L’écart - R.S.

dimanche, 10 avril 2005

Je ne ferai pas de métathéorie, bien que je pense qu’elle est indispensable et que la contribution de Christian C. (La Matérielle) est très importante (mais le plus important est dans la suite annoncée). Je crois cependant que c’est en se confrontant directement à la compréhension de la situation actuelle que nous avancerons même sur les questions métathéoriques. Je ne crois pas que l’on ne puisse pas dire plus sur la communisation que dans les années 1970 dans la mesure où nous pouvons maintenant en parler comme d’une question de notre actualité. Je ne donnerai pas, bien évidemment d’exemples de communisation et encore moins d’ « expérimentation de la communisation » (en voulant faire l’ange on ne fait bien souvent que la bête) Je ne résoudrai pas en le prenant comme une question pour elle-même le problème de la pratique puisque je suis bien d’accord pour dire que « le problème c’est la question ». Je ne « modérerai » pas un débat sur la communisation qui est par nature « immodéré ». Je ne partage en rien les idées présentées par Calvaire sur ce site, mais je pense que théoriquement et pratiquement le courant communisateur pour lequel la révolution est, dans l’abolition du capital, l’abolition de toutes les classes, ne peut éviter de se confronter avec toutes les expressions pour lesquelles une telle chose serait d’autant plus probable que les classes auraient été préalablement effacées et que, sans aller jusqu’à la grandiloquence mégalomaniaque de l’Appel, nous nous serions livrés à quelques petites expérimentations.

« Personne ne songe désormais à arracher quelque chose aux patrons pour le faire fonctionner différemment, comme dans les vieux idéaux d’émancipation ; inconsciemment chemine le sentiment qu’on ne peut que saboter un monde littéralement invivable et y ouvrir ainsi de nouvelles possibilités » (Cette Semaine n° 87, février-mars 2004, p. 19). L’action en tant que classe creuse un écart à l’intérieur d’elle-même par des pratiques qui extériorisent leur propre existence de pratiques de classe comme une contrainte objectivée dans la reproduction du capital. On ne peut plus rien faire en tant qu’ouvrier en le demeurant.
Nous saluons notre vieille amie, cette vieille taupe qui sait si bien travailler sous terre pour réapparaître. Après tant d’années qui furent celles de la restructuration du mode de production capitaliste, le nouveau cycle de luttes a fait son chemin à travers elle. Fondamentalement le cycle de luttes actuel se définit par le fait que, dans la restructuration du mode de production capitaliste, la contradiction entre les classes se noue au niveau de leur reproduction respective, ce qui signifie que dans sa contradiction avec le capital, le prolétariat se remet lui-même en cause. C’est en conséquence la disparition d’une identité ouvrière confirmée dans la reproduction du capital, c’est la fin du mouvement ouvrier et la faillite corollaire de l’auto-organisation et de l’autonomie comme perspective révolutionnaire. Porter le dépassement immédiat du capital comme abolition de toutes les classes, c’est la dynamique de ce cycle de luttes, mais c’est aussi ce qui fait l’identité de cette dynamique avec sa limite : être une classe ce n’est qu’être une classe dans le mode de production capitaliste, n’avoir dans sa situation aucune affirmation d’un au-delà. Cette identité nous pouvons la constater quotidiennement, c’est-à-dire constater que tant que l’action de la classe se confirme elle-même en tant que telle, elle ne contient immédiatement rien d’autre que la reproduction des rapports capitalistes. Mais il nous faut maintenant reconnaître que l’identité n’est pas une confusion, qu’elle contient la différence comme un écart à l’intérieur d’elle-même. Toutes ces caractéristiques de la lutte de classe qui ne nous apparaissaient au cours de celle-ci que dans leur identité immédiate avec leur limite et qui par là n’annonçaient la résolution de la question centrale du communisme (comment une classe agissant strictement en tant que classe peut-elle produire l’abolition de toutes les classes ?) qu’à travers ce qui n’était largement qu’une déduction théorique, ont commencé à apparaître pour elles-mêmes. Nous pouvons les reconnaître empiriquement pour ce qu’elles sont et dire « il y a du nouveau ». C’est cette nouveauté que je tente de formaliser comme théorie de l’écart. Actuellement la lutte de classe du prolétariat comporte des éléments repérables, des activités qui annoncent son dépassement. La dynamique de ce cycle de luttes n’est pas un principe abstrait, mais l’écart que certaines pratiques actuelles créent à l’intérieur même de ce qui est la limite générale de ce cycle de luttes : agir en tant que classe. De quoi parlons nous ? Cet écart ce sont certains aspects du mouvement social argentin qui, à partir de la défense de la condition prolétarienne et dans cette défense, sont allés jusqu’à montrer sa remise en cause ; les luttes « suicidaires » ; l’extériorité par rapport aux luttes de Kabylie de leur auto-organisation dans les aarchs ; les pratiques des « sauvageons » dans les entreprises ; les collectifs ; la faillite de l’autonomie ; les chômeurs revendiquant l’inessentialisation du travail ; toutes les pratiques dans les luttes qui produisent l’unité de la classe comme une unité extérieure et une contrainte objective ; le mouvement d’action directe ; l’insatisfaction contre elle que contient l’auto-organisation telle qu’elle existe réellement en ce qu’elle entérine l’existence du prolétariat comme classe du mode de production capitaliste (tout cela est à montrer cas par cas, dans chaque situation particulière). Agir en tant que classe comporte un écart par rapport à soi, dans la mesure où cette action comporte la propre remise en cause de la classe par rapport à elle-même : la négation par le prolétariat de son existence comme classe à l’intérieur de son action en tant que classe. C’est la dynamique de ce cycle et celle-ci existe, de façon empiriquement constatable, dans les luttes. Nous sortons de la « surprenante indétermination du rapport des pratiques et théories de rupture définissant un courant communisateur aux luttes actuelles du prolétariat (François, « Peut-on parler de courant communisateur », Meeting 1). C’est à cette question qu’une théorie de l’écart cherche à répondre en dehors de toute subsomption des luttes sous un cours général de l’histoire. Elle cherche à y répondre de façon pragmatique et conceptuelle : donner le dénominateur commun de la dynamique de ce cycle telle qu’elle se donne à voir dans les luttes actuelles. C’est par cet écart que certaines pratiques créent dans les luttes actuelles, à l’intérieur même de leur limite, que la communisation devient une question actuelle, qu’elle est un problème de maintenant. Mais il ne s’agit que d’un écart à l’intérieur de la limite (agir en tant que classe), écart qui se crée de par la dualité que contient cette limite ( n’avoir pour horizon que le capital ; être en contradiction avec sa propre reproduction comme classe). Agir en tant que classe c’est actuellement d’une part n’avoir pour horizon que le capital et les catégories de sa reproduction, d’autre part c’est, pour la même raison, être en contradiction avec sa propre reproduction de classe, la remettre en cause. Il s’agit des deux faces de la même action en tant que classe, mais l’action en tant que classe qui ne reconnaît et ne produit l’existence de la classe que dans son rapport au capital, dans des pratiques qui annoncent le dépassement de ce cycle de luttes, n’est pas renvoyée à elle-même comme limite sui generis, elle l’est par la reproduction du rapport capitaliste qui est l’activité de la classe adverse (qu’elle implique). Ce conflit, cet écart dans l’action de la classe (se reproduire comme classe de ce mode de production / se remettre en cause) existe dans le cours de la plupart des conflits, la défaite est le rétablissement de l’identité. Cet écart est une pratique, il se crée, il s’impose comme notre « que faire ? ». La rupture, le saut qualitatif entre le cours quotidien des luttes et la révolution s’annoncent dans le cours quotidien comme la multiplication des écarts dans cette identité. Il ne s’agit pas de considérer les éléments qui constituent cette annonce comme des germes à développer, mais comme ce qui rend invivable cette identité chaque fois que le prolétariat, dans son action, extranéise son existence comme classe comme une contrainte existant dans le capital, face à lui. Entre la constitution de la classe dans sa contradiction avec le capital et sa nécessaire reproduction dans la reproduction de celui-ci existe un écart qui est l’existence de pratiques dans lesquelles le prolétariat, contre le capital, n’accepte plus son existence comme classe de ce mode de production, sa propre existence, sa propre définition sociale. C’est-à-dire, d’une part l’existence de la classe, qui n’est plus qu’une existence pour le capital, telle que toute lutte la formalise dans la reproduction du capital et telle que dans sa lutte le prolétariat ne la reconnaît plus comme sienne et d’autre part sa remise en cause, le refus de sa situation, auxquels la poursuite et l’approfondissement de sa contradiction avec le capital entraînent le prolétariat. C’est cet écart qui annonce, dans le cours quotidien des luttes, son dépassement, c’est la raison d’être d’un courant communisateur. Dans chacune de ses luttes, le prolétariat voit son existence comme classe s’objectiver dans la reproduction du capital comme quelque chose qui lui est étranger et que dans sa lutte il est amené à remettre en cause. Agir en tant que classe en se produisant comme classe dans le capital c’est se remettre en cause, mais c’est aussi se trouver impliqué dans l’activité de reproduction du capital qui transforme cette action en limite. Les deux ne sont pas immédiatement identiques. Dynamique et limite deviennent identiques dans la reproduction du capital. La limite des luttes, le fait d’agir en tant que classe, crée un écart à l’intérieur des luttes elles-mêmes, écart par lequel seulement la limite peut être qualifiée de limite et c’est cet écart qui est qualifiable de dynamique (non un processus premier donnant sens à la période et subsumant le cours empirique des luttes). Dans ce nouveau cycle de luttes, il n’y a pas de « germes », pas d’ « aire » de la communisation, ce qui est une vision évolutionniste, mais ce qui dans les luttes actuelles annonce leur dépassement comme extranéisation par le prolétariat de son existence comme classe fait partie d’une contradiction qui pousse le prolétariat à se transformer lui-même. Le courant communisateur vit de l’écart à l’intérieur de la limite (le fait d’agir en tant que classe) entre d’une part la remise en cause par le prolétariat de sa propre existence comme classe dans sa contradiction avec le capital et d’autre part la reproduction du capital qu’implique cette action en tant que classe. Cet écart à l’intérieur de la limite c’est la dynamique de ce cycle de luttes. Cet écart est inhérent aux luttes actuelles, il annonce leur dépassement. Mais les événements qui le donnent à voir sont fugaces, ils ne sont qu’un écart dans l’action en tant que classe du prolétariat entre sa remise en cause et sa propre définition de lui-même dans le capital qui contient cette remise en cause. L’écart a une existence repérable comme ces particules qui, bien qu’apparaissant fugitivement dans un accélérateur n’en sont pas moins l’essence du réel donné à notre expérience. Comment parler concrètement, dans le cours des luttes actuelles, de cet écart et de la révolution comme communisation qu’il annonce comme le dépassement de la lutte des classes ? Il existe une façon de commencer : agir en tant que classe qui est la limite des luttes actuelles possède une réalité claire et facilement repérable, c’est l’auto-organisation et l’autonomie. La première est la forme de cette limite, la seconde cette forme comme contenu. L’auto-organisation ne peut plus être que la recherche de la confirmation et de la défense par le prolétariat de sa situation, elle ne peut plus par là-même avoir dans le cycle de luttes actuel la moindre perspective révolutionnaire. Cependant une question demeure en suspens : pourquoi, théoriquement et pratiquement, la critique de l’auto-organisation réellement existante se fait-elle au nom de la « vraie auto-organisation »... toujours à venir ? Il existe une première réponse qui, pour être facile, comporte néanmoins sa part de vérité. Les discours théoriques et les pratiques militantes qui veulent trouver un sens au cours quotidien de la lutte de classe possèdent une force d’inertie considérable et une capacité d’aveuglement étonnante dans la mesure où elles n’ont pas les concepts permettant de voir ce que pourtant elles mettent à nu. Il en est ainsi d’Échanges, du Mouvement communiste, de l’Oiseau-tempête ou de Raoul dans le « cercle de discussions de Paris ». Si une telle raison n’est pas suffisante, elle ne peut être simplement laissée de côté. Cependant, même pour les idéologues historiques de l’auto-organisation issus de l’ultra gauche, un tel phénomène n’explique pas tout. Que dire alors de la recherche de la vraie auto-organisation face à ce qui n’est vu que comme des avatars, par des activistes du Mouvement d’action directe (Mad) qui loin de vouloir gérer les usines et la société ne visent qu’à leur destruction et recherchent ou prônent des pratiques qui soient l’abolition déjà en cours de la condition prolétarienne ? Il faut prendre en compte comme une caractéristique de ce cycle de luttes le fait que le combat contre la « mauvaise » auto-organisation se mène au nom de la « bonne ». Actuellement, ce n’est que dans ce combat au nom de la « bonne » auto-organisation que se fait jour le combat contre l’auto-organisation elle-même, c’est-à-dire qu’apparaît la perspective de la révolution comme quelque chose qui n’est plus de l’ordre de l’affirmation de la classe et qui, par là, ne peut plus radicalement être de l’ordre de l’auto-organisation. Dans les luttes actuelles de nombreux faits annoncent dans l’action du prolétariat la remise en cause de lui-même contre le capital, en cela nous pouvons mener une critique globale de l’auto-organisation, mais ces événements sont fugaces, ils ne sont qu’un écart dans l’action en tant que classe du prolétariat entre sa remise en cause et sa propre définition de lui-même dans le capital qui contient cette remise en cause. Tant qu’aucun affrontement de classes n’entamera de façon positive, en tant qu’action de classe contre le capital, une communisation des rapports entre les individus, l’auto-organisation demeurera la seule forme disponible de l’action en tant que classe. La recherche de la « vraie » auto-organisation n’est pas simplement une « erreur », l’ « erreur » même indique constamment, en prenant pour cible l’auto-organisation réellement existante que l’auto-organisation est à dépasser. L’ « erreur » en ce qu’elle est un processus sans fin, en ce qu’elle est une tension à l’intérieur de l’auto-organisation, indique le contenu de ce qui est à dépasser : le fait d’être et d’agir en tant que classe. La recherche et la promotion de la « vraie » auto-organisation » n’est que la manière dont ce processus existe réellement aujourd’hui. Cette critique postule une auto-organisation qui se détruirait elle-même, une sorte d’auto-dépassement dans lequel elle irait au-delà d’elle-même, qui serait en fait non plus auto-organisation mais communauté révolutionnaire. Le dépassement de l’auto-organisation réellement existante ne se fera pas dans la production de la « vraie », la « belle », la « bonne », elle s’effectuera contre elle mais à l’intérieur d’elle, à partir d’elle. C’est cette nécessité qui s’exprime maintenant, par la critique normative de l’auto-organisation réellement existante au nom de la « vraie » et le dépassement du programmatisme passe par cette critique.

Commentaires :

  • > L’écart, Calvaire, 11 avril 2005

    "Je ne partage en rien les idées présentées par Calvaire sur ce site, mais je pense que théoriquement et pratiquement le courant communisateur pour lequel la révolution est, dans l’abolition du capital, l’abolition de toutes les classes, ne peut éviter de se confronter avec toutes les expresssions pour lesquelles une telle chose serait d’autant plus probable que les classes auraient été préalablement effacées et que, sans aller jusqu’à la grandiloquence mégalomaniaque de l’Appel, nous nous serions livrés à quelques petites expérimentations."

    Je ne partage pas le mensonge colporté selon lequel je nierais qu’il existe des classes, je dis simplement que le prolétariat s’est disséminé. La classe dominante me semble relativement bien unie elle mais comment elle n’est pas porteuse d’une autre révolution, elle m’intéresse guère dans la reconceptualisation de la théorie révolutionnaire. Et au-delà de l’incantation de l’affirmation de la classe, du prolétariat, dans la communisation dans son processus d’abolition, est-ce que Roland pourrait nous montrer pourquoi on peut dire que la classe est encore possiblement unitaire dans son processus d’abolition, d’une manière concrète avec des exemples concrets. La classe s’abolira-t-elle en même temps mondialement ? Quel jour ? Existe-il encore un "matin du grand soir" ?

    Son texte sur l’Argentine était un bon départ selon moi pour répondre à ces questions.


    • > L’écart, Calvaire, 20 avril 2005

      Il me semble que cette phrase exprime l’art de se débarrasser sous un prétexte non argumenté d’une question fondamentale : "je ne résoudrai pas en le prenant commme une question pour elle-même le problème de la pratique puisque je suis bien d’accord pour dire que « le problème c’est la question »."

      On fait rien quoi et un jour cela arrivera sous le coup des contradictions ?


  • > L’écart... courant communisateur... sujet révolutionnaire... praxis, Patlotch, 22 avril 2005

    J’essaye de reformuler des choses que j’ai cru comprendre et que je crois partager :

    Le "courant communisateur" ne se définirait pas comme pratiquant déjà la communisation, en tant qu’ensemble de mesures révolutionnaires du prolétariat abolissant le capital en s’abolissant lui-même comme classe du capital, mais comme l’existence :

    - d’une part des éléments théoriques (conceptuels) qui fondent un accord sur certains points acquis, rappelés par Meeting en exergue du site, et par R.S dans la plupart de ses textes, ces points étant plus nombreux pour lui que pour C.C. de La Matérielle.

    - d’autre part des pratiques qui interviennent dans l’écart, entre leur respect et la transgression de la règle du jeu de l’exploitation qui définit le prolétariat comme classe du capital (toutes les luttes actuelles sont perdantes, mais toutes ne perdent pas le même combat, entre celles qui le mènent aux limites -remise en cause du rapport d’exploitation et de l’identité du prolétariat comme classe exploitée (pléonasme, car si elle n’est plus exploitée, elle n’est plus une classe)- et celles dont l’objectif s’inscrit dans ces limites -par exemple, faire bouger le curseur salarial, le taux de plus-value relative.

    Un enjeu est me semble-t-il que ces deux éléments se rencontrent.

    « Peut-on être ’révolutionnaire’ ? » Question intéressante. Pour moi il n’y a pas d’identité du révolutionnaire, et affirmer ceci dépasse la critique de l’objectivisme militant. Il n’y a que des activités qui puissent être révolutionnantes, dans certaines situations. Ce sont celles qui agissent en faisant apparaître l’écart, et en le creusant. Encore faut-il préciser, pour ceux qui ne pourraient se passer du label, que ces actions ne sont pas révolutionnaires de s’inscrire déjà dans le processus de communisation (la révolution), mais de poser en actes les bonnes questions (de l’abolition du capital et de la classe). Pour cela, point nécessaire d’en connaître la théorie, à preuve les exemples donnés sur lesquels s’appuient les avancées théoriques de façon pragmatique et empirique. C’est en ceci que le rapport de la théorie aux pratiques est nouveau, où le conceptuel ne peut plus se passer des luttes traduisant l’écart, et où les luttes sont directement un enjeu théorique : pas d’action révolutionnaire sans théorie révolutionnaire, à prendre en dynamique de réciprocité au présent du présent. Peu d’intérêt de nommer, de labelliser ceux qui le font, à un moment donné, comme révolutionnaires. Plus important est qu’ils le sachent, qu’il ne le fassent pas comme Monsieur Jourdain de la prose, sans le savoir, savoir en quoi, pour quoi, comment... Il y a donc bien quelque chose à faire, qui n’est pas de programmer le Grand Soir de la communisation ou d’accumuler d’improbables actions communisantes au sens où elles seraient déjà communisation, mais quelque chose pour oeuvrer à la jonction du conceptuel et de la pratique, dans la pratique. En ce sens on peut parler de "courant communisateur", avec les précautions que cela implique. Nier son existence serait dénier le travail théorique accompli comme les actes sur lesquels il se fonde, et à partir desquels il peut explorer (C.C). Or méconnaître ce travail théorique, c’est demeurer dans l’impossibilité de reconnaître ces situations.

    Ailleurs, Calvaire cherche le sujet révolutionnaire, le prolétariat à unir etc. Il constate la dissémination du prolétariat, veut savoir « où se cache le prolétariat socialement, mondialement... » Cela ne nous avance guère plus que les enquêtes sociologiques sur le sujet, et cela sort le prolétariat de sa définition conceptuelle de classe de ceux qui ne peuvent vivre qu’en vendant leur force de travail, et qui n’ont que leurs chaînes à perdre, c’est-à-dire cette condition prolétaire, leur appartenance de classe. Néanmoins il peut d’abord se rassurer en constatant que le nombre d’ouvriers, directement et physiquement exploités, augmente dans le monde. Ensuite, cette dissémination même traduit, en proportion de la population, une extension du prolétariat. Enfin le prolétariat tend à se rapprocher de sa définition conceptuelle, à être définit par le chômage, ou du moins par le précariat, davantage que par le salariat : élément fondamental de l’entrée dans ce cycle de luttes, en subsombtion réelle, et enjeu théorique, enjeu de connaissance critique, dans la critique du démocratisme radical, des luttes contre-révolutionnaires voulant faire rentrer le prolétariat dans les rangs du salariat (syndicalisme, revenu minimum universel, etc.). Cela dit, sa question pose un problème ;-) car ce n’est pas une question pour le courant communisateur, qui n’affirme pas la nécessité de constituer un sujet révolutionnaire en dehors de la praxis, cette praxis n’étant pas l’activité du seul prolétariat contre le capital, mais le déroulement du procès d’exploitation comme rapport antagonique, lutte de classes... ce qui nous ramène aux considérations de R.S. sur l’écart.

    Patlotch, 22 avril

    Communisation : la rose n’est rose qu’à l’éclosion du bourgeon ; avant il est difficile d’en deviner la couleur, même pour les racistes

    Chabaroom

    • > L’écart... courant communisateur... sujet révolutionnaire... praxis, Calvaire, 22 avril 2005

      ’’Ailleurs, Calvaire cherche le sujet révolutionnaire, le prolétariat à unir etc. Il constate la dissémination du prolétariat, veut savoir « où se cache le prolétariat socialement, mondialement... » Cela ne nous avance guère plus que les enquêtes sociologiques sur le sujet, et cela sort le prolétariat de sa définition conceptuelle de classe de ceux qui ne peuvent vivre qu’en vendant leur force de travail, et qui n’ont que leurs chaînes à perdre, c’est-à-dire cette condition prolétaire, leur appartenance de classe.’’

      Je n’ai jamais cherché le prolétariat, je vous pose la question à vous qui affirmez que celui-ci est encore le sujet de la révolution qui se vit dans la contradiction qui mènera au processus de communisation. Mais encore faut-il qu’il existe une classe unitaire révolutionnaire ? Cette classe existe-t-elle toujours potentiellement unitairement ?

      Affirmer et théoriser la dissémination du prolétariat ne consiste pas à dire que les travailleurs et les travailleuses sont disparus mais plutôt qu’ils sont porteurs de forces et d’intérêts divergents et que cette force révolutionnaire qu’a pu être le prolétariat n’existe que de moins en moins, voir plus du tout comme sujet révolutionnaire avec ce que cela comprend d’unité.


      • > L’écart... courant communisateur... sujet révolutionnaire... praxis, , 27 avril 2005

        Le temps des bétises

        À lire les divagations multiples de Calvaire, j’ai parfois l’impression de tourner telle une girouette dans les rues de New York avec une carte de Paris pour finalement aboutir dans un cul-de-sac théorique. D’un côté, il ne nie pas les antagonismes de classes mais de l’autre, les classes ne définissent plus le dépassement de la contradiction. Bref, à quoi sert les classes dans la théorie de la révolution pour Calvaire ? Probablement à justifier sa présence sur meeting...

        Premièrement, le prolétariat est un sujet du capital parce que le capital est objectivité du prolétariat ou pour être plus simple, le prolétariat n’existe que par et pour le capital. De plus, de part ses propres prémices, le capital est à la fois division du travail, atomisation de la population comme société civile, diversités des intérêts privées, etc., d’où l’éclatement du prolétariat en une multitude de catégories sociales : sans-emploi, étudiant, syndiqué, minorité ethnique, etc. Donc, de par sa situation dans le procès d’exploitation, le prolétariat ou la classe des prolétaires est contraint de lutter sur le terrain du capital, ce qui définit sa fameuse dissimination. Et c’est aussi ce qui explique que l’unité du prolétariat est contenu dans son aboltion, c’est-à-dire une fausse question préalable à la révolution.

        De deux, cette unité tant recherchée par Calvaire n’a existé que pendant le cycle de lutte qui caractérisa la monté en puissance du prolétariat comme adversaire reconnu par le capital. En d’autres mots, tant et aussi longtemps que le procès de production déterminait cette reconnaissance dans le rapport de classe, l’unité du prolétariat avait un sens mais uniquement au travers les formes politiques et économiques de son affirmation à l’intérieur du capital : soit les syndicats et les partis ouvriers. Maintenant que cette reconnaissance - la fameuse identité de classe - fut le point central de la défaite ouvrière des années 60-70, il est donc devenu inutil de s’en rapporter pour définir en quoi le prolétariat est contraint de faire la révolution.

        Et enfin, le procès d’exploitation capitaliste de part la dynamique de sa contradiction - la baisse tendancielle du taux de profit - est contraint de dévaluer sans cesse la force de travail afin de valoriser le capital. Cette dévaluation est le contenu de l’inessentialisation jamais achevée du travail vivant, en l’occurence le prolétariat. Donc, de part sa situation dans le procès comme classe du capital, le prolétariat est contraint d’abolir le capital en tant qu’il lutte contre son inessentialisation. Finalement, la contradication, de part sa dynamique qui implique et oppose réciproquement les classes, produit son dépassement non comme une volonté générale préalablement concertée dans une unité de classe et consciente de ses intérêts mais plutôt comme abolition des conditions présentes dans une diversité de relations immédiates dont le point commun est la négation du prolétariat par lui-même dans l’abolition du capital.

        Je ne suis pas certain de me faire comprendre mais depuis plusieurs semaines que je lis les différentes positions sur ce site et j’en suis venu à me demander comment peut-on parler de révolutuion sans parler de classes. Et plus tordu encore, je me suis demandé comment parler de classes sans vouloir en parler tout en parlant de classes comme le fait Calvaire. En conclusion de quoi, j’ai bien peur d’avoir insulté notre cher camarde, car j’ai également remarqué qu’il se plaît à dénicher des insultes là où la critique le rend incofortable et à écrire lui-même des insultes comme des arguments.

        Sans trop de méchanceté et au plaisir de continuer à vous lire.

        Amer Simpson


        • > L’écart... courant communisateur... sujet révolutionnaire... praxis, Calvaire, 27 avril 2005

          Qu’on le montre et le démontre ce prolétariat s’exprimer comme classe révolutionnaire en unification ! Je ne demande pas mieux. Mais je ne vois pas. Si je le voyais, je serais en accord largement avec les textes de R.S. dont le magnifique texte sur l’Argentine. Mais bon... Moi, je vois le prolétariat intégré et disséminé, n’existant plus dans son unification réelle ou potentielle. Et voulez-vous bien dire en quoi je vous dérange tant d’un point de vue théorique ?


          • > L’écart... courant communisateur... sujet révolutionnaire... praxis, , 28 avril 2005

            "Qu’on le montre et le démontre ce prolétariat comme classe révolutionnaire en unification !..."

            Où as-tu trouver ça ? Là ce n’est plus du TC mal digéré, c’est un simple contre-sens. Tu ne déranges rien, tu mélanges tout. Même quand on te cite, tu ne te reconnais pas, alors les doutes sont permis : est-ce que tu lis les interventions auxquelles tu crois répondre ? Et les tiennes ?


            • > L’écart... courant communisateur... sujet révolutionnaire... praxis, Calvaire, 28 avril 2005

              Cites et je te répondrai. Il se peut que parfois des contradictions se tissent autour de la question du prolétariat, car j’ai des doutes importants. Mais voyons ce que tu peux citer...


          • > L’écart... courant communisateur... sujet révolutionnaire... praxis, Windigo, 29 avril 2005

            "Mais je ne vois pas. Si je le voyais, je serais en accord largement avec les textes de (...)"

            Un aveugle ne voit rien. Pourtant, il est conscient qu’il y a tout un monde qui se dérobe à ses yeux. Il n’a pas la prétention de dire que ce monde n’existe pas parce qu’il ne le voit pas. Il y a des limites à évacuer le réel parce qu’on n’arrive pas à le percevoir. L’unification du prolétariat, tu peux la voir en tant de crise (SAQ, Vidéotron, la Noranda, pour ne nommer que quelques-unes des grèves ayant secoué le Québec dernièrement). Si l’unification n’éclate pas au niveau de la classe en tant que classe unitaire, c’est qu’il y a tout un tas de dispositifs sociaux pour la maintenir éclatée (ou disséminée pour utiliser tes termes). Lorsque les syndicats évitent le front commun en lui préférant le maraudage, on ne peut alors attendre du prolétariat que la dissidence au sein de son regroupement. Les syndicats (et autres animations sociales- au sens de gestionnaire de la contestation) maintiennent le prolétariat dans cette atomisation par la menace d’exclusion, de sanction, et plus encore vis-à-vis sa propre dissidence. Pourtant, et malgré tout, une conscience classiste se dessine quand même lorsqu’il y a solidarité entre un prolétaire "laissé seul" dans sa grève, et un autre qui refuse de franchir les lignes de piquetage de ce premier. Bien sûr, l’unité reste à être gagner au sens le plus large... Et c’est à partir de ce moment, lorsqu’une large majorité de la classe rejette les structures qui la maintiennent divisée et se trouve unifiée dans sa propre lutte, qu’un saut qualitatif entre conscience de classe et conscience [en devenir] révolutionnaire se formalise. Cependant, et actuellement, le prolétariat n’est pas nécessairement tout uni : il est à unifier- ou plutôt il reste à nous unifier. Tu ne trouveras pas le prolétariat fin prêt pour la révolution, ici-maintenant, sans te péter les méninges, sinon on serait déjà en train de la faire la tab***ak de révolution. Reste que c’est dans notre classe qu’on enfantera de la révolution.


            • > L’écart... courant communisateur... sujet révolutionnaire... praxis, Calvaire, 30 avril 2005

              ’’L’unification du prolétariat, tu peux la voir en tant de crise (SAQ, Vidéotron, la Noranda, pour ne nommer que quelques-unes des grèves ayant secoué le Québec dernièrement)’’ dit Windigo. Je vois plus là-dedans des luttes sectorielles réformistes et corporatistes même micro-corporatistes avec quelques actions plus musclées c’est tout. Que défendaient-elles ces luttes d’ailleurs ?

              ’’Je considère que l’État social et la société de consommation conjugués ont intégré le prolétariat dans le cours de la restructuration du capitalisme et que celui-ci désormais en larges franges (surtout chez les salariés syndiqués) ne défend plus que ses intérêts capitalistes (augmentation du pouvoir d’achat, salaires, avantages sociaux...) par les syndicats surtout et parfois par les partis réformistes (les Partis socialistes et les Partis communistes officiels se laissant encadrer par cette logique).’’ C’est ce que je disais et la soi-disant solidarité entre ’’un prolétaire "laissé seul" dans sa grève, et un autre qui refuse de franchir les lignes de piquetage de ce premier’’ me semble plus une solidarité de gens qui défendent leurs intérêts d’intégration qui parfois peuvent converger. Il peut y avoir une certaine solidarité entre travailleurs mais encore le prolétariat c’était une classe qui existait dans une certaine similitude de conditions et dont l’existence était à ce point exploitée, méprisée et niée qu’elle pouvait prendre conscience de l’importance de la révolution : Nous ne sommes rien Soyons tout. Alors qu’elle est devenue citoyenne de l’Empire et grande consommatrice de biens et de spectacles.


              • > L’écart... courant communisateur... sujet révolutionnaire... praxis, Windigo, 30 avril 2005

                La vilaine faute ! Au lieu d’écrire "en temps de crise", je me suis laissé confondre par son homonyme "en tant de crise". Il y a une différence fondamentale entre les deux termes, j’ai un peu honte de m’être fourvoyé à ce point. Néanmoins, Calvaire, bien sûr que ce sont des luttes sectorielles et réformiste ; il n’y a aucun doute à ce sujet. Ce qu’elles défendaient ces luttes ? L’intérêt immédiat- corporatiste- des salariés, rien d’autre. Historiquement, le premier moment de la conscience prolétaire (en général et non en particulier) a toujours été, donc, la conscience de classe. Voilà près de cent cinquantes ans, les luttes sectorielles existaient : la lutte pour les huit heures, le salaire, étaient tout autant des luttes réformistes qu’aujourd’hui. Il n’y avait pas plus de conscience révolutionnaire injectée dans la nature du prolétariat qu’il n’y en a à présent. Seulement, les conditions historiques étant tout autres, la conscience révolutionnaire émergea autrement (je suis tenté de dire "plus aisément" puisque depuis cette époque, les dispositifs de contrôle sociaux ont abondé sous diverses formes et se sont même radicalement intégrés à la culture). Bref, le prolétariat a eu ses moments de gloire révolutionnaire avec ce qu’on connaît aujourd’hui. Cependant, le prolétariat est toujours présent, il n’est pas "moins" que ce qu’il était. Je sais, je sais, tu dis ne pas affirmer que celui-ci n’existe pas mais bien qu’il s’est disséminé et intégré à l’appareil capitaliste. Bien entendu qu’il est plus disséminé et intégré que jamais- que la forme du prolétariat a changé- sinon l’histoire n’aurait pas évolué d’un iota. La forme ayant changé, le prolétariat garde la même nature, qui est une nature fondamentalement antagonique, en contradiction invariante avec la nature du capital. Le fait que la classe prolétarienne soit, comme tu dis, devenue une "grande consommatrice de biens et spectacles" ne change rien au fait que c’est au sein de cette classe que l’intérêt contradictoire se manifeste toujours ; que c’est dans cette classe qu’on arrive à trouver les luttes les plus combatives et affirmatives (même si ces luttes n’ont ponctuellement rien de révolutionnaires mais laisse présager- dans la quantité de luttes- un saut qualitatif). C’est donc à l’intérieur de cette classe que cette affirmation devient "l’eau qui bout", c’est-à-dire l’exhalaison prolétarienne, la sublimation prolétarienne, dans laquelle la nature passe d’un état quelconque à un état autrement supérieur selon ce que les conditions historiques nécessitent.


                • > L’écart... courant communisateur... sujet révolutionnaire... praxis, Calvaire, 4 mai 2005

                  ’’Le fait que la classe prolétarienne soit, comme tu dis, devenue une "grande consommatrice de biens et spectacles" ne change rien au fait que c’est au sein de cette classe que l’intérêt contradictoire se manifeste toujours ; que c’est dans cette classe qu’on arrive à trouver les luttes les plus combatives et affirmatives (même si ces luttes n’ont ponctuellement rien de révolutionnaires mais laisse présager- dans la quantité de luttes- un saut qualitatif). C’est donc à l’intérieur de cette classe que cette affirmation devient "l’eau qui bout", c’est-à-dire l’exhalaison prolétarienne, la sublimation prolétarienne, dans laquelle la nature passe d’un état quelconque à un état autrement supérieur selon ce que les conditions historiques nécessitent.’’

                  Encore faudrait-il le démontrer. Ce prolétariat qui pourrait être un pôle de contradiction révolutionnaire s’exprime en tant que telle quand et comment ? Le premier moment ici et ailleurs dans le monde occidental en reste toujours le premier moment sectoriel, corporatiste et intégrateur peut-être parce que le prolétariat n’existe plus comme ’’un’’ sujet révolutionnaire et que dans ce cadre les partis communistes révolutionnaires et autres révolutionnaires lutte-de-classistes, ou técéistes, ou... n’existent qu’en tant que survivance de quelque chose de dépasser alors que le démocratisme radical existe comme expression de la situation actuelle qu’il faudrait savoir dépasser mais pas en régressant dans une théorie révolutionnaire sans bases concrètes et qui en tant que telle peut facilement passer pour être une pensée magique grand-soiriste qui exprime les vieux rêves de communistes déchus ? (Je pose la question mais je suis personnellement enclin à le penser)


        • > Développement réel à propos du commentaire d’Amer Simpson, Calvaire, 29 avril 2005

          Je n’avais pas lu ce commentaire brillant d’Amer Simpson de la bonne manière je m’en suis aperçu. Je considère que l’État social et la société de consommation conjugués ont intégré le prolétariat dans le cours de la restructuration du capitalisme et que celui-ci désormais en larges franges (surtout chez les salariés syndiqués) ne défend plus que ses intérêts capitalistes (augmentation du pouvoir d’achat, salaires, avantages sociaux...) par les syndicats surtout et parfois par les partis réformistes (les Partis socialistes et les Partis communistes officiels se laissant encadrer par cette logique). Mais qu’il existe un mouvement de rupture qui se vit comme immédiatisme de la communisation qui s’incarne dans des lieux comme les squats, les villages autogérés, les communes rurales, les communes urbaines, qui développe le mouvement de la mise en commun, qui se défait de sa dépendance au travail salarié, qui vit de de l’autogestion des entreprises, de l’agriculture autonome, de la récupération, du vol, de formes d’auto-organisation qui se développe un peu partout notamment en Europe et en Amérique latine (comme en Argentine, voir l’article de R.S.) et dont la frange radicale se fait porteuse d’un mouvement de communisation qui s’exprime très bien dans un écrit comme l’Appel. Ce mouvement n’est pas classiste strictement (précaires, assistés sociaux, bourgeois et petits-bourgeois déclassés ou en rupture...) Il est héritier des autonomes des années 70 entre autres. Ma critique part de ce mouvement et s’y inscrit. Tous mes textes proposés pour le second Meeting en traitent, des limites comme des possibilités. La communisation s’y opère parfois comme un immédiatisme mais il peut être aussi porteur de ruptures révolutionnaires à long terme. Enfin, j’en dirai plus dans un prochain commentaire. Mais de toute façon c’est ce sur quoi tous mes textes ici portent mais avec l’angle d’approche de la communisation.


          • > Développement réel à propos du commentaire d’Amer Simpson, jef, 29 avril 2005

            qu’est-ce que c’est que cet infâme brouet verbal ? "des partis communistes et socialistes offciels qui se laisseraient encadrer" ?
            il y a des partis communistes clandestins ? où ça ? des partis qui se laissent encadrer ? je pensais que c’était la tâche des partis, d’encadrer. un peu de continence putain de bordel, non ?


            • > Développement réel à propos du commentaire d’Amer Simpson, Calvaire, 30 avril 2005

              Il existe encore des partis communistes maos ou de la gauche communiste qui s’organisent pour la révolution et qui ne se laissent pas encadrer totalement par cette logique de constante restructuration du capitalisme par le réformisme et la défense des intérêts capitalistes intégrés de la vaste frange prolétarienne intégrée elle-même


              • > Développement réel à propos du commentaire d’Amer Simpson, jef, 30 avril 2005

                des partis ! diantre ! des amicales de vétérans, oui, ou des sectes désaffectées, sans marché et sans mécènes, des musées archéologiques miniatures dont les conservateurs vivent au tombeau comme dans la vraie vie, des folklores non seulement sans touristes mais de folks disparus qui se croient vivants ! bref, des ilôts de folie autogérés. d’une folie triste qui n’a rien à nous apprendre : parano et non pas schizo. mais tant mieux, je suis contre la psychiatrie d’institution close.
                lets be serious for a while, for gods sake.


                • > Développement réel à propos du commentaire d’Amer Simpson, Windigo, 1er mai 2005

                  Quelle prétention de la part de celui qui ne connaît pas tous les partis ! Et le regroupement autour de la communisation n’est pas un parti, tu crois ? Il y en a qui aurait tout intérêt à relire Marx lorsque celui-ci mentionne l’infâme terme en 1847. Le parti est avant toute chose un parti-pris. Mais gardons nos yeux clos et préférons jouer aux vierges offensées avec le ton de celui qui porte le sceau. Changeons donc les mots pour refaire une jeunesse botoxée à la Révolution. Non, la dictature du prolétariat n’existe plus car on sait tous à présent qu’elle ne peut que conduire aux goulags ; maintenant parlons de communisation ! C’est tellement plus séduisant et on ne se salit pas les mains sur les cadavres de Blancs.


                  • > Développement réel à propos du commentaire d’Amer Simpson, jef, 2 mai 2005

                    ah mais windigo je compte sur toi pour en faire la connaissance, puisque tu as l’air plus chanceux en omniscience. ça promet d’être d’un fol intérêt.
                    "la chine était-elle et demeure-t-elle un Etat ouvrier-et-paysan dégénéré même à tendance socialiste de marché à caractéristiques ... chinoises" ? etc. etc.

                    tu as tout à fait raison quand tu dis que le parti est celui qu’on prend, pas le pratico-inerte. mais c’est justement ce que tous ces monomaniaques oublient.


                  • > Développement réel à propos du commentaire d’Amer Simpson, Calvaire, 4 mai 2005

                    La prochaine révolution sera communisation de la société, c’est-à-dire sa destruction, sans "période de transition" ni "dictature du prolétariat", destruction des classes et du salariat, de toute forme d’État ou de totalité subsumant les individus... Communisation - Christian Charrier

                    Destruction ne peut vouloir dire la grande paix et les cadavres existeront peut-être encore alors ce n’est pas parce qu’on parle de communisation plutôt que de dictature du prolétariat ou de parti du prolétariat que nous en appellons à la non-violence... ou encore à la révolution par la réforme comme il est colporté contre les idées et/ou les pratiques de certainEs d’entre nous par des vieux communistes de parti qui sont de moins en moins en contact avec une réalité concrète quelconque comme les gauches communistes (comme le GCI par exemple)


          • > Développement réel à propos du commentaire d’Amer Simpson, Calvaire, 30 avril 2005

            Je continue avec la réponse à Amer Simpson. Je pars de l’analyse de l’autoorganisation et essaie d’en évaluer les mesures de rupture, de dépassement et c’est là que s’inscrit selon moi le mouvement de communisation.

            Un peu de R.S. pour commencer

            ’’L’autonomie ne peut plus être la perspective des luttes, mais il y a encore de l’auto-organisation comme mise en forme, sans perspective, de ce que l’on est. On s’auto-organise comme chômeurs de Mosconi, ouvrières de Bruckman, habitants de bidonvilles..., mais ce faisant quand on s’auto-organise, on se heurte immédiatement à ce que l’on est qui, dans la lutte, devient ce qui doit être dépassé. L’activité même, ses objectifs, ses modalités d’effectuation se retournent contre ce qui devient la pure et simple existence dans les catégories du mode de production capitaliste : l’auto-organisation. En Argentine, l’auto-organisation n’a pas été dépassée, elle ne peut l’être que dans la phase terminale d’une insurrection communisatrice. Les luttes sociales en Argentine ont annoncé ce dépassement.’’ (R.S.)

            L’élaboration théorique qui pour moi s’inscrit dans des pratiques politiques et sociales sous peine de s’abstraire radicalement du réel efficient et historique s’inscrit pour moi dans la critique de l’autonomie comme démonstration des limites de la radicalité ultime actuelle qu’est l’auto-organisation que nous vivons aujourd’hui et par la théorisation et les pratiques visant la communisation comme destruction de l’isolement autonome (de ce que tout ce qu’elle porte de misère, de simple débrouille, d’isolement et d’impuissance) et de la Société. Tout comme dans l’extrait du texte de Roland Simon, ’’l’activité même, ses objectifs, ses modalités d’effectuation se retournent contre ce qui devient la pure et simple existence dans les catégories du mode de production capitaliste : l’auto-organisation. En Argentine, l’auto-organisation n’a pas été dépassée, elle ne peut l’être que dans la phase terminale d’une insurrection communisatrice.’’

            Je considère par contre que cette insurrection communisatrice qui se vit dans un très court laps de temps dont parle R.S est une vision grand-soiriste de la révolution et que la communisation s’effectue à deux niveaux : la mise en commun actuelle qui se développe et de l’autre ce mouvement de rupture générale qui ne pourra se vivre que dans la généralisation de la communisation du point de vue immédiatiste : ’’S’organiser veut dire : partir de la situation, et non la récuser. Prendre parti en son sein. Y tisser les solidarités nécessaires, matérielles, affectives, politiques.’’

            Nous nous organisons par ’’une constellation expansive de squats, de fermes autogérées, d’habitations collectives, de rassemblements fine a se stesso, de radios, de techniques et d’idées. L’ensemble relié par une intense circulation des corps, et des affects entre les corps.’’ Entre autres...

            Comme disent certainEs, nous avons déjà commencéEs.

            ’’La prochaine révolution sera communisation de la société, c’est-à-dire sa destruction, sans "période de transition" ni "dictature du prolétariat", destruction des classes et du salariat, de toute forme d’État ou de totalité subsumant les individus...’’ Communisation - Christian Charrier

            La prochaine révolution sera cela et bien d’autres choses (mais qui ne seront plus des ’’choses’’). Mais elle ne partira pas de nulle part. Ainsi donc la communisation comme révolution sera le processus généralisé, mais en attendant, nous construisons les fondements de cette communisation, nous livrons la guerre révolutionnaire (que nous pourrions appeler aussi ’’grève humaine’’) qui ne trouvera son aboutissement que dans la révolution comme communisation généralisée. Et encore là, ce ne sera qu’un début : le début d’une véritable nouvelle histoire comme le pensait Marx, une histoire commune créatrice...

            ’’Hasta la communisacion siempre !’’

            On pourra accuser ces idées d’être gradualistes surtout que je dis que cela est un mouvement expansif mais je conçois cela comme étant plus réaliste que l’insurrection finale ou rapidement exécutée dont parle R.S.


  • pour personne (moi non plus), patlotch, 2 mai 2005

    1) m’est avis -impression, soleil couché- que quelque chose ne peut fonctionner dans l’échange -il n’y en pas, sauf paradoxalement du côté de Calvaire, qui me fait penser au lactaire sanguin, ce champignon qui fait pisser rouge... c’est un compliment, si si, bien que ce ne soit pas le meilleur

    quelque chose de l’ordre de la surenchère où chacun y va sur le registre de l’ironie, de la dérision -stratégie de vaincu- sans qu’on sache au demeurant ni d’où il parle, ni ce qu’il dit... mais comme on sent bien qu’il enfonce un clou, son clou, on a des fois envie de voir le marteau, à défaut de la main qui le tient par la barbichette : un truc assez macho, de fait, non ?

    2) ça m’arrive aussi, pas spécialement fier...

    3) le tout me ferait dire qu’à part les textes de bases, les textes théoriques, ça vaudrait même pas le coup de continuer comme ça : l’empreinte du faux, pas sain, pas sain du tout, alors le communisme, comme ça, immédiat ou pas : à chier !

    4) j’ai mis ça là, sachant pas zou, rien à voir de spécial avec "l’écart", encore que, peut-être un autre ? ou un "écran" ?


    • > pour personne (moi non plus), Hélène, 5 mai 2005

      BONJOUR,

      C’est avec un certain soulagement que j’ai lu le message de Patloch du 2 mai 2005.En effet les échanges sur ce site tournent parfois en rond ;aussi il est bien agréable de trouver un peu de fluidité ou du moins une envie de fluidité sur le forum de Meeting.Depuis peu un documentaire sur les usines autogérées en Argentine-mais aussi centres médicaux,écoles,15000 personnes concernées d’après les réalisateurs-existe, c’est "THE TAKE".Ce film arrive en écho aux articles sur l’Argentine,sur l’Écart,sur "des exemples de communisation" ;il est possible de le voir en France actuellement.
      Il montre la relance de la production dans les usines abandonnées par les patrons et donc autogérées par les ouvriers au chômage qui s’organisent ,n’ayant pas d’autre solution que de faire encore appel aux politiciens pour sauver leur outil de production.Le documentaire a une grande"vertu" c’est de montrer que le Capitalisme a plus d’un tour dans son sac et que s’il faut être" ouvrier "pour pouvoir durer cela n’est pas un problème pour lui.Cela dit chapeau aux prolos argentins !........bien qu’ils ne se soient pas encore abolis comme classe tout comme nous.

      Références du film :"THE TAKE"de Avi Lewis et Naomi Klein cinéastes canadinens(anglophones ?).

      Héléne


      • > pour personne (moi non plus), Patlotch, 7 mai 2005

        Merci pour le plaisir de t’avoir « soulagée » et pour la référence à THE TAKE qui montrerait en quelque sorte la contradiction, les limites auxquelles nous sommes confrontés : la classe censée abolir le capital ne peut le faire sans s’abolir elle-même. J’en profite pour citer un vieux pote, de qui je tiens la référence à un vieux film auquel je faisais allusion l’autre fois : L’homme au complet blanc

        " The man in the white suit" : Film d’Alexander Mackendrick écrit et réalisé en 1951 donc. Ce film en noir et... blanc (ahhh !!!) fut censuré pendant une bonne dizaine d’années, pour des raisons autrement moins cocardières et surtout plus intelligentes (tu m’étonnes...) que ne le fut les Sentiers de la gloire. Après qu’Alec Guinness (Sidney Stratton dans le film) ait tourné (sa veste et son complet) pour la plus grande gloire des marshmallows (Le pont de la rivière Kwaï, le docteur Jivago, Cromwell, etc..), et que Mackendrick se soit vu mis hors-circuit, le film fut autorisé et estampillé " comédie " par la kritik et les circuits de distribution. Si.

        Mackendrick a filmé et a écrit :

        Sidney Stratton est laborantin chimiste dans l’industrie textile. Il invente après quelques tentatives ratées un tissu infroissable, insalissable et surtout inusable, d’un blanc scintillant dont il se fait un costume. Quel con ce Sidney Stratton ! Dans un bel élan de solidarité tsunamique, actionnaires, patrons et ouvriers se liguent en un front uni (tels des trotskistes) contre cet idiot qui résolvait pour la plus grande angoisse de classes objectivement alliées la question du salariat et de l’exploitation. Il finit par être séquestré, affrontant le regard haineux des patrons et celui paniqué mais tout aussi rageur des prolos.

        Rebondissement ! Il parvient à s’enfuir sous un ciel pluvieux, pourchassé par la horde unie des classes. La pluie fit leur affaire, la seule chose à laquelle le costume ne résistait pas étant l’eau. Sauvés ! Patronat et prolétariat dansèrent alors ensemble, s’étreignant et s’embrassant dans un chant de mort où l’Internationale aurait pu se mettre au diapason des chorales de Patronnage. Notre homme, quant à lui, fut laissé en paix et partit vers de nouvelles aventures... Il n’était plus nécessaire de le lyncher

        Voilà. Donc :

        - " Interdisons les licenciements " (LO)
        - " Les profits doivent être redistribués aux salariés " (LCR)
        - " Emploi, formation " (PCF)

        Autant de mots d’ordre, de propositions et de programmes aveuglément réactionnaires pour que le prolétariat reste ce qu’il est : asservi au salariat et à la précarité.

        " Le bon sens est la chose la mieux partagé au monde " a écrit le Méthodique. Possible... mais il est une visée de Marx que bon nombre de ces dits communistes et neuneu-marxistes divers et avariés ont de tout temps fort mal partagée, visée qui n’est que " bon sens Manifeste " pourtant :

        " Les prolétaires n’ont rien à perdre que leur chaînes. Ils ont un monde à gagner. "


        Ce qu’on nous vend sous forme de lutte de classes, c’est une aspirine soluble dans le capitalisme.

        Sinon, je voudrais pas paraître désabusif, suffit pas de critiquer les interventions des autres, comme on dit. J’aimerais bien poser quelques questions, et je pense avoir l’occasion de le faire à la réunion du 28 mai. Avec ces questions, j’aurai ptêt l’air d’un con, du moins aux yeux de ceux qui savent déjà, ou qui ont toujours su avant les autres (dont moi), et qui balancent tant de leurs vérités qu’elles me soûlent, avant de me dépasser, mais sans jamais abolir les miennes. J’ai pas spécialement réfléchi à ça, mais, en gros, ça tourne autour d’un "Que faire ?". Pourquoi ?

        Nous sommes confrontés là à une théorisation, je dirais pour ma part une démonstration, qui peut laisser coi : « - quoi !? alors, "il va falloir attendre ?" Merde, c’est complètement "démobilisateur" ce truc ! » ou bien - « si je comprends bien, tout ce qu’on peut faire, c’est participer à un machin qui rentre dans le rang, à un moment donné, à un stade donné de son évolution ? », alors on se dit qu’il y a quelque chose qui cloche, pas possible que les hommes fassent l’histoire mais qu’ils soient obligés d’attendre les circonstances propices... ou que ceux qui s’y collent soient envoyés au casse pipe pour du beurre, puisqu’il n’en sortira rien, que des conditions qui finiront un jour ou l’autre, au bout d’un procès, par apparaître, par se prêter à ce que les "vrais révolutionnaires" abandonnent la posture "repos du guerrier".

        Voilà qui effondrerait tout volontarisme, toute tradition militante, hors quelques situations qui bousculent les limites, dans l’écart.

        Questions, en vrac :

        Ces situations sont-elles spécifiques de situations sociales particulières (luttes de chômeurs, luttes d’usines...), autrement dit, dire prolétariat défini par le précariat suppose-t-il d’être objectivement dans une situation précaire pour pouvoir affronter ces limites ? J’aurais tendance à répondre "non", mais je coince encore, d’une part sur le plan théorique, entre "classe ouvrière" (productrice de plus-value) et "prolétariat" (n’ayant pour vivre que de son travail salarié), d’autre part sur le plan pratique : qu’est-ce que je fais, dans mon administration où je fais de moins en moins la différence entre discours d’Etat, de hauts fonctionnaires, et discours syndical, quel qu’il soit (je ne distingue pas ici la collaboration ouverte de la CFDT et les revendications "dures" des syndicats de fonctionnaires dans la logique du service public) ?

        J’ai dit ailleurs que je jugeais nécessaire de faire connaître les thèses communisatrices (label douteux, mais on me comprendra : ça vaut pour acquis+problématique). A qui ? La tentation, c’est les milieux où "ça bouge" et donc les milieux militants, mais alors, on est vite coincé, parce que d’une certaine façon, ce sont les moins réceptifs, et pour cause. J’ai même l’impression que le démocratisme radical s’installe tellement comme idéologie que cela produit une résistance accrue : évidemment, on vient déranger la belle "remise en perspective" qui tourne la page, souvent avec les mêmes, du programmatisme. J’ai autour de moi des collègues, ni syndiqués, ni grévistes, ni "politisés", qui d’une certaine façon sont spontanément plus lucides, sur le travail, sur leur exploitation, et qui n’en arrêtent pas la donne au "bon service public", aux "bons salaires", aux "bons effectifs" etc. Cela ne signifie pas qu’ils vont se mettre en lutte demain matin, mais bon... il y a "quelque part un vécu" avec lequel ne trichent pas ceux qui ne refoulent pas ce qui les étouffe.

        J’avoue que je ne sais pas très bien quoi en faire, sauf m’en réjouir, mais ça pisse pas loin. En même temps, c’est pas une question abstraite, un problème d’explications à donner, un machin à gaver la conscience d’une nouvelle conviction. C’est quelque chose entre sentir, savoir, et faire. Et c’est donc bien, pour moi, la preuve que la théorie (au sens restreint d’élaboration séparée) est incontournable.

        Autre question : me semble qu’on manque d’analyses concrètes de situations actuelles, par ex. "qu’est-ce qui se passe avec ce référundum ?" On peut toujours mettre ça de côté, faire de l’histoire en temps long, mais s’il n’y a pas de prise sur le présent, l’ici et maintenant de luttes quoi qu’on en pense, les thèses communisatrices n’auront aucune chance de montrer leur pertinence au delà d’un cercle très limité, et pointant (par habitude) des militants jugés plus avancés que les autres, pour leur "anticitoyennisme"... Il y a donc un besoin d’augmenter l’utilisation de la théorie, sans quoi c’est le champ libre à l’idéologie à un moment où elle s’affirme en puissance. En ce sens, j’avais apprécié les textes "journal d’un gréviste", et sa critique, comme les commentaires de RS sur les grèves de 2003. Au demeurant, c’est la force de ses textes, qui théorisent dedans. C’est pourquoi j’avais recopié le sommaire de Théorie du communisme, qui est en lui-même significatif de ce rapport concret, d’une posture « en théoricien », et « non en tant que théoricien ».

        J’ai bien conscience d’être un peu flou, mais si je me résume, je dirais que, pour moi, l’appropriation théorique doit permettre de s’en servir, qu’elle ne s’use que si l’on s’en sert, et que c’est en s’usant qu’elle trouve sa pertinence et alimente ses batteries. Il me semble qu’on manque de s’y coller. Un objectif, ce serait donc de multiplier ceux qui sont capables d’être peu ou prou "en théoricien" dans les choses. Qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas tout le champ des possibles, et je ne considère pas que les "communisateurs" puissent remplacer "la classe" etc. mais bon, on est ici sur un site qui part et parle de théories, on ne peut que causer, et personne ne prétendra que le site Meeting soit le haut lieu de la contradiction du capital en procès...

        ?¿ ? ¿ ?¿ ? ¿ ?¿ ?¿ ?

    • > pour personne (moi non plus), jef, 9 mai 2005

      je crois tout simplement que le filon est épuisé, que la logomachie théoriciste a cessé de faire illusion, ici, l’abstraction confine au vide intersidéral, alors que le la pensée commence par différencier, e^ut dit Hegel. se poser pendant trente la question de savoir comment le prolérariat peut strictement comme classe s’abolir et abolir toutes les classes du m^eme geste, sans trouver de réponse, revient à poser sans doute une mauvaise question ; mais que cette question soit mauvaise, parce qu’elle ne produit pas de résultat, personne ne le soulève. pas un gramme d’analyse, mais pas un chou"ia, de l’Etat, de la production, de la question de la valeur, contre des tonnes d’incantation négatives : ce que la révolution ne sera pas, pas de transcroissance, pas de transition, rupture immédiate mais produite, continuité des luttes à la révolution sans confusion entre elles, contradiction au capital égale autocontradiction etc. etc.ad nauseam. pas d’autonomie, pas de reviviscence, pas de passé à restaurer, à sauvegarder, pas de présent hors du capital, pas d’extériorité et pourtant rupture du ressort spéculatif etc. à force de négation, on est dans le cirage galactique. du paradoxe plat, non ma^itrisé, la certitude que la dynamique de classe seule produit le communisme- quoi d’autre, en effet ? "l’auto-contradiction" : à quoi d’autre ? y a-t-il contradiction à autre chose que soi ? y a-t-il quiconque pour s’en soucier ? voire ! mais on fait de la théorie quand m^eme, monsieur. alors allons y à notre tour, foutons la paga"ie : la révolution devra tout à ce qui HORS du capital aura subsisté comme mode de sociation.


      • > pour personne (moi non plus), Patlotch, 11 mai 2005

        Entre le « filon épuisé » (de la « logomachie théoriciste »), et « la révolution devra tout à ce qui HORS du capital aura subsisté comme mode de sociation* », il y a peut-être une passe, dans l’écart, une carte à jouer d’un enjeu pour Meeting au présent, si j’en crois les derniers textes publiés en page d’accueil, datés du 9 mai. Chacun dans son registre -critique du présent et de l’Appel, état des lieux, définition du communisme (ou concrétisation du concept de communisation), ces textes dont le tien me semblent ouvrir, du moins du point de vue causerie, des possibilités de "travail" dans l’écart, un débouché fonctionnel à la mouvance "communisatrice" : du grain à moudre. Bon, c’est qu’une remarque méta, pour m’absoudre d’un commentaire bêta. Le sentiment que ça tourne un peu moins en rond (Hélène).

        On aurait une virtualité de mise en chantier qui n’aboutirait pas à considérer que quoi qu’on fasse ne pourrait être qu’alternactiviste (ce qui n’est affirmé qu’à l’extrême, mais peu concrétisé par ailleurs).

        * selon Max Weber : « La sociation (Vergesellschaftung) est une relation sociale typiquement rationnelle puisqu’elle se définit par le fait que "la disposition de l’activité sociale se fonde sur un compromis d’intérêts motivé rationnellement (en valeur ou en finalité) ou sur une coordination d’intérêts motivés de la même manière. En particulier, la sociation peut (mais non uniquement) se fonder typiquement sur une entente " » source au petit bonheur de Google : Les relations communautaires ethniques selon Max Weber

        ?¿ ? ¿ ?¿ ? ¿ ?¿ ?¿ ?

        • > pour personne (moi non plus), jef, 13 mai 2005

          évidemment la ’sociation’ était une expression tirée d’une traduction de Weber, mais sans que je connaisse le terme allemand correspondant ; et je me rends compte grâce à ta citation de la définition que j’en faisais usage un peu à la sauvette, bien que ça ne jure pas trop, au fond, avec ce que je voulais dire : éviter socialisation comme intégration à la société, dont le moindre mérite de RS n’est pas de nous avoir appris que le communisme n’en est pas : communauté, oui, société non. donc, sociation plutôt que socialisation.
          mais d’abord il s’agit d’une traduction de Vergesellschaftung, et je ne vois pas à quoi correspond alors socialisation, si du moins le traducteur de Weber en use ; dans le cas contraire, pas de différence significative et Vergesellschaftung vaut pour socialisation, donc ma différence tombe.
          ensuite, dans Vergesellschaftung, il y a gesellschaft, société, qui est bien l’hydre de l’abstraction réalisée. le traducteur doit donc se planter s’il veut faire la différence avec socialisation, et ça va de plus en plus mal.
          enfin, pourquoi pas Vergemeinschaftung, pour (tenez-vous bien) communautarisation, et pourquoi pas communisation ! alors je retire défnitivement ma sociation - puisque l’opposition gemeinschaft (communauté)/gesellschaft est la seule que je connaisse.


          • > pour personne (moi non plus), Patlotch, 13 mai 2005

            "Sociation" : ben je dois dire que d’abord je me suis demandé si cétait pas une faute de frappe. C’est pour ça j’ai demandé à Gougle. Je me suis dis que yavait d’ça mais pas forcément dans la Weberung. Donc merci de ta mise ô poinschung.

            Je me disarte aussi que si chacun y vallait de son invenschung, déjà que c’est complexjung à nosâges, nous pas sortir de l’auberjung non ? avec tout mon respect pour les camarades espagnols. Yug !

            Sinon, à vrai dire, je trouvais "sociation" plutôt stimulant, histoire de jongler avec le communisme, qui ne serait plus la "société" (du moins, à mon sens la "société civile", telle que Marx l’a critiquée comme concept de la philosophie politique, lié à la ritournelle : Etat, peuple, souveraineté... politique... démocratie... et les avatars de l’"aliénation" et des "dominations" dans le rapport à l’exploitation)

            Enfin, dans tout ça, peut-être que l’allemand permet des dynamitations :)))) où le français tend à la stat’isation. Ce serait paradoxal, dans la mesure où la vocabulaction marxienne est truffée (!) de français, comme "troisième source politique"... (philosophie allemande, économie anglaise...). Franco de porc !

            Et dire qu’on ne serait pas plus avancé qu’en l’an 48 : pauvres de nuns !

            ?¿ ? ¿ ?¿ ? ¿ ?¿ ?¿ ?

            • > pour personne (moi non plus), jef, 16 mai 2005

              "Sinon, à vrai dire, je trouvais "sociation" plutôt stimulant, histoire de jongler avec le communisme, qui ne serait plus la "société" (du moins, à mon sens la "société civile", telle que Marx l’a critiquée comme concept de la philosophie politique, lié à la ritournelle : Etat, peuple, souveraineté... politique... démocratie... et les avatars de l’"aliénation" et des "dominations" dans le rapport à l’exploitation)"

              c’est ce que je voulais dire.
              du reste, le français est une langue de merde, le contraire se saurait. aucune souplesse, psychorigide au possible, il suffit de voir comment on traduit les allemands ou les italiens, quand on les traduit.


  • > L’enigme du communisme Remarques sur meeting n°1, UN ASYMETRIQUE , 4 mai 2005

    ( P.S. ceci n’est pas une réponse au texte de R.S : l’eveil)
    Il s’agit ici de faire quelques remarques qui paraitront peut être périphériques par rapport à la problématique centrale de la revue mais qui me paraissent importantes.Je précise d’abord que ,selon moi, Meeting est une bonne initiative qui permet déja de rendre plus accessibles les thèses développées dans Théorie Communiste sans le verbiage abscond qui caractérise cette revue .
    Le texte de Francois qui ouvre la revue constitue de fait une trés bonne critique (faite pourtant à priori ) de ce que la démarche de Meeting a de bancal :"L’éloignement du but force à et permet de se contenter de l’abstraction la plus générale du processus de communisation et d’une définition trés politique du sujet communisateur ."Et effectivement aprés avoir lu Meeting on n’a pas vraiment l’impression "d’en savoir plus" sur la communisation . D’une certaine manière les auteurs l’admettent eux mêmes puisqu’ils parlent d’"énigme"(R.S) pas sur d’être résolu "ou jamais"(Denis) .La définition de la communisation qui revient le plus souvent est "immédiateté sociale des individus" ce qui est bien beau mais trés vague .Mais un problème qui me parait plus important est la facon dont Meeting problématise la révolution en faisant abstraction du cours que prennent et vont prendre les choses.
    On en a un exemple dans le texte de R.S "sur la communisation".Celui-ci décrit à un moment les problèmes transitoires du début de la communisation :"Dire qu’il y a des problémes qui ne se résoudront pas du jour au lendemain , c’est vrai, ils sont bien réels."Effectivement le rechauffement climatique et ses conséquences sont bien réels quoique R.S semble en avoir pris conscience il y a peu . Mais le meilleur vient aprés :"Que le communisme ait à résoudre dans un premier temps des problémes que lui légue le capitalisme ( Inégalités de developpement , transformation qualitative des moyens de production , élimination d’installlations dangereuses, suppression dans ses formes matérielles -inscrites dans l’espace- de la séparation entre ville et campagne , réhabilitation d’anciens espaces agricoles ou naturels ) ne crée pas pour autant une période ou des activités ou il ne "fonctionnerait"pas selon ce qu’il est, d’aprés sa nature propre et cela jusqu’à ce que soit atteint un certain niveau de developpement qui est en définitive absolument infixable." On voit ce que sont pour RS les problèmes que légue le capitalisme au communisme .Quelles inégalités de developpement résoudra la révolution communiste et son progrés aux limites infixables ? L’accés aux vaccins , aux fours à micro-ondes ou à internet ? Que peut bien signifier une transformation qualitative des moyens de production quand ceux-ci ont connu depuis la révolution industrielle et connaissent un emballement aux conséuqnces désastreuses.L’élimination d’installations dangereuses se passe de comentaires sans parler d’une "réhabilitation" des vieux espaces agricoles ( avec oeuvres d’art contemporain en sus ? ) .
    Qu’on nous permette de citer Marx , qui dans l’idéologie allemande ( en 1859 !), écrivait déja : "Mais chaque invention nouvelle , chaque progrés de l’industrie font tomber un nouveau pan de ce terrain et le champ sur lequel poussent les exemples vérifiant les propositions de ce genre se rétrécit de plus en plus .L’"essence" du poisson pour reprendre une des propositions de Feuerbach n’est autre chose que son"être", l’eau , L’"essence"du poisson de riviére est l’eau d’une rivière .Mais cette eau cesse d’être son essence , elle devient un milieu d’existence qui ne lui convient plus, dés que cette rivière est soumise à l’industrie, dés qu’elle est polluée par des colorants et autres déchets , dés que des bateaux a vapeur la sillonnent , dés qu’on détourne son eau dans des canaux où l’on peut priver le poisson de son milieu d’existence simplement en coupant l’eau."(L’idéologie allemande Editions sociales P75) On comprendra que l’essence du communisme doive selon moi se poser dans des termes nouveaux et non pas en théorisant comme ci de rien n’était .
    Le second grand thème développé dans la revue est ce courant communisateur , en accord avec les cinq thèses énoncées dans le point 4 de l’invite , en train , parait-il , d’émerger . Plusieurs auteurs tentent de définir ce qu’est ce courant ( Par exemple Bernard Lyon : "Existe-t-il un courant communisateur ? (..)Oui et non , oui dans la mesure trés étroite ou il existe bien des gens qui posent la révolution comme production immédiate du communisme , non dans la mesure où ces partisans de la communisation ne constituent pas encore vraiment un courant . " ) Mais au bout du compte les divers auteurs ne definissent pas une aire réellement existante mais s’assignent une mission . Notamment par rapport à l’alternativisme , incarné principalement par l’Appel, qui constitue par exemple le sujet de plus de la moitié de thèse de Denis "Il y a une aire qui pose la question de la communisation dans la lutte des classes" Quand on sait que les auteurs , post-situationnistes , de l’Appel considère la lutte des classes comme une catégorie dépassée on se dit qu’intégrer leur besoin de communisme tout en le critiquant ne va pas être facile .
    Cela n’empêche pas les auteurs de rester optimistes : " L’existence d’un mouvement qui pose la question de la communisation et tente d’y répondre comme il l’a toujours fait (..) Joue alors ( dans le moment revolutionnaire Nda ) un rôle important voire determinant car ce que la pratique du mouvement communiste apportera à la révolution c’est la problématique de la communisation."(Denis) Une énigme clef en main ?