le capital comme société / dossier - Bernard Lyon

dimanche, 27 juillet 2008

Document 1 : domination réelle du rapport social capitaliste sur les individus

extraits, depuis le site de Meeting Cette rencontre doit se dérouler sur les bases et les auspices de : Meeting, TC, Senonevero, New Cycle, Riff Raff. On est là dans un ’créneau’ pour le moins étroit, bien loin du projet initial de Meeting, et cela va sans doute de pair avec la disparition du septième paragraphe de la plate-forme, où il était notamment question de faire travailler les textes de la revue à travers la confrontation et la reconnaissance mutuelle, projet forcément peu fécond, voire intenable, dans un tel ’entrenouïsme’.

La position s’affirme ici raide, arqueboutée notamment sur le concept de communisation, dont le bien-fondé serait comme indiscutable. Or, plus le temps passe, plus il me semble que ce concept, même s’il n’est pas sans pertinence, est flou et sans grande valeur d’usage ; il vise à nommer quelque chose que personne ne peut décrire autrement que comme l’immédiateté de la révolution, ce qui est tout de même une sorte de plus petit commun dénominateur du ’milieu’ et ne devrait guère (si l’on est de bonne foi) ne soulever, finalement, que des objections de type ’technique’ : comment saura-t-on reconnaître le moment où la communisation va démarrer ? Comment le prolétariat va-t-il pouvoir s’abolir en abolissant les classes ? Devra-t-on ou non mettre tout de suite en œuvre une façon communiste de produire les pommes de terre ?

De fait, ce concept aurait avant tout pour intérêt de marquer la distance avec le ’communisme’ des théories et idéologies dites ’programmatistes’. Plutôt que de dire : nous sommes communistes mais pas comme les groupes et partis qui se prétendent communistes, on dit : nous sommes pour la communisation, nous appartenons au ’courant communisateur’ (se dire ’communisateur’ serait pour le moins équivoque et puis ça n’a guère de figure face à : je suis communiste). S’il est bien évident que le camp d’été de Meeting n’a pas pour objet d’affronter les tenants du programme prolétarien, aujourd’hui soit moribonds soit reconvertis dans différentes variantes du programme démocratique, j’ai en revanche le fort sentiment qu’il vise à établir un ’camp retranché’ pour une compétition marquée avec la ’concurrence directe’ (…)

(…) il s’agit, comme toujours, de discuter sur les bases de TC, avec les concepts et les méthodes de TC, toute contradiction ou déviation devant rester soigneusement encadrées, avec l’appauvrissement qui ne peut qu’en résulter. Finalement on peut se demander comment la théorie communiste agissant en tant que théorie communisatrice peut abolir les théories concurrentes sans s’abolir elle-même.

Or, j’ai tendance à penser que le ’système TC’ est enfermé dans sa propre spirale, avec une grille d’analyse en forme de moulinette multi-fonctions (d’autres disent : boulevard circulaire) et qui ne marche que sur la base de concepts élaborés au fur et à mesure des nécessités tant théoriques (les plus pertinents, comme L’Implication Réciproque entre les deux classes du capital, par exemple) que polémiques (les plus faibles, selon moi, tel L’Écart ou comment décrire la facette potentiellement révolutionnaire de toutes les luttes ’intéressantes’ qui se présentent et tenter de gérer théoriquement, pour le coup le ’grand écart’ entre la nécessité de l’auto-organisation comme premier acte de la révolution et la critique de l’autonomie).

En outre, TC bute, à mon avis, sur les limites même de sa démarche théorique : l’étude et la critique restent centrés, logiquement, sur le rapport d’exploitation et ce n’est que dans la communisation mettant fin à ce rapport que la vie quotidienne et les rapports inter-individuels seront à réinventer. Si je suis d’accord avec cette donnée de base, il n’en reste pas moins que la critique du rapport social capitaliste et des différentes formes et contenu des luttes ne saurait, de mon point de vue, faire l’impasse sur le fait que : d’une part la production de valeur et le champ de la lutte des classes s’étendent à présent largement hors du champ de la production manufacturière et de la simple reproduction de la force de travail ; d’autre part, la soumission réelle du travail au capital est aussi domination réelle du rapport social capitaliste sur les individus et je soutiens que la critique du capital ne devient véritablement probante que dès lors qu’elle est critique de la globalité des rapports entre les classes et les entités et individus qui les composent et, pour ce qui concerne le prolétariat, pas seulement sous l’angle de la concurrence entre les travailleurs.

Ce qui me sépare aussi de TC (et cela depuis toujours), c’est la théorie comme activité séparée de la vie quotidienne et de sa propre activité dans les luttes (même si, dans les deux cas, on entend bien ne pas se séparer de ’ses bagages’ théoriques), activité spécialisée (même si la théorie dite ’sérieuse’ demande un travail de spécialiste acharné) destinée à des spécialistes munis du bon décodeur. Je persiste à penser que, aussi complexe que soit un raisonnement, il est toujours possible de le rendre clair et compréhensible à un grand nombre de lecteurs, pourvu qu’ils en aient suffisamment envie et/ou qu’on ait su leur en donner envie.

(…) TC conserve mon adhésion pour ainsi dire par défaut et ce que j’ai envie à présent de développer, ce n’est pas une critique de TC pas plus qu’un retour vers l’IS, mais une vision du monde (et de la révolution) et des pratiques permettant : une critique globale du capital qui intègre notamment celle de la vie quotidienne, de la marchandise et de son fétichisme, de l’idéologie et des représentations spectaculaires qui la véhiculent, de la démocratie sous toutes ses variantes (représentative, alternativiste, radicale ou non, directe)…quitte à y utiliser les outils de TC lorsqu’ils sont adéquats de redonner à la théorie le caractère d’un outil de combat qui sache être drôle, poétique et passionné et, pour cela justement, subversif de dire et faire savoir, autant que faire se peut par des moyens non orthodoxes (dans leur forme, leur ton, leur contenu, leurs modalités de circulation…) ma/notre critique de ce monde à tout moment et en tout lieu.

Parce qu’enfin, à quoi sert de comprendre le pourquoi et le comment de la question irakienne ou de la multiplication des concentrations et licenciements, les lutte des cheminots ou des enseignants ici et ailleurs si ce n’est pour en avoir un usage dans notre vie et notre pratique de tous les jours et se contenter d’en parler ex cathedra ? A quoi cela sert de critiquer les démocrates si ce n’est pour pouvoir les combattre là où on les rencontre ? A quoi ça sert de ne croire ni à dieu ni à diable si ce n’est pour affronter les différentes variétés de curaillons (des vrais aux propagateurs du besoin de ’spiritualité’) ? A quoi ça sert de proclamer la possible communisation de ce monde, si l’on n’est pas fichu, par delà la critique indispensable du rapport d’exploitation dans le travail, d’au moins faire aussi la critique de ses rapports de pouvoir, de couple, de groupes amicaux et/ou tribaux, des formes de domination réelle de la pensée et de la vie quotidiennes ?

Autrement dit, ce que je cherche aujourd’hui, c’est à rompre la coupure épistémologique entre les/mes/nos ’années IS’ et les ’années TC’. Il ne s’agit d’arriver ni à une synthèse ni à un syncrétisme, mais à un dépassement ouvrant sur un nouveau champ de réflexion et de lutte.(…)Alors, je vous le demande, qu’irais-je faire au Meeting Camp ? Une telle ’blaguette’ y serait de mauvais goût et ma présence plus qu’importune…..

Lola


Document 2 : A chacun son écart

Patloch

0) Comme j’ai déjà tenté plusieurs réactions sans m’en sortir, et vu que je pourrais rien faire de sérieux avant le SuperCamping, j’me lance...

1) ça fait plaisir de trouver sur le site Meeting une intervention stimulante, cela dit sans ironie aucune. Stimulante parce que chargée de paradoxes - entre accords et divergences de Lola avec TC et "par conséquent" Meeting, entre théorie et pratique-. Au fond, n’ayant pas vécu la même histoire "entrenouïste" deux ou trois décennies en amont de Meeting, n’en connaissant pas tous les détours, jusqu’aux aspects affectifs marquant les relations de ceux qui en furent les protagonistes, n’ayant pas hérité perso de l’ultra-gauche, ni même été situ à l’heure de l’être, ni pro ou post-situ à celle de le paraître, même pas effondré par mon passé de pécéiste (d’opposition, mais peu importe, et je le juge moins pire que d’avoir été, ou d’être encore "trostkiste", pour les rencontres et luttes prolétariennes réelles que j’ai pu vivre, fut-ce en me plantant, de pur et dur programmatiste à démocrate radicalement cocu), je me sens presque vierge, et si peu groupiste que j’aurais presque de la compassion à l’égard de ceux qui n’arrivent pas à (s’)en décoller. S’il faut un naïf, un idiot de la bande à TC-Meeting, je veux bien assumer le rôle.

Autant dire que, si je me réjouis que certaines choses soient dites par Lola, non seulement je peux comprendre d’où elles viennent, mais les partager d’où je m’exprime. Mais, parce que ma perception est différente, ma conclusion l’est aussi. Malgré des constats formels ou des voeux qui peuvent recouper ceux de Lola, j’en tire plutôt la nécessité de participer au SummerMeeting, entre autres activités à développer hors de ce qui serait ce "nous" condamnable d’enfermement identitaire ou auto-réréferntiel à des fins de taper sur ceux qui seraient les plus proches, peu ou prou... (maie dans le landerneau de la théorie élaborée). Je ne doute pas que Lola exprime -au delà de ses positions propres - des sentiments partagés dans la famille, mais c’est selon moi très décalé avec ce qui se passe, et ce qui est en jeu.

Dit sans détour, l’enfermement, je le ressens plus dans le retrait de Lola au nom de la permanence d’une ouverture (à mon sens elle sollicite un peu le sens du 7ème paragraphe disparu de l’Adresse, puisque dès le départ, il ne permettait pas d’inclure ceux dont elle semble regretter l’absence, et que, si j’ai bien lu, ils ont bien compris et refusé alors le projet de Meeting comme ne les concernant pas).

On n’est plus dans la même histoire, il me semble nécessaire de tourner la page en sortant radicalement des aspirations à tourner en rond ensemble dont l’expérience n’a rien produit de fécond, ou qui puisse avoir quelque écho embarqué quelque part. Moi, si l’effondrement possible du capitalisme peut me faire rêver à la révolution comme perspective réaliste dans et contre le chaos du monde annoncé, je ne le vois ni ne le vis en rien - ni intellectuellement ni dans mon existence concrète - à travers le dépassement d’une coupure épistémologique entre IS et TC.

A défaut d’un truc plus construit, commentaires au fil :

Cette rencontre doit se dérouler sur les bases et les auspices de : Meeting, TC, Senonevero, New Cycle, Riff Raff. On est là dans un ’créneau’ pour le moins étroit, bien loin du projet initial de Meeting, et cela va sans doute de pair avec la disparition du septième paragraphe de la plate-forme, où il était notamment question de faire travailler les textes de la revue à travers la confrontation et la reconnaissance mutuelle, projet forcément peu fécond, voire intenable, dans un tel ’entrenouïsme’.

Le "créneau" de Meeting ou SummerMeeting n’existe pas pour moi comme une substance de la lutte de classes, et je n’entends pas le faire exister - c’est d’ailleurs pourquoi j’ai renoncé à écrire un texte annoncé sur "la réception de la communisation", qui n’aurait pu qu’être mauvais, parce qu’alimentant ce risque de scléroser un "nous", au moment où les choses peuvent s’ouvrir de façon plus concrètes (ce texte, ne pouvant se poser comme neutre, objectif, extérieur, ne pouvait se référer qu’aux critères de TC, et donc faire du sous-sous RS-BL, ce à quoi je ne peux concéder, sans être pour autant en mesure d’élaborer qq de sérieux qui s’en démarque. Donc en définitive renverser la construction théorique en donnant des "exemples" pour illustrer tel ravers au regard du "canon" : alternativisme, immédiatisme, autono(misme), démocratisme, programmatisme... Bref pas envie de m’instrumentaliser moi-même derrière la bonne intention de rendre les choses de la communisation plus simples à saisir dans leur nécessaire complexité).

La position s’affirme ici raide, arqueboutée notamment sur le concept de communisation, dont le bien-fondé serait comme indiscutable.

Oui, indiscutable, dans la mesure où, 7ème paragraphe ou non, elle définit l’ensemble de ceux qui s’inscrivent dans la démarche. Ce qui s’est passé depuis, avec Meeting, ou chez les "autres" même communisateurs mais non inscrits dans la démarche de par leur choix, est suffisamment parlant pour que le problème ne soit plus d’en discuter sur le principe, avec un point de vue théorique débarqué(mais en réalité philosophique, métaphysique).

Il y a un moment où l’on ne peut plus faire que ce à quoi l’on croit, et le faire avec ceux qui y croient suffisamment pour le faire par-delà des doutes légitimes, qui élargissent justement le cheminement du "courant" sur la base bien comprise de son "dénominateur commun".

Or, plus le temps passe, plus il me semble que ce concept, même s’il n’est pas sans pertinence, est flou et sans grande valeur d’usage ; il vise à nommer quelque chose que personne ne peut décrire autrement que comme l’immédiateté de la révolution

Ben ça, c’est quand même un truc, une "annonce" énorme, et si je le prends du point de vue le plus subjectif qui soit le mien, y compris quand je l’exprime, vaille que vaille, poétiquement, c’est un truc qui a changé ma vie, mes relations au travail, mes discussions, ma façon de me situer dans les quelques luttes que l’effondrement du Welfare me donnent à vivre dans la Fonction publique d’Etat. Peut-être qu’à l’avoir saisi depuis plus longtemps, traversé le désert de la restructuration et de la défaite ouvrière, on finit pas ne plus en ressentir l’impact, la puissance à changer la donne subjective : ça c’est un paradoxe fort dans ce qu’exprime Lola.

comment saura-t-on reconnaître le moment où la communisation va démarrer ?

Quand on se posera plus la question, t’inquiète pas ;-) ("l’Humanité ne se pose que des questions qu’elle peut résoudre")

Comment le prolétariat va-t-il pouvoir s’abolir en abolissant les classes ? Devra-t-on ou non mettre tout de suite en œuvre une façon communiste de produire les pommes de terre ?

T’es comme Astarian, pourquoi encore et toujours des patates ?

S’il est bien évident que le camp d’été de Meeting n’a pas pour objet d’affronter les tenants du programme prolétarien, aujourd’hui soit moribonds soit reconvertis dans différentes variantes du programme démocratique, j’ai en revanche le fort sentiment qu’il vise à établir un ’camp retranché’ pour une compétition marquée avec la ’concurrence directe’.

C’est parce qu’on aime se mettre sous la dent ce qui exprime théoriquement - et en français de préférence - une coupure théorique fondamentale. Au demeurant, chaque fois que ça bouge -Argentine, émeutes, CPE, la faim, salaires, situation critique du capital...- ce qui s’élabore théoriquement de façon offensive n’a plus besoin d’affronter ce qu’on peut alors considérer comme des vieilleries, dès lors que ceux qui les expriment n’arrivent plus à exprimer rien de nouveau quand le capital change, rien qui marque une attention à la surprise du (sur)vivant. Rien de créateur, rien de poétique, rien de véritablement théorique. Du langage cuit. Merdre !

Je n’ai rien à répondre aux réglements de comptes internes à la famille de la part de quelqu’un qui en critique la fermeture. Lu comme ça, je finirai par me sentir, comme d’autres, un faire-valoir -ça m’a déjà pris- et c’est d’un rien blessant pour tous ceux qui participent aux rencontres avec Meeting, notamment les jeunes, de se sentir tenus pour rien d’autres que des militants aux ordres du sous-commandant Bernardo Leone.

Or, j’ai tendance à penser que le ’système TC’ est enfermé dans sa propre spirale, avec une grille d’analyse en forme de moulinette multi-fonctions (d’autres disent : boulevard circulaire) et qui ne marche que sur la base de concepts élaborés au fur et à mesure des nécessités tant théoriques (les plus pertinents, comme L’Implication Réciproque entre les deux classes du capital, par exemple) que polémiques (les plus faibles, selon moi, tel L’Écart ou comment décrire la facette potentiellement révolutionnaire de toutes les luttes ’intéressantes’ qui se présentent et tenter de gérer théoriquement, pour le coup le ’grand écart’ entre la nécessité de l’auto-organisation comme premier acte de la révolution et la critique de l’autonomie).

On fait avec ce que ça produit et ce qui le produit, et si ça n’était que ça, ça se saurait... J’ai l’impression de relire des critiques, que j’ai pu partager un temps, comme enrageant à la fois d’être infoutu de sortir du corpus conceptuel en construction pour se repérer soi-même, tout en déniant une cohérence, cad une approche théorique du monde comme totalité. Reste plus qu’à retirer ses billes, ce que j’avais fait.

En outre, TC bute, à mon avis, sur les limites même de sa démarche théorique : l’étude et la critique restent centrés, logiquement, sur le rapport d’exploitation et ce n’est que dans la communisation mettant fin à ce rapport que la vie quotidienne et les rapports inter-individuels seront à réinventer. Si je suis d’accord avec cette donnée de base, il n’en reste pas moins que la critique du rapport social capitaliste et des différentes formes et contenu des luttes ne saurait, de mon point de vue, faire l’impasse sur le fait que : d’une part la production de valeur et le champ de la lutte des classes s’étendent à présent largement hors du champ de la production manufacturière et de la simple reproduction de la force de travail ; d’autre part, la soumission réelle du travail au capital est aussi domination réelle du rapport social capitaliste sur les individus et je soutiens que la critique du capital ne devient véritablement probante que dès lors qu’elle est critique de la globalité des rapports entre les classes et les entités et individus qui les composent et, pour ce qui concerne le prolétariat, pas seulement sous l’angle de la concurrence entre les travailleurs.

Je trouve ça plus intéressant parce que ça peut rejoindre ce que j’ai tenté d’exprimer aussi (et d’autres Joachim Fleur...), mais on peut constater aussi que si TC "butte", TC n’est pas buté, à preuve les plus récentes élaborations sur la question sexuelle. A mon sens il y a plus de trous à combler dans la théorie de TC que de cohérence à démonter avant que s’en charge, éventuellement, la suite des événements.

Ce qui me sépare aussi de TC (et cela depuis toujours), c’est la théorie comme activité séparée de la vie quotidienne et de sa propre activité dans les luttes (même si, dans les deux cas, on entend bien ne pas se séparer de ’ses bagages’ théoriques), activité spécialisée (même si la théorie dite ’sérieuse’ demande un travail de spécialiste acharné) destinée à des spécialistes munis du bon décodeur.

Bon, ça c’est une critique directe, non pas de ce qui dit TC ni même de sa pratique théorique (cf ce que nous faisons", par ex Meeting4), mais de la posture du théoricien qui formalise la théorie "abstraite" ou "concret pensé" en la décrétant séparée du reste. C’est une vision enfermée elle-même dans le groupe, qui n’arrive plus à percevoir les effets frais dans la réalité. Qqn qui lit les textes de l’extérieur -sans connaître perso les auteurs- il ne peut pas avoir une pareille vision, sauf à tomber dans la critique de théoricisme etc.

« Je persiste à penser que, aussi complexe que soit un raisonnement, il est toujours possible de le rendre clair et compréhensible à un grand nombre de lecteurs, pourvu qu’ils en aient suffisamment envie et/ou qu’on ait su leur en donner envie. »

J’ai tenté de participer de ce souci, c’est vraiment pas évident de tenir le souci pédagogique, parce que ça risque de tout fausser, d’étouffer ce qui vit dans l’appropriation, et in fine de figer les concepts quand ils ne sont pas formulés dans leur finesse embarquée (c’est une autre raison pour laquelle j’ai renoncé à mon texte "réception"...). Ce ne serait plus qu’un pb de langage et de portage par les mêmes, une extériorité justement (type IS). Laissons une chance aux théoriciens de faire des progrès ;-), et aux luttes de produire leur langage adéquat. Par ailleurs c’est un faux-procès (textes de RS sur la restructuration Meeting4, sur les cycles de luttes SummerMeeting...).

Mais, comme il n’y a à l’heure actuelle que TC sur le terrain de la théorie cohérente, TC conserve mon adhésion pour ainsi dire par défaut et ce que j’ai envie à présent de développer, ce n’est pas une critique de TC pas plus qu’un retour vers l’IS, mais une vision du monde (et de la révolution) et des pratiques permettant ...Parce qu’enfin, à quoi sert de comprendre le pourquoi et le comment de la question irakienne ou de la multiplication des concentrations et licenciements, les lutte des cheminots ou des enseignants ici et ailleurs si ce n’est pour en avoir un usage dans notre vie et notre pratique de tous les jours et se contenter d’en parler ex cathedra ? A quoi cela sert de critiquer les démocrates si ce n’est pour pouvoir les combattre là où on les rencontre ? A quoi ça sert de ne croire ni à dieu ni à diable si ce n’est pour affronter les différentes variétés de curaillons (des vrais aux propagateurs du besoin de ’spiritualité’) ? A quoi ça sert de proclamer la possible communisation de ce monde, si l’on n’est pas fichu, par delà la critique indispensable du rapport d’exploitation dans le travail, d’au moins faire aussi la critique de ses rapports de pouvoir, de couple, de groupes amicaux et/ou tribaux, des formes de domination réelle de la pensée et de la vie quotidiennes ?

Mais qu’est-ce qui empêche quiconque de le faire là où il le vit, ou dans ce qu’il élabore de plus théorique, ou dans sa "vie quotidienne", voire poétiquement... et en quoi cela s’opposerait à la nécessaire confrontation au niveau de l’élaboration théorique. Je ne comprends réellement pas qu’on puisse opposer les deux, comme s’il fallait attendre de Meeting ou de n’importe qui une recette pour savoir quoi faire qu’on ne ferait pas parce que ceci ou cela... Il y a là une critique qui se mord la queue, dont je ressens bien le manque, puisqu’au fond, c’est celui que je peux vivre moi-même... À chacun son écart, en quelque sorte, mais c’est désormais avec ça qu’il va falloir faire...

Autrement dit, ce que je cherche aujourd’hui, c’est à rompre la coupure épistémologique entre les/mes/nos ’années IS’ et les ’années TC’. Il ne s’agit d’arriver ni à une synthèse ni à un syncrétisme, mais à un dépassement ouvrant sur un nouveau champ de réflexion et de lutte.

Ce dont je pense nous manquons, nous autres de cette génération à qq chose près, c’est d’une perceptiion dans les choses qui ne soient pas filtrée, bouchée, par notre propre parcours militant ou théorique (l’arrachement au programmatisme ou au démocratisme, comme histoire personnelle), et finalement, à l’insu de notre plein gré, on n’arrive plus à percevoir les choses avec fraîcheur, comme si on voulait que de plus jeunes, non seulement s’approprient l’histoire du mouvement, mais celle de leurs parents ou grands parents, dont ils auraient plutôt intérêt à n’avoir que foutre pour s’inscrire dans et contre ce monde.

Alors, je vous le demande, qu’irais-je faire au Meeting Camp ? Une telle ’blaguette’ y serait de mauvais goût et ma présence plus qu’importune…..

C’est ton choix, qui ne se discute pas, et qui nous vaut au moins un texte qui le dépasse positivement par son contenu critique.

Amical’

PS : j’aurais aimé être plus positif sur certains points, mais là, c’est pas venu, une autre fois...


Document 3 Ni revendicatif ni non-revendicatif, antisocial !

Meeting 3 Dire que les jeunes de banlieue ont, de fait, revendiqué des conditions moins invivables ou qu’ils ont mené une lutte non-revendicative et donc « radicale », c’est s’enfermer dans un dilemme où le choix est impossible. S’il est indéniable qu’ils n’ont à aucun moment exprimé une revendication quelconque, il est tout aussi évident que les cibles de leurs actions désignaient tous les organes de la reproduction sociale qui sont les sujets d’un tort particulier qui leur est fait. Ces attaques, si elles ne réclament rien, désignent cependant les éléments matériels précis par lesquels ils sont ce qu’ils sont et qui constituent leur condition d’existence. La désignation, dans les actes, de ces éléments implique les éventuelles mesures que l’Etat pourrait prendre. Mais cela ne transforme pas la lutte en lutte revendicative. Les réponses possibles à une lutte ne définissent pas cette lutte mais constituent ses caractéristiques en limites. L’Etat peut tenter d’agir contre les causes de la révolte, il ne fait pas pour autant de celle-ci une révolte revendicative. Une action ne se réduit ni à ses causes, ni aux réponse que ses limites impliquent. Pas plus la CGT en disant que ces révoltes sont revendicatives que le gouvernement en les traitant de terroriste ne les font revendicatives ou terroristes. Ces émeutes étaient au-delà du revendicatif mais n’étaient pas non-revendicatives. Ce dilemme n’est pas le leur (l’appellation de « lutte non-revendicative » est une construction idéologique qui répondait aux impasses d’une époque particulière : fin des années 1960 / début des années 1970). Les émeutes de novembre ont été une insurrection anticapitaliste, mais une insurrection contre le capital en tant qu’il se présente comme société.

"Dans la société bourgeoise achevée, chaque rapport économique en suppose un autre sous sa forme bourgeoise et économique, l’un conditionnant l’autre, comme c’est le cas de tout système organique. Ce système organique lui-même dans son ensemble, a ses présuppositions propres, et son développement total implique qu’il se subordonne tous les éléments constitutifs de la société ou qu’il crée à partir de lui-même les organes qui lui font défaut. C’est ainsi qu’il devient historiquement une totalité. Le devenir vers cette totalité constitue un élément de son processus, de son développement." (Marx, Fondements...", t.1, Ed. Anthropos, p.226) "Si nous considérons la société bourgeoise dans son ensemble, c’est toujours comme résultat dernier du procès de production qu’apparaît la société, c’est-à-dire l’homme dans ses rapports sociaux. Tout ce qui, tel le produit, etc., a une forme solide, n’apparaît que comme un moment, qui s’évanouit dans ce mouvement. Le procès de production ici n’apparaît que comme un moment. Les conditions et les objectivations de ce procès en sont elles-mêmes des moments uniformes. Certes, les individus ne se présentent que comme sujets de ce procès, mais ils entretiennent également des rapports entre eux, qu’ils reproduisent soit simplement, soit d’une manière élargie. C’est donc leur propre procès en mouvement constant qu’ils renouvellent, parallèlement au monde de la richesse qu’il crée." (ibid, t.2, p.230)

Nous appelons opposition au capital comme société, la contradiction entre le prolétariat et la société capitaliste dans laquelle celle-ci comme totalité n’est pas conçue pratiquement dans son processus, son devenir, mais appréhendée comme donnée, comme spectacle. La société n’est que le résultat dernier du procès de production. Un mouvement antisocial s’affronte à la société en tant que résultat dans lequel son origine, le procès de production comme procès d’exploitation a été abolie, s’est évanoui de lui-même. La société, dans sa constitution achevée, efface son propre procès de réalisation comme résultat du procès de production.

On pourrait, dans ce cas, reprendre le concept de spectacle et lui donner une pertinence pratique. Ce n’est pas la société du spectacle mais le spectacle comme société. La « théorie du spectacle » n’est cohérente que si l’on maintient un « extérieur » au spectacle en même temps que la logique interne du concept implique de réduire et d’éliminer cet extérieur. Dans La Société du spectacle, Debord s’enferme dans une problématique sans issue : le concept de spectacle désigne une réification du monde qui doit être sa propre genèse, le concept désigne simultanément un résultat et son processus de genèse. C’est l’"abondance de la dépossession" ; c’est "tout le temps et l’espace de son monde (du travailleur) qui lui deviennent étrangers avec l’accumulation de ses produits aliénés" ; c’est "une puissance indépendante" (thèse 31). Le mouvement essentiel du spectacle « consiste à reprendre en lui tout ce qui existait dans l’activité humaine à l’état fluide, pour le posséder à l’état coagulé, en tant que spectacle".(thèse 35). Nous pouvons dire que la société coupée de son processus de production est le spectacle. Non seulement la coagulation des rapports sociaux dans les formes de la contrainte à leur reproduction est devenue visible, mais on ne voit plus qu’elle.

Nous pourrions utiliser le concept de spectacle pour désigner cette coagulation de la société et seulement cet état. Cependant si cette utilisation est pertinente, elle est impraticable à cause du poids du mot. « Mouvement anti-spectaculaire » est pour des raisons historiques et idéologiques inutilisable, nous utiliserons donc « antisocial ». Les émeutes de banlieues peuvent être qualifiées d’antisociales dans la mesure où les relations que les classes définissent entre elles se sont éloignées d’elles comme représentation et réification de leur rapports comme institutions, de telle sorte que les individus finissent par vivre ces rapports dans les formes et les catégories de cette représentation qui devient leur réalité et s’impose à eux comme la forme dominante, vraie, des rapports sociaux. Etre une lutte antisociale et la force et la limite des émeutes de novembre.

Ce fut (et cela demeure) un mouvement antisocial, il s’oppose à la société capitaliste, la dernière société. Dans sa limite même, s’attaquer au capital se présentant comme société, le mouvement annonce l’abolition du mode de production capitaliste comme abolition de la société. Il s’attaque au capital en tant que résultat coagulé du processus d’exploitation. Si nous en demeurons à la seule analyse possible de ce mouvement qui est l’analyse de ses cibles. C’est le troisième moment de l’exploitation celui de la transformation de la plus-value en capital additionnel qui implique la gestion capitaliste de tous les rapports comme reproduction toujours transformée du face à face de la force de travail et du capital qui est désigné comme l’ennemi. Dans les émeutes, ce troisième moment est à la fois abstrait des deux précédents (l’achat-vente de la force de travail et sa subsomption sous le capital dans le procès de production immédiat). C’est la limite du mouvement dans le capital posé comme société déjà là, c’est sa force en ce qu’il désigne que l’abolition de l’exploitation est essentiellement abolition de sa reproduction comme abolition de tout ce qui est au-delà du rapports des individus entre eux ne se donnant jamais comme quelque chose les subsumant, comme étant à reproduire. Bien qu’hypostasiant la société, et parce que l’hypostasiant, la force d’un mouvement antisocial est de désigner la société comme à abolir et la société capitaliste comme la dernière société dans la meure où se révolter contre elle ne peut faire valoir une situation existant en elle.

Un mouvement antisocial est un mouvement qui hypostasie la société, il s’attaque au capital non en tant que procès de la valeur mais comme résultat de ce procès toujours à renouveler. Il s’attaque aux formes capitalistes physiques de cette reproduction : police, école, transports (individuel et collectif), entreprises des zones franches, entrepôts. Ce caractère destructeur est pensé ; ciblé. Bien que limité, le caractère antisocial d’une lutte nous indique que c’est dans la lutte contre la société capitaliste que les prolétaires cesseront de l’être, il indique surtout que les prolétaires ne peuvent viser aucune appropriation. Leur mouvement révolutionnaire est la destruction de tout ce qui les définit comme prolétaires et non l’appropriation de ce qui en tant que prolétaires s’éloigne d’eux. On ne s’appropriera et on ne collectivisera ni les transports, ni les écoles, ni les tribunaux, ni les Agences pour l’emploi, ni les lieux de production.

Antisocial est la qualité d’un mouvement qui s’attaque à la société, en tant que résultat ultime du mode de production capitaliste et présupposition générale de sa reproduction en la séparant de son propre processus de constitution. A ce niveau il demeure seulement destructeur, il est lui est impossible d’entreprendre la communisation entre les individus car n’attaquant pas le capital au cœur, il lui en manque la base matérielle, il indique cependant que le communisme n’est pas une société, c’est-à-dire n’est pas une communauté indépendante de ses membres. La société est nécessairement société de classes, elle implique la division entre les classes dans la mesure même où sa définition implique la médiation étrangère aux individus qu’est l’existence de la classe dominante dans laquelle existe la société. Une lutte antisociale est une lutte qui attaque les médiations entre les individus, c’est l’action de prolétaires agissant ensemble, contre leur définition en tant que prolétaires, comme individus moyens membres d’une classe. Cependant ayant hypostasié la société, ils créent dans cette action contre la société, un immédiatisme des relations en tant qu’individus qui prend la forme de la bande, du copinage. La lutte n’est pas au-delà du social, elle demeure dans l’antisocial. Dans sa limite même d’hypostase de la société et de lutte contre la reproduction de soi, l’antisocial est alors l’épuisement en actes de la revendication tant salariale que « sociétale » (revendication déplacée vers les conditions de reproduction comme « intégration citoyenne »).

Les luttes antisociales se multiplieront. Si ces luttes sont produites dans la segmentation/ relégation / paupérisation / racisation, elles ne sont pas le fait d’un segment particulier du prolétariat, des luttes qui seraient spécifiques à ce segment. Elles sont un élément fonctionnels du nouveau cycle de luttes dans lequel la contradiction entre le prolétariat et le capital se situe au niveau de la reproduction. Qu’elles soient actuellement le fait d’un segment particulier de la classe ne signifie qu’elles trouveraient dans des caractéristiques propres de ce segment leur origine et leurs déterminations.

Ces segments dans la segmentation générale, définitoire, du prolétariat, ne sont pas antisocial par nature, comme inversement le prolétaire intégré serait, par nature, syndicaliste, revendicatif et appropriateur des moyens de production. Alors que dans beaucoup de luttes actuelles, l’appartenance de classe est produite et apparaît comme une contrainte extérieure dans le fait même d’agir en tant que classe, les luttes antisociales sont à l’intérieur de l’ensemble des luttes actuelles la remise en cause de l’appartenance de classe devenue lutte particulière. Elles ne peuvent être comprises que dans l’ensemble du cycle de luttes. Celui-ci se caractérise par l’écart dans l’action en tant que classe entre n’avoir que le capital comme horizon (plus de libération du prolétariat devenant classe dominante) et se remettre en cause comme classe qui n’est également que la reconnaissance de tout ce que l’on est comme n’existant, face à soi, que dans le capital. Avec les luttes antisociales, un terme de cet écart acquiert une existence propre et s’autonomise, ce qui n’est, pris du point de vue de l’ensemble des luttes du cycle, que leur limite même comme hypostase de la société.

S’opposer à la société en tant que résultat final du mode de production capitaliste ne doit pas être considéré comme au-delà des limites de la lutte de classe, s’attaquer au résultat final du rapport de classe sans s’attaquer au rapport d’exploitation stricto sensu comme exploitation du travail dans le procès de production immédiat en détruisant les moyens mêmes de cette exploitation pour les transformer en éléments d’un rapport interindividuel immédiat est bel et bien la limite de cette attaque. C’est ce caractère limité qui est antisocial.

Antisocial : limite et force

D’après la définition jusqu’à maintenant parler de limite est « évident » parler de forces cela l’est moins.

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Craftwork
Jun 16 2017 15:57

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