Fonctionnaires, encore un effort pour devenir communisateurs: Prolétariat de l’Etat du capital, le petit fonctionnariat sera doublement aboli dans la communisation - Patlotch

samedi, 16 juillet 2005

L’Etat est le patron du fonctionnaire. Il l’est doublement

1) comme capital particulier gérant des moments ou des secteurs entiers producteurs ou circulateurs de la valeur en procès, pour la valorisation et la reproduction du capital ;

2) comme Etat organisant le capital général, la société qu’ensemble ils subsument : pas de capitalisme sans Etat, pas d’Etat sans capital (pas de post-capitalisme fondé sur un Etat).

Inversement, le fonctionnaire a la double qualité de salarié de l’Etat-capital et de producteur d’activités pour le compte de l’Etat du capital :

Le fonctionnaire exploité

Selon le premier point de vue, le petit fonctionnaire (1) est exploité, et si son travail ne crée pas de plus-value (2), du moins son salaire et ses conditions sont-elles déterminées pour dépenser le moins possible de la valeur créée par les travailleurs productifs :(réduire le temps et les frais de circulation du capital général (3), que représente son salaire payé par l’impôt). Le (petit) fonctionnaire est un prolétaire particulier, que l’Etat en tant que patron exploite comme salarié, et qu’il protège en tant qu’agent assurant ses fonctions pour le capital.

Le fonctionnaire agent de l’Etat du capital

Selon le second point de vue, en tant qu’agent de l’Etat, le fonctionnaire met en oeuvre sa force de travail pour le compte de l’Etat, au service du capital. Il est question ici du fonctionnaire en général, quelle que soit sa production ou sa fonction spécifique, la Fonction publique étant considérée comme un tout fonctionnel de l’Etat. En subsomption réelle et dans ce cycle après restructuration (fin de « l’Etat providence » du cycle programmatiste), l’Etat sert globalement le capital, et le fait de plus en plus exclusivement. Il n’a pas une part d’activités pour le capital, une autre contre, que l’on pourrait séparer et opposer, comme le fait l’idéologie du service public, qui est un déni de la lutte de classes au nom de l’« intérêt général ». Ce qui est vrai globalement se reproduit moins visiblement au niveau de telle ou telle activité (cogner sur des manifestants est différent qu’enseigner ou soigner des malades), mais ce n’est qu’une illusion de l’approche socio-économique, sectorielle voire individuelle des rapports sociaux, selon laquelle les mesures de l’Etat, arbitre neutre au dessus de la société, seraient le produit d’un rapport de force entre les classes, pouvant être favorable au prolétariat jusque dans sa lutte contre le capital, ce que la restructuration interdit dans ce cycle. Contester ce point relève d’une illusion programmatiste (social-démocrate ou léniniste), ou démocratiste radicale, citoyenniste en l’occurrence. Cette conviction présuppose que les prolétaires sont des imbéciles incapables de s’auto-organiser sans Etat (auto-organisation communiste), ce qui dénote au demeurant un manque d’imagination et de projection sur une capacité créatrice a priori illimitée (certes imprévisible, non programmable dans ses formes(4)), hors de ce mode de production, une fois supprimés la valeur et l’échange.

Citoyen-fonctionnaire, même combat : les luttes en tant que prolétaires-fonctionnaires comme limites étatistes

A partir de là, les luttes des fonctionnaires, en tant qu’exploités par l’Etat, ne peuvent se traduire, corporatisme ou pas, que dans des revendications (salaires, effectifs, moyens) par définition étatistes, donc capitalistes. C’est une limite de leurs luttes, dans l’Etat, qui est bien en-deça de celles qui remettent en cause le salariat, l’identité du prolétariat (dans le capital). Tout le leurre du citoyennisme, dans le champ de la Fonction publique, consiste à faire passer ce qui est d’emblée défense de l’Etat (du capital) comme pouvant s’y opposer, et tous les discours syndicaux et politiques ne peuvent qu’alimenter ce leurre. Le petit fonctionnaire en tant que salarié de l’Etat (prolétaire exploité) cache ses revendications derrière celles de l’agent de l’Etat (du capital), en les présentant comme défense du service public (contre le capital), ce qui lui vaut les encouragements citoyens (décembre 1995 ouvrant le bal, la démocratie radicale invite le capitalisme propre à danser). Certains n’hésitent pas à transformer « l’intérêt général » (celui du capital) en intérêt du « peuple », pour ne pas dire du prolétariat (les gauchistes mous du démocratisme radical, ayant abandonné le mot et le concept, font l’économie de cette bourde par la dérive langagière sur fond de républicanisme pré-marxien, idéologie historique de la bourgeoisie). Les citoyens comme les fonctionnaires sont en demande, sinon de plus d’Etat, de « mieux d’Etat », (en quoi ils sont paradoxalement, dans le démocratisme, des libéraux, cf. libéraux-libertaires). Mais alors que le citoyen n’est qu’une construction idéologique, les fonctionnaires, de par leur fonction sociale et leurs intérêts immédiats à la préserver, constituent une base sociale réelle à cette idéologie, déclinée très prosaïquement en « éthique » et « déontologie » du service public, culture consensuelle de l’entreprise-Etat, au sein de la Fonction publique.

Détruire ou conserver l’Etat : choisir c’est renoncer

De cette identité double du (petit) fonctionnaire, salarié et agent de l’Etat, il découle qu’en tant que prolétaire dans la communisation, il aura à se déterminer fondamentalement face à ce choix : détruire ou conserver l‘Etat. Loin de l’idée que les fonctionnaires devront seuls et seulement s’occuper de l’Etat, les ouvriers des usines, et les vendeuses des magasins d’alimentation etc., certains seront bel et bien dans des situations facilitant telle ou telle action de destruction, d’accaparement ou d’organisation de la vie dans le processus révolutionnaire de la communisation. Un enjeu sera de prendre à l’Etat, dans le processus de sa destruction, la maîtrise de certaines fonctions d’organisation « sociale ». Dans une situation révolutionnaire durable (processus), l‘armée, la police d’un côté, la santé d’un autre, par exemple, ne seront plus, relativement au prolétariat et au capital, dans les même rapports respectifs qu’en subsomption réelle : on peut penser qu’un certain nombre d’activités, de savoirs et de compétences, ou de stocks d’informations seront utilisables non pas seulement dans l’optique d’un Etat prolétarien (donc capitaliste), mais indispensables à l’organisation des choses (5) de la communisation en procès, comme mesures communisatrices, pour l’auto-organisation communiste (6).

D’une part, et de la même manière que le prolétariat en général devra s’abolir en tant que classe pour abolir le capital, le fonctionnaire devra s’abolir, ou être aboli, dans sa double qualité de salarié (prolétaire) et d’agent de l’Etat (du capital), contre quoi la communisation rencontrera toutes sortes de résistances : dans cette lutte, elle affrontera tout à la fois les tenants avérés de l’Etat capitaliste (comme classe capitaliste ou ses alliés), les partisans de la dictature du prolétariat, et les citoyens radicaux démocratistes ou conseillistes, qui se retrouveront ensemble pour défendre l’Etat.

D’autre part, les communisateurs devront assurer certains contrôles ou fonctions d’organisation des choses à plusieurs niveaux et pas seulement au plus local (dans des rapports de proximité), sauf à prôner la communisation comme anarchie de petites communautés quasi autonomes, ce qui rendrait problématiques ses communications, son extension, et sa victoire mondiale. Voilà qui ne se fera pas aisément, sans préparation le moment venu, sans discernement, sans théorisation spécifique de la communisation sur ce point de l‘organisation des choses. En quoi détruire ou conserver l’Etat peut supposer de faire un tri dans les fonctions d’organisation collective qu’il assure au sein du capital, certaines à détruire, d’autres à faire changer fondamentalement de nature. Certes, la contradiction de l’exploitation ne se détermine pas en dernière instance comme fixation par l’Etat des rapports capitalistes. La solution n’est pas interne à la sphère publique, mais elle sera rendue plus difficile sans basculement en masses de fonctionnaires dans la communisation.

Fonctionnaires, encore un effort pour devenir communisateurs

L’enjeu n’est pas mince, du moins en France : alors que les fonctionnaires sont pensés par l’idéologie démocratiste comme le dernier rempart contre l’ultra-libéralisme (c’est la spécificité des discours syndicaux et politiques sur le service public, de Thibault à Villepin), et qu’elle se présente aussi sous des atours anti-étatistes, ils pourraient devenir en masse dans la communisation le dernier rempart de l’Etat, donc du capital. Les actes de désobéissance des fonctionnaires sont extrêmement rares, mais surtout l’organisation actuelle du travail dans la Fonction publique ne se ramène pas à la simple application d’ordres donnés par une hiérarchie dont il suffirait de couper les têtes : il n’y a pas d’automates dans l’administration, et par certains côtés, les fonctionnaires sont de plus en plus qualifiés et auto-productifs de et dans la gestion des fonctions étatistes. Les évolutions managériales comme celles du rapport des fonctionnaires au travail ont fait des ravages, même s’il y a loin des discours ou des attentes aux réalités vécues et perçues. Quoi qu’il en soit, l’appareil étatique comme machinerie gestionnaire fonctionne largement de lui-même, en roue libre, dans une relative indépendance des pouvoirs politiques, voire de la haute administration. A l’inverse, qu’est-ce qui fera que les fonctionnaires, contre la spécificité du rapport à « l’intérêt général » qui est leur idéologie "de métier", auront intérêt à devenir communisateurs, c’est-à-dire à remettre en cause ce qui leur apparaît, traversant et dépassant tous les discours politiques, comme le sens, la finalité de leur travail, le « service public » ? Celui-ci est-il, en partie, dans certaines activités, lesquelles, renversable du service de l’Etat à celui de l’organisation des choses communisatrices, et sous quelles conditions ?

La nécessité pour la communisation de théoriser la destruction de l’Etat et l’abolition du fonctionnariat

On peut dire que ces questions sont prématurées (4), elles ne s’en poseront pas moins de façon très concrète, et la théorie devra intervenir de plus en plus concrètement, non seulement en principe, comme rapport aux luttes en se formulant comme « abstraction théorique », mais au sein de pratiques conscientes explicitant la potentialité positive de la communisation, construisant la communauté humaine, pour laquelle il sera bien nécessaire de programmer des mesures et de s’organiser pour les mettre en oeuvre. Dans le champ abordé ici, c’est la condition pour que la communisation ne soit pas dévoyée par l’idéologie de la gestion, prolongeant ou réintroduisant la séparation, l’aliénation. La « rationalité » gestionnaire est à la fonction d’Etat ce que le discours économiste est au capital : au-delà de la bureaucratie technocratique, il faudra détruire l’esprit de gestion, qui structure l’activité administrative des individus fonctionnaires, en tant qu’ils sont agents de l’Etat, comme rapport aliéné d’extériorité à la « société » et particulièrement aux autres prolétaires. Dans l’immédiat, il est nécessaire de combattre l’idéologie du service public comme un aspect de l’étatisme portant le citoyennisme et le démocratisme.

La communisation comme rupture et transition révolutionnaire

Si le communisme est produit sans transition depuis le capitalisme, la communisation n’en est pas moins une fois déclenchée un processus de transition, de transformation communiste d’un état d’organisation par l’Etat en un état d‘auto-organisation sans Etat, dont les formes seront à créer. Si toutes les classes sont abolies dans ce processus, les individus qui se produiront par et dans la communisation n’en auront pas moins à s’organiser collectivement, non seulement pour lutter, mais dans le but positif de vivre libres ensemble.

Quelles luttes théoriciennes ?

Peut-on espérer que les luttes (théoriciennes) des fonctionnaires prolétarisés posent les limites de leur double qualité de salariés et d’agents de l’Etat, se niant en tant que tels, pour devenir le moment venu communisateurs (révolutionnaires) ? Il sera important de voir en quoi elles se distingueraient alors de positions démocratistes, voire citoyennistes, dans la spécificité du prolétariat fonctionnaire contre son employeur l’Etat du capital. Le critère en dernière analyse est qu’ils se perçoivent comme exploités par l’Etat parce qu’exploités par le capital, aux fondements de la valeur et de l’échange, mais il ne s’y résume pas : on ne peut abolir le capital sans détruire l’Etat, ce qui suppose d’abolir le fonctionnariat.

Patlotch, 13 juillet 2005

Notes

(1) J’entends, par facilité, petit fonctionnariat comme les fonctionnaires qui ne sont pas de fait membres de la bourgeoisie, salariés de l’Etat appartenant à la classe capitaliste. Définir la frontière entre les deux ne peut se faire qu’en pratique, mais on peut s’en faire une idée.

(2) Je n’entre pas dans la considération du travailleur collectif ou du « general intellect » (Grundrisse...), au sein duquel certains fonctionnaires participeraient à la création de valeur, par exemple dans le secteur de la recherche, ou des transports et d’une façon générale de l’aménagement du territoire. Que le fonctionnaire soit considéré ou non comme productif ne change pas grand chose en subsomption réelle du capital, qui est devenue globale, au-delà de la production, sur l’ensemble des rapports sociaux.

(3) Alain BIHR, 2001, La reproduction du capital, t. 1, VIII, la reproduction du capital du point de vue de la circulation, 3. Réduire le temps et les frais de circulation. Cette référence n’empêche pas que le contenu de cet article s’oppose frontalement aux positions politiques, transitionnistes, de BIHR.

(4) « [...] l’humanité ne se pose jamais que des problèmes qu’elle peut résoudre, car, à y regarder de plus près, il se trouvera toujours que le problème lui-même ne surgit que là où les conditions matérielles pour le résoudre existent déjà ou du moins sont en voie de devenir. » Marx, Préface à la critique de l’économie politique.

(5) Préférable à « administration des choses », rapport d‘extériorité bureaucratique, qui fait rentrer l’Etat par la porte de derrière.

(6) En quoi je crois nécessaire de distinguer l’« auto-organisation » politique et sa nécessaire critique (cf L’auto-organisation est le premier acte de la révolution, la suite s’effectue contre elle) et, sauf à trouver un autre terme, l’auto-organisation proprement communiste des rapports d’« immédiateté sociale des individus », qui ne sont pas concevables entre individus séparés, mais comme appartenant à la communauté humaine à construire (positivité de la communisation). D’une façon générale, le problème des illusions immédiatistes ou « autonomistes », c’est leur évitement de la révolution, en quoi elles sont contre-révolutionnaires, ce qui n’invalide pas dans la communisation toutes les formes qu’elles auront expérimentées dans le capitalisme : c’est un autre débat. Voir Le communisme sera l’auto-organisation du vivant, des êtres humains et de la nature

Commentaires :

  • > Fonctionnaires, encore un effort pour devenir communisateurs, Bernard Lyon, 17 juillet 2005

    S’agissant des fonctionnaires leurs luttes ont les mêmes limites que toutes les autres, elles sont toutes prises dans la défense de ce qui reste d’Etat-providence : Sécurité sociale, retraites, école publique, diplômes nationaux, et défense des services publics en général. Ce sont des caractéristiques de la limite actuelle des luttes de classe, elles ne posent plus, même de manière parfaitement fallacieuse, aucun au-delà du capital, elles sont profondément démocrates-radicales. La défense des services public et la demande d’un retour à une gestion keynésienne de l’économie, ne sont pas en elles-mêmes défense de l’Etat au sens de la défense de l’indépendance de la communauté et de l’existence des classes. Elles sont, dans la logique DR, défense de la condition salariale ici et maintenant, contre la poursuite de l’attaque du capital et contre la mondialisation « libérale ». Le fonctionnariat fournit avec les profs les gros bataillons d’Attac et on pourrait voir là le signe d’une défense contre-révolutionnaire de l’Etat, mais toutes les enquêtes le montre, maintenant on devient prof pour la sécurité de l’emploi pas par vocation, raison essentielle pour défendre l’éducation nationale certes, mais dans ces conditions on ne partage pas l’idéologie du service public.

    Les fonctionnaires ne s’aboliront pas comme fonctionnaires mais comme travailleurs salariés (ou non) comme tout le monde. Il faut bien voir que jusqu’à la communisation en acte, et même pendant (parce que rien ne se passera simplement), les prolétaires resteront attachés à leur capital qui est pour eux, jusqu’au dépassement acquis, leur propre objectivité. Il n’y a qu’à penser aux « Lu » aux « Lustucru » et maintenant aux « Nestlé », tant que le transport ferroviaire n’est pas privatisé les cheminots ne seront pas les « SNCF » mais ça ne va pas durer

    La seule question c’est l’abolition de l’Etat, elle contient l’abolition du capital car l’Etat n’est pas un cadre pour les capitalistes, il est l’existence immédiate du capital en tant que société face aux prolétaires, l’abolir c’est abolir la société et cette abolition se fait par l’emparement de la totalité sociale, on s’empare de tout, que ce soient des éléments des capitaux privés ou d’Etat, cela n’a plus aucune importance.

    Je peux dire que je prône la communisation comme anarchie, l’anarchie ne fait pas penser aux petites communautés autonomes qui actuellement sont plutôt à rattacher zapatisme du Mexique et de partout, elle est abolition positive de l’Etat. Le tri à faire est vrai pour tout, les moyens de production, les stocks d’informations, seront, soit à conserver, soit à transformer, soit à détruire. Il n’y aura pas de « fonction » à conserver, les réseaux matériels, de transport, de communisation, d’observation sont des moyens de production, ils seront traités de la même façon. Et ce traitement se fera sans préparation et donc avec le plus grand discernement, mais il se fera comme un élément de la lutte et pas à tête reposée

    Ce qui contraindra les fonctionnaires à entrer en lutte ce sera sans doute que l’Etat ne voudra plus qu’ils le soient (Mais on vu comment à Fance-Télécom la privatisation à préservée le statut des agents en place, embauchant les seuls nouveaux sous contrats privés). L’idéologie du service public, dans la mesure où elle existe encore, va subir le sort des services publics eux-mêmes, qui pour beaucoup ne le seront bientôt plus. Les services public productifs n’échangent pas leurs marchandises-services contre de la plus-value, mais contre de l’impôt ou du déficit budgétaire, ce qui constitue un prélèvement sur la masse totale de plus-value, cette situation à permis de faire fonctionner (dans le cadre d’un capital bouclant son cycle dans les limites nationales) des services indispensables à bas coup pour les capitaux privés, puisque la rentabilité n’était pas le 1er objectif de ces services (transports, énergie, communications). Maintenant les capitaux, dominants au niveau mondial et/ou européen, ne veulent plus laisser ces capitaux non-valorisés au bénéfice de capitaux locaux et de faible masse. Dans ce mouvement, les privatisations sont un élément de l’offensive contre les salariés et contre le petit capital, contre tout ce qui reste encore de la péréquation dans le cadre de l’Etat-nation (le référendum a montré clairement que les petits patrons se savent victimes de la mondialisation et des délocalisastions, comme les salariés et les fonctionnaires qu’ils abominent, mais que Villers et Le Pen n’ont pas attaqué cette fois, l’agoraphobie - au double sens du terme agora : marché et espace - de droite et de gauche, réunissant tout le monde dans la défense de ce qui fait de la France un anomalie dans le monde contemporain, son fameux « modèle social français »).

    La limite des privatisations c’est l’Etat lui-même, ses fonctions régaliennes, l’armé et la police avec le contrôle territorial et les contrôles aériens et maritimes, le système juridictionnel et la magistrature, la diplomatie ; la défense des services publics est la lutte contre cette perspective de guerre de classe du capital contre le prolétariat, la « petite bourgeoisie d’Etat », les fonctionnaires et les petits capitalistes ruinés, ( cf. la directive « Frankenstein » et le « plombier polonais »).On pourrait craindre que se constitue un bloc défensif souverainiste dont les fonctionnaires seraient le fer de lance (le non de gauche). Une telle perspective serait un populisme (le peuple fait son grand retour dans les tracts du PC) dont Bové se ferrait bien le leader du 1er tour avant de tenter de mettre Fabius en selle.
    Les péripéties de la gauche de gauche et du souverainisme ne sont pas palpitantes, mais elles montent les seules possibilités réelles du danger de l’idéologie du service public attaquées dans l’article. Quand la lutte de classe sera au niveau où la question du dépassement se posera concrètement, le service public, d’une part, sera largement réduit à la portion congrue, et d’autre part la question existera collectivement dans le mouvement des emparements, la question des services publics sera plutôt devenue celle de demander ou pas l’Etatisation des entreprises dont les prolétaires seront emparées, question explosive parce que c’est le mouvement de la révolution qui est en cause ; arrêt ou poursuite, ralentissement ou accélération. L’idéologie du service public n’est plus en cause quand il s’agit de constituer la communauté comme lutte contre le capital mondial.

    On peut penser que sors du sujet, je vais donc venir à un autre aspect de la question celle de comment s’opposer au démocratisme radical.

    Le DR est le produit spécifique de la période il est incontournable, il ne peut pas ne pas être, il est la manifestation de la possibilité la révolution, qui était destinée à être écrasée au temps du programme. Etre anti-idéologie du service public est tout aussi impossible qu’être anticitoyenniste, ou plutôt on peut l’être, mais on postule ainsi le rôle essentiel de l’idéologie dans le devenir des luttes et on sera , si, on est cohérent, lancés dans une chasse aux erreurs, aux illusions et aux mensonges mortifères.

    L’idéologie démocrate-radicale est dans une impasse et c’est cela qui devient visible (par exemple avec Lula). La communisation ne se prépare pas elle est déduite et elle s’imposera comme l’issue dépassant la crise. L’existence d’un écart dans le bouclage contre-révolutionnaire n’est pas à rechercher dans l’idéologie des services publics elle-même. Ce que j’ai dit sur les motivations, toutes matérielles, des nouveaux enseignants est peut-être la voie à explorer.


    • > Fonctionnaires, encore un effort pour devenir communisateurs, Patlotch, 27 août 2005

      Mes interventions ont un petit air de « Prêcher le faux pour savoir le vrai », mais bon, démarche initiatique oblige, chacun son rythme. Tout ça pour dire que si je me range grosso modo à la réponse de BL*, j’ai néanmoins quelques remarques.

      * Je ne conçois pas que mon texte pourrait être retenu pour la publication sans cette réponse de BL. Remarque à généraliser quant à l’articulation entre la Revue papier et les forums.

      D’une façon générale, l’intérêt de la réponse de BL est d’introduire une dynamique historique du cycle qui m’échappait, dans laquelle les services publics tendent à disparaître progressivement sous les coups de butoir des nécessités de la reproduction, tant et si bien qu’à l’heure de la communisation, la question ne se posera pas comme je proposais, pour simplifier comme auto-abolition du fonctionnariat en tant que spécifique dans le prolétariat. Pour autant il ne me semble pas avoir laisser entendre que « L’existence d’un écart dans le bouclage contre-révolutionnaire [serait] à rechercher dans l’idéologie des services publics elle-même. »

      S’agissant des fonctionnaires leurs luttes ont les mêmes limites que toutes les autres, elles sont toutes prises dans la défense de ce qui reste d’Etat-providence : Sécurité sociale, retraites, école publique, diplômes nationaux, et défense des services publics en général.

      Je me suis posé la question de mon angle d’attaque réduit à cette catégorie socio-professionnelle. Mais s’il est clair que tout prolétaire est salarié pour le compte du Capital -y compris ceux de la classe ouvrière, pour autant qu’elle soit clairement discernable, la plus-value étant produite par le travailleur collectif, le general intellect...-, même si le prolétariat est classe du Capital jusqu’à leur abolition réciproque qu’il produit (communisation, révolution...), il n’en demeure pas moins que le fonctionnariat possède une spécificité comme larbin de l’Etat, donc du Capital. Affirmer qu’on « devient prof pour la sécurité de l’emploi pas par vocation, raison essentielle pour défendre l’éducation nationale certes, mais dans ces conditions on ne partage pas l’idéologie du service public » est un peu rapide, dans le passage du travailler pour gagner sa croute à la distanciation idéologique. Je peux faire le même constat dans le milieu de fonctionnaires techno-bureaucrates d’une administration centrale, mais il n’empêche : la "conscience professionnelle" est encore largement active à tous les niveaux et elle me paraît bien portée par une idéologie du service public, y compris comme lutte interne dans l’administration, pour s’opposer aux intérêts privés ou marchands. Si le terme "idéologie" est impropre, je ne la confonds avec l’idéologie dominante au sens large d’erreur sur la nature de la société capitaliste, qu’il s’agirait de critiquer comme ensemble d’idées reproduisant le système.

      Les fonctionnaires ne s’aboliront pas comme fonctionnaires mais comme travailleurs salariés (ou non) comme tout le monde /// L’idéologie du service public, dans la mesure où elle existe encore, va subir le sort des services publics eux-mêmes, qui pour beaucoup ne le seront bientôt plus /// Quand la lutte de classe sera au niveau où la question du dépassement se posera concrètement, le service public, d’une part, sera largement réduit à la portion congrue, et d’autre part la question existera collectivement dans le mouvement des emparements, la question des services publics sera plutôt devenue celle de demander ou pas l’Etatisation des entreprises dont les prolétaires seront emparées, question explosive parce que c’est le mouvement de la révolution qui est en cause ; arrêt ou poursuite, ralentissement ou accélération. L’idéologie du service public n’est plus en cause quand il s’agit de constituer la communauté comme lutte contre le capital mondial. /// Ce qui contraindra les fonctionnaires à entrer en lutte ce sera sans doute que l’Etat ne voudra plus qu’ils le soient

      Même s’il y a réduction de l’Etat à ses missions régaliennes, avec forte réduction du secteur public et du nombre de fonctionnaires (ou introduction massive de statuts précaires dans la FP), il faut compter avec une forte nostalgie de l’Etat-providence (une résilience idéologique), y compris après les échecs que ne manqueront pas de subir les essais politiques de gauche (instabilité intrinsèque du démocratisme radical, à la différence du programmatisme jusqu’à sa crise). On ne peut séparer abolition de l’Etat et abolition du fonctionnariat (service public comme fantasme de retour contre-révolutionnaire à un Etat démocratique), dans la mesure où toute l"’extrême-gauche" politique est indécrotablement étatiste, et qu’elle sera présente jusqu’au bout : c’est sa restructuration politique actuelle sur une base citoyenniste, alternativiste, démocratiste radicale... dont je ne vois pas que, même instable, elle ne soit pas relativement durable, jusqu’à la crise.

      La seule question c’est l’abolition de l’Etat, elle contient l’abolition du capital car l’Etat n’est pas un cadre pour les capitalistes, il est l’existence immédiate du capital en tant que société face aux prolétaires, l’abolir c’est abolir la société et cette abolition se fait par l’emparement de la totalité sociale, on s’empare de tout, que ce soient des éléments des capitaux privés ou d’Etat, cela n’a plus aucune importance.

      Que cette différence n’ait pas d’importance théorique, et globalement pratique dans la communisation est une chose ; qu’elle soit homogène dans les formes du combat communiste en est une autre. C’est pourquoi je tiens comme incontournable de s’en prendre (ou de m’en prendre pour ce qui me concerne, y compris dans mon milieu professionnel, mon texte est auto-exorciste...) à cette idéologie du service public : je ne supporte littéralement plus que de bonnes âmes fonctionnaires de gauche ou d’extrême gauche s’investissent dans leur boulot comme s’il y avait une différence au bout du compte, un combat capital au sein de la Fonction publique pour sauver les meubles, "résister" etc... Sans parler qu’ils ne sauraient avoir de l’Etat une analyse tant soit peu marxienne, ils sont la plupart du temps infoutus de voir que la finalité de leur travail est globalement et très concrètement l’aménagement des conditions de la reproduction du capital * (par ex. en matière d’aménagement du territoire, urbanisme, transports, logements...). De ce point de vue, il est vrai que je me sens plus proche de ceux qui ont des « motivations toutes matérielles », dans la mesure où ils se perçoivent d’abord, si ce n’est comme prolétaires, comme salariés exploités, et de moins en moins comme promoteurs du service public : ils expriment, en creux, une critique de l’Etat du capital. Par voie de conséquence, ils sont de plus en plus circonspects quant aux vertus du syndicalisme, et leur non-"mobilisation" au nom du mot d’ordre "Sauvez le service public" m’apparaît sous un jour plutôt sympathique.

      * Esprit de l’escalier, j’ai noté qu’Alain BIHR, dans « La reproduction du Capital », a une drôle de conception "marxiste" de l’Etat, qui serait posé en dehors du capital proprement dit, incapable de se reproduire lui-même, ayant besoin d’éléments extérieurs, notamment de cet Etat, qui pourrait, dès lors, servir à autre chose (contre le Capital). C’est du point de vue théorique un déni de la subsomption réelle des rapports sociaux sous le capital. C’est le fil rouge de son alternativisme.

      Le DR est le produit spécifique de la période il est incontournable, il ne peut pas ne pas être, il est la manifestation de la possibilité la révolution, qui était destinée à être écrasée au temps du programme. Etre anti-idéologie du service public est tout aussi impossible qu’être anticitoyenniste, ou plutôt on peut l’être, mais on postule ainsi le rôle essentiel de l’idéologie dans le devenir des luttes et on sera , si, on est cohérent, lancés dans une chasse aux erreurs, aux illusions et aux mensonges mortifères.

      Je vois le sens de la remarque, mais je la trouve un peu rapide, et il me semble que cela rejoint la discussion sur l’écart, la concrétude de l’engagement communisateur (cf Quelque chose de l’ordre de l’évidence)

      Patlotch, 27 août


  • > Fonctionnaires, encore un effort pour devenir communisateurs, jef, 31 août 2005

    je rassemble mes forces et te demande 1.5 mois plus tard si tu recommencerais de signer sérieusement le texte qui suit (ou s’il s’agissait de provo amicale, de funny games)

    "Le fonctionnaire exploité

    Selon le premier point de vue, le petit fonctionnaire (1) est exploité, et si son travail ne crée pas de plus-value (2), du moins son salaire et ses conditions sont-elles déterminées pour dépenser le moins possible de la valeur créée par les travailleurs productifs :(réduire le temps et les frais de circulation du capital général (3), que représente son salaire payé par l’impôt). Le (petit) fonctionnaire est un prolétaire particulier, que l’Etat en tant que patron exploite comme salarié, et qu’il protège en tant qu’agent assurant ses fonctions pour le capital.

    ""

    en fonction de ta réponse on en reparle ou pas


    • > Fonctionnaires, encore un effort pour devenir communisateurs, Patlotch, 1er septembre 2005

      je rassemble mes forces

      Merci de condescendre à me faire, con, monter.

      signer sérieusement le texte qui suit (ou s’il s’agissait de provo amicale, de funny games)

      « Funny games », sûrement pas, et je ne vois pas de différence entre « sérieux » et « provo amicale ». Je n’ai pas de certitudes quant à ce que j’écris, j’ai le plus grand doute quant à mes propositions, pour quoi je compte justement sur la discussion. Ce ne sont jamais que des hypothèses soumises à la critique, et les forums sont faits pour ça. A me relire je peux trouver à ce texte des insuffisances, un angle d’attaque discutable, je l’ai dit. BL a fait des remarques intéressantes, en fonction desquelles, car ce sont les seules, si je jugeais bon de le récrire, ce texte en deviendrait un autre très différent. Encore faudrait-il que je rassemble mes forces...

      Il y a peut-être un problème : on fait de la théorie communiste avec le prolétariat en général, mais on s’appuie sur des luttes et des événements limités, pour en trouver le sens, le précariat définissant le prolétariat. Les fonctionnaires sont pratiquement à l’autre bout, salariés les plus "protégés" : un petit fonctionnaire a un emploi plus garanti qu’un cadre dans l’industrie, et il est moins porté à carburer dans sa tête qu’un cadre au chômage. Si mon texte est provocateur, c’est dans son angle d’attaque, parce que la défense du service public est un pilier dans l’idéologie du démocratisme radical que portent partis, syndicats et associations, bien au-delà des fonctionnaires.

      en fonction de ta réponse on en reparle ou pas

      Un forum n’est pas un jeu de piste, semé de devinettes pour savoir d’où les gens parlent et ce qu’ils ont à dire, en quoi ils ne sont pas d’accord : c’est totalement contre-productif *. Je ne vois pas ce qui t’empêche de donner ton point de vue sur ce texte ou le passage cité en faisant comme si je l’avais écrit au premier degré (je n’ai pas bien compris sur quoi porte ta question, le tout ou cette partie qui serait entâchée d’une erreur grave d’analyse voire de définition).

      Si ça peux te rassurer, je n’ai pas d’amour propre mal placé sur les questions de fond, et je ne te reprocherai pas d’être insensible à mon humour. Je me trouve si peu drôle, en agent de l’Etat. Dans tous les cas, je serai satisfait : soit qu’on en reparle, soit d’épargner tes forces pour ce qui en vaut la peine.

      A te lire,

      Patlotch, 1er sept.

      * Une de mes plus grandes difficultés, en débarquant ici, au-delà de celle à comprendre les thèses, a été de saisir les différences, les désaccords, et pour un peu, ça donnerait raison à Dauvé/Nesic, sur ce point : « Dans l’état actuel [sept 2004] à moins de ressembler à une version élargie de Théorie Communiste, un regroupement comme celui envisagé autour de Meeting produira au mieux un bulletin intérieur des communisateurs. Mais juxtaposition n’est pas dialogue, ni tout dialogue forcément clarification. » (Un appel et une invite). Mais à ce rythme, que restera-t-il à "juxtaposer" ? Combien de textes importants n’ont fait l’objet d’aucune intervention critique ?


      • > Fonctionnaires, encore un effort pour devenir communisateurs, djef, 6 septembre 2005

        "Merci de condescendre à me faire, con, monter."

        eh là-bas camarade patlotch, je ne te hais point, hein !

        l’exploitation du fonctionnaire, j’avais jamais entendu ça : le fonctionnaire (j’en ai été pendant près de trois ans !) produirait de la plus-value ! ça passe sur ce site comme une lettre à la poste. évidemment, à force de parler de prolétariat, on ne s’embarrasse même plus de distinguer entre prolétariat productif et non productif (de capital, évidemment), puisqu’il semble entendu que ce dernier n’existe pas ! lire à ce sujet le dernier texte de RS, où il parle de tirer à soi la toute petite bourgeoisie salariée (??!) manifestement assimilée au personnel d’encadrement, par définition non productif ; seul le prolétariat est productif certes, mais on nous dit qu’il ne peut pas ne pas l’être ! à ce compte, la révolution étant le fait des seuls prolétaires, elle ne peut venir que de la périphérie, où se délègue toujours davantage la fonction productive, pour ne laisser demeurer au centre que celle d’encadrement.
        il faut faire gaffe à cette saloperie de distinction entre productif et non. je connais un brillant théoricien de la valeur qui soutient que le capitalisme des services n’est pas producteur de plus-value, que le travail producteur de ces services n’est pas productif sous prétexte qu’il s’appuie sur d’autres secteurs en amont, jugés seuls productifs ! à ce compte, seules les mines, l’industrie lourde et l’agriculture industrielle sont capitalistes ! la distinction entre sections I et II ne partage pas les productifs des improductifs. la localisation d’un secteur entre l’amont et l’aval dans la chaîne de valeur non plus, bon dieu.
        que les agents de l’Etat soient un jour communisateurs, c’est ce dont je doute au plus haut point, mais non pas en raison de leur improductivité (de ça je ne démords pas) : en raison du faible taux de culture a-fonctionnelle dans la reproduction de leur force-travail. ce sont des prolos, ça oui, je n’en démords pas non plus contre certain théoricien de LO qui confond la forme et le fond, puisqu’ils sont forcés de "vendre" leur force de travail - même de façon au plus haut point inapparente, mais où le marché de la force de travail ressemble-t-il vraiment à un marché ? - et ce ne sont pas les misérables actifs mobiliers glanés en portefeuille au cours de leurs promotions successives qui leur permettront de prendre leur pension à 40 ans. mais comme encadreurs du procès de réalisation de la valeur, sans doute les plus dociles, je vois mal en faire des communisateurs. heureusement pour nous, tous les prolos improductifs ne font pas partie du personnel d’encadrement ! qu’ils soient boutiquiers ne change rien à l’affaire. la petite propriété n’est qu’un reflet de la misère salariée aujourd’hui, de plus en plus. il faut pas s’imaginer qu’un chômeur change de classe parce qu’il décide d’ouvrir une boutique, parce que de potentiellement productif il devienne improductif. enfin, vaste débat. j’ai, oui, tendance, à englober presque tout le monde dans le prolétariat - sauf bien sûr les cadres supérieurs, dont les rétributions en actifs mobiliers sont de fait susceptibles de les dispenser de travailler à très bref délai. mais encore une fois, ces bourgeois du capital-cadrisme, quand je lis les romans d’osmont ou beigbeder, ne sont pas plus prémunis de la fièvre communisatrice que n’importe quel manoeuvre de grande surface, sauf à considérer l’effet soporifique du train de vie : mais s’ils en viennent à flamber ? évidemment, ici, je frise la provo.


  • > Fonctionnaires, encore un effort pour devenir communisateurs, Patlotch, 5 septembre 2005

    Que le démocratisme radical ait une vie, une histoire dans ce cycle, c’est une évidence. On peut penser, la critique fondamentale étant faite, qu’il n’y a plus rien à en dire. Après tout, c’est une question. A mon avis, il n’est pas inutile de jeter un oeil sur les formes et le discours politique, pour assurer une veille critique : le DR aujourd’hui se trouve et se structure, il n’est plus en l’état de 1995, sans que cela prouve une quelconque faisabilité, une stabilité. Mais c’est précisément le grand écart entre ce qui est dit et ce qui est réalisable qui montrera rapidement cette instabilité, crédibilité et crédulité étant appelées à sombrer ensemble. A rapporter à la confrontation de classe telle que nous l’entendons, et aux perspectives d’écoute des idées de la communisation. C’est à ce titre que je communique l’info qui suit dans ce fil de discussion. A noter le fond : un étatisme démocratique, "citoyennisé" ("l’usager" comme attracteur étrange... étranger à sa classe).

    FEDERATION NATIONALE DES COLLECTIFS DE DEFENSE ET DE DEVELOPPEMENT DES SERVICES PUBLICS

    Lettre - Invitation,

    La Fédération Nationale des Collectifs de Défense et de Développement des Services Publics a le plaisir de vous inviter à sa première Assemblée Plénière, votre organisation ayant explicitement soutenu la manifestation de GUERET du 5 mars 2005 (y compris en y participant) et exprimé sa volonté d’être tenue informée des suites que les Collectifs entendaient donner à cette action. Parmi vous certaines organisations étaient représentées à GUERET le 25 et 26 juin 2005, rencontre qui a décidé la naissance de la Fédération et défini quelques modalités essentielles de son fonctionnement. Parmi celles-ci, comme l’indique le compte rendu synthétique ci-joint, la tenue régulière d’Assemblées Plénières (sorte de « Parlement » de la Fédération) dont la première a été fixée à :

    ANGOULEME le samedi 17 septembre 2005.
    400, Avenue de Navarre, quartier « ma campagne »

    Les travaux débuteront à partir de 10 h 30

    Nous insistons sur l’importance de cette réunion (cf. le préambule et l’ordre du jour ci-joint) et nous espérons vivement que vous pourrez y participer.

    Il s’agit bien pour nous, dans les actes comme dans les paroles, de RESISTER à la casse systématique opérée par la Droite au pouvoir, de RECONQUERIR des positions perdues à la suite des restrictions et privatisation qui se sont succédées ces 20 dernières années et enfin d’Etendre le champ du Secteur Publics dans les domaines comme l’eau, le logement ou encore l’industrie pharmaceutique.

    Tout en affirmant notre totale indépendance vis-à-vis de quelque organisation que ce soit, nous sommes convaincus que nous ne pourrons avancer dans cette voie, que si toutes les forces syndicales, politiques et associatives qui considèrent l’existence d’un fort Service Public soumis au contrôle démocratique des Elus et des Représentants d’Usagers, comme indispensable à toute société qui se veut solidaire et a pour objectif de garantir à tous les Citoyens l’accès égal aux Droits Fondamentaux, se montrent déterminées à se rassembler de la façon la plus large et la plus unitaire possible sur une question devenue centrale dans le mouvement social actuel, y compris à l’échelon européen.

    Votre soutien nous est précieux et contribuerait à renforcer notre seule ambition : Faire changer la politique désastreuse de régression des Services Publics dans ce pays pour leur permettre de retrouver un rôle économique et social déterminant dans la satisfaction des besoins essentiels des populations, aussi bien en milieu urbain que rural.

    Retrouvons-nous tous à ANGOULEME le 17 septembre 2005 pour construire ensemble les CONVERGENCES nécessaires.

    Meilleures salutations : Bernard DEFAIX Porte Parole de la Fédération

    Le 17/9/05 se tiendra à Angoulême la première réunion de la fédération des collectifs services publics. Nous assurons l’intendance (repas, accueil). Mais il nous faut connaître la participation et les besoins d’hébergement pour vendredi soir et/ou samedi. URGENT.

    Réponse à collectifsp16@wanadoo.fr

    Ci-dessous un projet d’invitation et d’ordre du jour (ODJ1). Il appartient à chaque collectif de faire connaître ses demandes et de faire des propositions sur les différents points proposés. Merci de faire circuler l’info.

    JP

    Vous trouverez ci-joint le compte-rendu synthétique des décisions prises à Guéret les 25, 26 juin et notamment celles de créer la Fédération Nationale des Collectifs de Défense et de Développement des Services Publics. Le rôle de la réunion d’Angoulème -en quelque sorte 1ère Assemblée Plénière de la Fédération- est de confirmer et de compléter le processus engagé, en vérifiant que les points d’accord de Guéret sont validés par les nouveaux Collectifs représentés et en répondant à de nombreuses questions qui sont restées en suspens. Nous proposons de partir des attentes respectives des uns et des autres par rapport à la Fédération pour ensuite bien définir ce que sera l’outil et son fonctionnement.

    Il nous semble CAPITAL que chaque collectif (ou embryon) soit bien conscient de l’enjeu du 17/9 à Angoulême. Les médias (et bien d’autres) y seront très attentifs. Les répercussions sur la crédibilité de ce que nous construisons collectivement et sur l’avenir du mouvement seront très fortes. C’est pourquoi nous demandons à tous les collectifs et aux groupes solidaires de notre combat de tout faire pour être représentés le 17/9 à Angoulême./


  • J’emmerde les utopistes du service public, , 25 novembre 2005

    J’ai lu quelque part que Fonctionnaires, encore un effort pour devenir communisateurs relevait de mes textes "parfois cons", un "truc / d’une incroyable pauvreté", et c’est vrai, je n’en pense pas moins, point de vue théorique [ce texte provocateur serait à lire au 3ème degré, comme auto-dérision et seuil d’incompétence de Patlotch en théoricien communisateur]. Mais, d’où vient cette critique, elle se ridiculise par sa posture populiste adepte de l’ordre bourgeois (tendance revisitée par le PCF) pour une démocratie nationale qui n’a d’autre horizon que trouver de meilleurs chefs dans l’absolu* démocratique du râleur [entre Astérix et Don Quichotte déguisé en coco] à condition qu’ils fassent la même chose, en vrai : radicalement. Rêve du capital aboli par sa démocratie même, rêve de la société expurgée de ce qui la définit, fuite en avant dans la contradiction politique niant l’Etat et la société civile (que Marx nomme indifféremment ’société bourgeoise’) comme adéquats au mode de production capitaliste.

    * Aragon écrit en substance dans Aurélien : ’Celui qui a la soif de l’absolu ne connaîtra jamais le bonheur’.

    Il me faudra un jour expliquer d’expérience [’quelque part’ un ’vécu’] pourquoi le communisme n’a rien à espérer du fonctionnariat. Capital ou pas - mais c’est son invention démocratique spécifiquement franco-républicaine - la posture de service (public ou privé) fabrique et entretient la séparation. Elle est inhérente à la division du travail social dans le capitalisme -intendance générale d’Etat pour la reproduction de la force de travail sociale -et introduit un rapport social - un ordre, une relation - totalement incompatible avec l’individu immédiatement social caractérisant le communisme. Ceci ne relève pas de l’utopie au sens de ’doux rêve inaccessible’, mais de l’absurdité concrète vécue quotidiennement par les "usagers" comme par les fonctionnaires dans le rapport dit "client-fournisseur", dans les rapports hiérachiques au travail, dans tous les non-sens d’une vie de salarié tout à la fois aliéné, exploité, et dénié dans ses potentialités créatrices et son désir d’être communautaire.

    Et c’est pourquoi nous en finirons avec le fonctionnaire, qu’il soit adulé ou honni par les politiciens et leurs hautres.

    Le fonctionnaire n’est qu’un larbin, plus ou moins heureux et satisfait de l’être, comme l’employé de banque ou le conducteur de bus. Le service public, fondamentalement, n’échappe pas à cette posture, ce que traduit son idéal capitaliste selon un ministre communiste (Anicet Le Pors) sous Mitterrand : le "fonctionnaire-citoyen" [on en rêverait, pour la critique, à se mettre sous la dent]. Les montages à la Salesse [du cab Gayssot, mon ex-patron, à Copernique ton pair et gagne] de type ’élus-fonctionnaires-usagers’ [RÉFORME & RÉVOLUTION, Agone 2001] sont des foutaises techno-bureaucratiques de directeur de cabinets ministériels reconvertis en aspirants dirigeants de la démocratie pour utopistes petits-bourgeois.

    L’"administration des choses" [Marx, mais plutôt Engels, tenaient ça de Saint-Simon, et pour cause...] en lieu et place de l’Etat instance de domination de classe, ce n’est que par confusion terminologique ou sémantique que l’on prétend la tenir, comme "anticipation du communisme dans le capitalisme", de l’Administration et des "services public à la française". C’est une vision de haut-fonctionnaire gobée par ceux qui ne les subissent pas [je mets au défi quiconque de produire un seul texte conceptuel sur le sujet n’émanant pas d’un haut-fonctionnaire d’Etat]. Un idéal post-stalinien thorézo-gorbatchéviste (laissons Robespierre dormir en paix, qui fut de son temps un bourgeois conséquent).

    En quoi, en hommage à mes collègues fonctionnaires de labeur et d’angoisses quotidiennes, moi je, non-titulaire "hors classe" [sic] suicidé dans l’Etat de sa sous-vie, j’emmerde les utopistes du service public, valets du capitalisme utopique, et pourvoyeurs de drogue politique au service de l’Etat-notion.

    Patlotch, 25 novembre


    • "Le salaire ’libertaire’ au mérite démocratique"..., Patlotch, 26 novembre 2005

      je mets au défi quiconque de produire un seul texte conceptuel sur le sujet n’émanant pas d’un haut-fonctionnaire d’Etat

      Au temps pour moi, je relève mon défi, avec un article découvert après coup, de l’ineffable "libertaire social-démocrate" Philippe CORCUFF, idéologue pour le compte de la LCR, qui veut évaluer et payer au mérite démocratique les fonctionnaires nouveaux de sa « civilisation des services publics et de l’individualité, sociale-démocrate et libertaire, à la recherche d’un monde non-capitaliste »

      Voir Services publics, individualité et évaluation. Un point de vue hétérodoxe Extrait :

      Cette évaluation serait celle d’individus souvent insérés dans des relations de coopération, et aurait donc une composante collective. On évaluerait ainsi d’abord des collectifs dans la production des biens publics. Toutefois, dans le même temps, chaque agent ne s’engage pas avec la même intensité et les mêmes qualités dans la production de ces biens publics. Cela veut dire que, dans le cadre d’un statut commun protecteur et dans la limite d’un écart raisonnable, l’évaluation serait aussi conduite à introduire des différenciations personnelles (dans les possibilités de promotion, d’accès à des formations, à des « congés sabbatiques », à des réductions du temps de travail ou à des gratifications financières). De telles réformes, à l’inverse des contre-réformes libérales, nous engageraient dans une civilisation des services publics et de l’individualité, sociale-démocrate et libertaire, à la recherche d’un monde non-capitaliste.

      C’est publié par Itinéraires SUD (le journal de SUD Éducation Rhône) N°44, novembre-décembre 2005.

      Patlotch, 26 novembre