Lola Iturbe (1902-1990)

Lola Iturbe (1902-1990)

Voici une biographie courte de l’anarchiste espagnole Lola Iturbe, combattante pour la libération de la femme. « Tout ces companeros qui se montrent radicaux au café, aux réunions syndicales, même dans les groupes affinitaires, perdent soudainement leurs habitudes de défense des femmes aussitôt qu’ils passent le pas de la porte de chez eux. Ils se comportent avec leurs companeras comme des « maris » communs. » Lola Iturbe, dans Terra y Libertad, en avril 1935.

Dolores “Lola” Iturbe Arizcuren est née le 1er août 1900. Sa mère, Micaela, d’origine basque, avait été abandonnée par son compagnon quand elle est tombée enceinte (elle avait commencé à travailler en tant domestique dès l’âge de huit ans, montant sur une chaise pour la cuisine). Le résultat en avait été qu’elle avait été déshéritée par sa famille. Elle avait été obligée de déménager depuis sa ville natale de Monreal, en Navarre, jusqu’à Barcelone, où Lola est née.
Faisant face à des nécessités économiques, elle avait été forcée à donner sa fille à un couple de Valence, qui vivait dans la ville. Bientôt, cette famille a déménagé dans le quartier de Cerda, à Valence. Toute petite fille elle s’était fracturée la cheville, résultant d’une chute, le résultat étant une claudication qui lui restera toute sa vie.
Micaela était revenue à Cerda afin de réclamer sa fille (désormais âgée de 7 ans). Lola n’avait pas réalisé qu’elle avait une autre maman. Aussi, le déménagement sur Barcelone a-t-il été compliqué, avec le changement entre une ville tranquille de province et une grande ville. À Barcelone, Lola et sa mère travaillaient pour la famille Posenti, famille riche, et devant s’occuper d’une fille asthmatique, Lola dormant dans sa chambre. Lola endossait également le rôle de cuisinière pour le foyer. Il apparaît que la famille était plutôt sympathique avec Lola, l’emmenant même lors de sorties au théâtre. Quand Senor Posenti a été déclaré insolvable, Micaela a ouvert une pension. Tout en travaillant aux différentes taches de la pension, Lola a commencé à travailler en tant que couturière à partir de l’âge de neuf ans.
Dans le développement politique de Lola, la pension a joué un rôle important. En effet, beaucoup de travailleureuses anarchistes logeaient à cet endroit, c’est là qu’elle a été introduite vers des idéaux anarchistes pour la première fois.
En 1916, alors âgée de 14 ans, Lola a commencé à travailler dans une entreprise de fabrication de pantalon. Là-bas, sa meilleure amie était Conchita, plus tard companera du militant anarchiste Miguel Garcia Vivancos. Ensemble, elles ont rejoint les travailleureuses de la section tissage de la Confederacion Nacional de Trabajo (CNT) sous les encouragements de l’anarchiste Juan Manent. La pension est alors devenue le repère des anarchistes qui fuyaient la répression à Barcelone. Lola a alors commencé à prendre part dans du travail solidaire pour des anarchistes emprisonné-e-s, leur amenant de la nourriture, lavant leurs habits sales, se tenant sur le trottoir afin d’acclamer les cortèges de prisonni-ère-er-s qui passaient.
Lola s’était elle-même éduquée. Au début des années 1920, elle a rejoint le groupe d’affinité anarchiste Germen, étant la seule femme à en faire partie. Là, elle a rencontré Juan Manuel Molina, dont le surnom était Juanel ainsi que Faustino Vidal, se mettant en couple avec ce dernier.
Iëls ont eu une fille, Aurora, en 1923. Il s’agissait là d’une période plus compliquée pour Lola, Faustino contractant la tuberculose à la gorge et mourant en 1924. Au matin de la journée du 10 novembre 1924, elle était en présence des anarchistes Juan Montejo et José Llacer, juste avant qu’ils soient exécutés pour une attaque sur les baraquements de Vera del Bidasoa. Quelques mois plus tard, elle a commencé à avoir une relation amoureuse avec Juanel. Iëls ont déménagé vers Granollers, à l’extérieur de Barcelone.
Avec la dictature de Miguel Primo de Rivera, une persécution toujours plus grande du mouvement anarchiste a fait jour. En 1926, Lola et Juanel ont été dans l’obligation de traverser les Pyrénées vers la France avec Aurora et un jeune enfant né peu avant, Helenio. Iêls ce sont finalement installé-e-s à Paris, jusqu’à ce que Juanel soit expulsé de France et escorté jusqu’à la frontière. Le couple s’est alors réunifié à Bruxelles.
À la fin de la dictature, iëls sont retourné-e-s à Barcelone, au début de l’année 1930. En 1932, Juanel a été emprisonné pour pratiquement l’année entière, et Lola avait du prendre soin de leurs enfants et de sa mère toute seule. En 1933, Lola a commencé à écrire dans le journal libertaire « Tierra y Libertad », qui était la voix de la « Federacion Anarquista Iberica » (FAI), ayan le pseudonyme de Kyra Kyralina ou Kiralina (Kyra Kyralina apparaissant dans le roman du prolétaire roumain Pinaït Istrati, qui était surnommé « le Gorki des Balkans ») Elle utilisait également le nom de plume de « Libertad » quand elle écrivait des articles. Elle avait commencé en tant qu’oratrice le 16 novembre 1933, durant un rallye organisé par la FAI, qui prévoyait les interventions de Francisco Ascaso, Buenaventura Durruti, Alejandro Gilabert, Vicente Pérez et de Domingo Germinal au palais des arts décoratifs de Barcelone, événement auquel une foule est venue, et pendant lequel il a commencé à dire : « voici un art excitant et magnifique dans lequel la splendeur et l’enthousiasme de la voix des femmes travailleuses et anarchistes ne peut pas manquer. »
Elle a supporté les soulèvements de 1933 et de 1934, et est venu en aide à une jeune femme durant la grève à Saragosse. Une bronchite vers la fin de 1935 l’a forcée à déménager à Jumilla, la ville où Juanel avait passé son enfance.
Après la tentative de coup d’état de Franco, Lola a rejoint la plate-forme d’édition du journal « Solidaridad Obrera », journal de la CNT catalane. Elle y a a écrit les premiers prospectus appelant à une résistance au coup d’état de Barcelone. Une partie de ces prospectus avait été lancée depuis des avions. Elle a également pris part dans l’occupation des bureaux des organisations dirigeantes. Elle a également pris soin des blessés dans le bureau du syndicat des transports maritimes et terrestres de la CNT. Elle a également détrempé une coquille du journal Tierra y Libertad dans le sang d’un des anarchistes morts.
Elle a par la suite travaillé dans des hôpitaux pendant les campagnes militaires et a travaillé comme correspondante militaire sur la ligne de front pour les journaux « Tierra y Libertas », « Mujeres Libres » et « Temps Nievos ». Elle a aussi pris part dans le « Comité de Milicias Antifascistas » (Comité de Milice Antifasciste). Après les journées de mai 1937, Lola a rejoint la section juridique de la CNT et les membres du POUM qui venaient des geôles staliniennes.
Elle a été l’une des fondatrices du mouvement féministe des « Mujeres Libres ». Elle a écrit dans son journal sous le nom de plume de Kiralina. Elle a participé à la création de la Casa de la Dona Treballadora (maison de la travailleuse) et dans le mouvement de réhabilitation des TDS, dont la campagne était organisée par les Mujeres Libres « Liberatorios de Prosticucion ».
Pendant l’été 1938, elle a accompagné Emma Goldman dans sa visite du front. Elle a été décrite par Emma Goldman comme étant « une féministe ardente et talentueuse. » Après la chute de la république, elle a encore une fois traversée les Pyrénées, s’installant en Ariège. Finalement, elle a réussi à rencontrer Juanel à Nîmes. Pendant l’occupation nazie, elle méticuleusement pensé à reconstruire le mouvement libertaire espagnol, avec Juanel.
La guerre finissant, Lola et Juanel sont reparti-e-s vers l’Espagne, où Lola avait été employée dans une fabrique de pantalons. Juanel était reparti en Espagne pour prendre part dans l’activité souterraine et avait été arrêté après un raid perpétré par 80 membres-ses de la CNT et avait été condamné à 15 années de prison. Le couple s’était retrouvé à Toulouse où Juanel avait été libéré en 1952.
Durant son exil, Lola avait continué à être active dans la CNT ainsi que chez les Mujeres Libre. Lola avait alors écrit le livre « Women in the Social Struggle : The Civil War in Spain in 1974 » (les femmes dans les combats sociaux : la guerre civile espagnole en 1974) qui avait été publié au Mexique, puis, en 2004, avait été re-publié à Barcelone puis à Tenerife. Elle a fait des lectures de son livre durant l’exhibition-conférence « sous le signe de l’année internationale de la femme, grande exposition du livre » (exposition en français et en espagnol) qui s’était tenue à la maison de l’Europe à Lyon, le 8 novembre 1975.
A la mort de Franco (le 20 novembre 1975), Lola est retournée en Espagne pour la première fois depuis 1939, avec pour seul papier d’identité, sa carte de correspondante pour le magazine « Tierra y Libertad », signée par Juan Garcia Oliver, ainsi que par Juanel, et s’est installée dans le quartier de La Verneda, à Barcelone. Elle a continué à être active au sein de la CNT et, par la suite, dans la CNT-Renovado, qui, par la suite, est devenue la CGT.
Elle apparaît dans le documentaire qui date de 1986, « De Toda La Vida », réalisé par Lisa Berger et Carol Mazer, avec pour sujet les Mujeres Libres.
Après la mort de Juanel le 20 septembre 1984, elle a passé plus de temps dans les Asturies avec Ramon Alvarez (Ramonin) avec qui elle a noué des liens étroits.
Elle est morte le 5 janvier 1990, à Gijon, puis a été enterrée à Barcelone, à côté de Juanel, son amoureux, deux jours plus tard.
Elle a été une autrice prolifique, dans ses écrits, on peut trouver la série « La vie sera mille fois plus belle : les Mujeres Libres, les anarchistes espagnols et l'émancipation des femmes » qui avait été publié à la fois dans « Tierra y Libertad y Mujeres Libres » (Mujeres Libres, 1937), « Women in the Spanish Libertarian Movement » (1959), « Women in that distant July » (1956), « Women of the CNT in Spain » (1966). Pour le centenaire de sa naissance, Antonia Fontanillas et Sonya Torres ont publié le livre « Lola Iturbe: Life and Ideals of An Anarchist Fighter », ce qui incluait certaines des mémoires de Lola Iturbe aussi bien que certains de ses articles.

Nick Heath
traduction par Matthieu Bisbarre

Comments

Battlescarred
Aug 2 2017 19:14

This is actually a French translation of the biography of Lola Iturbe I wrote for libcom, but without any acknowledgement!!!!!

Craftwork
Aug 2 2017 20:48
Battlescarred wrote:
This is actually a French translation of the biography of Lola Iturbe I wrote for libcom, but without any acknowledgement!!!!!

Matthieu is one of the French volunteers for the Working Class History FB page, and is translating libcom history articles for the French-language version of Working Class History, Histoire de Lutte.

Steven.
Aug 2 2017 22:22

Hey Battlescarred, that's quite right, apologies, I will talk to Matthieu to remind them to credit authors. In the meantime you can feel free to edit in a credit to yourself

Matthieu
Aug 6 2017 18:07

changes made ! I'll never be sorry enough for this.

Steven.
Aug 7 2017 12:52
Matthieu wrote:
changes made ! I'll never be sorry enough for this.

no problem, it's an easy mistake to make. Thanks for translating and posting!

Battlescarred
Aug 8 2017 07:33

Yes, rest easy.