La grève des écoliers de Stepney

La grève des écoliers de Stepney

Un compte rendu court à propos de la grève par 800 élèves à Stepney, dans l’est de Londres le 27 mai 1971, qui a réussi à obtenir le retour d’un professeur qui avait été licencié pour avoir publié un livre de poésies écrites par les enfants.

Un compte rendu court à propos de la grève par 800 élèves à Stepney, dans l’est de Londres le 27 mai 1971, qui a réussi à obtenir le retour d’un professeur qui avait été licencié pour avoir publié un livre de poésies écrites par les enfants.Il y a environ 40 ans, 800 élèves ont commencé une grève à Stepney, demandant qu’un professeur, Chris Searle, soit réintégré dans l’équipe enseignante de l’école après avoir été licencié pour avoir publié un livre contenant leurs poèmes. À cette époque, le climat social était particulièrement chaud, à la suite de grèves par les postiers, les éboueurs, ce qui a fait que la grève des écoliers fasse la Une des journaux nationaux, allant jusqu’à recevoir un support universel dans la presse pour leur grève.

Plus de deux ans plus tard, après que les parents, l’autorité éducative de Londres ou encore la National Union of Teachers (syndicat national de l’enseignement) et même Margaret Thatcher soutiennent Chris Searle, il avait pu reprendre son travail et les élèves ont été innocentés. Le livre de poèmes, qui avait pour titre « Stepney Words », s’est vendu à plus de 15 000 copies, les poèmes ont été publiés dans des journaux et des lectures ont eu lieu dans des émissions télévisuelles ou dans le Albert Hall. Il a s’agi d’un moment très inspirant, révélant le pouvoir libérateur de la poésie en temps que l’expression de la vérité de l’expérience humaine.

Beaucoup de ces écoliers – maintenant dans la cinquantaine – se souviennent encore avec une grande émotion de l’événement comme d’un moment formateur, qui a changé leurs vies pour toujours. Donc, quand Chris Searle, étudiant pour devenir professeur de 24 ans en 1971 est retourné dans le quartier de East End afin de rencontrer une partie de ses anciens élèves, cela a – et c’était bien compréhensible – été un événement plein d’émotions. Et j’ai été suffisamment chanceux pour être présent (l’auteur de l’article original) lors de l’événement et entendre ce qu’il avait à dire.

J’ai grandi dans les années 50 et 60. J’ai échoué l’examen pour mes 11 ans (note par la traductrice : le onze plus est un examen passé, au royaume uni, quand l’élève a 11 ans) et j’ai haïs toutes les sortes de divisions au sein de l’éducation. J’ai vu des centaines de mes camarades être amenés à être employés pour des travaux subalternes, c’est pourquoi je me suis inscrit dans un courant de pensée libertaire. J’ai été impliqué dans une politique socialiste, j’ai été dans les Caraïbes au moment du soulèvement du « Black Power », donc j’ai eu une idée plutôt importante du pouvoir et de l’éducation. La fondation « Sir John Cass & Redcoat School » de Stepney, était morne . C’était une école dite « chrétienne » et beaucoup de personnes dans le corps enseignant étaient des prêtres. Je me souviens même de l’un d’eux entrain de marcher avec une canne et une cape comme tout droit sorti d’un roman de Charles Dickens.

Les méthodes de l’école contrastaient grandement avec la vitalité et la verve des écoliers. En tant que professeur de littérature, j’avais pour habitude de faire répéter sur des lectures mais j’ai découvert qu’ils répondaient mieux à la poésie. Alors, j’ai lu William Blake et Isaac Rosenberg. Tous les deux étaient des poètes de Londres, qui tiraient leur inspiration de la rue. J’ai donc emmené les élèves dans les rues, et leur ai demandé d’écrire à propos de ce qu’ils voyaient. Les poèmes écrits par ces élèves de 11 ans étaient tellement beaux, que j’ai été réellement impressionné j’ai alors pensé que cela devait être publié. Après tout, Blake et Rosenberg avaient été publiés, alors pourquoi pas eux ? Quand j’en ai parlé au conseil de gouvernance, ils ont déclaré que les poèmes étaient trop sinistres. Je n’ai donc pas eu l’autorisation.

J’ai alors montré les poèmes à Trevor Huddleston qui était alors l’évêque de Stepney, qui les a adorés. Il est alors devenu évident qu’il y avait un double discours au sens de l’Eglise. Le directeur de l’école était lui-même un prêtre, et il m’avait dit : « ne réalisez-vous pas que ces poèmes ont été écris par des enfants en perdition ? » En d’autres termes, les enfants étaient le diable. Mais Trevor Huddleston a lui aussi lu les poèmes et avec un regard plein de signification, a déclaré : « Ces enfants sont les enfants de Dieu. » J’aurais donc dû voir qu’il allait y avoir un genre de bataille.

Quelqu’un a même suggéré, que j’avais écrit les poèmes moi-même. Même si je suis poète, je n’aurais pas pu écrire quelque chose d’aussi puissant que ces enfants, une fois publié, les événements se sont enchaînés rapidement. J’ai été suspendu, et 800 élèves ont commencé une grève le jour suivant. Ils restaient dehors sous la pluie, refusant de rentrer dans l’école, je ne pensais pas qu’ils allaient commencer une grève. Mais le jour d’avant, j’avais réalisé que des secrets étaient partagés, et que quelque chose se préparait. Cela dit, je ne savais pas quoi.

Mon expérience en tant qu’enseignant n’avait pas été des plus simple. Il était parfois complexe d’avoir leur intérêt. Mes journées n’étaient pas toujours bonnes, parfois elles étaient tout simplement magnifiques. En regardant derrière moi, je me dis que l’énergie et la vitalité, ainsi que l’extraordinaire sens de l’humour de ces enfants m’aidaient à traverser les journées. Si, en tant qu’enseignant, vous pouviez faire que ces enfants soient libres, alors vous commenciez à réellement prendre du plaisir. Cela m’a donné l’envie de rester instituteur toute ma vie.

J’ai essayé de faire en sorte de faire rentrer les élèves dans l’école.

Tony Harcup, ancien élève dans l’école de Chris Searle est maintenant maître de conférences confirmé dans l’université de Sheffield. Il a parlé au nom de la plupart, admettant : « Cela a été l’un des jours de ma vie où j’ai été le plus fier. Cela m’a appris que l’on peut faire la différence. C’était à propos du respect mutuel. Il-ne s’attendait pas au pire de notre part. Il pensait que chaque personne pouvait produire un travail de valeur. Il a ouvert notre regard sur le monde. »

Pendant les deux années pendant lesquelles Chris a attendu d’être réintégré dans l’école, il a mené un groupe d’écrivains, dans la cave de la mairie de Town Hall, sur Cable Street. Les élèves qui avaient eu leur travail publié dans « Stepney Words » pouvaient continuer à écrire à cet endroit. Ils essayaient alors de se voir plus en tant qu’écrivains plutôt qu’en tant qu’élèves. Ils ont publié d’autres ouvrages, à commencer par la poésie de Stephen Hicks, le boxer poète, qui avait vécu pas loin de Stepney et qui s’est lié d’amitié avec beaucoup d’élèves.

Le livre « Stepney Words » est devenu un catalyseur pour un mouvement communautaire entier de publications dans le pays. Beaucoup de personnes impliquées sont devenues autrices ou travaillent dans des emplois qui y sont liés. « Le pourvoir d’écrire, celui de créer, celui de l’imaginaire, ce sont les fondamentaux pour une vie équilibrée. » déclare Chris, parlant du fond de son cœur. « Et quand vous regardez derrière, depuis aujourd’hui, les vies de ces auteurs de cave, vous en voyez la preuve. »

L’histoire de l’école de Stepney révèle ce qui arrive quand un individu solitaire a la possibilité de décoincer le potentiel créatif d’un groupe de personnes qui, sinon, pourrait être considéré comme n’ayant aucun avenir. Cela nous rappelle également la capacité humaine qui, la plupart du temps, demeure non-exploitée. « Ma volonté est simplement de remercier les jeunes personnes qui se sont exprimées en ma faveur. » A déclaré Chris en toute humilité, en repensant à ça, se rappelant cette expérience à Stepney. « Comment ne pas être optimiste à propos de la jeunesse, lorsque vous face à cela ? »

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jef costello
Jun 20 2018 14:46