Organisons-nous pour tout bloquer: Formons des piquets volants

mercredi, 7 novembre 2007

Les médias et les syndicats nous martèlent que cette grève serait exclusivement une bataille contre la suppression des régimes spéciaux des retraites, alors que nous sommes face à une offensive du gouvernement comportant tout un panel de mesures : — service minimum dans le secteur des transports ; — suppression de 27000 postes de fonctionnaires ; — chasse aux sans-papiers ; — privatisation rampante des universités ; — attaque contre le salaire indirect (allocation chômage, RMI, instauration d’une franchise médicale) ; — volonté de supprimer les CDI.

S’il est vrai que chacune de ces mesures entraînent une réaction corporatiste de chaque catégorie concernée, il est également vrai que de plus en plus de gens sont conscients que ces « réformes » forment un tout cohérent et qu’il s’agit de s’y opposer ensemble.

Au-delà des grèves catégorielles se profile un mouvement social contre les mesures du patronat et du gouvernement. Ces mesures sont prises dans le cadre de la restructuration capitaliste en cours (la « mondialisation »). La mise en concurrence de la force de travail au niveau mondial doit se doubler maintenant de la mise en concurrence de chaque individu au sein même de l’entreprise. Du statut morcelé en une multitude de catégories, on passe désormais au statut individualisé. Chacun doit se retrouver dans l’obligation de négocier seul face au patron son propre « parcours de carrière », en fait les modalités de la vente de SA force de travail. Syndicats et patronat ont déjà programmé la fin des CDI et des conventions collectives, qu’ils l’appellent Flexi-sécurité ou sécurité sociale professionnelle. Pour le capital, notre force de travail doit être soumise aux pures lois du libéralisme et pour ce faire, l’atomisation doit tendre à être totale.

C’est dans ce cadre que s’inscrit le train de réformes imposé par le gouvernement pour casser les « bastions » où les corporations détiennent encore un rapport de force : supprimer de fait le droit de grève dans les secteurs-clefs que sont les transports et l’énergie ; dégraisser le personnel de la fonction publique pour pouvoir embaucher hors-statut. Il s’agit aussi de précariser encore plus l’ensemble de la force de travail pour l’obliger à se soumettre aux nouvelles conditions draconiennes de l’exploitation.

La grève n’est pas une arme dont peuvent user efficacement tous les prolétaires. Est ce qu’encore une fois les cheminots, les gaziers, les électriciens, les postiers, les employés de la Ratp vont se retrouver seuls en première ligne ? Les syndicats vont-ils encore une fois mettre en avant la défense de tel ou tel acquis spécifique à une catégorie de travailleurs ? Nous ne voulons pas vivre ce mouvement par procuration, n’être qu’une fraction de l’opinion publique qui se contente d’approuver la grève sans y participer. La grève est une arme efficace pour ces bastions ouvriers, elle a de réelles conséquences économiques. Mais pour une grande partie d’entre nous, alternant périodes de chômage, d’interim ou de contrats temporaires, ce mode d’action n’est pas envisageable. Une non-moins grande partie d’entre nous ne travaille pas dans un « secteur-clef » où la simple cessation de travail constituerait une entrave suffisante au bon déroulement de l’économie (les professeurs, instituteurs, lycéens et étudiants en sont les exemples types).

Depuis les années 80, la grève (telle qu’elle est juridiquement encadrée) a perdu beaucoup de son efficacité. Le morcèlement des entreprises en de multiples entités, le recours à la sous-traitance et à l’interim laissent chaque secteur de travailleurs isolé dans la contestation des modalités de son exploitation. Depuis de nombreuses années, si l’on veut être entendu, les actions coups de poing, les piquets et occupations (illégaux) sont nécessaires. Et la situation à venir s’annonce bien pire, puisque chacun, isolé, devra défendre son bout de gras. Les possibilités de se regrouper pour faire grève dans sa boîte vont donc tendre à disparaître.

Nous ne sommes pas désarmés pour autant. Les mouvements sociaux de ces dernières années (en France mais aussi ailleurs, en Argentine notamment) ont démontré que le blocage de la circulation des marchandises, de l’énergie, de l’information et de la force de travail était un moyen efficace de perturber l’économie. Instaurer un tel rapport de force permet de faire reculer les projets patronaux.

Appel à la création de piquets volants À ceux qui veulent résister ! À ceux qui perçoivent cette résistance non pas comme une somme de grèves corporatistes, mais bien comme un mouvement social d’ampleur contre le train de réformes imposées par le gouvernement pour les besoins de la restructuration capitaliste ! À ceux qui savent que cette attaque n’est pas la dernière et que, si nous laissons faire, elle sera suivie par d’autres ! À ceux qui savent que leur situation sous le capitalisme ne peut aller qu’en s’empirant ! Aux profs grévistes, aux postiers enragés, aux assemblées lycéennes et étudiantes, aux chômeurs conscients, aux gosses sans avenir, aux retraités sacrifiés, aux travailleurs précaires qui n’attendent plus rien, aux RMIstes qui ont besoin de tout… À tous ! À tous ! À tous ! À tous ! À tous ! À tous !

Regroupons-nous à l’échelle du quartier, de la boîte ou par groupe d’affinité… Créons des piquets volants pour bloquer là où cela perturbe le plus, paralysons les voies de circulation et la production, coupons les circuits de flux d’informations, participons aux actions des grévistes, renforçons les occupations des points stratégiques ! Organisons-nous à 5 ou à 100, coordonnons-nous quand nous en avons l’occasion, pour agir selon nos possibilités.

Première Assemblée des piquets volants d’Ile -de-France Lundi 12 novembre à 18h au C.I.C.P. 21ter rue Voltaire, Métro Rue des Boulets, ligne 9

Commentaires :

  • ORGANISONS-NOUS POUR TOUT BLOQUER, Pépé, 7 novembre 2007

    Première réaction à chaud et non concertée à la réception de l’appel aux
    piquets volants.

    Cette demande de réaction des « appelants » me permet de revenir sur un
    débat qui, pour moi a fini en eau de boudin du fait de mon départ à
    Marseille, lors de la dernière réunion.
    Je me retrouve devant cet appel et je sais qu’il n’aura pas de suite autour
    de moi. Pourquoi ??
    Lorsque je m’opposais aux interventionnistes de tous bords lors de la
    réunion et que je disais je ne fais rien « d’en dehors et vers une
    situation sociale », il ne s’agissait bien évidemment pas de parler de mon
    étage à l’hôpital ou de mon service ni même de ma corporation…Il s’agissait
    de dire que j’existe, j’échange, je me bat, là ou je vis, là ou je travaille
    en harmonie (même si elle est toujours conflictuelle) avec les gens qui me
    connaissent et partagent les mêmes tranches de vie que moi…. Si j’étais père
    d’un minot dont le collègue va se faire expulser, je pense que je serai avec
    le gens du réseau qui s’opposent physiquement aux expulsions à Marseille. En
    revanche, je n’irai jamais dans un squat de sans papier chercher à me rendre
    utile.
    Bien sur que nous sommes amenés à bouger partout où nous nous trouvons, et
    pas seulement dans la mythique « entreprise ». OK, le quartier, la ville,
    etc… Mais je le répète, au risque de l’excommunication théorique, de
    l’intérieur. Je ne me suis jamais posé la question « d ‘intervenir ici ou là _ ». Jamais. Je n’irai jamais faire le coup de poing contre la police
    anti-émeute de Shanghai ou de Oaxaca, ni même dans la cité Font vert si
    l’émeute y couve… Pourtant, je fréquente des gens de Font vert !

    Pour sortir de cette discussion désagréable sur ce que fait un individu,
    discussion sans grand intérêt, j’en arrive à l’appel aux piquets.
    La question étant toujours « agir ante ou post festum », je ne pense pas
    que l’on puisse appeler à un niveau d’affrontement ante festum.
    Les piquets volants, bloquer les flux, les voies sont des outils dont nous
    allons avoir à nous servir. En revanche, fixer à l’avance la liste des armes
    à utiliser me parait volontariste, militant, déclamatoire. Je ne suis pas en
    train de dire qu’il faut attendre sur son cul que le niveau d’affrontement
    veuille bien atteindre le niveau que nous jugeons pertinent du haut de nos
    certitudes théoriques. Je pense que nous avançons dans le combat avec
    l’ensemble des gens avec qui nous combattons. Que ce soit dans l’entreprise,
    le quartier, le squat ou la bande de copains. Pourquoi pas, chemin faisant,
    amener des propositions qui nous paraîtront plus adaptées, plus combatives,
    plus efficaces, plus en phase avec ce que nous analysons de la situation à
    ce moment là.
    Mais appeler à s’organiser avant même tout mouvement (ici, il s’agit bien
    d’un mouvement programmé, pas d’être « en mouvement » en permanence !), en
    parallèle des syndicats, me semble…. gauchiste ! Gauchiste au sens d’action
    de radicalisation au cul d’un mouvement donné.
    Le dernier paragraphe du texte (« regroupons…. ») me parait devoir être
    écris à un autre temps que l’impératif.
    Pépé. Marseille


    • ORGANISONS-NOUS POUR TOUT BLOQUER, Pépé, 7 novembre 2007

      Le débat "post-festum ou ante festum" est par trop
      abstrait, c’est un peu plus subtil. Le moment où nous
      publions ce texte s’inscrit dans une "pause" de la
      grève. Ce mouvement à démarré le 18 octobre par un
      tour de chauffe, de plus il était déjà prévu de
      nombreux mois auparavent. La seule surprise fut une
      bonne surprise puisqu’on y a constaté : premièrement
      que le mouvement de grève était bien plus largement
      suivi que prévu dans les secteurs "en première ligne",
      deuxièmement que les grèvistes étaent bien remonté et
      près à un "mouvement dur", troisièmement que pas mal
      de gens (notament les profs et les instits)
      cherchaient dts modalités pour se joindre à la lutte,
      quatrièmement que les comités de cheminots, bien que
      formellement limités au discours corpo ouvraient les
      AG à tout le monde.
      C’est donc en partant de là, dans le cours de la lutte
      et profitant de son interruption momentanée qui laisse
      plus de loisir pour réfléchir et s’organiser, que la
      proposition à été faite. Il faut noter également que
      le texte ne donne qu’une idée vague de la forme
      d’organisation et des modalités d’actions. Tout sera à
      définir au cours du dévellopement du mouvement.
      La France qui se réunie tôt


      • ORGANISONS-NOUS POUR TOUT BLOQUER, R.S, 13 novembre 2007

        attention le second messsage du forum à la suite du tract n’est pas de Pépé mais d’un des auteurs du tract, je crois qu’il était signé a.s (à vérifier. C’est important car on ne comprend rien.
        Roland


      • Commentaires sur les « Piquets volants », R.S, 14 novembre 2007

        On peut commencer par critiquer ce texte simplement dans son contenu : syndicalisme plus ou moins radical ; gauchisme.

        Syndicalisme plus ou moins radical : affirmation d’une unité des revendications qui n’est, dans le stade actuel de la lutte, rien moins que proclamatoire ; un vocabulaire volontairement flou : « mouvement social » ; la restructuration définie comme « mondialisation » ; capitalisme comme soumission de la force de travail aux « pures lois du libéralisme » ; « bastions » ; « corporations » ; « mesures du patronat et du gouvernement ». Un vocabulaire on ne peut plus consensuel et respectable.
        Gauchisme : le mouvement est « corporatif » et son élargissement est considéré a-priori comme une nécessité ; révélation de la véritable nature du mouvement contre le discours syndical et médiatique ; appel à s’organiser préalablement à la lutte.

        Syndicalisme radical et gauchisme dictent leur contenu aux objectifs : « résistance » ; « faire reculer ». Il s’agit de préserver ou de revenir à un état antérieur, de faire « reculer le patronat et l’Etat ». Il ne s’agit pas, dans ce tract, de dépasser ou simplement d’attaquer la situation présente à partir d’elle-même, mais de revenir ou préserver la situation antérieure (contrairement à ce que pouvait être, dans la lutte anti-CPE une action comme l’occupation de l’EHESS). Situation antérieure qui n’existe plus et qui n’est déjà plus le fondement des luttes actuelles et encore moins de ce qu’elles pourraient comporter de dynamique. Il est obsolète d’envisager la lutte à la SNCF ou à la RATP dans ces termes. Leur action de « résistance » n’a de sens, même en tant que résistance, que dans les conditions actuelles du capitalisme restructuré et qui en tant que tel aura toujours des « rigidités », des « privilèges » à abolir.

        On trouve également le souci très louable d’élargir la lutte, il faut que les salariés qui n’ont pas les mêmes moyens de pression participent à cette lutte, mais encore faut-il que cette lutte soit la leur, on ne passe pas directement d’une communauté de situation (qui plus est plus ou moins à venir) à une lutte commune parce que théoriquement nous avons déterminé (même avec raison) que tout cela appartient à un seul et même mouvement qui est celui de la restructuration (qui ici est très symptomatiquement définie comme seulement « en cours »). Tout cela est annoncé à grands coups d’injonctions sur ce qui « doit être fait ». La problématique dans laquelle est engagée cet « élargissement » n’a rien à voir avec le mouvement et la dynamique qui avaient été concrétisés dans l’occupation de l’EHESS.

        On s’aperçoit, dans ce tract, à propos de la précarité, qu’il ne s’agit pas de prendre acte de ce qu’elle est l’organisation générale du marché du travail et de l’exploitation de la classe ouvrière ( cela ne devrait pas manquer, sans que l’on puisse prévoir comment, de traverser la lutte des cheminots ou du personnel des secteurs « publics »). Il ne s’agirait que de préserver la classe de cette précarité qui la mine, mais alors nous retrouvons non comme des maladresses mais des expressions nécessaires le vocabulaire et les intonations syndicalistes et gauchistes de ce tract. Le tract est obsolète quant à l’analyse de la situation. On ne peut s’empêcher de penser que la conclusion logique de ce tract devrait être un appel à la reconstitution d’un grand mouvement ouvrier unitaire avec les « publics » en « première ligne ». Il s’agit de revenir ou de préserver un état antérieur, de faire « reculer » le patronat et l’Etat, il ne s’agit pas de dépasser, ni même de lutter contre la situation présente à partir d’elle-même, mais de préserver ou revenir à une situation antérieure (les Conventions collectives et les CDI). Il y a six mois, dans la foulée de la lutte anti-CPE, il s’agissait de se regrouper sous le mot d’ordre : « Ni CPE, ni CDI ».

        En admettant qu’un tract était à faire, un autre tract était possible partant de la restructuration comme d’un fait acquis et comprenant la lutte actuelle à la SNCF ou à la RATP dan cette situation, dans ce rapport entre les classes. Cela aurait conduit à ne pouvoir envisager le développement de la lutte que traversé par le rapport actuel entre le prolétariat et le capital. On pouvait ainsi nouer entre eux, même conflictuellement, les différentes catégories au lieu de se retrouver, comme à la fin de ce tract, avec un appel à tout le monde dans une liste de catégories devant se retrouver ensemble du simple fait d’être touchées par le même phénomène. Bien évidemment je n’ai rien à dire ou à critiquer contre de telles luttes de « résistance », mais il y a quelque chose d’étrange à voir là le point où iraient s’articuler des luttes de chômeurs et de précaires ou de catégories déjà éclatées du salariat, tant qu’à l’intérieur de ces luttes ne se manifestent pas de façon pour l’instant imprévisible qu’elles sont soumises et traversées par la situation actuelle. Par exemple, ce ne fut qu’en approfondissant sa revendication initiale et en parvenant conflictuellement à remettre celle-ci en cause que la lutte anti-CPE trouva sa dynamique.

        Les vraies raisons de ce caractère revendicatif-défensif (« résistance ») de ce tract résident dans une volonté abstraite d’intervenir. Nous avons ici un cas d’école illustrant ce qu’est l’intervention. C’est-à-dire la construction de la diversité des pratiques dans le cours d’une lutte en une abstraction de la Pratique répondant à la fausse question de la « question de l’Intervention ». L’intervention c’est une activité particulière dans une lutte particulière qui se donne à voir et se comprend elle-même comme répondant à un sens général de la pratique, devenue une abstraction en tant que rôle dans la lutte de classe. Les pratiques que l’on se donne ne sont plus que des effets de la Pratique. Il y aurait obligation à faire quelque chose, à ne pas rester spectateur comme nous y enjoint ce tract. A qui peut s’adresser une telle obligation ? Qui a le choix d’être spectateur ou non ? La lutte de classe devient un supermarché dans lequel on fait ses emplettes, mais parmi les chalands il y aurait un client à l’identité remarquable : le précaire. Cet individu peut être « appelé » à rejoindre n’importe quelle lutte car il n’est pas déterminé par une corporation. Il est, dans le prolétariat, l’équivalent de l’individu libre de la démocratie et pour tout dire un équivalent général. Dans celui qui n’est que l’archétype de la segmentation de la classe, la segmentation de la classe serait comme abolie.

        Ce qui est décisif dans ce texte c’est qu’on peut y montrer la conception sur laquelle repose la question de l’intervention. Ce tract est le résultat de l’intervention pensée et posée en général comme une nécessité dans (face à) la lutte de classe, c’est-à-dire pensée de façon abstraite comme question de l’intervention. La question de l’intervention ne se pose qu’à partir du moment où l’on a fait de la diversité des activités une abstraction : la pratique comme abstraction. La question de l’intervention transforme ce que l’on fait dans telle ou telle lutte (ou ce que l’on ne peut pas faire), c’est-à-dire des pratiques toujours particulières en une abstraction de la pratique construisant le dilemme intervention / attentisme. Cette abstraction est quelque chose de bien tangible qui se construit par des activités et des attitudes empiriquement constatables : la « veille pratique » ; la capacité à « choisir » entre les luttes ; la « partie de la société au-dessus de la société » ; le « tout me concerne » ; l’évanouissement de la reproduction du capital dans la lutte des classes, conservé comme cadre mais non comme définition des acteurs ; la question de la stratégie et la révolution comme but à atteindre ; la décision de l’individu comme point de départ méthodologique et non l’existence d’un processus contradictoire ou d’un écart que des activités expriment ; le saut par dessus la reproduction du capital au nom d’une situation jugée comme fondamentalement commune. L’essentiel de la critique de la question de l’intervention réside dans l’abstraction de la pratique et l’objectivation de la lutte des classes qui se répondent réciproquement (par là, son ennemi, « l’attentisme », n’est que le sien). La « Pratique » acquiert en tant que telle, en tant qu’entité, un sens face à son complément, tout aussi abstrait, la lutte de classe comme situation. Les pratiques particulières en tant que telles ne sont plus que des manifestations occasionnelles de la pratique comme abstraction dans le dilemme entre Pratique et Attentisme. C’est là le fondement même de la question de l’intervention, c’est-à-dire de l’intervention comme question.

        Un tel tract a pour raison d’être d’avoir fait de l’Intervention une question, de la Pratique une abstraction et de la situation actuelle une situation objective générale comme restructuration et résistance à celle-ci. L’attitude est militante car l’intervention par la validité et la pertinence, pour elle-même, de son action constitue le mouvement tel qu’il existe comme le lieu d’un manque. Ici, ce manque c’est une situation objective d’attaque générale suscitant une résistance dont l’intervention s’accomode parfaitement et qui la conforte dans la mesure où elle va pouvoir en être la radicalisation et la généralisation (les « piquets volants » réalisant la synthèse des deux). Je n’ai rien contre les « piquets volants » si d’aventure ils existent, mais beaucoup contre la façon dont dans ce tract ils sont prescrits, je suis contre les « piquets volants » en tant que prescription de la nécessité de la pratique comme entité abstraite, comme rôle dans la lutte de classe. Ce qui est ici le cas. L’arme de la grève ne pouvant plus être utilisée par tous les prolétaires (ce qui reste encore à prouver), il en résulterait qu’il nous faut « bloquer ». Les formes de lutte ne sont plus ici expression d’un contenu de la lutte et de la place de ses acteurs, mais le résultat d’un tri dans le sac à malices. Le « piquet » argentin auquel il est fait référence n’était pas seulement un moyen mais avant tout l’expression du groupe des piqueteros, une forme de solidarité globale et de reproduction dans la lutte.
        L’activité militante façonne la réalité même de son objet d’intervention dans le simple fait de le poser comme objet d’intervention, d’un côté une situation objective, lieu d’un manque, de l’autre une volonté, une activité, des prescriptions. Ce qui peut même amener à écrire des choses que de toute évidence on ne pense pas et qui ne sont là que comme justification de responsabilité et respectabilité. L’intervention à laquelle appelle ce tract n’avait que deux façons de se justifier : soit la proclamation creuse de la révolution dans une démarche normative ; soit la référence à ce qui est pour elle la réalité qui doit être la plus terne possible, mais alors elle est condamnée au discours sur la « résistance » et la généralité de la restructuration devant impliquer tout le monde (considération vraie mais ici également normative en ce qu’elle définit ce que devrait être la pratique de chaque segment de la classe si elle était adéquate à sa situation). Evitant le ridicule du premier terme de l’alternative, le tract est condamné au second terme. Le discours sur la résistance en tant que telle est sa seule justification, dans la mesure où son seul objectif est la généralisation de cette résistance. Si dans cette lutte se créent des ruptures, si apparaît une dynamique, cela ne sera pas sur cette base de « résistance », mais parce que cette « résistance », bien réelle, sera traversée par les conditions générales actuelles de l’exploitation. Dans le tract, l’obsolescence de l’analyse de la situation et l’intervention se justifient mutuellement. C’est le discours et l’analyse de la situation dont l’intervention a besoin pour se conforter elle-même en tant que telle. En l’absence de toutes pratiques ou dynamique dans le mouvement social qui désigneraient ses propres points de ruptures, la pratique est une abstraction en tant que réponse à la fausse question de l’intervention à laquelle nous serions constamment sommés de répondre sous peine d’attentisme.

        Cependant pour justifier le tract, il faut, en plus, se livrer à une légère surestimation du mouvement tel qu’il est actuellement, surestimation justifiant implicitement une potentialité du mouvement jamais définie autrement que comme celle d’« une grève dure », au nom de laquelle le tract peut exister. Le fait que la grève du 18 octobre n’ait pas été reconduite devient (dans une réponse – sur le site de Meeting - défendant le tract face à quelques critiques) une « pause » ; la journée du 18 devient un « tour de chauffe » (la stratégie syndicale se trouve de fait justifiée). Les grévistes « prêts à un mouvement dur », comme il est dit dans ce commentaire, ont tout de même assez facilement repris le travail, il faut également pour justifier le tract dire que « pas mal de gens (notament les profs et instits) » étaient prêts à rejoindre la lutte (ce qui personnellement ne m’a pas semblé évident : l’Education nationale conserve une certaine rancœur vis-à-vis des cheminots qui, il y a quatre ans, les avaient laissés dans la merde et n’avaient pas été, c’est le moins qu’on puisse dire en « première ligne »). Aujourd’hui, les conducteurs paraissent choisir de négocier à part et le reste du « Public » s’est déjà pris les quarante ans dans les dents. Le fait que le reste du « Public » ne soit malheureusement plus directement concerné ne peut pas être laissé de côté au nom de la « généralité de la restructuration » dont cette attaque est un élément. De son côté, le mouvement étudiant ne me paraît pas, pour l’instant, devoir prendre une ampleur significative, ce qui n’est guère étonnant au vu de son objet même : l’autonomie des Universités. La question actuelle du pouvoir d’achat, donc du salaire, qui pourrait avoir maintenant des déterminations insoupçonnées dans un capital qui ne fait plus du salaire un « investissement », n’est pas évoquée.

        Mais ici, dans ce tract, le discours sur la résistance auquel il est de fait condamné n’est qu’un préambule, l’essentiel est dans le moyen de lutte préconisé : les « piquets volants ». Le moyen par son allure radicale, confrontative et autonome est destiné à renvoyer le discours sur la « résistance » à un simple présupposé justificatif qui ne doit pas être pris pour l’essentiel. L’essentiel, ce qui doit être retenu (par celui auquel s’adresse le tract), c’est le moyen. Mais là aussi on retrouve le processus par lequel la pratique se constitue en abstraction. Non seulement, un moyen n’est rien par lui-même, mais encore la façon de puiser dans une sorte de catalogue des moyens pour en sortir un et le préconiser ne peut signifier qu’une chose : le « mouvement social » n’a pas encore désigné ses points de rupture et par là-même les pratiques de cette rupture. Ce qui est prescriptif dans l’intervention c’est de faire de la pratique comme généralité une prescription. La prescription répétitive de pratiques particulières (auxquelles est conféré un sens transluttes comme on dit transhistorique) consistant à piocher dans un catalogue n’a alors de sens qu’en ce qu’elle participe de la construction de l’activité comme abstraction (et comme prescription). Ce que la réponse (déjà citée) à quelques critiques avoue sans malice : « C’est donc en partant de là (c’est-à-dire ce que j’ai considéré précédemment comme une « légère surestimation du mouvement », c’est moi qui précise), dans le cours de la lutte et profitant de son interruption momentanée (c’est moi qui souligne) qui laisse plus de loisir pour réfléchir et s’organiser que la proposition a été faite. ». Depuis quand, la pause et l’interruption d’un mouvement est le moment propice à la réflexion sur la pratique et l’organisation, si ce n’est si l’on considère celles-ci comme des abstractions et des recettes ?

        Ici, dans ce tract, les « piquets volants » ne sont rien de plus qu’une recette. Dans la situation actuelle du mouvement, rien ne permet de dire que ce sera là la forme de lutte correspondant aux ruptures que cette lutte pourrait produire (si elle en produit). On pourrait objecter qu’il n’est pas bien grave que telle forme de lutte soit abandonnée ou dépassée si une telle démarche ne reflétait pas une certaine conception de la lutte de classe, de l’intervention et de la pratique.

        11 novembre 07


        • Commentaires sur les « Piquets volants », , 1er décembre 2007

          c’est gauchiste, c’est syndicaliste, ça évoque des recettes… et alors ?

          Vous êtes gentils, mais on le savait.

          Et alors ? C’est plutôt la réponse qui est normative, encore plus que la proposition.

          que dire

        • gauchiste ? syndicaliste ? et alors !, torpedo, 3 décembre 2007

          Les critiques émises sur le texte sont justifiées, mais elles ne nous font pas avancer d’un iota. Partant de la situation, le texte choisit d’en être le reflet… l’alternative étant de faire une déclaration "révolutionnaire" comme tu le dit toi même. Donc gauchiste , syndicaliste, et même d’autres qualificatifs normatifs si tu y tiens. Cela n’apporte rien au débat, reste celui portant sur intervention ou non. L’intervention est un pari, partant d’une appréciation de la réalité d’une situation, certains (dont je suis) pensent pouvoir y influer. En l’occurance les auteurs du texte croient déceler une potentialité dans le ras-le-bol diffus (je sais c’est un terme flou… peut être parce que c’est une situation qui ne peut qu’apparaitre floue, et certainement que c’est pas plus mal), il choisissent de faire une proposition ouverte — dans un cadre non restrictif — pour que des rencontres et des débats aient lieu, en espérant qu’une dynamique se développe dans une praxis qui se construit au fure et à mesure.
          Au pire c’est une perte de temps et d’énergie.

          Je pense qu’un bilan doit être fait de cette (non)expérience de proposition de "piquets volants", mais le bilan ne poura être fait que du point de vue de la praxis (ce que vous vous évertuer à nommer "intervention").

          La proposition avancée en 2006 d’occupation de l’EHESS comportait tout autant de syndicalisme et de de gauchisme, cela n’a pas été pour nous un problème. La démarche étaient encore bien plus volontariste. Et à l’époque nous avions mis en avant une putain de recette : occuper à tout prix un lieu de rencontre qui dépasse le corporatisme étudiant. En pensant que de ce dépassement surgirait d’autres dynamique. Pour les "piquets volants" la démarche ne fut pas très différente.

          Je pense que c’est sur cette base qu’il faut critiquer ce texte. Et qu’il est éminemment critiquable… d’autant que c’est une initiative qui s’est bien planté. Mais, à mon sens, c’est surtout à cause d’une sous-estimation de la profondeur de l’atomisation et de la segmentation.

          Si on discutait plutôt de ça.


  • ORGANISONS-NOUS POUR TOUT BLOQUER, zzulian, 18 novembre 2007

    Ca fait du bien de voir que le mouvement prend de l’ampleur, et hereusement que certains ont du courage pour bloquer.
    J’ai été écoeuré de voir des étudiants aplaudir des CRSS entrain d’évacuer d’autres étudiants. Il y a bien de plus en plus un clivage entre certains étudiants qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez et d’autres qui essayent de faire en sorte que notre situation d’étudiant ne soit pas encore pire. Certes il faut des changements mais pour le moment ils ne vont jamais dans le bon sens et il ne faut pas s’étonner avec un gouvernement de droite. Donc à tous ceux et toutes celles qui ont le courage de bloquer, Bloquez et tenez bon, il y a aussi unpeu partout des étudiants solidaires qui pensent à vous et qui veulent frapper là où ça fait mal pour changer les choses.
    Pour qu’à terme les peuples puissent ouvrir les yeux. Mais hélas la plupart des gens sont vraiment trop ... et manipulés.
    Mais lorsque les différences seront trop fortes, les gens finiront bien par voir qu’il y a un problème. Et que tout ce que le gouverment fait contribue à accentuer les différences, à diviser, à isoler.
    Mais certains seront là pour vous aidez, pour s’aider, et être solidaires, tolérents.
    Un simple soutien de la part d’un étudiant en master d’informatique de l’université de Savoie.


    • Pas « démocratique » : et alors ?, , 18 novembre 2007

      Déjà, lors du dernier mouvement contre CPE, les assemblées générales qui se sont réunies dans les différentes universités s’étaient mises à voter sur tout et n’importe quoi : pour ou contre le CPE, pour ou contre le blocage des universités, etc. Ce faisant, des étudiants opposés au mouvement trouvaient place dans l’assemblée et pouvaient non seulement s’y exprimer mais encore voter contre les propositions qui y étaient faites : tandis que quelqu’un qui n’était pas étudiant mais qui pouvait être aussi concerné par le CPE ou le CNE que n’importe quel jeune inscrit à l’université se retrouvait exclu du même débat. Parfois même, sous la pression de la direction de l’université, des « consultations » à bulletin secret étaient organisées pour savoir si la fac serait bloquée ou rouverte : et ainsi, un acte illégal se trouvait-il paradoxalement rattrapé par la logique procédurière de la démocratie. À quand des votes avant de balancer des pierres sur les flics ?

      Depuis mars 2006, la logique « démocratique » de déligitimation des mouvements sociaux s’est encore approfondie, victoire de Sarkozy aidant. Le summum de la caricature a été atteint par la direction de l’université de Paris I, qui, après avoir posé par Internet une question particulièrement alambiquée, clame partout que 75 % des étudiants s’opposent au blocage. Même procédé à Rennes, après un vote à bulletins secrets.

      Doit-on renoncer à agir au vu de ces « résultats » ?

      Il faut le dire clairement : ce qui donne sa raison d’être à un mouvement, ce n’est pas la légitimité tirée d’une pseudo-élection qui singe les procédures républicaines. Le blocage n’est pas valide parce que « cela a été voté ». Ce qui donne sa puissance à un mouvement c’est justement sa capacité à remettre en cause les cadres étroits de la domination ordinaire. Il n’y a aucune permission à demander à qui que ce soit avant de s’opposer en actes aux décrets du pouvoir qui nous oppresse. La sédition n’a pas besoin de se justifier. Elle est à elle-même sa propre justification.

      À la différence du vote, qui est un acte passif par lequel on approuve ou on réprouve ce qui est et demeure de l’ordre du discours, la révolte se nourrit d’engagements réels. Si des centaines ou des milliers de personnes veulent bloquer une fac, il leur suffit de s’organiser pour le faire. Si elles ne sont que dix, leur petit nombre les empêchera tout simplement d’agir, sans qu’il y ait besoin d’organiser quelque consultation que ce soit pour le constater.

      Ceux qui veulent défendre leur « droit à étudier » ou leur « droit à travailler » n’ont à opposer au désir de révolte que leur seule soumission au système : ce n’est pas là un « argument » dont on pourrait discuter démocratiquement dans un salon, c’est une des formes de défense de ce monde et de son système de domination au même titre que les magouilles des syndicats ou les matraques des flics. Seuls l’approfondissement et l’extension de la crise peuvent avoir pour effet, bien plus sûrement que le respect des procédures démocratiques, de rallier au mouvement une grande part de ceux qui ne s’y retrouvent pas au début.

      le blog de Leon de Mattis

      • Du démocratisme en milieu étudiant, uno de nosotros, 19 novembre 2007

        une Contribution au débat

        Du démocratisme en milieu étudiant

        Il est fréquent t’entendre dire, à propos des blocages de facultés, que les « bloqueurs » [1] sont des individus anti-démocratique [2] ; qu’ils ne sont qu’une minorité et qu’ils imposent leurs lois ; que ce sont des « kmers rouges » (suivez mon regard,,,), des révolutionnaires anarchistes,des prophètes du grand soir, etc,,, etc,,,

        Pourtant, on ne peut s’empêcher de se poser la question,,, Est-ce que les anti-bloqueurs sont, eux, démocratiques ? C’est à dire, représentent-ils la majorité des étudiants ??? Le nombre d’étudiants par facultés est, en moyenne, de 20000 à 30000,,, Les AG regroupent les plus souvent entre 2000 à 5000 personnes ,,,, Et les résultats de votent sont souvent très serrés,,,

        Les anti-bloqueurs ne sont donc pas plus démocratiques que les autres,,,, Juste qu’ils n’arrivent pas à avaler la pilule,,, ;=) Et qu’ils s’autorisent, comme nos politichiens, à être les représentants d’une soit-disante volonté qui ne se limite finalement qu’à la leur,,, D’ailleurs, la volonté peut-elle être représentée comme dirait nos chers profs de philo ?

        Nous n’allons pas refaire toute l’histoire de l’humanité, mais, les sociétés ont toujours été conduites par des minorités ( sociétés démocratiques aristocratiques chez les athéniens, monarchie et théocratie au sein de systèmes féodaux au moyen-âge ; démocratie représentative aujourd’hui qui ne sont, finalement, que des oligarchies cachées) ,,,,, Est-ce qu’une personne élue à un instant T, grâce à la démagog’académie ; non révocable pendant des années ; ayant le pouvoir sur des millions d’individus et pouvant donc décider à leur place ; est-ce que cela est démocratique ? ,,,, Est-ce que des députés qui sont élus avec de fort taux d’abstention sont-ils légitimement représentatifs d’une population ??? Les sociétés ne sont, finalement, que la juxtaposition de minorités agissantes,,,

        Le problème n’est donc pas celui de la minorité, mais celui du pouvoir,,, La division des étudiants entre bloqueurs et anti-bloqueurs n’est donc qu’un faux problème produit par la fameuse « peur de l’avenir »,,, Renversons la vapeur,,, L’angoisse est mauvaise conseillère et, de plus, elle est la meilleure alliée du pouvoir paternaliste,,, La vie n’est que peur, sauf si l’ont décide de ne pas y souscrire,,, Ne nous résignons pas et agissons ! Ici et maintenant,,, Ne nous laissons pas entraîner par le formatage des mots comme ceux qui sont employés pour qualifier les individus d’ être « otages » des grévistes,,, Les grévistes = terroristes ???? Il n’en faut pas plus pour rendre un pouvoir oligarchique heureux,,, Ils n’ont même plus besoin de faire le boulot, nous le faisons à leur place,,,

        Les récentes actions des bloqueurs se produisent justement pour ouvrir un champ de possibilités,,,, Ils est donc important de ne pas se résigner car les luttes sont longues et vont être de plus en plus difficiles,,, Il est donc primordial de toujours s’adapter et de ne pas aussi tomber dans l’erreur de refaire un nouveau anti-CPE,,, Le CPE était quelque chose qui s’est construit petit à petit, en réaction avec l’environnement et le contexte,,,Faisons de même, c’est à dire, n’essayons pas de refaire un nouveau anti-CPE, car, à ce moment-là, nous ne serons plus à l’écoute de l’environnement et la lutte seras finie avant d’avoir commencée,,,

        Il évident que, pour nous, anarchistes, que la loi passe ou soit abrogée ne changent rien,,, C’’est avant tout le système qu’il faut changer,,, Et cela est possible par la fraternité, la solidarité entre les individus,,,, Ce sont les meilleurs armes contre un capitalisme qui ne peux exister qu’avec la compétition entre individus et l’atomisation des personnes,,, Libérons-nous de nos propres chaînes et nous nous libérerons du pouvoir,,,

        CCBC (Comité contre le blocage des consciences)

        Notes
        [1] 1On pourrait d’ailleurs s’interroger sur ce mot,,, Les bloqueurs ne seraient-ils pas, après tout, des « débloqueurs » de conscience ? Finalement, par leurs actions, ne permettent-ils pas à un débat d’avoir lieu ? Débat dont les politiques préfèrent se dispenser et préfèrent imposer leur lois aux individus,,,

        [2] 2Pour le vérifier, demandez autour de vous et vous verrez que les « bloqueurs » sont avant tout des individus qui ont décidé de prendre leur vie en main,,,,

        CNT AIT Lille

        • Du démocratisme en milieu étudiant, rupture, 20 novembre 2007

          http://libcom.org/library/introduct...
          "Surveys showed that most voters identified both Royal and Sarkozy as ’candidats de la rupture’ meaning that they represented a break, a break from the traditions of working class militancy and France’s revolutionary and socialist past."