , et ce en dépit de tout bon sens , se déclarer "comme eux " .

    Rassurez-vous , on na pas besoin d’être pareils pour vivre le communisme libertaire .


    • « La voiture du voisin », Patlotch, 8 septembre 2006

      Se dire "comme eux" , vous pouvez l’écrire ici , mais le dire là bas , quand on est un "fromage", c’est de suite se discréditer parce que c’est faux. Ou du moins cela sera ressenti comme faux. Et si vous commencez par raconter des blagues vous passerez pour des clowns.

      Apparemment, c’est une réponse au texte lui-même et qui ne tient pas compte des échanges suivants. C’est important dans la mesure où c’est ce texte qu’il est question de publier dans la revue. Cela étant :

      - cette réponse, comme la suivante datée du même jour, ne font que justifier le fond de la critique de "la voiture du voisin" pour ce qui est de l’intervention de la CNT-AIT en tant que telle, et que j’ai distingué de ce que peuvent faire les uns et les autres comme "voisins".

      - je ne sais pas si d’autres que moi ont affirmé « je suis comme eux », mais si je n’ai pas été assez clair, je le répète : ce n’est pas en tant que vivant dans tel lieu où certains brûlent la voiture du voisin, même si ça brûle pas loin de chez moi. Je ne passerai nulle part pour un clown parce que je ne dirai pas « je suis comme vous », et je n’ai pas prétendu être dans leur situation spécifique. Mon intervention « je suis comme eux » signifiait autre chose que ce qui est retenu là, et certainement pas « nous à Meeting nous sommes comme eux, et nous allons faire en sorte qu’ils le sachent ». J’ai constaté chez tous les militants organisés une furieuse tendance à projeter sur les autres leur manière de voir à eux, et par conséquent quand on en dit un chose, d’en comprendre une autre, en toute honnêteté le plus souvent, parce qu’ils n’imaginent rien d’autre de possible : ça s’appelle "noyau dur idéologique" (label Morin). Des années à entendre dans une discussion d’intérêt théorique pratique : «  mets ça dans un tract et tu verras l’accueil » faut arrêter de jouer au plus malin avec les ficelles de l’idiotie militante au nom de la pratique.

      J’essaye de comprendre la nature d’un rapport social et d’une activité donnée dans ce rapport, comme j’essaye de les comprendre dans ma situation spécifique. Si j’essaye de mettre ces compréhensions en relation comme rapports sociaux, c’est naturellement, au sein de Meeting, du point de vue de la pratique théorique et avec une focale plus large qu’un événement donné auquel de plus je n’ai pas participé. J’essaye de le faire parce que c’est ma façon de penser le rapport que j’entretiens en tant qu’individu à la théorie communiste, sans quoi elle reste pour moi dans la séparation de l’activité sociale, sans fondement autre qu’une subjectivité communiste qui, précisément, me porterait alors à être « avec eux » et à militer en conséquence, pourquoi pas à la CNT-AIT... Cette démarche avec ses avantages et inconvénients n’engage personne d’autre que moi à Meeting, elle ne peut être la seule évidemment, sans quoi il n’y a pas de théorie possible, mais dès lors qu’il y a embarquement et que ça passe par des individus, la question est immanquablement posée, qu’on participe aux luttes dont on parle ou pas - personne n’est partout, mais personne non plus ne peut s’abstraire de sa propre situation sociale pour prétendre atteindre, dans la globalisation, à plus de justesse générale de vue.

      Quand j’affirme ce « comme eux » c’est dans la nature d’un rapport social et de ce qu’il produit de la part de cet être humain quand il le détruit, d’une façon ou d’une autre. Et j’affirme que cela ne supporte pour moi aucune intervention politique extérieure qui ne mérite d’être brûlée comme une voiture, mais de flic, cette fois, c’est même étonnant que certaines orgas ne se soient pas encore fait jetées plus violemment. Après, les voisins font ce qu’ils veulent, je dirais que ça ne me concerne pas sauf si j’en suis, et je n’aurais pas alors besoin d’une étiquette pour savoir quoi faire. Je le ferais même sans savoir ce que c’est, si c’est conscient, humain, prolétarien, naturel ou pas. Il me semble évident qu’étant sur place, j’aurais pu faire la même chose que certains parents, ou voisins appartenant ou non à la CNT-AIT.

      Mon « comme eux » est donc tout, sauf ce qui en est fait là. Il se situe sur un autre terrain que votre « avec eux ». Que cela n’ait pas été compris, signifie certes que je n’ai pas été assez clair ou que je ne le comprenais pas alors en l’écrivant, mais renforce selon moi la nécessité de la critique faite par le texte, quitte à revoir la formulation pour diverses raisons etc.

      Si Meeting peut et doit permettre de discuter de tel tract, ou de telles interventions dans telle situation, ce n’est sûrement pas dans le but de dire ce qu’il fallait faire ou ne pas faire, ce que les autres ont faux et que de supposés "communisateurs" feraient de juste. En tant que tels, je suis d’accord, ils n’ont rien à y faire que passer pour des clowns, s’ils ne sont pas réellement et spécifiquement comme ceux qui ont des raisons de brûler des voitures, et pourquoi pas une bibliothèque (il y a dans la discussion un amateur de subtiles distinctions pour novembre 2005, mais qui considère Debord plus pertinent 40 ans après son texte sur Watts : subtilité somme toute assez grossière, on devrait faire une liste des priorités pour "la prochaine fois le feu !" comme disait Baldwin : à brûler d’urgence, peut attendre, à éviter...).

      J’intervenais à 9 mois de l’événement et j’en étais alors à 800 kilomètres. Pendant les émeutes, de toutes les discussions ou de ce que j’ai pu écrire, jamais je n’ai sauf erreur affirmé être « avec les émeutiers » ni les « soutenir », mais d’abord la nécessité de comprendre ce qu’ils font d’où ils le font et pourquoi. Total respect.

      Amical à tous,

      ya personne d’autre que moi, à Meeting ?


      • « La voiture du voisin », FC , 10 septembre 2006

        Il ne s’agissait pas de savoir si ce qui se passait il y a quarante ans était mieux que ce qui s’est passé il y a un an mais de comparer l’analyse de la situation, je le note et je le regrette peu de textes lucides, pertinents et informatifs ont été écris sur les événement de Novembre 2005.

        En ce qui concerne les bibliothèques sans tomber dans la mystification inversse, pourquoi ne pas reconnaître que les théories marxistes ont permis ton cheminement philosophique fût il teinté de pensée prolétarienne


        • « La voiture du voisin », Patlotch, 13 septembre 2006

          FC : Il ne s’agissait pas de savoir si ce qui se passait il y a quarante ans était mieux que ce qui s’est passé il y a un an mais de comparer l’analyse de la situation, je le note et je le regrette peu de textes lucides, pertinents et informatifs ont été écris sur les événement de Novembre 2005.

          Le passage en question est celui-ci :

          FC : C ’est rôle d’une publication révolutionnaire que de donner raison aux insurgés, écrivait Debord dans son texte sur l’émeute de Watts. Il n’affirmait pas que la raison manquait aux émeutiers, ni que l’IS avait un rôle d’avant garde à jouer dans cette événement seulement qu’il se solidarisait des insurgés, car ils les savaient porteurs d’un colère légitime ( oups !). A ce propos, je n’ai pas encore lu de texte aussi intelligent sur les évènements de l’hiver 2005.

          FC ne prétends certes pas que le texte de Debord/Watts est plus « intelligent » (?) à propos de « l’hiver 2005 » (je suppose qu’il s’agit de novembre, hiver précoce mais chaud s’il en fut), que ceux qu’il « n’a pas encore lus » sur « les événements ». Sans creuser ce que signifie cet « intelligent » la question est bien celle de « l’analyse » et du rapport entretenu par celui qui la produit à son objet.

          Le premier point qui sépare les textes de Meeting (et d’autres au demeurant)
          ) dans ce rapport, en admettant que cette revue revendique le statut de « publication révolutionnaire » (ce qui serait déjà tout un programme, autre aspect du même débat...), c’est que personne, je pense, participant de cette publication n’imagine une seconde de « donner raison aux insurgés ». Je n’y reviens pas, c’est un objet du texte initial "La voiture du voisin" et celui du débat qui s’en est suivi (extériorité militante, légitimation etc.). Après tout, si certains à Meeting voient les choses autrement, ils peuvent le dire (moi je n’écris pas « nous », j’y reviendrai peut-être). Debord /Watts plus « pertinent » que la plupart des textes / novembre 2005, sans doute, il suffit alors de bien choisir ses lectures (voir une sélection sur mon site Révoltes en France novembre 2005 où figure d’ailleurs le texte de Debord et celui, à mon avis plus fécond, de Bruno Astarian en 93, extrait recopié de son livre L’émeute comme limite de la socialisation du welfare

          Le second point, et sans prendre le soin de vérifier ce texte particulier, c’est qu’il s’inscrit logiquement dans le projet de l’IS en général et de Debord en particulier, dont toute leur posture consiste à élaborer la théorie dont s’emparerons les masses, opérer en quelque sorte la jonction entre théorie et pratique (voir ce qu’ils disent de leur rôle en 68 en particulier, et l’activisme intellectuel de Debord par la suite, en Italie comme en Espagne). Voilà qui nous ramène peu ou prou à la même question.

          « lucides » ??? une telle affirmation étant en quelque sorte indiscutable, je n’en discuterai pas.

          « informatifs » cela doit bien être à peu près complètement faux, bien que je n’ai pas lu la presse qui rendait compte des événements à l’époque. Debord ne prétendait d’ailleurs, ni dans ce texte ni dans tout ce qu’il a écrit, être "informatif". Pour ce qui est de « novembre », on a pu se passer sans problème de « révolutionnaires », de textes d’analyses, et même de tracts, pour obtenir des informations : pour en manquer, il fallait le vouloir (parce que le spectacle, justement, est tout sauf un mensonge, n’en déplaise à son ’inventeur’).

          Concernant la parole (ou les écrits) des « premiers concernés », elle n’était pas, ne pouvait être explication, justification, auto-légitimation précisément (de type "nous mettons/ nous avons mis le feu parce que..."), cela aurait été un non-sens (incendie sans paroles ! justement = privés de parole, d’écoute, de place, nous brûlons tout ce qui fait notre échec). Cela dit suffisamment ont parlé pour qu’on sache ce qu’ils pouvaient dire de ce qu’ils faisaient. Au moins cela aide-t-il à comprendre qu’il n’y avait rien à y ajouter, pendant, qu’à faire comme eux, ou se taire. D’ici quelques temps, on aura sans doute des textes d’enquêtes sociologiques, utiles, même si leur teneur théorique est variable. J’ai lu après coup Violences urbaines, violence sociale / Genèse des nouvelles classes dangereuses de S. Beaud et M. Pialoux, 2003, on y trouve des parcours de ceux qui mettent le feu, à qui ce livre donne la parole.

          En ce qui concerne les bibliothèques sans tomber dans la mystification inversse, pourquoi ne pas reconnaître que les théories marxistes ont permis ton cheminement philosophique fût il teinté de pensée prolétarienne

          Ah bon ? J’ai un « cheminement philosophique » « teinté de pensée prolétarienne » ? Quelle horreur ! Je ne le savais pas ni pour l’un ni pour l’autre, et je m’en passe très bien. Une belle âme communiste sans doute et plus sûrement une origine et une expérience propres qui ne m’ont jamais dissuadé d’essayer de faire quelque chose de plus concret, y compris lire des livres, dont beaucoup empruntés dans les bibliothèques, tu as factuellement raison.

          Mais poser la question « mais pourquoi des bibliothèques ? », c’est ne rien comprendre au feu même, quel qu’en soit le combustible. Même Debord le savait : il suffit de lire son texte intelligent, lucide, pertinent et informatif sur les émeutes de Watts.

          Amical’

          a-communisme

          • « La voiture du voisin », FC , 14 septembre 2006

            Mais poser la question « mais pourquoi des bibliothèques ? », c’est ne rien comprendre au feu même, quel qu’en soit le combustible. Même Debord le savait : il suffit de lire son texte intelligent, lucide, pertinent et informatif sur les émeutes de Watts.

            Je n’ai rien lu de tel mais peut être es ce mon filtre intellectualisant qui m’a empêché de l’apercevoir. En tous les cas, tu ne sembles pas vouloir soulever cette question ce qui est politiquement intéressant. Nous ne sommes pas loin de l’essentialisme, malheureusement, je peux comprendre que tu fréquente peu les bibliothèques, mais je continue à penser que ces dernières peuvent être un instrument de connaissance et donc de conscience, non je ne crois à la reproduction sociale à la Bourdieu, ni même qu’il existe une culture bourgeoise mais que ces explications sont toujours trouvé à posteriori et expliquer par certains sociologues. Les réponses qu’ils ( les émeutiers ) pourraient choquer tes ornières prolétariennes.


            • « La voiture du voisin », , 15 septembre 2006

              « Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur être ; c’est inversement leur être social qui détermine leur conscience. » Préface à la Critique de l’économie politique, Karl MARX, 1859

              Mon être social m’a conduit dans les bibliothèques comme d’autres à les brûler ; moi à le comprendre toi à interroger la conscience qu’ils en auraient, ou à vouloir la changer, en les envoyant dans les bibliothèques. S’ils y lisent les livres comme toi des textes d’une demi-page, ça risque d’être long.

              Ma fréquentation des bibliothèques m’a aidé à comprendre ce que l’existence montre et produit, toi manifestement, ici, à lire ou saisir de travers, avec un problème de la conscience des autres, mais pas de la tienne.

              « Les réponses des émeutiers » à ce qu’ils vivent, c’est ce qu’ils font, qui ne risque pas de « choquer [mes] ornières prolétariennes », beau contre-sens si tu avais commencé par comprendre ce qu’est Meeting, et les textes produits entre autres sur les « émeutes » (n°3 et débats). Quant aux sociologues, tu pourrais commencer par lire ceux que j’ai référencés, et qui s’appuient sur l’existence et la parole des « émeutiers », puisque tu affirmes qu’elle t’intéresse.

              Tu m’excuseras, je peux être patient, mais le minimum exigible dans un débat même polémique, c’est qu’il porte sur ce qui est dit et écrit, pas sur des inventions. Avec toi, ce serait interminable. Tu comprendras (?) qu’en ce qui me concerne, c’est terminé.

              15 septembre

              Patlotch

              • « La voiture du voisin », FC , 17 septembre 2006

                On tombe dans l’essentialisme dans la mesure, où en brûlant une bibliothèque on empêche certaines personnes de se saisir de ces références, justement et conscience, prolétariat, meeting ou non, se sachant consciement ou non priviligié, puisque les documents peuvent être en accés ailleurs, tu cliques grâce à ton ordinateur super sophistiqué et tombe sur le site qu’il faut, tu sais que tu peux avoir les textes d’une façon autre façon. Reste l’explication que le prolétaire se révolte parce que prolétaire qui est encore une fois politiquement interessante.


    • « La voiture du voisin », , 8 septembre 2006

      Cette réponse dit tout :

      "Se dire comme eux, vous pouvez l’écrire ici, mais le dire là-bas quand on est un "fromage" c"est de suite se discréditer parce que c’est faux ou du moins compris comme faux. Si vous commencez par raconter des blagues vous passerez pour des clowns"

      Nous passerons pas pour des clowns car nous n’irons rien leur dire là-bas ! parce qu’on na rien à leur dire, on fait comme eux ou on s’écrase, contrairement à la CNT AIT qui bien sûr ne veut pas être "discréditée". Vous voulez être reconnus tant pis ou tant mieux pour vous.

      A part ça vous n’avez rien compris aux thèses de Meeting nous n’avons jamais dit que le prolétariat est le SUJET de la révolution, votre "critique " de ce que vous appeller "marxisme" est vraiment triste.

      Gardez votre "libre arbitre" juger les luttes et décrétez les "légitimes" c’est important pour vous qui ne voulez pas passer pour des clowns, ce qui ne vous empêchera pas de rester des fromages

      Pour notre part nous continuerons d’essayer d’analyser les luttes et le cours du rapport entre les classes, ce qui n’a rien à voir avec une histoire de "sujets"


      • « La voiture du voisin », , 10 septembre 2006

        « A part ça vous n’avez rien compris aux thèses de Meeting nous n’avons jamais dit que le prolétariat est le SUJET de la révolution, votre "critique " de ce que vous appeller "marxisme" est vraiment triste. »

        Excusez je débarque... Quelles sont les thèses de Meeting ? Et d’où vient ce « nous » qui s’exprime de la sorte comme une synthèse des dites thèses ? Existe-t-il à Meeting des thèses assurées au point qu’une voix soit en mesure de s’élever pour les défendre ? Si oui, lesquelles, si non qui ouvre sa gueule ici et à quel titre ?

        N.B.


        • « La voiture du voisin », , 14 septembre 2006

          Quand je parle des "thèses de Meeting" je me réfère au texte de 4ème de couverture et au texte de l’invite qui a initié Meeting. Il n’y est jamais question du prolétariat comme sujet, l’idée n’en est pas suggérée non plus, la communisation est l’abolition de toutes les classes et toute organisation de classe est clairement posée comme étant aujourd’hui impossible ("confrontée à son échec").

          Personnellement je me référe aussi aux analyses de la revue "Théorie communiste" dont les participants soutiennent Meeting et y écrivent, il n’y pas recouvrement entre toutes les analyses développées dans Meeting mais profondes convergences entre elles dans le cadre des courtes mais denses prises de position que je rappelle ici :

          "Un courant communisateur existe au travers d’expressions théoriques diversifiées et de certaines pratiques dans les luttes actuelles. Ce courant est le fait d’un certain nombre d’individus ou de groupes partageant aujourd’hui (chacun à leur façon), tant théoriquement que pratiquement :

          la constatation que toute organisation de classe permanente, préalable aux luttes ou persistant au-delà, est aujourd’hui confrontée à son échec.
          la conviction que la seule perspective révolutionnaire actuelle est celle de la destruction du capitalisme et indissociablement de toutes les classes,
          la certitude que la lutte de classes entre le prolétariat et la classe capitaliste est partout dans le monde l’unique dynamique de cette destruction,
          la critique de toute perspective révolutionnaire incluant une période de transition vers le communisme,
          la conviction que la destruction du capitalisme n’ouvre pas la voie au communisme mais ne peut qu’être immédiatement la communisation de tous les rapports entre les individus.
          La communisation n’est pas un programme qu’il faudrait appliquer, ni même quelque chose que l’on pourrait d’ores et déjà définir comme un but à atteindre, mais les voies qui y conduisent sont à explorer et cette exploration se doit d’être internationale. La diversité et les oppositions internes, pour ne pas dire les conflits, au sein de ce courant communisateur sont définitoires de son existence et elles doivent être reconnues".

          Quand je dis "nous" je signifie qu’il y a un collectif qui produit Meeting avec lequel je me sens lié, d’autant plus qu’on peut pas y adhèrer mais constater qu’on y participe !

          BL


      • « La voiture du voisin », Uno de la CNT AIT, 14 mars 2007

        Quand tu dis : "Nous passerons pas pour des clowns car nous n’irons rien leur dire là-bas ! parce qu’on na rien à leur dire, on fait comme eux ou on s’écrase, contrairement à la CNT AIT qui bien sûr ne veut pas être "discréditée"."

        A mon avis ta vision est très réductrice : qu’entends tu par "on fait comme eux" ... Si on lit les différentes interventions, je crois comprendre que "faire comme eux" cela veut dire "on brule des voitures".

        Or à mon avis il n’y avait pas pendant ces révoltes (mais on pourrait dire la même chose de tout évènement de même nature) un "eux" homogène. Par ailleurs les "actions" qui ont été faites l’ont été dans un registre très riche et diversifié, en tout cas beaucoup plus varié que ce que ton intervention sous entend.

        Dans la révolte, s’il ya eu des "eux" pour bruler des voitures, attaquer la police, etc ... il y a eu aussi des "eux" pour se dresser face aux gardes mobiles et chercher à les empêcher d’interpeller les autres "eux". C’est un tout cohérent. Et le fait qu’il y ait cette interaction entre les différents registres d’action permet peut être aussi de comprendre pourquoi ces révoltes ont pris cette fois cette ampleur ... On se sent d’autant plus de cramer une bagnole qu’on sait qu’on bénéficiera d’une protection immédiate pour un repli tactique puis prolongée par le silence en cas de questions malvenues ...

        Après c’est à chacun de juger ce qu’il fait (de chacun selon ses capacités ...), dans quelle registre du "eux" il se place, en fonction de ses connaissances tactiques et l’analyse du cours du rapport entre les protagonistes ...

        Maintenant, je ne pense pas qu’il y ait eu un seul compagnon qui se soit pointé en brandissant une carte (sous réserve qu’on en ait ;-) ou en s’affublant d’autocollants pour être reconnu en tant que tel ... Pour le coup, c’est sur qu’il serai passé pour un véritable bouffon et qu’il aurait mis la honte à tout le monde ...

        Par ailleurs, là où tu es discrédité avec certitude et pour longtemps, c’est effectivement si tu t’écrases alors que babylone brule ...